| Prof. Dr. C. Nguya-Ndila M.
Majestés,
Excellences Messieurs les Chefs dEtats,
Excellences Messieurs les Chefs de Gouvernements,
Avec lassurance de mon profond respect.
Cest pour moi un grand honneur de
madresser à Vous, spécialement aux Chefs dEtats de lAfrique centrale,
pour Vous supplier dadopter une position en faveur dun règlement pacifique et
rapide des conflits dans cette région, particulièrement au Congo Kinshasa. A cet effet,
je soumets à Votre appréciation lidée de tenir une conférence internationale en
vue délaborer un " Plan de Paix pour lAfrique centrale ".
Cette idée nest pas nouvelle. Elle est suggérée par des personnalités dignes de
considération depuis léclatement de la rébellion au Congo, en octobre 1996. Elle
me paraît venir à propos prolonger les propositions de constituer une force
dinterposition dans le conflit congolais comme une première étape dun
règlement définitif dune crise qui affecte toute la région de lAfrique
centrale.
LAfrique indépendante traverse
ainsi une période difficile de son histoire. La diplomatie africaine est, en effet, mise
à lépreuve. Les sages de lAfrique sont récusés ici et là, soupçonnés
davoir un parti pris dans tel ou tel conflit ou de servir des intérêts partisans.
Lintelligentsia réduite au silence laisse la voix aux armes. Tout cela arrive sous
les mandats des fils de lAfrique noire tant à lONU quà O.U.A. Il ne
reste donc plus quaux Chefs dEtat directement impliqués dans la guerre à
prendre les initiatives, même sous la pression des puissants de ce monde et de la misère
grandissante des populations, pour restaurer la paix dans la région du continent noir
menacée de dérive.
Daucuns y verront une nouvelle
conférence de Berlin. Quon lappelle même Berlin II, si cest le
meilleur moyen den terminer. Mais alors que lon se souvienne bien de ce que
fut la première, celle de 1885. Loin de moi la prétention de donner une leçon
dhistoire aux augustes destinataires de la présente. Cependant, à en croire le
texte final de ce sommet des Chefs dEtats, qui mit fin aux rivalités entre les
puissances de lépoque, la conférence fut avant tout économique par
linstauration dun régime de liberté de commerce et dégalité de
traitement de toutes les nations dans la région du bassin conventionnel du Congo. La
conviction partagée fut si forte que lon institua une servitude imposée aux
souverains territoriaux en matière de navigation sur le fleuve Congo et ses
embranchements et issues par la création dune commission internationale chargée de
garantir la liberté et de gérer ces eaux à la place des Etats. Les questions de
sécurité ont amené les puissances à adopter des règles relatives aux occupations
territoriales en même temps que la conférence prenait acte de celles déjà réalisées,
à déclarer la neutralité des territoires compris dans le bassin conventionnel du Congo,
à créer des mécanismes de règlement pacifique des conflits, et à organiser la
pacification des populations par la répression de lesclavage sur terre et sur mer.
Ce fut le premier Plan de Paix pour lAfrique
centrale.
A Peine un siècle sest écoulé. La
crise congolaise a fini par dégénérer et par faire la jonction avec dautres
guerres civiles et conflits ethniques dans la région. Plaise à tous les acteurs de
considérer que des problèmes communs se posent à tous les Etats concernés. Il
sagit essentiellement de ces rébellions, guerres civiles ou guerres ethniques, du
statut des personnes dans les zones frontalières, de la circulation des personnes et des
biens ou de la coopération économique en général, du contrôle des armes à feu, et
des mécanismes de prévention des conflits.
I. Des causes multiples sont à
lorigine des rébellions dans la région. Mon but nest nullement de les
examiner ici tout seul. Je refuse simplement pour ma part dy voir un déterminisme
quelconque. Dautres nations plus anciennes ont connu des situations
semblables ; elles sen sont tirées et jouissent aujourdhui de la paix et
de la prospérité. Il faut seulement admettre que la fin dun conflit ayant des
ramifications sur des Etats voisins requiert limplications de ces derniers dans les
solutions à y apporter. Qui na pas applaudi, en effet, les accords dArusha
sur le Rwanda et les accords de Lusaka sur lAngola, pour ne citer que les deux. Ces
accords ayant été chaque fois trop limités au niveau des parties en conflit, le faste
du règlement international na pas à lui seul réussi à réconcilier les frères
ennemis. Curieuse évolution de la situation, lAngola et le Rwanda séparés par
plus de deux mil kilomètres de distance se trouvent face à face dans la guerre au Congo.
LAfrique centrale est totalement dans le brasier. Si tous les Etats de la région
sont engagés dans une solution négociée, il y aura espoir de respect des accords et de
paix durable.
II. Une question de statut des personnes
physiques est à la base des événements sanglants au Congo Kinshasa depuis des
années : la nationalité ou la citoyenneté des originaires des territoires du
Rwanda et du Burundi. Par deux fois elle vient de servir de signal au danger
déclatement de lancien Congo belge. Selon toute apparence, il suffirait
pourtant dun changement de volonté politique dans ce pays pour régler
définitivement la question de la manière la plus pacifique qui soit ;et solution ne
peut être que nationale. Mais elle a les deux fois provoqué lintervention des pays
voisins. Une impulsion devrait émaner de la concertation des Etats de la région et une
collaboration sen suivre au plan de lapplication des principes acceptés par
tous. Ce ne serait même pas une innovation, puisque dautres parties du monde, comme
les Etats américains anciennement colonisés, ont précédé sur cette voie.
III. Le volet économique des problèmes
de voisinage na pas échappé aux gouvernements africains. Il a donné lieu à
plusieurs initiatives heureuses. Il y a peut-être à déplorer que certaines politiques
aient rencontré des réticences, par exemple en matière de circulation des personnes et
des biens. La faiblesse des administrations en serait la raison. Il faudrait maintenant
voir plus loin et envisager davantage la complémentarité des économies de
lensemble de la région, y introduire une coordination des unions économiques
existantes. Il peut savérer quun tri soit nécessaire pour plus de
rentabilité; car généralement on a constaté que, après la création et la
désignation des experts africains chargés den assurer le fonctionnement, les
moyens financiers nont pas été à la hauteur des ambitions exprimées. En outre,
un programme de la Commission économique des Nations Unies pour lAfrique (CEA),
élaboré il y a quelques années pour le bassin du Congo/Zaïre, constitue une piste
sûre dune meilleure mise en valeur des ressources naturelles très variées de la
région. La guerre empêche la poursuite des projets de développement. Les peuples de
lAfrique centrale risquent donc ainsi de végéter dans léconomie informelle,
qui leur permet à peine de survie, à moins dy apporter un souffle nouveau
constitué de moyens financiers et techniques.
IV. Cest dans lActe de la
Conférence antiesclavagiste de Bruxelles, de juillet 1890 ayant fait suite à celle de
Berlin, que les puissances coloniales avaient reconnu le rôle pernicieux du commerce des
armes à feu dans les opération de traite et dans les guerres intestines entre tribus et
sétaient engagées à linterdire dans les conditions que lon sait.
Aujourdhui on se demande qui financent les rébellions. En réalité, funeste
entreprise, les rebelles et les gouvernants sont entrain hypothéquer lavenir, sans
compter les destructions des infrastructures économiques et sociales et la terreur dans
laquelle les populations sont plongées, les empêchant de vaquer à leurs occupations et
les privant des soins dans les forêts ou les savanes où ils trouvent un refuge.
Les consciences sont révoltées ; mais on a
limpression dassister impuissant au naufrage dun navire.
V. Je nentends pas porter un
jugement défavorable à lendroit de lOUA. Les Pères fondateurs étaient si
bien inspirés que je leur rends continuellement un hommage mérité. On peut toutefois
sinterroger sur lefficacité des mécanismes de prévention des conflits
prévus par le système de lorganisation africaine. Loccasion est propice de
faire le point de laction accomplie dans ce domaine au regard de la nature des
problèmes auxquels les Etats africains sont confrontés. Dans ce quon serait tenté
dappeler une nouvelle crise de jeunesse, le prestige de O.U.A. risque dêtre
sérieusement entamé.
Quand nos Chefs admettront un jour que la
paix ne dépend pas de la fortune des armes, ils prendront le courage de se rapprocher. Le
souhait serait quils le fassent sous les auspices dun groupe des puissances et
des institutions internationales - lONU, O.U.A., lU.E, etc.- agissant de
concert. Une conférence pour la paix en Afrique centrale ne se conçoit pas sans la
présence des grandes puissances, en loccurrence celles qui ont colonisé
lAfrique ou qui ont siégé à Berlin. A lheure actuelle, il y a tout lieu
despérer ne pas y rencontrer les clivages idéologiques, qui ont caractérisé le
monde de laprès Seconde guerre. On peut discuter par ailleurs de la question de la
présence des représentants des mouvements rebelles à une telle conférence de la
paix. Louverture permettrait à tous les acteurs politiques de faire entendre
leurs voix ; aussi jestime quelle serait à recommander. De même le
succès serait mieux assuré en associant les travaux des experts à la diplomatie compte
tenu du caractère très technique que revêtent certaines questions à débattre.
En ma qualité de citoyen libre,
respectueux de lautorité et de lordre établi, jen appelle donc aux
meilleurs sentiments de Vos excellences, Vous les dirigeants africains et Vous les Grands
de ce monde, afin que Vous preniez en compassion les peuples martyrs de lAfrique
centrale auxquels les guerres civiles, les guerres ethniques ou tribales infligent tant de
souffrances, comme il y a un peu plus dun siècle. En acceptant dadhérer à
lidée dun nouveau Plan de Paix pour lAfrique centrale et de la
promouvoir, Vous accomplirez une uvre utile et philanthropique à la veille du
troisième millénaire de notre ère.
Je réitère mes sentiments très
respectueux et Vous prie de considérer, Majestés, Excellences Messieurs les Chefs
dEtat, Excellences Messieurs les Chefs de Gouvernement, que jai exprimé les
vux des milliers dhommes et de femmes qui de par le monde pensent comme moi.
Fait à Hoeilaart, le 24 novembre 1998 .
Célestin Nguya-Ndila Malengana,
Professeur dUniversité
Kibutu Ngimbi
Adresse : Jos Biesmansstraat 2 1560- Hoeilaart Belgique
Tél/fax. 0322/ 657 68 84.
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