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Massacres des réfugiés hutus au Congo: Laurent-Désiré Kabila les reconnaît.

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Faustin Kutshienza
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1. Après l'aveu de son ministre d'Etat, Victor Mpoyo, c'est le tour de Mr Kabila de reconnaître officiellement les massacres des réfugiés hutus au Congo pendant la rébellion de 1996-1997 qui l'avait porté au pouvoir. En effet, dans un entretien publié le 19/11/1998, par le quotidien belge Le Soir, Mr Kabila a reconnu les massacres des réfugiés rwandais au Congo. Mais, il les impute aux troupes rwandaises qui l'avaient soutenu lors de sa conquête du pouvoir. Dans cet entretien, Mr Kabila a déclaré également: "l'Occident représente pour la République Démocratique du Congo (RDC) un
passage obligé".

2. Etant donné leur importance, ces évenements méritent d'être commentés. Ces comentaires seront faits en deux épisodes: la prémière épisode sera consacrée à la reconnaissance des massacres des réfugiés et la deuxième épisode portera sur la déclaration selon laquelle l'Occident représente "un passage obligé".

MASSACRES DES REFUGIES RWANDAIS.

3. "Les victimes se comptaient par milliers. Jamais nous n'aurions imaginé que ces gens puissent être si cruels, si sanguinaires, c'etait révoltant. La population locale (congolaise) était indignée des massacres. Nos compatriotes étaient bouleversés parce que on leurs demandait même d'aider les militaires, de mettre les corps dans des sacs, de les jeter dans les charniers. Ils devaient promettre de ne pas réveler où on les avaient enterrés" a déclaré Mr Kabila au journal Le Soir. "Ce n'est pas nous qui avons autorisé ces massacres, nous n'étions même pas informés" ajoute-t-il.

4. A noter que ces affirmations portent sur les massacres qui avaient eu lieu à Mbandaka (Equateur) et à Kisangani (Haut Congo). Cepandant, Mr Kabila n'a rien dit sur les massacres qui avaient été perpetrés dans la région du Kivu notamment aux camps Mungunga, Shabunda, Kimbumba, Katale, Kahindo.

5. L'opinion se souviendra que l'ONU avait envoyé une mission d'enquete sur ces massacres. Le gouvernement, qui avait nié catégoriquement que des massacres euent été perpétrés pendant la rébellion avait mis des entraves accompagnées d'une véritable diatribe contre la mission d'enquête. Intervenant à la Télevision officielle, le Ministre de l'Information et Porte-Parole du gouvernement, Raphaêl Ghenda (aujourd'hui emprisonné), avait le 4 avril 1998 qualifié de "scandaleux" le comportement de la mission
d'enquête qui, selon le gouvernement avait profané des tombes à Mbandaka. En réalité, les exhumations auxquelles la mission avait procédé avaient pour but de mettre à jour des fosses communes.

6. Pour mieux comprendre ce dossier, il nous a semblé nécessaire de dresser la chronologie ci-après:

1996

septembre: mouvement de révolte armée des banyamulengues 25 octobre: apparition de la rébellion AFDL

1997

8 avril: le rapporteur spécial de l'ONU sur les droits de l'homme au Zaîre, le chilien Roberto Carreton fait état d'une quarantaine de massacres.

12 avril: Mr Kabila affirme qu'il n'y a "jamais de massacres" des réfugiés rwandais au Zaîre

25 avril: Le HCR constate la disparution de 85.000 réfugiés au sud de Kisangani. Mr Kabila qualifie le drame de "petit problème". L'ONU dénonce une politique "d'extermination lente".

29 avril: Des agences humanitaires de l'ONU dénoncent des "tueries et differentes atrocités" infligées aux réfugiés par les rebelles de l'AFDL.

6 mai: La Commisssaire européen chargée de l'action humanitaire, Ema Bonino accuse Mr Kabila d'avoir transformé l'Est du Zaîre en un véritable abattoir.

17 mai: Les rebelles entrent à Kinshasa. Mr Kabila se proclame Chef de l'Etat depuis la ville de Lubumbashi.

20 juin: Mr Kabila affirme de nouveau qu'il n'y a "jamais de massacres" des réfugiés rwandais au Congo.

11juillet:les massacres des refugiés semblent mériter la qualification de "crime contre l'humanité" et même peut-être de "génocide" selon la mission de l'ONU.

8 octobre: L'Observatoire International Human Rights Watch et la Fédération Internationale des droits de l'Homme affirment détenir "la preuve matérielle" des massacres perpétrés par les forces de Mr Kabila.

1er décembre: Amnesty International accuse les forces de Kabila des massacres dans le Nord-ouest du Congo.

1998

12 fevrier: la mission d'enquete de l'ONU reprend des investigations à Mbandaka. Elle n'avait pu mener ses investigations à cause de l'hostilité de la population locale incitée à manifester par le gouvernement.

30 mars: Oswald Hakorinana, membre de l'ONG Grande Vision pour les droits de l'homme en RDC et témoin le plus important de la mission d'enquête de l'ONU
dans le Kivu est abattu à Goma.

4 avril: le gouvernement dénonce "le comportement scandaleux" de la mission à la quelle il reproche d'avoir exhumé des cadavres à Mbandaka.

9 avril: suspension de la mission d'enquete de l'ONU après l'arrestation par les services de securité de l'un des ses membres, le canadien Christopher Harland.

17 avril: l'ONU décide le retrait "immédiat" de la RDC de la mission en raison de "l'obstruction systématique" du gouvernement.

6 mai: la mission d'enquête "peut revenir quand elle veut" affirme Mr. Kabila.

30 juin:- l'ONU accuse dans un rapport les forces de Kabila d'avoir "systématiquement" tués des réfugiés hutus rwandais et des villageois congolais parfois avec le soutien de l'Etat rwandais de l'automne 1996 au printemps 1997. - l'ambassadeur de la RDC à l'ONU, André Mwamba Kapanga déclare à l'AFP que le rapport de l'ONU "repose sur des allégations et n'apporte pas de "preuves " de massacres.
- la rapport de l'ONU recommande la mise sur pied d'un tribunal international pour déterminer quels individus sont responsables des massacres et évaluer de l'implication des troupes du Rwanda et d'autres pays dans les tueries.

14 juiilet: le Conseil de Sécurité condamne "les massacres" sans citer explicitement les forces rwandaises ou celles de Mr. Kabila comme responsables.

2 août: une rebellion soutenue par le Rwanda et l'Ouganda, anciens parrains de Kabila éclate. Elle vise le renversement de Kabila qui, pour s'en défendre fait appel à l'Angola, au Zimbabwe et à la Namibie.

19 novembre: Kabila reconnait dans un intretien au journal belge Le Soir, les massacres des réfugiés hutus mais les imputent au Rwanda.

7. Devant cette situation, des questions se posent:
(1) qu'est ce qui justifie aujourd'hui la reconnaissance par Kabila des masacres longtemps niés?,
(2) pourquoi a-t-il attendu si longtemps pour avouer des crimes qu'il connaissait déjà ?
(3) quelle sera la réaction de la communauté internationale à la suite de cet aveu ?
(4) quelle sera à l'avenir la réaction des enfants rwandais dont les parents ont été massacrés au Congo vis-à-vis du peuple congolais?

8. Sur plan national, l'affirmation par Mr Kabila que des massacres avaient été perpetres contre les réfugiés rwandais apporte de la lumière sur des crimes commis sur le territoire congolais. Elle révèle des faits que l'arrogance du gouvernement au pouvoir a voulu cachés et la vérité qu'elle a longtemps étouffée.

9. Sur le plan international, il semble que cete affirmation pourrait faciliter la mise en oeuvre de la recommandation de l'ONU relative à la mise sur pied d'un tribunal international afin de déterminer les responsabilités et juger les coupables. Car, on ne peut pas construire la paix dans la région des Grands-Lacs sur l'impunité et l'amnestie du crime.

Prochaine livraison: Commentaires sur la déclaration de M. Kabila: l'Occident, un "passage obligé" pour la RDC.


Faustin Kutshienza
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