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Le Cas Congolais
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Servilien M. Sebasoni
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Trois virus au pays de Kabila

A.- 1.Trois virus capables de détruire toute l'Afrique, et même le monde entier, si on ne s'y attaque à temps, trouvent aujourd'hui dans le Congo de Kabila un milieu favorable à leur développement. Il s'agit du virus de la division, du virus du génocide et du virus de l'autochtonie.

2. Les récents événements de Kinshasa confèrent à cette préoccupation un caractère d'urgence. En effet, le sentiment confus et endémique d'une opposition entre Bantous et non-Bantous ou pseudo-nilotiques a atteint un nouveau degré de virulence à la faveur de l'insurrection récente; des discours ciblant un groupe ethnique, les Tutsis, ont appelé à son extermination et récemment à son expulsion du Congo en vue d'une sorte de purification ethnique; le déni de nationalité aux Congolais rwandophones s'est renforcé au seul motif qu'ils ne seraient pas autochtones.

B.1. Le virus de la division (entre Bantous et non-Bantous), venu avec l'Europe de l'inégalité des races est un avatar du racisme Blanc/non-Blanc; il est endémique dans la région et se rallume périodiquement par des politiciens en mal d'alibis à leurs échecs.

Quand on objecte aux tenants d'une telle division que «bantou» n'est qu'une catégorie linguistique, ils vous rétorquent que, précisément, les langues bantoues étaient les langues des peuples bantous que les non-Bantous ont adoptées à leur arrivée, ayant perdu, du fait notamment de leur petit nombre, leurs propres langues. Bien entendu il n'y a aucun début de preuve à cette affirmation.

2. Le virus du génocide pousse à exterminer tel ou tel groupe pour ce qu'il est et non pour ce qu'il a fait; en cas de conflit, le génocide est en soi un aveu d'impuissance des politiques incapables de trancher le choix qui s'impose, un jour ou l'autre, à toute société en voie de transformation entre se séparer, vivre ensemble ou s'exterminer.

Les génocidaires rwandais sont en passe de devenir des experts en ce domaine dans la région; Kabila les embauche et ils pourraient, si on n'y prend garde, trouver ailleurs de l'emploi. On risque de comprendre trop tard que si le génocide est un crime contre l'humanité, c'est qu'il menace réellement toute l'humanité.

Il faut ajouter que faire confiance au génocide pour la sélection naturelle des espèces humaines est à la fois une régression et une illusion dangereuse. Une régression, car si les espèces animales se massacrent, c'est qu'elles ne disposent de rien d'autre pour subsister, alors que l'espèce humaine dispose du débat et de la négociation. Une illusion dangereuse, car le jeu n'est pas joué à l'avance au profit du nombre et de la violence contre les stratégies qualitatives que pourrait développer une minorité menacée.

3. le virus de l'autochtonie, répandu dans le monde, en Europe notamment, comme une tentation, pousse à considérer comme seul citoyen authentique celui qui est né sur les lieux; en Afrique en dehors du Zaïre-Congo, des cas ont été signalés lors d'élections nationales, en Zambie contre Kaunda, en Côte-d'Ivoire contre Ouattara; en somme, tous les Kaunda et les Ouattara d'Afrique, de même que les Leakey au Kenya et les Banyamulenge du Congo, sans parler d'une bonne partie de citoyens d'Afrique australe et d'ailleurs poursuivent un même combat: le combat du droit contre l'autochtonie.

Cette prétention exclusive à l'authenticité des autochtones est hors de propos, puisque nul, à ce compte, ne serait autochtone et la chronologie des arrivées se substituerait indûment à la loi sur la nationalité. Il faudrait dès lors dire adieu à l'état de droit. Au bout du compte, le virus de l'autochtonie pourrait ainsi démanteler tout Etat moderne, a fortiori les jeunes Etats fragiles d'Afrique.

C.- Le monde entier devrait se lever pour dénoncer solennellement et sans équivoque les virus de la division, du génocide et de l'autochtonie. Au besoin des sanctions sévères devraient être prises pour combattre de tels fléaux.

Voilà un vaste champ ouvert aux militants de la prévention des conflits!!.

Servilien M. Sebasoni - Bruxelles 28.10.98

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