| Tragique et
inexplicable - Quelqu'un peut-il expliquer? |
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| Chris Sassa |
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L'hebdomadaire francophone de Toronto,
L'Express, a repris, dans son dernier numéro (3-9 novembre 1998), cette dépêche
d'Associated Press (AP) que je livre in extenso:
Onze joueurs d'une même équipe de soccer foudroyés
Kinshasa (AP) - La foudre a tué onze joueurs d'une même équipe de soccer los d'un match
disputé le week-end dernier à Bena Tashadi, village de la province du Kasai oriental,
dans le sud-centre de la Réoublique démocratique du Congo.
Une trentaine de personnes qui assistaient à la parte ont également
été blessées, mais leur vie n'était pas en danger.
Les enquêteurs locaux ont imputé l'éclair à l'origine de cet
incident rarissime à un acte de sorcellerie, aucun des joueurs de l'équipe visiteuse de
Basangana, un village voisin, n'ayant été frappé.
Les deux équipes en étaient à un but partout lorsque la foudre a
interrompu ce match de championnat régional, disputé en plein orage.
Le côté tragique de l'incident mis à part, voilà qui met sérieusement à mal notre
esprit cartésien. Que la foudre frappe est naturel. Qu'elle ne choisisse que les seuls
(et tous les) joueurs d'une des équipe, sans incommoder tous ceux de l'autre équipe,
l'arbitre, les juges de touche et que ceux parmi les spectateurs qui ont incidemment été
frappés ne l'aient été que dans des proportions qui ne menacent pas leur vie, dépasse
tout entendement. "Incident rarissime", dit la dépêche; je dis
"inexplicable, mystérieux".
J'étais en préu à Kananga (j'ai dû aller la refaire après Bukavu) et un nouveau
gouverneur (Takizala, je crois) venait d'arriver. La foudre frappait presque
quotidiennement et tuait à chaque fois. Lassé de plaintes de la population, le
gouverneur avait demandé au commandant militaire de la région de réunir les chefs
coutumiers et de leur demander d'arrêter les "hostilités" (s'ils en étaient
à l'origine) ou de les faire arrêter, si ce sont leurs ouailles qui les déclenchaient.
C'est ce que fit le commandant mais en prenant les choses de haut: "vous savez, moi
je ne crois pas à ces bêtises, mais puisque c'est un ordre du gouverneur, bon he
m'exécute". Ah, il ne croyait pas, le commandant ? Il allait voir. Et sous le soleil
équatorial du début d'après-midi, sans nuage dans le ciel et sans que rien n'annonçat
l'orage, la foudre se mit à frapper en rafales. On aurait dit qu'il y avait la guerre.
"Assez, assez", supplia presque le commandant. Et tout s'arrêta net (un arbre
devant la préu fut presque déracinné).
Un ami de mes frères aînés paya de sa vie une aventure extra-conjugale. Le mari de sa
dulcinée jura de lui faire payer ses aventures au prix fort.
Lorsque la foudre frappa, en plein midi (sous un ciel bleu avec le soleil au zenith), il
était attablé avec des amis à lui sous le manguier d'un nganda vers la Cité verte
(route de Matadi). Il fut le seul à mourir. Mais, voici le plus étonnant: un trou
ponctuel dans la région du coeur semblait indiquer qu'une projectile d'arme à feu avait
percé son thorax. Cartésiens, mes frères et moi-même crûmes à un assassinat. Et
comme il n'y avait d'orifice de sortie nulle part, la balle devait donc encore se lôger
à l'intérieur du corps. La radiographie ne révela rien. Pas plus que l'autopsie!
Sérieusement (ne riez pas parce que moi, je suis sérieux): pourquoi donc ceux qui
connaîtraient (au conditionnel parce que je n'en sais rien) le maniement de ces armes
inconnues, terrifiantes et à la précision chirurgicale qui feraient pâlir d'envie
l'armée américaine ne metraient-ils pas leur contribution au service de la nation. Cela
nous épargneraient les onéreux achats d'armes et leur tout aussi coûteux entretien. A
la limite, nous n'aurons même plus besoin d'une armée, mais notre force de dissuasion
tiendrait nos ennemis à distance. Parce qu'il n'y a pas que la foudre: n'oubliez pas des
trucs comme le monama, les maladies qu'on vous expédie à distance
Un bel arsenal.
Tiens, une toute petite et chirurgicale frappe de foudre sur Kagame; une autre sur
Museveni, pas mal, non? Mais, qu'on n'arrête pas les parties de soccer (football) comme
dans ce village: nous
serons à jamais interdits de compétitions internationales. Qu'on ne s'en serve pas non
plus pour réduire définitivement au silence un adversaire, un collègue acâriatre ou un
boss grincheux.
En attendant, pour ce match de football qui n'aura pas connu de fin, peut-il se trouver
quelqu'un pour m'expliquer ?
Chris Sassa |
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