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Lettre ouverte à Son Excellence, Le Président Nelson Mandela, Président de la République Sud-Africaine, Prix nobel de la paix, et, honoré, "Compagnon de l'Ordre du Canada" par le gouvernement canadien.
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Manyongo J. wa Selemani
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Monsieur Le Président,

J'aimerais commencer par citer Le Premier Ministre du Canada, M. Jean-Chrétien, qui a dit, en date du 24 septembre 1998, devant un public joyeux de votre présence, et devant les télévisions du monde entier qui suivaient l'événement, "This is the real hero". A mon avis, cette expression, qui devrait être partagée par l'ensemble des habitants de la planète, et que j'honore personnellement, traduit le secret caché de Mandela, en tant que personne humaine, au service de l'humanité. Elle devrait, au lieu de faire la fierté de Mandela, être un flambeau que la jeunesse et le peuple africains, et pourquoi pas ceux des pays en perpétuelle détresse, brandiraient pour combattre tout mal qui essaie de ronger l'essence profonde de l'existence humaine.

Encore une fois, je salue, comme le font nombre des gens à travers le monde, ce chapeau que le gouvernement canadien, représenté par son numéro UN, M. Jean-Chrétien, se fait l'insigne honneur de vous ajouter, en plus de plusieurs titres honoriques que l'histoire vous reconnaît.

Voilà, Son Excellence, un bref recit qui m'amène à l'élément qui a motivé cette lettre. En effet, dans votre adresse au public canadien et autres, le 24 Septembre 1998, vous avez eu à répondre, parmi plusieurs questions, à deux dont:

1. L'intervention de votre gouvernement dans l'affaire de Lesotho et;

2. La vente des armes par votre gouvernement à celui du Rwanda.

Votre réponse à la première question fut, pour moi, très satisfaisante et encourageante. Vous avez donc justifié votre intervention en Lesotho par "le soutien à un gouvernement démocratiquement élu" et "le maintien de la sécurité dans la région". Ces deux arguments sont tellement incontestables que nul ne peut nous convaincre autrement.

Cependant, un fait me semble pertinent: vous êtes, aux yeux des Africains et du monde, "père de la nation africaine" avant d'être Président de votre propre pays. Les faits sont clairs à ce sujet: la lutte pour la paix en Afrique et dans le monde a toujours été votre souci; les droits de la personne humaine, etc.. Ceci a fait que vous ayez enduré, sachant votre objectif, 27 ans de prison (vingt-sept), si je ne m'abuse pas.

Ainsi, Son Excellence, pensez-vous qu'il aurait été une méchanceté de votre part si vous aviez agi, comme dans le cas de Lesotho, pour blâmer le coup d'Etat qui a renversé le régime démocratiquement élu au Burundi? Ce coup a, vous le savez très bien, des conséquences que seules les forces du monde peuvent énumérer (car le nombre des morts dans les conflits en Afrique, pour ne retenir que cet exemple, est souvent connu avec précision en Occident, mais ignoré des gens qui perdent les leurs sur place!). La plus grave de ces conséquences serait le vide humain que le territoire connaît, à cause des guerres interminables et dont les causes réelles et les bénéficiaires nous semblent finalement flous!

Je crois que vous auriez pu dire un mot fort, en tant que VOUS, avec tous les respects que le monde vous doit, non pas par hypocrisie mais par mérite. Loin de moi l'impression de vous rendre responsable du mal que le peuple burundais (civils surtout) connaît, mais je pense qu'un acte comme celui-là n'avait plus de place pour une Afrique qui veut marquer des pas vers des gouvernements populaires. Maintenant, le Burundi ne sert-il pas de modèle à tout politicien qui, sans l'appui du peuple, voudra à tout prix régner?

Et, au su et au vu de l'humanité de l'an 2000, Sylvestre Ndibantunganya, alors Président élu, doit vivre ce qu'il est actuellement. Aucune Presse du monde n'a plus fait état de sa vie et de la démocratie au Burundi dont se serviraient d'autres pays de la région, peut-être, pour changer les choses!

Ceci choque fortement lorsque nous voyons d'autres citoyens du monde vivre la paix. Au Canada où vous séjournez, par exemple, l'on va vous avouer que depuis la deuxième guerre mondiale, et à part les missions de l'ONU où leurs militaires doivent être envoyés, eux ne connaissent pas le mot "guerre". Vous me direz, et c'est vrai, qu'il ne faudrait pas comparer des incomparables. Sauf que, malgré des contextes qui différeraient, je reste convaincu que ce sont les humains qui font les choses; eux qui sont en même temps source de prospérité et, malheureusement, capables du pire! Et, l'ambiance du monde actuel se fait de sorte que, une fois au pouvoir (de façon non méritée, je veux dire), on est blâmé juste pendant les quelque deux ou trois mois qui suivent. Après, c'est les négociations qui commencent et on semble oublier qu'il y en a qui sont mal à l'aise avec le pouvoir! C'est dommage!

Est-ce parce que le Burundi ne fait pas partie de ce que l'on peut appeler "région", allusion faite à l'Afrique australe dont fait partie l"Etat de Lesotho, que votre pays ne pouvait pas s'mpliquer, son excellence, pour empêcher ce coup d'Etat et/ou le scandale après le renversement (ne fût-ce que pour épargner la vie des civils du Burundi)?

Ce qui est encore alarmant, et vous deviez le savoir en tant que sage du continent, les écrits rapportent, la Belgique en l'occurrence, que le gouvernment burundais a ses activistes au Congo! N'est-ce pas la mort de l'Afrique lorsque, au lieu de résoudre la crise interne, on cherche à aller dans d'autres actes du genre? Il y a lieu, finalement, de nous laisser croire que réellement berceau de l'humanité serait une erreur, et que terrain éternel des conflits d'intérêts serait la réalité derrière notre continent. Qui va conseiller son voisin dans ces conditions?

Par rapport à la vente des armes au Rwanda, vous avez dit, si j'ai bonne mémoire, que ceci ne se fait plus depuis 1996. Sauf qu'on peut interroger le geste posé. Il doit avoir été posé, comme le font tous les géants du monde, soit pour un simple but de commercialisation, ou pour du support au gouvernement. Dans les deux cas, malheureusement, c'est la mort qu'on vend.

Mettons de côté le fait de vendre et revenons donc à la sécurité dans la région. Pourquoi ne pourriez-vous pas, après avoir mis fin à la vente d'armes, y aller de main ferme pour la paix dans les Grands Lacs? Le Rwanda est parmi les pays qui sont actuellement déstabilisés; ce qui ne permettra pas, comme chez ses voisins, aux institutions et à l'appareil de l'Etat de bien fonctionner. C'est à cause, bien entendu, de la rébellion. Mais, quelque part, ce gouvernement oeuvre activement dans la lutte qui déstabilise son voisin, le Congo de Kabila. Malheureusement, dire la vérité est devenu, en Afrique de l'est surtout, synonyme de se faire prendre pour "extrémiste" ou "génocidaire"… Il faut avouer que les populations de la région des Grands Lacs, en Afrique centrale, sont victimes des intérêts dont elles ne bénéficieront jamais. Ceux qui tuent sont ceux qui mangent, le paysan est devenu une poule, et même moins que ça, dont on peut décider le sort à n'importe quel moment (ce qui est un peu rabaissant pour nous, Africains)!

Pour finir, je voudrais dire un mot exclusivement sur le Congo (Ex-Zaïre), mon pays natal. Ce pays est une proie de plusieurs intérêts, comme vous ne devriez pas l'ignorer. Sauf que moi je crois, et ceci sans parti pris, que les sages d'Afrique devraient s'asseoir et voir, de façon plus poussée, la cause de ce qui se passe. Les populations sont en train d'être exterminées, dans le Kivu par exemple, et personne ne semble voler à leur secours! Des cadavres chaque jour, des intellectuels pris et dirigés vers des pays voisins pour ne plus revenir, des femmes et des enfants sans abris, des élèves qui ne peuvent plus étudier, des enfants nés en brousse alors que l'UNESCO nous dit que ceux-ci ne feront plus partie des éduqués de demain si leurs naissances n'ont pas été enregistrées, etc. Voilà, Son excellence, tant des choses pour vous dire que le Congo et ses voisins immédiats risquent de manquer leur place dans la vie après 2000 an, malgré les efforts de progrès que les leaders actuels nous laissent croire, s'attirant ainsi du fanatisme à travers le monde!

D'autre part, l'expression de démocratie a plusieurs formes. Il y aurait donc une démocratie à l'occidentale, une autre à l'ougandaise, une à la rwandaise, et j'en passe. Pourqupoi ne parlerait-on pas aussi d'une démocratie à la congolaise? Vous priant de ne pas me prendre, d'avance, pour un support au régime de Kabila, je pense quand même qu'on devrait lui laisser (ses ennemis donc) le temps d'essayer ce que lui pense être la bonne façon de diriger un pays. Une année et cinq mois, soit, me semble peu de temps pour quelqu'un qui venait d'hériter d'un terrain quasiment vide!

Et puis, les rebelles d'aujourd'hui peuvent-ils vous dire ces quelque projets qu'ils avaient proposés à Kabila et que ce dernier a refusés? Lui laisser un petit moment, voir ce qu'il n'arrive pas à faire, corriger, sanctionner s'il ne change pas; telle est, à mon avis, la ligne qui aurait été suivie pour aspirer à des régimes pacifiques, plutôt que de précipiter les choses, au grand risque de perdre notre population!. Car il y a plusieurs pays, en Afrique, où des dirigeants règnent pendant des décennies, et ça ne marche pas. Pourtant, ils font des élections et sont réélus!!! Est-ce une démocratie ou une dictature? En Occident, cependant, il suffit d'un mandat de quatre ans, et tout marche! Ne faudrait-il pas revoir ce que nous sommes, en réalité?

Je vous demanderais, au nom de ceux qui partageraient mon opinion et à mon nom personnel, d'essayer de convaincre les forces qui s'opposent au régime de Kabila, de ne pas tuer les paysans. Ce sont des gens qu'ils seraient obligés de protéger, une fois au pouvoir, à moins d'avoir d'autres visées.

S'ils les tuent, pensez-vous qu'ils sont pour la libération ou pour d'autres intérêts? Ils devraient craindre d'être dits des "GENOCIDAIRES", comme on le dit des autres. C'est dommage, d'ailleurs, que les adjectifs "Génocidaires et extrémistes" semblent réservés seulement au grand nombre!

Je pense que ce qui se passe au Congo, surtout la mort des gens non rapportée au Kivu, risque d'être un coup que l'humanité n'aura de choix que de le qualifier de "GENOCIDE". Il faudra attendre la fin des hostilités pour que vous vous rendiez compte que ce qui se passe dans l'est du Congo aura été la lutte pour un dépeuplement sans précédent de cette partie du pays, cause principale et réelle des guerres parties des pays voisins vers chez nous (les écrits abondent à ce sujet). Car, qui n'a pas entendu parler de Berlin II, d'une nouvelle vague de paix en Afrique, ou de la rééducation du peuple zaïrois, lorsque Mobutu devait être renversé?

Vous retiendrez, cependant, que si l'histoire donne des exemples des pays et/ou des royaumes qui ont détruit d'autres pour remplacer un peuple par un autre, la Bible, pour sa part, renseigne sur le fait qu'un peuple ne saura jamais perdre même un centimètre de son territtoire. Entre Goma et Kinshasa, une ville devrait prendre les commandes de l'Etat congolais, mais pas les deux à la fois. Il n'y a pas un seul pays, au monde, avec deux capitales politiques. Ainsi, votre rôle se trouve donc déterminant dans cette confusion dont le seul but est de tuer les pauvres paysans, au moment où ceux qui se battent ont leurs familles reposant en toute aisance en Europe, en Amérique du nord, en Afrique du Sud, etc.

Ne pensez-vous pas qu'il serait sage que les forces ougandaises, rwandaises, burundaises et d'autres qui opèrent efficacement pour leur succès se retirent respectivement de la province orientale, de Goma -Bukavu, et d'Uvira-Fizi, fiefs où ces voisins croient avoir des intérêts, pour que le processus de paix s'amorce au Congo? Et puis, faudra-t-il que ces intérêts soient clairement définis pour que nos enfants, nos mamans et nos vieillards aspirent, au moins, un air de paix! Depuis 1996, vous vous souviendrez, ces gens sont toujours sur leurs pas, en quête d'un asile!

Vous témoignant toute mon affection, et dans l'espoir de vous voir répondre à ces inquiétudes, je vous garantis d'être prêt à venir vous rencontrer au cas où vous voudriez une lumière sur ce qui ne vous paraitrait pas clair dans ce recit. Vu le temps (votre court séjour au Canada), je suis obligé de vous écrire en français, langue dans laquelle je me sens un peu plus à l'aise, surtout que c'est pour des choses que je crois capitales. Néanmoins, la version anglaise va suivre. Au besoin, je pourrais essayer de le faire publier, comme article, dans le but: 1) de permettre à ceux qui sont pour la paix en RDC et en Afrique d'argumenter un peu plus et, 2) de donner la chance à ceux qui ne partagent pas mon opinion de déceler les glissements dans mon message.

Toutefois, d'accord ou non avec ce que je vous écris, toute personne saura quand même dire que le manque de paix, en même temps, au Congo (RDC), au Burundi, au Rwanda et en Ouganda, est une situation qui ne garantit pas la vie des populations de ces pays, en plus d'être une bonne cause d'un désordre dont tous les pays d'Afrique souffriront à jamais. Que soit blâmé, en Afrique et dans le monde, tout fanatisme derrière des actions détruisantes.

Mes meilleures salutations à tous nos frères et soeurs d'Afrique, et à votre épouse en particulier, elle qui vous accompagne dans la prédication au sujet de la paix dans le monde.

Manyongo J. wa Selemani

Note aux lecteurs

Ce message ayant été rédigé un jour après l'arrivée du Président Nelson Mandela au Canada (le 25 spt.), son style vous dit du passé. Ce qui est important, à mon avis, c'est le contenu.

Je vous laisse donc le temps de le lire, même s'il est un peu long. J'ai coupé certains paragraphes, les ayant jugés un peu moins impérieux, vu les circonstances. Merci et bienvenue à tous et toutes pour l'échange d'idées.

L'erreur est humaine, dit-on, je vous prie d'excuser les fautes!

M. Selemani

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