Chère Madame
Libambu,
Dans votre lettre à monsieur le docteur
Bukonda, vous écrivez ceci :" C'est dommage de constater qu'il y a beaucoup
de cadres Zairo-Congolais qui se laissent dominer par des réactions bulbaires (bas étage
du cerveau) au lieu que ça soit plutôt des réactions corticales (étage supérieur du
cerveau) qui l'emportent. "
Une telle affirmation tendrait à
identifier ce que vous qualifiez des " réactions bulbaires " à des
réactions de " bas étage ", au contraire des " réactions
corticales supérieures ". Ceci doit être proscrit.
En effet, il est utile que vous sachiez
que, si, dans la phylogenèse comme dans lontogenèse, le développement des
fonctions mentales est étroitement lié à celui du cortex, surtout frontal, de sa
connectivité ainsi quà une accentuation de la spécialisation fonctionnelle de
chacun des deux hémisphères cérébrales, le fonctionnement du cerveau exige
détablir des corrélations pertinentes et donc de travailler obligatoirement avec
des opérations plus élémentaires. On ne peut donc imaginer un cerveau sans bulbe.
Pour votre connaissance, lexpression
" bas étage " nest nullement liée ni à la fonction ni au
niveau bulbaire, mais à la condition sociale dune personne ou dun groupe
dindividus. Ainsi lorsque lon dit dune réflexion quelle est de
bas étage, cela signifie quelle est dun niveau inférieur (à quoi ?), ce qui
peut sous-tendre linsuffisance ou le défaut dinstruction (et non
déducation) de la personne qui a émis cette réflexion.
Si la réflexion contenue dans votre
constatation se réfère au cortex et à la bulbe, on doit admettre, sans retenue, que
votre constatation est fausse. Cest ce dont je suis convaincu. Si, par contre, votre
réflexion se réfère aux conditions sociales de " beaucoup de cadres
Zaïro-Congolais ", alors cette constatation procède tout simplement de
lapartheid. Celui-ci existait au Zaïre dans sa forme la plus vicieuse : une
minorité très riche, et méprisante, et une majorité très pauvre, et désespéréee.
Ainsi, on peut comprendre votre désir effréné de réconciliation nationale, comme en
Afrique du Sud, et de... négociation avec les agresseurs et leurs affidés.
Mes respects, madame.
Jacques Mangalaboyi.
CERDEC, Lille
NB : Mon ami Olivier Badibanga
mexcusera ici davoir sacrifié la promesse tacite que je lui avais faite.
Jaimerais quil me dise comment le contacter personnellement. Il mavait
demandé de lire le site de Kin Kiey Mulumba. Je ne suis pas allé voir ce site : je
connais le personnage depuis 1990 à travers une histoire personnelle que jaurais le
plaisir de lui raconter. |