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Evolution politique au Congo: le vrai défi !
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Madame Djinali Mikebi Lebisi

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L'origine d'une culture politique de prédation

A quelques décennies, des années, voire des mois d'intervalle, les crises congolaises se succèdent et, quelque part, elles se ressemblent. Leur dénominateur commun réside dans la cause qui les engendre et dans les objectifs poursuivis par des fractions et groupes antagonistes: la course au pouvoir politique. Au Congo comme ailleurs en Afrique post coloniale, le pouvoir politique est le vecteur privilégié d'ascension sociale et de centralisation des richesses. Et pour la grande majorité de Congolais, c'est la position par rapport au régime en vigueur qui détermine le statut social, la fierté ainsi que la puissance matérielle dont chacun voudrait se prévaloir détenteur.

L'illustration de cet amer constat est frappante surtout actuellement où un régime venu combattre un système de gabegie et de prédation sans pareil, n'a pas tardé, du moins par certains de ses éléments, à se livrer aux mêmes méfaits et attitudes auxquels ils étaient supposés venus mettre un terme. C'est ainsi qu'au moment où la population patauge dans une cruelle misère au Congo, on est choqué de voir les parents des certains nouveaux nantis congolais frimer et se gonfler inopinément à l'étranger avec l'argent dont chacun devine facilement l'origine. Au-delà de l'ignominie traduite par ce comportement irresponsable, c'est la question de l'homme congolais et de la femme congolaise, de ses valeurs socio-culturelles intrinsèques et de l'idéal socio-politique qui en résulte, qui est sérieusement posée.

Certes, cet insane état d'esprit dominant dans la communauté congolaise ne peut être isolé de l'épisode colonial et de la longue parodie de ceux qui voulaient à tout prix ressembler aux occupants et accéder au burlesque statut d'"évolué" de l'époque. Ainsi, les colonisés se livrèrent à de terribles guerres fratricides en vue d'accéder aux fonctions d'intermédiaires autochtones de l'Etat colonial dans l'espoir d'exploiter abondamment les prérogatives d'auxiliaires de l'occupant pour s'enrichir au détriment de la masse. Au Congo belge, les "capitas" nommés par les colonialistes ainsi que leurs aides s'illustrèrent brillamment dans l'inventivité des occasions de prédation et d'extorsion des richesses à leurs propres frères.

La reproduction du modèle colonial

Dans "L'Etat en Afrique", Jean-François Bayard constate en effet que l'un des apports définitifs de l'indépendance aura alors résidé dans l'accès direct aux ressources de l'Etat qu'elle a accordé aux élites autochtones, jadis bridées par la tutelle coloniale. On perçoit dès lors l'ambivalence que couvaient et couvent encore certaines clameurs nationalistes. Déjà, même en son sens noble du terme - appel émotionnel à la cohésion interne -, le nationalisme tout court ne peut pas être en soi une idéologie politique. Il en constitue plutôt un des aspects et en est surtout un instrument en tant que moyen pathétique de propagande qui, dans une gestion économique et sociale saine et équitable, aurait des effets bénéfiques croissants et toujours prodigieux pour tous. A l'ère de l'interpénétration économique, sociale et culturelle mondiale, un débat politique réduit aux duels des seuls et simples slogans nationalistes ne peut que conduire à des régimes politiques de courte vue.

Or, au Congo démocratique, il n'y a pas que le vrai débat d'idées qui manque et qui inquiète; un système politique anachronique, reproduisant le détestable modèle colonial de prédation, a fait des institutions publiques et de l'Etat national des enjeux économiques et introduit dans le champ politique de graves tensions intra et inter-sociétales. Éminent site d'accumulation rapide des richesses, le pouvoir politique au Congo est à la base de la vivacité et de l'âpreté de plusieurs luttes intestines génératrices d'un effritement accéléré du patriotisme d'autrefois et de la vulnérabilité de notre pays.

Il y a donc contradiction criante entre les slogans de promotion des intérêts communautaires que certains prétendent représenter et l'irrésistible aspiration aux richesses personnelles ou oligarchiques qui s'avèrent être leurs réelles visées. En définitive, on le voit à tous les niveaux, la politique congolaise devient un champ privilégié de combines en tout genre, de népotisme, de clientélisme, de corruption, de vénalité et de recherche scabreuse de profit sans limite. Depuis l'accession du pays à la souveraineté, faire de la politique au Congo se ramène souvent à user de ruses tous azimuts, à mentir, à faire fortune. L'espoir, laissé en friche par Patrice-Emery Lumumba, de construire une nouvelle société plus à même de mieux défendre les intérêts des Congolaises et des Congolais s'éloigne et s'évanouit inexorablement. Tout cela ne peut qu'inquiéter.

Face à l'évolution politique en cours, l'un des grands défis à relever réside incontestablement dans la réorientation du débat politique au Congo ou plus spécifiquement, dans l'érection d'un vrai débat d'idées susceptible de permettre l'affrontement des différents projets de société. C'est là une révolution politique impérieuse à laquelle le Congo aspire. Même si elle ne saurait faire table rase du passé, une telle mutation culturelle devra au moins introduire une nouvelle manière de concevoir l'engagement politique dans notre pays. Elle devra notamment se concrétiser dans l'émergence d'une nouvelle culture politique pour servir de sève au processus de modernisation et de démocratisation des institutions en cours dans le pays.

Le débat sur l'avenir politique du Congo doit enfin sortir du carcan stérile et délétère où il a été longtemps confiné par des acteurs politiques véreux dont la plupart remontent à la situation spéciale de la décolonisation et incarnent encore le nationalisme ambigu des années soixante. Ce n'est donc pas avec des anecdotes et des conclusions péremptoires que nous construirons le Congo de demain. Comme les autres nations du monde moderne, le Congo doit affronter les grandes philosophies politiques du moment et tenter de repérer, en fonction de son histoire et des circonstances actuelles, les orientations idéologiques qui s'adaptent au mieux à sa situation. Et pour réunir un peu d'espoir d'y arriver, nous devons commencer par privilégier l'esprit d'analyse en lieu et place de nos habituelles et excessives émotions, nous efforcer à substituer sciemment la raison au sentiment.

Madame Djinali Mikebi Lebisi

E-mail: olychou@theglob.com

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