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Génocide des Tutsis en RDC
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Servilien M. Sebasoni
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La guerre qui se déroule en RDC, depuis plusieurs mois, a provoqué des débordements et des atteintes aux droits élémentaires de l'humanité dans un contexte de silence, d'indifférence et de discrétion qui frise la complicité.

A. UN CONTEXTE DE SILENCE ET D'INDIFFERENCE.

1. Le silence des Etats, d'abord, à de rares exceptions près, qui, dans la moiteur des vacances d'été n'ont même pas jugé utile de déranger le repos de leurs envoyés spéciaux dans la région, d'ordinaire prompts à faire les valises à la moindre alerte pour aller chapitrer les Africains.

2. Le silence des Nations Unies ensuite et de leurs organismes spécialisés dans la défense des droits de l'homme; le SG et le Conseil de sécurité étaient aux abonnés absents, la haut-commissaire aux DH était en voyage en Chine; le milliardième chinois qu'on empêche de manifester à Pékin vaut-il plus que le petit Tutsi que l'on jette à la rivière à Kinshasa?

3. Le silence assourdissant des grands ténors des DH, professionnels de la dénonciation, d'ordinaire prompts à lancer des actions d'urgence et qui n'ont pas daigné, à l'exception d'autant plus notoire de HRW, lever le petit doigt pour s'indigner des horreurs qui se passaient à Kinshasa. Faut-il conclure que le droit aux vacances est le premier des droits de l'homme ou, horresco referens, que l'antipathie pour Kigali a mis la défense des Tutsis hors de saison? Dans une de ses dépêches, (5.10.98) Amnesty International va jusqu'à parler de « déclarations incendiaires des responsables gouvernementaux rwandais - oui, vous avez bien lu: rwandais - incitant la population à la violence contre des civils non armés».

Un lapsus significatif ou une mauvaise plaisanterie?

4. Quant aux organisations congolaises des DH et de tout ce qu'on appelle la société civile, le Secrétaire général de «la Voix des sans voix» a traduit dramatiquement, dans un quotidien bruxellois (Le Soir du 4.9.98), leur embarras et leurs contorsions devant un choix pseudo-cornélien entre la fibre ethnique et l'humanité.

5. Le silence, la discrétion des Eglises, toutes confessions confondues; un silence que symbolise bien la nonciature apostolique de Kinshasa, tapie derrière ses murs inaccessibles à la pitié et refusant d'accueillir des hommes traqués.

B. QUE S'EST-IL PASSE A KINSHASA?

1. Un Etat souverain et reconnu a appelé, par la voix de ses plus hauts représentants, une partie de la population à s'attaquer à une autre partie des citoyens, composée de civils loin du théâtre des combats, parce qu'ils étaient censés apparentés aux pays accusés d'attaquer la République (qu'on ose à peine dire «démocratique») du Congo.

Exactement comme en 1990,au Rwanda, un président ordonna de se saisir des Tutsis dans le pays, parce que le pays, à sa frontière nord, était attaqué par des Tutsis.

2. Un Etat souverain et reconnu, par la voix de son président et de ses ministres, a désigné pour cible à la population congolaise le groupe ethnique tutsi et lui a enjoint de l'attaquer et de le détruire, se rendant ainsi coupable d'appel au génocide; cet appel a été entendu et suivi de lynchages, d'arrestations arbitraires et de tortures dans les rues, dans les prisons et dans les salles de torture du pays, comme il ressort de multiples témoignages convergents et même de mises en scène macabres orchestrées par les autorités, l'armée et la police de l'Etat devant les caméras du monde entier.

3. Un Etat souverain a appelé à la purification ethnique en décrétant que ses citoyens d'origine rwandaise et appartenant au groupe tutsi étaient chassés du territoire national.

4. Un Etat membre de l'Organisation des Nations Unies, faisant fi de toutes les conventions internationales, notamment de la convention sur le génocide, a déclaré publiquement, par la voix de ses ministres, qu'il allait s'allier aux auteurs du génocide tutsi de 1994 pour attaquer un autre pays membre de l'Organisation des Nations Unies, le Rwanda (voir interview M'poyo, Le Soir du 9.9.98)

C. QUE PENSER DE TOUT CECI?

1. Un seul de ces crimes (contre le droit de la guerre, contre l'humanité, crime de génocide) devrait suffire pour mettre au ban de la société les dirigeants congolais qui s'en sont rendus coupables, avec à leur tête le président et son gouvernement; au lieu de cela que voyons-nous? Une communauté internationale, qui aime répéter hypocritement «plus jamais ça» et qui aujourd'hui préfère regarder ailleurs et continuer de préparer sans broncher des célébrations rituelles des Droits de l'Homme; célébrations plus confortables que la mise en pratique de ces courageuses résolutions. (10.12.98, les 50 ans de la déclaration des DH).

2. L'émotion sélective selon les catégories de l'humanité, la dénonciation mise au service d'agendas politiques, la levée de boucliers pour défendre ses seuls copains, l'indignation programmée sur dix mois de l'année seulement, le sens de la dignité de l'homme qui a beaucoup de peine à passer l'équateur, tout cela enlève une bonne part de leur crédibilité aux officines des DH et de l'Etat de droit; il faudra au moins s'en souvenir pour éprouver ne fût-ce que quelque vergogne lorsque les prêcheurs reprendront leurs sermons et leurs bâtons de pèlerins.

3. Toutefois, rien ne se perd et les auteurs des crimes que nous dénonçons ici, devront payer un jour ou l'autre; n'auriez-vous pas croisé, dans les rues de Kinshasa, le spectre de Pinochet? En fait, les assassins des Tutsis paient déjà par le pourrissement intérieur dû à leurs choix et à leurs alliances d'aujourd'hui avec les génocidaires venus de Kigali, l'été de 1994. L'homme ne peut renoncer à l'humanité impunément!

4. Nous rendons ici hommage à tous les Congolais, hommes et femmes, indignés et honteux du Congo de Kabila.

Servilien M. Sebasoni - Bruxelles 21.10.98

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