| Cher M. Kutsienza, Voici, ci-après, les ultimes preuves de l'agression dont est
victime notre pays (comme suite à ma livraison d'hier). A présent que les Comgolais qui
servent de couverture à cette aventure viennent, par la voix la plus autorisée, càd
celle de leur chef, d'avouer publiquement le fait, comment d'autres peuvent-ils le nier à
leur place. On ne peut tout de même pas persister à être plus royaliste que le roi!
Le fait, comme vous le dites, que la guerre de Kabila a
aussi été une agression ne doit pas interdire d'admettre qu'en ce moment il y a
agression. Il ne faut pas nécessairement et absolument admettre la première pour
convenir de la deuxième. By the way, M. Tshisekedi est-il fondé de nier l'agression et
de ne voir dans cette guerre que des causes internes ?
Est-il fondé pour un patriote de chercher un compromis
avec celui qui vous envahit ? Admettez-vous, avec le Loup de Jean de la Fontaine, que
"la raison du plus fort est toujours la meilleure" ?
Les livraisons de Le Soir vont dans le même sens que la
dépêche de Reuters en plus de souligner l'ambiguité de la communauté internationale
dont la position est un chef d'oeuvre de duplicité: on reconnait l'agression, on ne la
condamne pas (on a volé su secours du Koweit, en quoi le pouvoir des émirs est-il plus
démocratique que celui de Kabila?). Manifestement, on est deçu que les choses n'aient
pas marché comme planifié. Il faut donc refaire les calculs, se faire violence en
acceptant ce qu'on aurait bien voulu cacher et chercher des alternatives.
M. Kutsienza, si l'offensive-éclair dont question dans
l'article de Le Soir avait atteint ses objectifs, qu'aurait-on fait retenir à l'histoire
? "Un certain 2 août 1998, des patriotes, ne pouvant supporter la dictature de
Kabila ont lancé une offensive militaire qui a abouti à la chute du pouvoir dictatorial,
corrompu et tribaliste et rétabli la démocratie". De l'agression rwandaise: point.
De la convoitise de nos richesses: point. La victoire acquise, imaginez-vous que Wamba
aurait fait la l'aveu qu'il a fait hier ? Et tous ceux qui nient l'agression auraient
été définitivement confortés dans leur conviction. Peut-être que l'un des mérites de
cette guerre est d'avoir débusqué des intentions et des buts qui auraient pu demeurer
cachés pour toujours.
Voilà, ceci est un addendum à ma réponse d'hier. Ce qui
repousse de quelques heures encore la suite de mon article original.
Voici donc la dépêche de Reuters et les deux articles du
jour. Ne pouvant souligner les passages qui me paraissent les plus évocateurs, je les ai
mis en lettres capitales (la traduction de la dépêche de Reuters n'est peut-être pas
fidèle, mais au moins elle éclaire sur l'essentiel). Bien qu'en lettres capitales, les
sous-titres ne sont pas de moi (ils sont dans les articles originaux).
Chris Sassa.
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PREMIER ARTICLE (Dépêche de l'Agence Reuters): REBEL
CHIEF ADMITS RWANDAN ROLE IN CONGO WAR
5 November 1998 - Web posted at: 18:04 SAT, Johannesburg
time (16:04 GMT)
KIGALI, Nov 5 (Reuters) - Congolese rebel leader Ernest
Wamba dia Wamba on Thursday conceded that Rwandan and Ugandan troops had helped the
uprising against President Laurent Kabila, but said "internal elements" were
driving the rebellion.
"All sides now accept that there are two dimensions
to the conflict both an external dimension and an internal," Wamba told Reuters by
telephone from the rebel headquarters of Goma.
"The compromise is to say that there was an invasion
but also that the internal element is the driving force," he said.
Asked if the word "invasion" referred to Ugandan
and Rwandan troops, Wamba said: "That's the only sense that's given to the
word."
Rwanda has consistently denied any involvement in the
rebellion which began on August 2, while Uganda says its troops are on Congolese territory
merely to flush out Ugandan rebels carrying out cross-border attacks.
(TRADUCTION LIBRE): LE CHEF REBELLE AVOUE UN ROLE RWANDAIS
DANS LA GUERRE AU CONGO
Le chef rebelle congolais Errnest Wamba di Wamba a
concedé jeudi que des troupes rwandaises et ougandaises ont participé au soulèvement
contre le président Laurent Kabila, mais a dit que des "élements internes" ont
conduit la rébellion.
"Toutes les parties acceptent maintenant qu'il y a
deux dimensions dans le conflit: une dimension extérieure et une dimension
intérieure", a dit Wamba a Reuters dans un entretien téléphonique à partir du
quartier général des rebelles à Goma.
"LE COMPROMIS EST DE DIRE QU'IL Y A EU UNE INVASION,
mais aussi que l'élement interne est la force conductrice", a-t-il dit.
A la question de savoir si le mot "INVASION"
renvoie au troupes rwandaises et ougandaises, Wamba a dit: "C'EST LE SEUL SENS QU'ON
PEUT DONNER AU MOT".
Le Rwanda persiste à nier toute implication dans la
rébellion qui a commencé le 2 août pendant que l'Ouganda affirme que ses soldats sont
sur le sol congolais pour repousser les rebelles ougandais qui mènent des attaques
transfrontalières.
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DEUXIEME ARTICLE (Article de Le Soir, Bruxelles): Edition
du 06/11/98 - ©
Rossel & Cie SA - LE SOIR Bruxelles
LES CONGOLAIS POURRAIENT SOUHAITER UNE MEDIATION BELGE -
BOUTEFEUX ET POMPIERS SE CONFONDENT AU CONGO
Les Occidentaux commencent à s'inquiéter d'un conflit
qui menace l'Afrique tout entière.
Qu'y a-t-il de commun entre la Libye, le Tchad, le Soudan,
l'Ouganda, le Rwanda, l'Angola, le Zimbabwe, la Namibie, le Mozambique, l'Afrique du Sud?
Un seul point: tous ces pays sont, à des degrés divers,
impliqués dans la guerre en République démocratique du Congo!
Le ministre sud-africain des Affaires étrangères, Aziz
Pahad, a donné la mesure du danger en déclarant que cette crise risquait d'embraser tout
le continent. Face à cette situation explosive, les pays occidentaux font preuve, depuis
le début, d'un curieux attentisme, alors que ce qui est en jeu, c'est non seulement
l'unité du troisième plus vaste pays d'Afrique, mais la stabilité du continent. La
guerre au Congo a déjà enterré les espoirs de "renaissance africaine", et le
pays est devenu une sorte de "self service", DONT LES RICHESSES, REELLES OU
POTENTIELLES, SE TROUVENT AU COEUR DE LA CONFRONTATION.
C'est ainsi que, sur le plan stratégique, l'un des
objectifs de la rébellion est le contrôle de la ville de Mbuji May et les alliés
angolais et zimbabwéens sont prêts à livrer une grande bataille pour empêcher la chute
de la ville du diamant.
Jusqu'à présent, les Occidentaux ne s'étaient pas
impliqués directement dans le conflit: l'été dernier, ILS SEMBLAIENT AVOIR PARIE SUR LA
DISPARITION DU PRESIDENT KABILA, l'intervention des pays de la Communauté de
développement de l'Afrique australe les ayant pris par surprise.
Après trois mois de guerre, les positions évoluent: la
France, très hostile au président Kabila lors de la chute de Kinshasa en 1997, a
décidé d'inviter l'ancien rebelle au prochain sommet franco-africain qui doit se tenir
à Paris fin novembre. Un rapprochement décidé par l'Elysée, qui n'exclut ni la
prudence ni LE DOUBLE JEU. Le ministre de la Coopération Charles Josselin a déclaré
qu'il attendait toujours des signaux en matière de démocratie et de droits de l'homme,
tandis que PARIS GARDE LE CONTACT AVEC DES CANDIDATA A LA RELEVE entre autres le général
Likulia (dernier Premier Ministre de Mobutu), ou Zahidi N'Goma, l'un des leaders de la
rébellion.
EFFORT AMERICAIN
Les Etats-Unis, initialement très proches du Rwanda et de
l'Ouganda, entre autres sur le plan militaire, sont nettement plus impliqués. ON A LE
SENTIMENT QU'APRES L'ECHEC DE L'OFFENSIVE-ECLAIR DU MOIS D'AOUT, ILS TENTENT DE LIMITER
LES DEGATS. C'est ainsi que la sous-secrétaire d'Etat pour les affaires africaines Susan
Rice a rencontré tous les dirigeants de la région et répété les priorités
officielles des Etats-Unis: respect de la souveraineté et de l'intégrité territoriale
du Congo, garanties de sécurité pour les pays limitrophes (le Rwanda et l'Ouganda en
l'occurrence), processus politique large pour assurer une transition vers la démocratie.
Les alliés de Kabila ont cependant boudé Mme Rice en
refusant de discuter d'un éventuel retrait de leurs troupes, malgré les pressions
américaines, tandis que le président congolais a posé comme préalable le retrait des
agresseurs. Quant à l'Ouganda, il reconnaît que ses troupes sont présentes en RDC pour
des raisons de sécurité, mais SANS FAIRE ALLUSION A DES ENJEUX PLUS MATERIELS COMME LES
MINES D'OR.
MENSONGE PATENT
Le Rwanda quant à lui met en avant ses exigences de
sécurité, MAIS SON REFUS DE RECONNAITRE LA PRESENCE DE SES TROUPES AU CONGO COMMENCE A
APPARAITRE AUTANT COMME UN ELEMENT DE NEGOCIATION QUE COMME UN MENSONGE PATENT. Les
pressions se multiplient, les pays de la SADC et l'Union européenne ayant demandé à
Kigali d'avouer son implication. On a appris aussi que parmi les 2.000 rebelles faits
prisonniers par les Zimbabwéens se trouvent 40 soldats rwandais et l'Angola assure que de
4 à 5.000 soldats rwandais et ougandais se trouvent en RDC.
Dans ce contexte, seuls les Congolais semblent souhaiter
que les Belges, en bons termes avec toutes les parties en présence, tentent une
médiation. Les autres, alliés ou adversaires de Kabila, n'ont rien fait savoir à
Bruxelles et il semblerait que des contacts directs se multiplient entre les leaders
africains eux-mêmes. Si Bruxelles avait envoyé de l'aide alimentaire à Kinshasa dans
les premières semaines de la guerre, il a été décidé d'assister également les zones
contrôlées par la rébellion, et 30 millions ont été débloqués qui seront
distribués par les ONG. Les besoins humanitaires dans l'Est du Congo sont évidents: le
choléra sévit à Shabunda, les populations tutsies qui sont déplacées de Kalemié vers
Bukavu se trouvent dans un état lamentable, les vivres manquent à Kisangani. Reste le
problème de la sécurité: ONG et organisations internationales ont été
systématiquement pillées par les rebelles.
Si la rébellion s'autofinance ainsi sur le terrain, une
question demeure toujours sans réponse: QUI PAIE ET ORGANISE LA NORIA DE GROS PORTEURS
D'ORIGINE SOVIETIQUES, DES AVIONS PEINTS EN BLANC ET SANS IMMATRICULATION, QUI SE
SUCCEDENT SUR L'AEROPORT DE KIGALI? Des Belges se souviennent avoir déjà vu ces
appareils dans le passé, du côté du Koweit, du Cambodge, du Vietnam, en tous lieux où
se déroulaient des opérations "secrètes"...
C. B.
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TROISIEME ARTICLE (Article de Le Soir, Bruxelles): Edition
du 06/11/98 - ©
Rossel & Cie SA - LE SOIR Bruxelles
LES ENJEUX D'UNE GUERRE CONTINENTALE
On croit rêver: alors que LA PRESENCE DE LEURS TROUPES AU
CONGO CREVE LES YEUX, l'Ouganda et le Rwanda minimisent ou nient carrément l'évidence et
présentent comme un problème intérieur l'apparition d'une rébellion créée de toutes
pièces, dont les dirigeants ne partagent que la volonté de reprendre le pouvoir à
Kinshasa. QUEL EST EN EFFTE LE PROJET DE SOCIETE UE PEUVENT PARTAGER DES TUTSIS
BANYAMULENGE, EX-COMPAGNONS DE KABILA, DES MILITAIRES MOBUTISTES RECYCLES ET D'ANCIENS
BARONS DU REGIME QUI CONFONDENT CAPACITE D'ENRICHISSEMENT ET TALENT DE GESTIONNAIRES DE
GESTIONNAIRES ET QUI PROMETTENT A LEURS COMPATRIOTES DE CHASSER LES RWANDAIS SITOT QU'ILS
AURONT PRIS LE POUVOIR A KINSHASA. Il fut un temps - au Koweït - où pareilles agressions
étaient autrement sanctionnées... Rien de tout cela aujourd'hui: les pays qui se sont
portés au secours de Kinshasa sont mis sur le même pied que les parrains des rebelles et
toutes les troupes étrangères sont priées de se retirer.
Au-delà de cette confusion, qui semble délibérément
entretenue, quels sont les véritables enjeux de cette guerre? Le premier, qui aurait du
être pris en compte depuis longtemps, est celui de la sécurité du Rwanda, des Rwandais:
la menace du génocide qui pèse toujours sur les Tutsis et sur ceux des Hutus qui
travaillent avec le gouvernement n'incite ni au compromis ni à la modération. Or l'aide
internationale, qui aurait permis de soulager tensions et blessures, a été
dramatiquement insuffisante: ayant promis 56 millions de dollars d'aide, les bailleurs
n'en ont versé que 30.
Mais, surtout, alors qu'un crime contre l'humanité avait
été commis, la communauté internationale ne s'est guère souciée de traquer les
coupables et de les empêcher de récidiver. La solitude, l'angoisse, sinon le désespoir
peuvent peut-être expliquer l'actuelle fuite en avant de Kigali, le cynisme de ses
démentis. Mais les Congolais doivent-ils pour autant faire les frais d'un génocide
qu'ils n'ont pas commis?
Quant aux autres enjeux, la guerre ne peut que les
hypothéquer: il s'agit de la mise en oeuvre d'un processus démocratique et de la
sauvegarde de l'unité du pays. Plus que défendre Kabila, Tshisekedi ou un autre, il
importe de lancer un processus institutionnel qui dotera le Congo de garde-fous contre
l'arbitraire et qui donnera au peuple la possibilité de s'exprimer, de participer
pleinement à la reconstruction.
Soulignons enfin que l'unité, la stabilité du Congo
importent pour le continent tout entier: si ce pays aux neuf frontières se déchire,
c'est l'Afrique, à coeur ouvert, qui sera frappée d'hémorragie. Les pays d'Afrique
australe semblent l'avoir compris, qui se sont engagés pour empêcher un désastre
prévisible plus que pour défendre un homme, un régime ou des intérêts particuliers.
Les pays occidentaux, qui craignent tant les flux de réfugiés et les désastres
humanitaires, auraient intérêt à tout mettre en oeuvre pour soutenir cette unité du
Congo... D'autres scénarios sont malheureusement possibles: il se pourrait que le chaos,
l'éclatement permettent un accès plus facile, moins contrôlé, à des ressources encore
largement inexploitées. Le désordre est propice aux agressions à main armée...
COLETTE BRAECKMAN
Chris Sassa
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