| A la lumiere de ce qui se vit au
Congo-Kinshasa, nul ne peut douter du caractere interesse des medias et du monde
diplomatique etranger face a la situation chaotique creee par la guerre en RDC. Bien qu'il
est difficile (comme le reconnaissent les medias etrangers) de penetrer les arcades de la
rebellion et devoiler les vraies intentions, plusieurs communiques emanant des chefs
militaires de la rebellion sont bien repercutes sur les ondes. Nombreux sont ceux qui, allegremment, annoncent au fil des journees
des avancees, parfois reelles, des troupes rebelles et disqualifient par le meme fait
l'action des troupes loyalistes.
Sur le plan diplomatique, on note la croisade des
representants des rebelles dans les differents pays d'Europe et d'Amerique. C'est comme si
le gouvernement congolais est frappe d'un embargo diplomatique.
Autre fait non moins important: depuis la guerre dite de
"liberation", la presse internationale parle et insiste sur le massacre des
Rwandais (Hutu en 1997 et aujourd'hui Tutsi en 1998), comme si les balles choisissent
seulement ces deux peuples, laissant de cote les Congolais (vaccines contre les balles,
parce que Congolais). Combien de congolais sont morts dans ces deux guerres? Cela ne
preoccupe personne, sauf les familles eprouvees. La vie humaine est sacree, quelle soit la
personne tuee. Hutu, Tutsi ou Congolais tout court. Les personnes violees resteront
marquees toute leur vie,les enfants qui ont perdus leur parents resteront traumatises (un
des motifs du terrorisme et banditisme, selon les centres specialises europeens). Si tous
ces enfants etaient en Europe, on les aurait amener dans des centres psychiatriques. Qui
le fera pour le Congo? Si ca n'a pas ete fait en 1997, ce n'est pas aujourd'hui que l'on
va commencer.
D'aucun pourrait se demander quel peche les Congolais (et
congolaises) ont commis pour meriter un tel traitement? La reponse a cette question en
appelle une autre: les congolais ont-ils compris que les grands ensembles se defendent
mieux que les groupes isoles?
Devant les difficultes multiples rencontrees par les
congolais, existe l'impossibilite qu'ont les congolais a faire passer leur message.
Plusieurs voix sont les voix qui ont prone le rapprochement du pouvoir du president Kabila
avec l'opposition interne. Mais de ce cote la, la reponse se fait attendre. Pendant ce
temps, sur le terrain militaire, aucun indice n'est en faveur d'une victoire militaire,
d'un cote ou de l'autre.
Si certains fils du pays se sont leves pour proner la
solution negociee, la facon de le faire laisse croire que les congolais (pro- ou
anti-guerristes) ne voient pas la chose de la meme maniere. L'UDPS, parti aguerri dans
l'opposition et espoir de beaucoup de congolais, s'est caracterise avant et pendant la
guerre par une distanciation vis-a-vis de tout pouvoir qui ne soit issu des accords
souscris a la CNS. Toutefois, il faut noter que ce parti a utilise par moment les memes
methodes que les pouvoirs incrimines: l'exclusion. Point n'est besoin de signaler le
nombre de ses membres qui ont ete ecartes pour avoir pense autrement. La derniere
livraison des partis de l'opposition, a savoir son memorandum, a ete accueillie avec
beaucoup de septicisme par l'elite congolais. Si dans la forme et dans le fond le document
regroupe les points de vue de nombreux fils et filles du pays quant a l'incontournable
solution negociee, le memorandum de l'opposition peche dans le diagnostic qu'il fait de la
guerre actuelle. Plusieurs compatriotes l'ont pu demontrer a maintes et reprises. Que
pourrions-nous esperer des solutions proposees si au depart le diagnostic est biaise?
Comme dans toute situation, toute forme d'en finir avec la guerre reste la bienvenue, si
elle peut epargner les vies humaines. Wait and see!
Le lobby "religieux" et la societe civile, fer
de lance de l'organisation de la CNS, se sont laisses surplantes par les politiciens en
quete de repositionnement. C'est ainsi qu'a part le message du Cardinal-archeveque de
Kinshasa invitant la population de Kinshasa a l'amour du prochain et au respect de la vie
humaine, l'Eglise du Congo peche par un silence, que d'aucun qualifierait de coupable par
le temps qui court. Quant a la societe civile, elle apparait et disparait au gre de
l'evolution des evenements sur le terrain des operations militaires. Nous saluons par
contre les prises de position courageuses de certains groupes sociaux face a la crise que
traverse le Congo. Toutefois, nous exprimons notre desaccord quant au laisser-aller dans
la redaction et l'envoi des petitions dans les institutions internationales. Un peuple
organise et uni sait affronter les difficultes de tout genre. (Ce n'est pas Mutombo Lukasu
qui me dira le contraire, encore moins Mme L.)
La position de l'intellectuel congolais laisse a desirer.
Si certains offrent a l'opinion une vision historique des causes des conflits dans la
region des grands lacs, d'autres par contre s'adonnent a l'exercice de l'injure gratuite
(Dieu merci, il n'y a pas de justice). Au meme moment, certains se revelent par l'absence
de la modernite dans leur analyse.
Personne n'a le droit d'oublier son histoire, mais nous
n'avons pas l'obligation de faire marche arriere dans un monde qui evolue a grande
vitesse. Il est bon de rappeler les atrocites de la violation de Anuarite (qui n'etait pas
l'unique), il est aussi bon de regarder le monde actuel avec ses donnees reelles. L'Europe
se construit et s'organise, l'Afrique se desintegre et disparait. La construction des
grands ensembles en Afrique n'est pas vu d'un bon oeil ... Tous pronons le nationalisme,
faudra-t-il que les nations existent avant de se dire nationaliste. Qu'est-ce qui
empecherait aux Etats africains de redonner du poids a l'OUA et aux differents
regroupements regionaux? Qui prendra l'initiative de defendre l'Afrique? C'est sur ce plan
que nous attendons les analystes avec comme corrollaire la solution au conflit en RDC.
Les diplomates de tout bord disent, quand ce n'est pas
devant un micro, que le RDC est envahi. Mais qui ose prendre le courage de le denoncer sur
la place publique, au risque d'hypothequer les interets de son pays? Nous avons assiste a
des conferences donnees aussi bien par les Congolais que par des amis du Congo: la
situation de crise a ete preparee et voulue par les memes qui convoitent le Congo. Le seul
qui ne s'est pas prepare c'est le peuple Congolais. Aucun discours politique ne prepare le
Congolais au defi du moment, si ce n'est qu'a s'aneantir davantage dans le fanatisme
aveugle.
Aujourd'hui si le plan Tshisekedi reussissait, nous
demanderons a tout tenant de pouvoir de presenter son projet de societe afin que chacun
soit juge selon ses promesses. Bien que nous sommes partisans du dialogue, nous refusons
la duplicite dans les discussions politiques que caracterisent les politiciens congolais.
Un dialogue sincere doit permettre de condamner les atrocites et exiger reparations de la
part de ceux qui ont endeuilles des milliers des familles. Nous estimons que prives de ses
libertes depuis des annees, le peuple congolais a le droit de se prononcer sur les grandes
questions de l'Etat. L'organisation des elections, en commencant par les municipales
permettraient de tester la capacite de chaque parti politique a integrer le peuple dans
son action politique. En plus, les elections aideront a recomposer l'espace politique a
travers des grands ensembles issus des coalitions reelles. Aussi, faudra-t-il interdire
tout vagabondage politique, une loi devra reglementer le nomadisme des politiciens
soucieux des postes politiques et non de la defense des interets du peuple.
Pendant les 32 ans du pouvoir totalitaire du regime
Mobutu, le peuple congolais (zairois d'alors) est celui qui a le plus danse. Heureux le
peuple qui chante et qui danse, nous a-t-on appris. Le genie politique inventa une branche
du parti chargee de l'animation politique. Aujourd'hui encore, l'energie d'un peuple
meurtri par deux guerres est entrain d'etre gaspillee dans les marches de soutien, plus
pour se faire voir que pour apporter quelque chose de positif a la nation. Le
militantisme, notion vague et denuee de tout critere objectif, est en train de revenir en
force dans un pays ou le travail bien fait reste non recompense. Tout exces nuit dit-on.
C'est ainsi que l'exces de lumiere eblouit, tandis que l'exces d'obscurite rend plus
qu'aveugle. Dans les deux cas, on ne voit pas du tout. Mobutu avait ete tellement eclaire
qu'il en finit par etre ebloui ... Que se passe-t-il avec les politiciens actuels?
Enfin, tout le monde parle d'une armee moderne et
republicaine. Ca serait une utopie de penser dans une annee ou deux d'une armee moderne.
Si cela reste un souhait, je me contenterai encore des elements "disparates" qui
se retrouvent aujourd'hui dans un camp ou dans un autre. Mais le recrutement doit se faire
sur base de sa loyaute a la loi fondamentale du pays et tout candidat appele sous drapeau
doit prouver son appartenance a la nation congolaise.
La constitution, cadre longtemps exige par les uns et par
les autres, reste l'un des pas necessaires dans la marche vers la democratie. Doit-on
reinventer la roue? Il suffira de re-adapter les projets de la CNS afin d'eviter des couts
supplementaires. Qui doit realiser le travail de re-actualisation de la constitution? Une
des priorites du gouvernement doit-etre la mise sur pied d'une institution parlementaire
afin de constituer, de maniere concertee, ceux qui doivent etudier et analyser les
differentes propositions de constitution. Faire autrement revient a consacrer la division
et le climat de tension, elements precurseurs des conflits armes.
A suivre ...
Fraternellement.
Clement Kanyinda |