Un mot aux Citoyens MANDA et
NZANGA.Si j'en crois votre interview dans le
journal "Le Soir" du samedi 14 novembre, la plupart de vos assertions sont
exactes, sauf si l'on est de mauvaise foi.
Par exemple : il est tout-à-fait indéniable que ce sont
les mobutistes qui ont conduit feu votre illustre père vers la regression nationale et la
déconfiture politique, alors qu'il avait si bien commencé en érigeant les principes
précieux consignés dans le manifeste du "Mouvement Populaire de la
Révolution". Car, comme vous le précisez, bien à propos, ces gens n'ont, en
général, jamais eu le souci de respecter les dits principes, encore moins celui de
servir le peuple et le pays.
Cependant, vous semblez dégager feu le président MOBUTU
de toute responsabilité. Comme la plupart des compatriotes, vous ne faites aucune nuance
quand il s'agit des mobutistes, en les mettant tous dans le même panier.
Or, avant la soi-disante démocratisation, tout le monde,
dans le cadre du parti unique, a été mobutiste pendant des années. Mais, il n'est pas
erroné d'affirmer qu"il y a toujours eu quelques personnes courageuses qui voulaient
aider loyalement feu votre père à mener une politique continue d'intérêt public et de
progrès social pour le peuple. Malheureusement, ils n'ont jamais été écoutés, pour ne
pas dire davantage. Au contraire, chacun sait que feu le Président de la République du
Zaîre-Congo a toujours préféré s'accomoder de véritables laquais, qui ne pensaient
qu'à leur poche, sans aucune ambition ni pour la grandeur du pays, ni pour le bonheur et
le bien-être de la population.
Par contre, il faut reconnaître que feu le Citoyen MOBUTU
SESE SEKO était, n'en déplaise à ses détracteurs, un homme généreux, au coeur
tendre, contrairement à la plupart de ses collaborateurs et autres anciens dignitaires de
son régime politique qui ont spolié le peuple avec ou sans complicité et dont certains,
bien égoïstes, pourraient même être devenus plus riche que lui.
De même, lorsque vous dites que le président KABILA est
un dictateur, chacun le sait. Mais, la comparaison s'arrête là. En effet, ainsi que vous
le savez, il n'est pas difficile de relever que feu votre père a détenu un véritable
pouvoir pendant plus de 25 ans, en jouissant pendant très longtemps du soutien total de
toute la puissance des pays occidentaux qui domminent le monde. Son successeur actuel
s'étant, dès le départ, trouvé à la tête du pays sans réel pouvoir, cherche encore,
comme il y a lieu de l'imaginer facilement, à l'affirmer et à l'assoir et sur le plan
intérieur et aussi par rapport aux pays étrangers.
Ainsi, indépendamment de la façon dont le Président
actuel de la République Démocratique du Congo fait usage des prérogatives et autres
moyens d'action qui sont réellement les siens, il n'est pas correct d'attendre de sa part
un bilan d'action qui puisse honnêtement soutenir une comparaison fiable.
Si l'on avait appuyé MOBUTU avec une certaine
détermination critique pendant la transition (surtout quand il était tombé malade), au
lieu de le faire partir du pouvoir dans les conditions déplorables que l'on sait, on
serait loin actuellement sur la voie de la démocratisation du pays. Du moins en tenant
compte des acquis de la Conférence Nationale Suprême qui avait suscité, à juste titre,
l'espoir de tout le peuple. En tout cas, on aurait certainement évité les conditions
anarchiques qui ménacent présentement le pays.
Dans cet ordre d'idées, tous les congolais devraient
appuyer KABILA, en lui mettant des gardes-fous nécessaires, afin de progresser sur la
voie de la construction démocratique dans le pays. Tout le monde doit être déterminé,
afin qu'il soit, à terme, le dernier dictateur qui s'impose au peuple et qui les engage
résolument sur la voie de la démocratisation de l'état.
Malheureusement, d'autres dictateurs menacent de le
remplacer. La spirale des dictateurs est d'autant plus garantie de se poursuivre que la
plupart des hommes politiques congolais sont corrompus ou très manipulables, ne visant
que leurs intérêts personnels. Et ce n'est pas l'immixtion des pays étrangers qui
facilitera les choses : chacun sait qu'en matière internationales, seuls les intérêts
comptent en définitive.
Certes, KABILA commet des erreurs politiques et
diplomatiques que n'aurait jamais commis feu le rusé MOBUTU. Par exemple : pourquoi
tergiverser à reconnaître la nationalité congolaise aux Banyamulenge ? Même, de droit,
il y aurait lieu d'admettre que tous les Banyamulenge sont des congolais à part entière.
Quitte à ces derniers de ce comporter comme tel en s'abstenant de jouer double jeu entre
le Congo, où ils vivent, et le Rwanda (voir le Burundi et l'Ouganda) où ils jouissent
des affinités éthniques indéniables.
De même, le principe du dialogue avec d'autres membres de
la classe politique nationale ne devrait souffrir d'aucune discussion, puis que l'on
cherche à démocratiser les institutions de la République. Mais, toute la question est
celle de savoir avec qui négocier. Il y a des hommes politiques qui se sont bien
disqualifiés de par leurs activités passées dont le peuple se souviendra toujours.
Ceux-là n'ont d'ailleurs pas d'intérêt à ce que celui-ci soit rendu souverain par la
démocratisation du pays. En outre, avec quels partis politiques se trouver au tour de la
table de négociation ? Quand ils existent réellement (la plupart étant purement
alimentaires) les partis politiques congolais, faute d'avoir à leur tête des hommes
politiques cultivant l'idéal de l'intérêt du peuple et du pays, se trouvent souvent
minés par des divisions visibles ou latentes. Au point que ce serait une véritable
gageure de demander un délégué par parti politique.
Il est vrai aussi que le Président KABILA devrait
s'ouvrir davantage à l'écoute des relations internationales, notamment de l'Occident, à
commencer par la Belgique qui, pour différentes raisons, est la partenaire incontournable
de notre pays. L'indépendance des intérêts de différents Etats est une réalité dont
on ne peut efficacement se passer. Au contraire, tout doit être fait pour en tirer partie
en étant soi-même, tout en ménageant aussi les exigences et les intérêts des
partenaires. Aucun pays au monde (même les U.S.A. avec leur puissance dans différents
domaines) ne néglige aujourd'hui cet aspect des choses.
L'opposition à KABILA serait très crédible et efficace
pour l'intérêt du Congo et de son peuple si elle s'alignait derrière l'attitude de
Monsieur TSHISEKEDI. Il s'agit de ne pas en rajouter à la misère des gens en s'abstenant
des actes de déstabilisation politique du Chef de l'Etat. Au contraire, il importe, dans
l'intérêt général, de soutenir tout ce qui est positif et de demeurer déterminé à
influer sur son action afin qu'il ne se détourne pas des voies de démocratisation du
pays.
Messieurs Manda et Nzaga, si c'est dans ce sens que vous
entendez vous engager dans l'action politique dans votre pays, on ne peut que vous
souhaiter bonne chance. Car vous êtes dans la seule voie qui tienne réellement compte de
l'intérêt de notre peuple qui a tant souffert depuis l'indépendance.
En effet, à part la paix et l'unité nationale qui sont
aujourd'hui menacées sérieusement et qui, n'en déplaise à ses détracteurs, étaient
chères à feu le Président Mobutu, ce qui manque encore dans notre cher pays, ce ne sont
pas des éléments intellectuels ni intelligents. C'est plutôt les gens qui aient
l'ambition pour la grandeur du pays et le bien-être de la population, et aussi qui aient
le sens du devoir et du sacrifice pour y parvenir. La classe politique en souffre.