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A Sylvain Kalala Nsenda et Mwamba K. Tshibangu (Re: Chantage politique, rhétorique et volonté démocratique et Re: Chris Sassa 29 septembre 1998)
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Chris Sassa
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Cher Kalala.

Cher Mwamba,

Me voici. Cela a pris un peu de temps mais, je ne pouvais pas ne pas vous rendre la politesse de la réponse à votre "aimable" invitation, surtout qu'il fallait mettre certaines choses au point. J'aurais aimé penser que la dissertation de Mwamba avait une visée pédagogique générale. Il semble, cependant, qu'elle est circonscrite à ma modeste personne et au cas où je m'en serais pas aperçu, Kalala s'est aimablement chargé de me l'indiquer.

J'apprécie la délicatesse et la coordination.

BANALITES NON-UNITILES

Pour ceux qui nous lisont, je commencerais volontiers par quelques banalités non inutiles:

1. J'ai passé ma jeunesse et mon adolescence sur la même rue que Kalala et Mwamba (à une centaine de mètres de l'un et de l'autre). Nous sommes aussi du même âge. Ce dire que nous nous connaissons bien. Je ne suis pas du même rivage politique qu'eux, mais cela ne nous empêche pas d'avoir des relations personnelles. J'espère que nos échanges épistolaires ne les entameront pas. Avis à ceux qui seraient tenter de troubler l'eau pour y jeter leur ligne.

2. Kalala et Mwamba sont, respectivement, vice-président et secrétaire fédéraux de l'UDPS-Canada. C'est n'est pas inutile de le dire dans la mesure où cela peut éclairer leurs prises de position. Je ne sais pas s'il y a des UDPSiens (branche Tshisekedi, s'entend) non Tshisekedistes (attention au procès pour vagabondage politique!), mais je me permets de penser qu'en plus de l'appartenance à l'UDPS, l'un et l'autre sont Tshisekediste devant l'Éternel (pensée unique oblige).

3. C'est super-sympa à Kalala m'appelle Théo. Cela montre que "ayebaki ngai na tango ya coupé". J'espère, néanmoins, que ce n'est pas par malice car sur ce même forum, quelqu'un a déjà cru se rendre intéressant en "revélant" que je cachais mon vrai nom. Comme ce joueur de Vaticano que j'appréciais à l'époque (Théo), je suis devenu Mange à l'internat de la Colonie scolaire de Boma, alors qu'en dehors du terrain, on m'appelait Sacris (contraction de mon nom et de mon prénom). Mon nom s'est allongé de celui de ma mère et de mon oncle avec le recours à l'authenticité et je suis revenu, à présent, comme presque tout le monde, à un nom et à un prénom. Qu'on m'appelle par chacun des noms, prénoms, surnoms, pseudonymes ou que sais-je encore ne m'incommode donc pas du moment que cela me désigne. Si cela peut rendre quelqu'un intéressant, tant mieux pour lui. Mais, au fait, pourquoi Kalala, dans son texte, m'appelle-t-il Christ (en lettres capitales, SVP)? Dieu, je ne suis pas encore ton fils et je n'ai pas reçu mission de sauver l'humanité! Il y a tellement de gens désormais qui me connaissent depuis ma jeunesse, mais que je ne connais pas! Bizarre, ne trouvez-vous pas ?

Venons en au menu.

I. CHANTAGE PERMANENT

Il arrive que le bourreau se fasse passer pour la victime. Tout celui qui dit ou écrit quelque chose en faveur de M. Kabila ou qui le soutient même circonstaciellement en ce temps de guerre est invariablement accusé par l'UDPS d'introduire un CV en vue d'un poste au Congo ou d'attendre récolter des dividendes. C'est du chantage de bas-étage! Si tous les Congolais qui soutiennent M. Kabila à l'occasion de cette guerre devaient se faire nommer, M. Kabila n'aura pas assez d'emplois de cantoniers ou de surveillants de nuit à offrir à tout ce monde!

Ce chantage ne prend pas et il traduirait un manque de réponse aux questions auxquelles vous devriez repondre. Ce n'est pas avec cela que vous me ferez taire. Je n'écris pas, je ne m'exprime pas en vue d'une nomination. C'est simplement ma participation à l'effort de guerre. Soit dit en passant, j'ai déjà eu à préciser sur ce forum que je ne me considèrais pas comme un nationaliste, mais plutôt comme un patriote.

Alors, ne m'enfermez pas dans un corset que je récuse!

Mais, au fait, vous qui avez le bonheur d'être membre d'un parti et même d'en être les dirigeants, serait-il mal venu de vous demander ce que vous ferez quand votre parti prendra le pouvoir ? Je suppose qu'on aura besoin de vous pour mettre en marche le programme de gouvernement du parti, non ?

D'ailleurs, lors de ses éphemères passages à la primature, on a assisté à quelques bousculades bien senties pour se positionner! Enfin, vous savez, il est très facile d'accuser quelqu'un de ce qu'on est ou qu'on qu'on entretient secrètement.

CHOQUE. HAINE.

Mon cher Kalala, vous vous dites "très choqué de la manière dont CHRIST (en capitale, je note) s'affiche depuis un temps sur différents forums" (je te cite et je te fais noter que je ne "m'affiche" que sur deux forums).

Choqué, mais pourquoi ? Parce que nous nous connaissons, je devrais donc écrire dans le sens de vos idées et de votre plaisir ? Avez-vous vu combien de personnes se sont opposées à M. Tshisekedi, surtout après son memorandum et ses missives à Museveni et Bizimungu ? Qu'en dites-vous ?

Ambitionneriez-vous de devenir mon guide spirituel ou idéologique ou mon maître à penser ? Vous souvenez-vous du procès d'intention contre moi pour avoir rencontré Kibassa lors de son passage à Toronto?

Vous parlez de "haine contre LA PERSONNE (je souligne) de M. Tshisekedi". Soyons donc sérieux. C'est vrai que je ne me meurs pas d'amour pour lui, mais je n'ai rien à avoir non plus avec l'anatomie de votre leader ou l'individu. C'est du leader politique qu'il s'agit. Je ne me souviens pas avoir été un de ses proches, collaborateurs ou ami pour qu'il ait eu l'occasion de me faire quelque chose qui puisse m'amener à entretenir de la haine à son égard. Car la haine, l'ignorez-vous peut-être et je vous en pardonne, est un sentiment de VENGEANCE. Rassurez-vous, si M. Tshisekedi se fait élire chef de l'État ou à quelque autre emploi public, je lui rendrai le respect dû à sa position tout comme je ne lui ménagerai pas (comme à quiconque d'autre) les critiques qu'il mériterait de par sa position.

POINTS D'INTERROGATION

Quant aux "plusieurs points d'interrogation" auxquels vous seriez amenés "sur la nature de ma lutte" (je vous reprends), j'aimerais que vous étaliez ces points d'interrogation. Je ne suppose n'en connaitre qu'un: c'est celui de la recherche d'une nomination. D'accord, les autres points, SVP ?

Alors, un rappel de ce que vous n'ignorez pas puisque vous me lisez régulièrement à ce que je crois comprendre. Mon pays est non seulement agressé, mais aussi envahi. Vous refusez de l'admettre, libre à vous, mais c'est admis par tous, y compris les agresseurs. J'estime que la défense de l'intégrité du territoire et le renvoi chez eux des envahisseurs est, en ce moment, la seule préoccupation qui vaille la peine. Je ne suis pas un militaire, mais la nature m'a doté d'armes d'un autre genre et je les mets au service de la cause. Je soutiens donc celui qui est à la tête du combat pour la cause et pour cette cause (puisque vous me lisez, vous devez vous souvenir qu'avant la guerre, je piquais, à l'occasion M. Kabila et on a déjà cru voir en moi un anti-Kabila). J'ai considéré, avec beaucoup d'autres que M. Tshisekedi se fourvoyait et je l'ai dit. Si M. Kabila disparaissait aujourd'hui et qu'un autre reprenait la direction de la lutte contre les envahisseurs, je le soutiendrai de la même manière. Est-ce clair?

Moi, par rapport à vous, j'ai la LIBERTE DE PENSEE ET D'OPINION. Vous êtes, par contre, enfermé dans une rigide pensée unique partisane. Voulez-vous que je vous rappelle quelques petites choses?

- Lors de l'avancée de M. Kabila l'année dernière et qui a abouti à la chute de Mobutu, je vous ai demandé s'il y avait des contacts entre Kabila et Tshisekedi. VOUS M'AVEZ ASSURE, LA MAIN SUR LE COEUR, QUE DES CONTACTS REGULIERS ET MEME JOURNALIERS AVAIENT LIEU ENTRE LES DEUX HOMMES. Et je vous ai cru. Sans doute, SOUHAITIEZ-VOUS qu'il en fut ainsi.

Malheureusement, la vérité, on s'en est aperçu plus tard, est qu'il n'y en avait jamais eu et Tshisekedi avait donc nommé M. Kabila ministre de la défense (avec Mobutu comme président) sans l'avoir contacté. Pensée unique oblige, vous avez trouvé cela normal, après coup.

- Encore un exemple ? Quand Mobutu, aux abois, se cherchait un premier ministre, VOUS M'AVEZ ASSURE QUE CETTE FOIS, IL NE PRENDRAIT PAS ETIENNE TSHISEKEDI A CE JEU. La suite? M. Tshisekedi a accepté la nomination et, toujours après coup, vous avez mis une croix sur votre conviction intime et avez donné raison à M. Tshisekedi.

- Un autre ? Quand Justine Kasa-Vubu avait rallié à M. Kabila, vous avez eu des mots très durs envers elle et même des propos franchement indécents pour feu son père. Je suis originaire du même coin que Kasa-Vubu et si je devais réagir comme vous, j'aurais pu en être CHOQUE et parler de HAINE comme vous le faites. Mais, vous savez que je suis au dessus de cela.

Récemment, le représentant de l'UDPS en France a exactemment fait ce que Justine Kasa-Vubu a fait l'année dernière. Il n'a pas été lynché comme le fut Justine. Pouvez-vous me dire si cette différence de traitement ne s'explique pas par les origines ethniques ou tribales de celle-là et de celui-ci?

SILENCE RADIO

Depuis le déclenchement de la guerre, vous et vos co-partisans êtes étonnement silencieux. Votre seule préoccupation, c'est le départ de Kabila. C'est une idée tellement fixe que vous ignorez la réalité de l'agression. Mais, alors, pourquoi écrire à Museveni et Bizimungu (mauvais destinataire) s'ils ne sont pour rien dans la situation qui prévaut au Congo ? Juste pour solliciter leurs bons offices ?

Et puis, quand vous dites "au pays des aveugles, le borgne est roi", je suppose être le borgne et vous le "bien voyant" (ô prétentieux!). Où sont donc les aveugles ? Le peuple congolais qui dans sa grande majorité soutient M. Kabila dans le cadre de la guerre ? Le peuple congolais retiendra l'insulte. Au lieu de vous en prendre aux borgnes et aux aveugles, exposez vos idées (pas à travers des proses d'ordre général), défendez-les et répliquez aux points de vue sur les questions en débat.

Évitez de vous en prendre aux auteurs de ces points de vue (Serge Nfuni et Malamda ma Mbonga, ça vous dit quelque chose?).

Certainement que vous ne croyez pas aux sondages quand ils ne sont pas favorables à votre leader. J'admets qu'un sondage n'est qu'un instantanné de l'opinion. Mais, quand une série de sondages étalée sur une période donnée dit la même chose, il faut bien y voir la CONFIRMATION D'UNE TENDANCE. Parcourez donc les sondages depuis l'arrivée de M. Kabila: à chacun d'eux, M. Tshisekedi accuse un recul alors que M. Kabila monte.

Traitez notre bon peuple de bande d'aveugles, si vous voulez, mais c'est lui qui votera. Dans tout autre parti, cela ferait réagir les stratèges. Au lieu de cela, au lieu de rectifier le tir et de faire remonter votre leader, vous trouvez plutôt des gens qui auraient de la haine contre la personne de M. Tshisekedi tout en vous posant des questions sur la nature de leur lutte. Triste, n'est-ce pas ? Malgré la confirmation d'une tendance, on ne sera vraiment pas étonné de vous entendre crier à la fraude électorale si des élections étaient organisées aujourd'hui et que votre leader les perdait. A moins que vous n'insultiez encore de plus belle les aveugles!

Pourtant, M. Tshisekedi a manqué, à mon avis, l'occasion de reprendre sa place dans le coeur des aveugles. S'il avait pris la tête de ceux qui ne supportent pas Kabila, mais s'opposent à l'agression, je ne doute pas qu'il aurait été suivi par un nombre impressionant de nos compatriotes et il en aurait engrangé les dividendes. Mais, pendant que l'agression fait des victimes, que fait-il, que faites-vous ? Je me garde de repondre.

POUR MWAMBA, j'aimerais me limiter à relever deux points pour le moment. Oui, même dans les démocraties les plus avancées, comme il le dit, les leaders se trompent (je ne vous demande pas si M. Tshisekedi peut aussi se tromper). Et vous semblez insinuer qu'on devrait les pardonner. Si on pardonne les pécadilles, mais c'est précisément dans ces mêmes démocraties que les erreurs grossières ne pardonnent presque jamais. Une phrase, une seule suffit à "tuer à jamais" un homme ou une femme politique. C'est plutôt dans nos pays qu'on peut se permettre n'importe quoi et être pardonné. Auréolé de la réunification allemande, Helmit Kohl est parti, n'est-ce pas? Mais, au nom de la lutte contre Mobutu, on devrait tout pardonner à M. Tshisekedi, Mais, on lui a pardonné son passé ! Nous vivons au Canada, n'est-ce pas ? Voyez parfois ce qui amène des ministres à démissionner, David Colenette, par exemple ?

Une fois, souvenez-vous, vous avez publié sur ce forum une biographie idyllique de M. Tshisekedi, alors que dans le même temps, on noircissait celui de M. Kashamura. La défection du MNC-Lumumba pour celui de Kalonji, la participation au gouvernement illégal qui a succédé à celui de Lumumba, la participation active à un mouvement sécessioniste, la participation au gouvernement issu du coup d'État de 1965, le rôle parmi les premiers joué dans l'implantation du parti unique et de la dictature, le silence pendant l'épuration ethnique au Shaba, tout cela et d'autres faits, vous les avez ou ignoré ou embelli. M'en voulez-vous de les avoir rappelés? Avez-vous déjà écrit quelque chose qu'on puisse assimiler à une critique contre Tshisekedi ? Avez-vous déjà écrit quelque chose en faveur de quelqu'un opposé à Tshisekedi ? Je vous défie de le montrer! Moi, si. Alors, votre billante leçon sur la partialité, je crois que nous devrions l'apprendre ensemble.

"Qu'ils nous apprennent à avoir un sens critique devant n'importe quelle autorité  qui s'occuperait des affaires publiques de notre pays", écrivez-vous. Très bien, mais quelle est "l'autorité.qui s'occupe des affaires publiques de notre pays" en ce moment, même si vous ne l'aimez pas? C'est Kabila et son gouvernement. Avez-vous ce "sens critique" à son égard? Tshisekedi n'est pas (encore) cette autorité !

Cela risque d'être long, mais si vous souhaitez qu'on poursuive le débat, allons-y et je repondrai point par point à votre leçon, une belle leçon peut-être mais que vous devriez d'abord assimiler vous même! Je n'ai pas abordé le fond. Je pourrai le faire si vous voulez.

Je terminerai par une question aussi bien à Kalala qu'à Mwamba: OUI OU NON LA REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO EST VICTIME D'UNE AGRESSION ? Nous pourrons parler des causes après la réponse.



Chris Sassa

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