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Reflexion sur le Sommet de la francophonie et la crise congolaise
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Aben Ngay Omer-Bernard
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SOMMET DE LA FRANCOPHONIE: DEBUT DE LA FIN DE LA CRISE CONGOLAISE?

A travers ce tître que je reconnais volontiers naïf, je voudrais tester le bien-fondé et la pertinence d'un des forums les plus importants regroupant bon nombre de chefs d'Etat Africains. Je sais qu'ils sont nombreux, les Africains qui se demandent comme moi, en quoi les Africains bénéficient-ils des forums tels que les sommets de la francophonie; ou à quoi servent des institutions telles que l' OUA. Mais voici que l' heure du sommet de la
francophonie sonne. De nombreux chefs d'Etat Africains vont se retrouver autour de Jacques Chirac, Président du pays qui se dit ami de l'Afrique. On dit que les questions de sécurité figureront en bonne place au cours de ce sommet. Il est à espérer qu' en ce qui concerne la crise congolaise, ce forum se revelera utile.

Pendant très longtemps, la communauté internationale s'est refusée de condamner les présidents Musseveni (Uganda) et Kagame (Rwanda) pour avoir envahi un pays voisin. On nous a fait croire que l'équation congolaise se compliquait parce que le Rwanda continuait à nier la présence de ses troupes au Congo. Le vieux Mandela que nous croyions impartial et symbole de la maturité et de la sagesse de la nouvelle génération des chefs d'Etat Africains était de ceux qui ont cherché à nous faire avaler une telle thèse.
Au point qu'il a "réussi à "peser de tout son poids" pour emmener Kagame à admettre qu'il avait des troupes au Congo.

Que Mandela ait réussi à convaince Kagame de reconnaître son mensonge publiquement, certains ont vu là une grande prouesse diplomatique et un début de dénouement de la crise. Vraiment il fallait être naïf, hypocrite ou complice de Kagame pour croire un seul instant qu' un tel avoeu aurait un impact quelconque sur la misère et le martyr que Kagame et ses commanditaires imposent au peuple congolais. En effet, la question que d'aucuns se posent est la suivante. Kagame est passé aux avoeux, et puis après? La réponse, malheureusement, est: RIEN. L'ONU se tait, car le problème du Congo n'intéresse pas l'Amérique, la seule force qui compte au sein de cette organisation. Bien sûr, on ne peut rien attendre de l'incapable et inutile OUA. La SADC quant à elle multiplie des sommets
inutiles sans jamais aboutir à quelque chose de concret.

La francophonie veut entrer maintenant dans la danse. Sommes-nous en droit d'attendre quelque chose de bon de ce forum? Il me semble que pour relever la crédibilité de la francophonie, les participants au prochain sommet devraient démontrer qu'au delà des formulaires protocolaires et diplomatiques, ce forum peut effectivement accomplir quelque chose d'utile pour l'un de ses membres. En ce qui concerne la crise congolaise, voici
quelques décisions concrètes que le sommet pourrait considérer:

1.    Cesser de jouer à l'hypocrisie. Le Rwanda et l' Uganda doivent être ouvertement condamnés. On ne peut pas continuer à admettre implicitement que Musseveni et Kagame peuvent impunément occuper une partie du Congo sous prétexte de défendre leurs frontières. Même si la France n'est pas encore prête à oublier l'arrogance que Kabila a affichée face à la francophonie l'année dernière, on doit cesser de considérer cette guerre comme un moyen de punir Kabila. C'est une guere qui coûte excessivemnt cher au Congo, non pas seulement en matière d'argent et de vies humaines, mais aussi et surtout en matière d'intégrité nationale. Plus la guerre dure, plus la thèse de la redéfinition des frontières prendra racines. (Le Rwanda de Kagame nous dira que Kindu fait partie de son territoire. Un tout petit pas vient d'être franchi: une ligne aérienne relie Kigali à Kindu sans que le Congo ait été impliqué dans les accords. Comprenne qui pourra!)

2.    Recommander que l'ONU impose des sanctions (par exemple embargo commercial et militaire) aux deux pays envahisseurs, s'ils ne se retirent pas incoditionnellement du Congo au plus tard le 15 Décembre 1998. (Je me demande pourquoi on impose des sanctions à tout un pays (la Libye) pour un acte de terrorisme suspecté d'être commis par deux de ses ressortissants. Que L'Iraq ait envahi le Koweit, le monde entier s'est mobilisé. Même nous les Africains qui n'avons rien à foutre là dedans, nous nous sommes sentis
concernés. Certains parmi nous ont même envoyé des troupes au Koweit. Mais que le Rwanda et l'Ouganda aient envahi le Congo, entraînant ainsi la mort et la souffrance des milliers d'innocents; personne ne parle de sanctions.
Même les Africains qui étaient prêts à défendre le Koweit gardent un mutisme complet).

3.    Exiger un cessez-le-feu entre les forces gouvernementales et les rebelles.

4.    Former une force Africaine d'interposition pour observer le retrait des forces rwandaises et ougandaises du territoire congolais, ainsi que le respect du cessez-le-feu entre les forces gouvernementales et rebelles.

5.    Exiger le retrait des forces zimbabweenes, angolaises et namibiennes. (Les congolais ne peuvent d'ailleurs s'empêcher de constater que depuis leur intervention salvatrice sur le front Bas-Congo/Kinshasa, nos fameux alliés n'arrivent même pas à reconquérir la moindre ville de la taille de Kabalo ou Kalemie. Bien au contraire, ce sont les force rebelles qui marquent des points sur le terrain).

6.    Exiger que Kabila ouvre des pourparlers avec les autres acteurs de la vie politique congolaise ainsi qu'avec les rebelles pour définir ensemble les grandes orientations de la vie politique du pays. (Les rebelles ne devraient être invités qu' après le retrait des rwandais et des ougandais et l'application effective d'un cesez-le-feu)

Si derrière l'invitation à participer au sommet de la francophonie se cache le complot d'evincer Kabila du pouvoir (comme semble le prédire le compatriote Fontaine Maluku dans son article "Voyage de tous les dangers") cela ne nous fera nullement voir le bout du tunnel. Bien au contraire. Car, on le sait, la crise congolaise actuelle ne se réduit pas à la personne du Président Kabila. Si on met l'hypocrysie de côté et qu'on cherche à voir la
vérité en face, on se rendra bien compte que faire partir Kabila ne mettrait pas automatiquement fin à la guerre. Même si on le remplaçait par un autre congolais, ce dernier finirait par comprendre que les intérêts du Congo passent avant ceux de Kagame, de Musseveni et de leurs commanditaires.
Alors, ceux-ci lanceraient encore une autre rébellion. Si par contre, on remplace Kabila par une marionnette à la solde du Rwanda et de l'Uganda, on voit très mal comment éviter une autre guerre civile (issue de l'intérieur du pays cette fois) pour renverser la marionnette!

La solution à court terme est que les envahisseurs quittent le Congo, que Kabila fasse une overture politique réelle et que nous revenions sur les grandes orientations de la CN tout en modifiant certaines de ses décisions en fonction du paysage politique actuel.

Je sais que je viens de proposer une solution incomplète au drame congolais. Une solution à long terme devra tenir compte des problèmes internes au Rwanda, Burundi, Uganda et Sudan. Ces quatre pays (surtout les deux premiers) ont tendance à exporter leurs conflits internes dans d'autres pays. Il faudra donc qu'à la longue on trouve des solutions durables
concernant les relations inter-ethniques et le partage du pouvoir dans ces pays pour voir enfin la paix regner dans toute la région.

Je sais que tout ce que je viens de proposer à nos chefs d'Etat de la francophonie relève de la naïveté d'un citoyen dépassé et frustré de voir son pays s'engouffrer dans la misère et le désordre pendant que ceux qui ont les moyens d'aider ce pays jouent à l'hypocrisie. Je sais également que la logique des politiciens, et surtout celle da la communauté internationale n'ont rien à voir avec celle du citoyen ordinaire que je suis. Je sais enfin
que le sommet de la francophonie et le reste de la communauté internationale trouveront bien des astuces pour protéger le comportement de Musseveni et de Kagame au Congo. En effet, la protection des frontières du Rwanda et de l'Ouganda est un impératif que l'on doit respecter même si cela implique la violation des frontières du Congo. Après tout, Musseveni et Kagame ne sont-ils pas le modèle du renouveau du leadership Africain?

Aben Ngay Omer-Bernard

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