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La paix au Congo passe par une solution politique avec le président Kabila comme point d'ancrage
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Roger Kankwende

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Il y a des affirmations qui font dresser les cheveux et, j’en conviens, la mienne en est une. Libre de toute allégeance, je profite de ma totale liberté d’opinion pour exprimer ce qui ne peut que me coûter les attaques acerbes des intolérants. Je précise, pour ceux qui ne s’en douteraient, que je soutiens le gouvernement actuel, sans pour autant être kabiliste, ni membre de l’AFDL, ni même candidat à un quelconque poste au Congo. Mon engagement découle de l’interprétation que je fais de la lecture de la situation politique réelle de notre pays, telle qu’elle se présente, et non selon mes propres fantasmes patriotiques.

Toutes les initiatives que proposent nos compatriotes, pour sortir notre pays de son triste sort, partent d’une bonne et louable intention. Mais cela ne suffit pas. La clé du problème dans notre pays est fonction de la capacité de dépassement des incontournables, c’est-à-dire tout ce que le Congo compte en hommes politiques d’une certaine importance. Pour certains, ce dépassement peut même aller jusqu’à se mettre volontairement hors-jeu, pour favoriser l’instauration d’une paix civile durable. La paix civile dans notre pays n’est pas entre les mains des citoyens mais des hommes et des femmes qui ambitionnent de gouverner. C’est sur l’appétit démesuré des membres de cette caste que les étrangers arrivent à contrôler et à manipuler notre peuple. La limite de toutes les solutions élaborées est l’incapacité des hommes politiques congolais à privilégier les intérêts du plus grand nombre par rapport à leurs propres intérêts égoïstes. La recherche de toute solution ne doit donc jamais perdre de vue cette réalité (donnée fondamentale).

La plus part de projets de résolution du conflit congolais pose comme préalable la mise sur un même pied d’égalité de tous les protagonistes du paysage politique congolais : les tenants du pouvoir actuel, les anciens collaborateurs de Mobutu et la coalition mobuto-tutsi.

Il est vrai que depuis la victoire des forces de la libération, qui a mis à la longue dictature de Mobutu sur la dictature, le président Kabila gouverne seul sans opposition officielle. Ce n’est pas ce que nous avions tous rêvé pour l'après Mobutu. Mais le niveau de connivence entre la classe politique zaïroise et le régime corrompu de Mobutu ne laissait pas beaucoup de choix au président Kabila. Qui aurait accepter que les barons du Mobutisme contrôlent la vie politique et économique du pays, grâce à la fortune spoliée à notre peuple ? La mise en veilleuse des partis politiques générés par la conférence nationale n’était en soit pas une mauvaise chose, c’est l’exclusivité laissée à l’AFDL qui a faussé le jeu politique. Mais compte tenu des évolutions inhérentes à toute gestion multiforme, tous les ingrédients de l’ouverture de la vie politique était rassemblés.

En effet, tous les observateurs sérieux de la vie politique congolaise reconnaissent que le président Kabila n’a ni les moyens ni le temps de se construire une dictature durable. Partant du principe que la bonne gouvernance ne se décrète pas, l’ouverture vers l’excellence était devenue inexorable, au risque de perte de pouvoir par pourrissement interne. L’ouverture vers l’excellence signifie faire appel aux compétences, élargir le cercle des participants. C’est vers cette solution qu’on commençait fatalement à s’acheminer. La guerre venue de l’Est est un élément perturbateur d’un processus naturel qui nous rapprochait de plus en plus de l’entrée en scène des toutes les vives du pays. L’agression mobuto-tutsi a conduit le régime à se recroqueviller sur lui-même puisqu’il est attaqué par une alliance composée des vaincus d’hier et de ses propres anciens compagnons de combat.

Tous les hommes de bonne volonté reconnaissent que notre pays est victime d’une agression caractérisée. Pour des raisons, qui souvent relèvent des considérations personnelles portant sur des intérêts privés, une bonne frange de la population congolaise s’apportent un soutien de fait aux agresseurs, en promouvant l’idée selon laquelle que cette guerre est une affaire congolo-congolaise, un règlement de compte entre partenaires de la guerre de libération. La campagne de déstabilisation du gouvernement du salut public et la banalisation de l’agression dont est victime notre pays ont fini par laisser le président Kabila et son AFDL de défendre seuls l’intégrité territoriale. Rejeté par ceux sur qui il espérait s’appuyer pour bouter l’ennemi dehors, le régime se recroqueville d’avantage sur lui-même.

Ceci m’emmène à affirmer qu’en participant à l’entretien d’un climat d’instabilité permanent dans notre pays, nous jouons le jeu de ceux qui se satisfont de nous voir raser les murs. Pour nous sortir de cette triste situation, chacun de nous doit prendre sur lui la responsabilité d’interrompre ce cycle infernal. Et cela passe par une vraie stabilisation. Tout doit être fait pour éviter la "somalisation du Congo ".

Entre les Congolais assoiffés du pouvoir pour le pouvoir, les chefs d’état envieux des pays voisins qui se délectent de la " congonerie ", les puissances néocoloniales qui ne voient en notre pays qu’un territoire intéressant du point de vue de la géopolitique, et …. le peuple congolais se retrouve bien seul. Or tout pays, quel qu’il soit, ne peut compter que sur ses élites vierges de toute compromission et intellectuellement honnêtes. La propension à se mettre sous le manteau des "barons du mobutisme " est un aveu d’incapacité et une sorte de sacralisation des "élites de la deuxième république ", comme si le mobutisme était une référence pour la troisième république en construction.

La situation politique de notre pays nous invite à plus de responsabilités. Chacun de nous a le devoir de combattre son moi intérieur pour analyser de manière froide la période historique que vit notre pays afin de se faire une propre opinion et trouver une vraie motivation à soutenir le gouvernement actuel.

Le fond commun des diverses solutions de règlements du conflit congolais est la mise sur un même pied d’égalité de tous les prétendants à la table des négociations. Je considère, pour ce qui me concerne, ce fond comme un l’Eure et injuste. Un l’Eure parce qu’en réalité, sous la forme d’un postulat innocent, l’objectif poursuivi consiste à banaliser le président Kabila. Injuste, parce qu’il est inconcevable d’imposer au vainqueur de négocier, d’égal à égal, avec ceux qu’il a chassé du pouvoir (Mobutu et ses associés volontaires et involontaires du cirque de la conférence nationale). Si cela devait lui être imposé, je crains que le "maquisard " retrouve ses instincts et se braque contre tous. Qui va encore une fois trinquer ?

Nous avons plus à gagner à participer à une œuvre de construction d’un cadre institutionnel, en prenant acte des rapports des forces actuelles. Créons un climat de confiance avec et autour du président Kabila, au risque de soutenir une rébellion qui, de toutes les façons, ne mettrait pas fin à l’instabilité politique que connaît notre pays. C’est un choix difficile, mais c’est à ce prix que nous éviterons à notre pays plusieurs années de guerre civile. Ce n’est pas jouer à l’oiseau de mauvais augure que de prétendre : faire perdre la face au président Kabila, aujourd’hui, c’est signer un bail d’instabilité politique, pour plusieurs années.

Roger Kankwende

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