Il y a des
affirmations qui font dresser les cheveux et, jen conviens, la mienne en est une.
Libre de toute allégeance, je profite de ma totale liberté dopinion pour exprimer
ce qui ne peut que me coûter les attaques acerbes des intolérants. Je précise, pour
ceux qui ne sen douteraient, que je soutiens le gouvernement actuel, sans pour
autant être kabiliste, ni membre de lAFDL, ni même candidat à un quelconque poste
au Congo. Mon engagement découle de linterprétation que je fais de la lecture de
la situation politique réelle de notre pays, telle quelle se présente, et non
selon mes propres fantasmes patriotiques.
Toutes les initiatives que proposent nos
compatriotes, pour sortir notre pays de son triste sort, partent dune bonne et
louable intention. Mais cela ne suffit pas. La clé du problème dans notre pays est
fonction de la capacité de dépassement des incontournables, cest-à-dire tout ce
que le Congo compte en hommes politiques dune certaine importance. Pour certains, ce
dépassement peut même aller jusquà se mettre volontairement hors-jeu, pour
favoriser linstauration dune paix civile durable. La paix civile dans notre
pays nest pas entre les mains des citoyens mais des hommes et des femmes qui
ambitionnent de gouverner. Cest sur lappétit démesuré des membres de cette
caste que les étrangers arrivent à contrôler et à manipuler notre peuple. La limite de
toutes les solutions élaborées est lincapacité des hommes politiques congolais à
privilégier les intérêts du plus grand nombre par rapport à leurs propres intérêts
égoïstes. La recherche de toute solution ne doit donc jamais perdre de vue cette
réalité (donnée fondamentale).
La plus part de projets de résolution du
conflit congolais pose comme préalable la mise sur un même pied dégalité de tous
les protagonistes du paysage politique congolais : les tenants du pouvoir actuel, les
anciens collaborateurs de Mobutu et la coalition mobuto-tutsi.
Il est vrai que depuis la victoire des
forces de la libération, qui a mis à la longue dictature de Mobutu sur la dictature, le
président Kabila gouverne seul sans opposition officielle. Ce nest pas ce que nous
avions tous rêvé pour l'après Mobutu. Mais le niveau de connivence entre la classe
politique zaïroise et le régime corrompu de Mobutu ne laissait pas beaucoup de choix au
président Kabila. Qui aurait accepter que les barons du Mobutisme contrôlent la vie
politique et économique du pays, grâce à la fortune spoliée à notre peuple ? La
mise en veilleuse des partis politiques générés par la conférence nationale
nétait en soit pas une mauvaise chose, cest lexclusivité laissée à
lAFDL qui a faussé le jeu politique. Mais compte tenu des évolutions inhérentes
à toute gestion multiforme, tous les ingrédients de louverture de la vie politique
était rassemblés.
En effet, tous les observateurs sérieux
de la vie politique congolaise reconnaissent que le président Kabila na ni les
moyens ni le temps de se construire une dictature durable. Partant du principe que la
bonne gouvernance ne se décrète pas, louverture vers lexcellence était
devenue inexorable, au risque de perte de pouvoir par pourrissement interne.
Louverture vers lexcellence signifie faire appel aux compétences, élargir le
cercle des participants. Cest vers cette solution quon commençait fatalement
à sacheminer. La guerre venue de lEst est un élément perturbateur dun
processus naturel qui nous rapprochait de plus en plus de lentrée en scène des
toutes les vives du pays. Lagression mobuto-tutsi a conduit le régime à se
recroqueviller sur lui-même puisquil est attaqué par une alliance composée des
vaincus dhier et de ses propres anciens compagnons de combat.
Tous les hommes de bonne volonté
reconnaissent que notre pays est victime dune agression caractérisée. Pour des
raisons, qui souvent relèvent des considérations personnelles portant sur des intérêts
privés, une bonne frange de la population congolaise sapportent un soutien de fait
aux agresseurs, en promouvant lidée selon laquelle que cette guerre est une affaire
congolo-congolaise, un règlement de compte entre partenaires de la guerre de libération.
La campagne de déstabilisation du gouvernement du salut public et la banalisation de
lagression dont est victime notre pays ont fini par laisser le président Kabila et
son AFDL de défendre seuls lintégrité territoriale. Rejeté par ceux sur qui il
espérait sappuyer pour bouter lennemi dehors, le régime se recroqueville
davantage sur lui-même.
Ceci memmène à affirmer quen
participant à lentretien dun climat dinstabilité permanent dans notre
pays, nous jouons le jeu de ceux qui se satisfont de nous voir raser les murs. Pour nous
sortir de cette triste situation, chacun de nous doit prendre sur lui la responsabilité
dinterrompre ce cycle infernal. Et cela passe par une vraie stabilisation. Tout doit
être fait pour éviter la "somalisation du Congo ".
Entre les Congolais assoiffés du pouvoir
pour le pouvoir, les chefs détat envieux des pays voisins qui se délectent de la
" congonerie ", les puissances néocoloniales qui ne voient en notre
pays quun territoire intéressant du point de vue de la géopolitique, et
. le
peuple congolais se retrouve bien seul. Or tout pays, quel quil soit, ne peut
compter que sur ses élites vierges de toute compromission et intellectuellement
honnêtes. La propension à se mettre sous le manteau des "barons du
mobutisme " est un aveu dincapacité et une sorte de sacralisation des
"élites de la deuxième république ", comme si le mobutisme était une
référence pour la troisième république en construction.
La situation politique de notre pays nous
invite à plus de responsabilités. Chacun de nous a le devoir de combattre son moi
intérieur pour analyser de manière froide la période historique que vit notre pays afin
de se faire une propre opinion et trouver une vraie motivation à soutenir le gouvernement
actuel.
Le fond commun des diverses solutions de
règlements du conflit congolais est la mise sur un même pied dégalité de tous
les prétendants à la table des négociations. Je considère, pour ce qui me concerne, ce
fond comme un lEure et injuste. Un lEure parce quen réalité, sous la
forme dun postulat innocent, lobjectif poursuivi consiste à banaliser le
président Kabila. Injuste, parce quil est inconcevable dimposer au vainqueur
de négocier, dégal à égal, avec ceux quil a chassé du pouvoir (Mobutu et
ses associés volontaires et involontaires du cirque de la conférence nationale). Si cela
devait lui être imposé, je crains que le "maquisard " retrouve ses
instincts et se braque contre tous. Qui va encore une fois trinquer ?
Nous avons plus à gagner à participer à
une uvre de construction dun cadre institutionnel, en prenant acte des
rapports des forces actuelles. Créons un climat de confiance avec et autour du président
Kabila, au risque de soutenir une rébellion qui, de toutes les façons, ne mettrait pas
fin à linstabilité politique que connaît notre pays. Cest un choix
difficile, mais cest à ce prix que nous éviterons à notre pays plusieurs années
de guerre civile. Ce nest pas jouer à loiseau de mauvais augure que de
prétendre : faire perdre la face au président Kabila, aujourdhui, cest
signer un bail dinstabilité politique, pour plusieurs années.
Roger Kankwende