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La classe politique africaine et la confiscation du pouvoir
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Pr. Ejoh   Kasongo-Numbi K.
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    Après les indépendances, l'élite africaine a remplacé l'homme blanc pas seulement dans les maisons et les beaux quartiers qu'il habitait, mais aussi dans les privilèges et les mépris à l'égard d'indigène.

    Au Congo Kinshasa par exemple, pour ne citer que le cas de mon pays que je connais mieux, les formalités pour un Noir d'ouvrir un compte en banque sont celles que le Blanc avait conçues contre le nègre. En effet, l'ouverture d'un compte courant exige un montant minimum d'ouverture qui varie entre mille et deux mille dollars. Ceci afin de décourager tous ceux qui se trouvent encore dans le rôle de l'ancien indigène de se frotter, dans une même banque, aux " Bwana Mukubwa " (Grand Monsieur). Si un homme du peuple trouve ses mille ou deux milles dollars, selon la banque, le règlement, encore en vigueur, exige qu'il soit parrainé par un " Bwana Mukubwa ". S'il ne trouve aucun monsieur qui accepte de le parrainer, il n'ouvrira jamais son compte. Comme à l'époque coloniale, il devra se contenter de placer son argent dans une caisse d'épargne. C'est ainsi qu'aujourd'hui les commerçantes de la cité des nègres, surtout elles, gardent leur argent chez les boutiquiers du coin qui exige très souvent 10% comme frais.

    L'écart des salaires et des revenus entre les dirigeants qui ont remplacé les blancs et les autres noirs est tel que les enfants des premiers et ceux de seconds n'étudient pas dans de mêmes écoles.

    Comme à l'époque coloniale, le noir n'a pas le droit de se choisir ses administrateurs à différents niveau (province, district, commune ou territoire, collectivité). Ils lui sont désignés, conforment au Décret du 03 juin 1906 et à celui du 05 décembre 1933, par le Roi (Président de la République) ou ses représentants.

    Le Président Kabila a montré la volonté de mettre fin à cet état de chose en organisant les élections à tous les niveaux à partir d'avril 1999, tous ceux qui ont remplacé le blanc dans les privilèges lui font la guerre au propre comme au figuré.
    Pour la classe politique congolaise faite de nouveaux blancs, le pouvoir est à partager toujours à son niveau. Le peuple noir n'est jamais consulté. Depuis 1960, il n'y a jamais eu d'élections populaires du niveau présidentiel (avec plusieurs candidats). Les gouverneurs des provinces, les commissaires des districts, les administrateurs des territoires et des communes sont nommés conformément aux deux Décrets du Roi Léopold II.

    Après le 24 avril 1990, les noirs ont espéré que cela allait changer. Erreur. Pour les blancs à la peau noire, qui constituent la classe politique du Congo, le pouvoir se partage autour d'une table entre élites et jamais par la consultation populaire.

    L'élite de la classe politique arbore un discours désorienteur masquant la vérité : le refus de consulter le souverain primaire. Vraiment " primaire " pour elle. On évoque les préalables, les conditions optimales pour la réussite des élections. Tout cela, du cosmétique. Cela fait huit ans que ça dure. Si on la laisse faire, elle fait la guerre pour cela, la décennie 1990 ne verra pas d'élections au pays, même la décennie 2000. Ce n'est pas un discours justificateur et légitimateur qui manque à notre élite pour continuer à se rencontrer autour d'une table – que beaucoup veulent ronde – loin du petit peuple pour se dépecer le pouvoir à la manière d'un gâteau entre des messieurs qui ne représentent qu'eux-mêmes.

    Je reste optimiste. Comme notre peuple s'est révolté contre le blanc-blanc un certain 4 janvier 1959, il se révoltera un jour contre tous ceux qui trouvent des prétextes pour lui refuser le droit de se choisir librement ses dirigeants.

Professeur Ejoh  Kasongo-Numbi K.
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