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Lettre ouverte au Président Museveni
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Prof. Homère Tukunda Ohanu
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    J'ignore si ma lettre, bien qu'ouverte, vous parviendra. Mais mon espoir le plus profond est qu'il en soi ainsi, et qu'elle vous apporte un simple message d'un humble frère africain.

    Depuis très longtemps, je n'avais jamais eu l'occasion de vous voir dans mon pays qui s'appelait le Zaïre, sans doute pour des raisons évidentes. Et dès que ce pays a repris son nom de Congo, vous êtes apparu le 29 mai 1997, au stade des Martyrs, en compagnie de vos homologues Rwandais, Zambiens, Angolais et Congolais, lors de la cérémonie d'investiture du Président Mzee Laurant-Désiré KABILA, après la libération, la vraie indépendance du peuple Congolais auquel, de concert avec vos paires, vous vous êtes longuement adressé avec brio. Et vous m'avez fasciné, Monsieur le Président, à double
titre.
   
    D'abord, à cette occasion de la renaissance de mon pays, vous avez ressuscité le nom de Patrice Emery LUMUMBA en le prononçant plus de neuf fois, comme si vous vouliez nous convaincre que vous nous l'aviez amené en la personne de L.D. KABILA.

Et je peux vous dire que vous ne vous êtes pas trompé, Monsieur le président, car nous avons reconnu notre héros national en la personne du nationaliste KABILA que nous avons fini par plébisciter tous.

    Ensuite, j'ai admiré votre vision du développement de l'Afrique à partir de mon pays le Congo qui, disiez-vous, avait bloqué ce développement pendant le moment sombre de la dictature mobutienne et qui, grâce au courant nationaliste et à l'avènement d'un vrai leader, retrouvait sa vocation économique de l'Afrique centrale et de l'Afrique tout court, au moment où finalement on appuyait sur la "gâchette Congo" de ce grand "revolver Afrique".

    Dès lors, je vous avais d'office adopté comme un grand africaniste, mieux, un vrai panafricaniste de la trempe de Kwame Nkrumah et P.E. LUMUMBA.
J'enviais même le peuple Ougandais qui, après avoir sombré antérieurement dans la médiocrité et le ridicule sans pareil, avait de nouveau à sa tête un grand leader, un guide éclairé et éclairant.

    Mais aujourd'hui, Monsieur le Président, j'ai peine à vous identifier dans votre nouveau rôle vis-à-vis de ma patrie si meurtrie par plus de trois décennies de la plus horrible dictature que l'Afrique ait connue, et qui essaye à peine de se relever dans ses centres sous l'impulsion de notre nouveau Lumumba ( et futur héros national ) Mzee Laurent Désiré KABILA.

    Vous me décevez cruellement, Monsieur le Président, en vous efforçant d'enlever ou d'abandonner votre tunique de combattant de la liberté Africaine qui commence par celle des Etats Africains, exprimée par les chartes de l'O.U.A. et de l'O.N.U. en termes d'intangibilité des frontières héritées de la colonialisation, depuis les assises de Berlin en
1885.

    Pour terminer, Monsieur le Président, laissez-moi vous rappeler que l'Afrique est orpheline de ses dignes leaders.
Redevenez l'un de ceux-la qui soient encore rarement en vie et viables  aujourd'hui, enlevez la mine crispée que vous avez tristement affichée à Victoria Falls, retirez vos troupes de ma chère patrie fatiguée et malade, retirez le sabre de vos soldats qui lui transperce le coeur saignant. Voyez mes compatriotes qui meurent et pleurent tout le long
de la frontière avec votre pays.

Merci Monsieur le Président.

Prof. Homère Tukunda Ohanu
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