| LE GROUPE DE RÉFLEXION SUR LA CRISE CONGOLAISE
4830 Queen Mary #105
Montréal (Québec)
H3W 3G3
Le 1 septembre 1998
Lettre ouverte
Le très honorable Jean Chrétien
Premier Ministre du Canada
Cabinet du Premier ministre
Édifice Langevin
80, rue Wellington
Ottawa (Ontario)
K1A 0A2
Très honorable Premier ministre,
Objet La crise en République démocratique du Congo
Depuis le 2 août 1998, la République démocratique du
Congo est plongée dans une crise sans précédent, découlant de l'agression militaire et
l'invasion du territoire par deux pays voisins: le Rwanda et lOuganda. Le peuple
congolais condamne unanimement cette agression et appuie l'action du Gouvernement en place
à Kinshasa pour chasser les envahisseurs hors du pays le plus rapidement possible.
Limplication de ces deux pays dans lagression
dont la RD Congo est victime est patente. Selon une dépêche de lagence de presse
AFP en date du 18 août 1998, une commission dobservation des Pays dAfrique
centrale et australe envoyée début août 1998 a reconnu lintervention de
larmée rwandaise. Cette même agence rapportait le 25 août dernier que le Rwanda,
par lentremise de son ambassadeur à lONU, M. Gidéon Kayinamura, a menacé
dintervenir ouvertement en RD Congo soit disant pour préserver ses intérêts de
sécurité. De même que le ministre ougandais des Affaires étrangères, M. Eriya
Kategeyo a admis ce même jour que des troupes ougandaises se trouvent en RD Congo.
Compte tenu de cette situation combien explosive, un
"Groupe de réflexion sur la crise congolaise - GRCC" a été créé à
Montréal le 22 août 1998 par des Canadiens dorigine congolaise. Ce groupe ad hoc a
pour but de prendre position sur différents aspects de lévolution de la crise
découlant de linvasion rwando-ougandaise et de mener toute action pacifique
pertinente visant à informer et à sensibiliser diverses opinions nationales et
internationales sur les aspirations du peuple congolais. Il entend solliciter tout appui
pouvant contribuer à mettre rapidement un terme à cette agression, tout en pressant les
autorités congolaises à réunir autour d'une table toutes les forces vives du pays en
vue de trouver une solution politique nationale durable, devant favoriser l'avènement
d'une société libre et démocratique.
Les Congolais ont toujours apprécié l'amitié canadienne
qui, avant comme après l'indépendance en 1960, s'est manifestée dans l'action des
missionnaires, de lAgence canadienne pour le développement international (ACDI)
depuis plus de 30 ans et de plus en plus dans l'action des ONG et des gens d'affaires
canadiens. Quand le régime mobutiste, contrairement aux aspirations du peuple, a sabordé
le processus de démocratisation, le Canada, pour marquer son désaccord, a fermé son
ambassade à Kinshasa. Il l'a rouverte récemment suite à l'espoir né de la chute de ce
régime. Lors d'une table ronde organisée à Ottawa le 12 février dernier par le
ministère des Affaires étrangères du Canada pour examiner les possibilités de mettre
à contribution les ONGs et les entreprises privées, notamment du secteur minier,
celles-ci ont déclaré s'engager dans des investissements évalués à plus de 3,5
milliards de dollars. Les Congolais apprécient cette amitié profonde et souhaitent que
le Canada joue un rôle significatif dans la présente crise qui menace son intégrité
territoriale et la paix dans toutes les régions de l'Afrique centrale, australe et de
l'est.
Le Canada, grâce à l'estime que le peuple congolais et
plusieurs pays portent à son égard, et grâce à son poids dans les différentes
instances internationales, peut effectivement jouer un rôle important aux côtés du
peuple congolais dans la recherche d'une solution durable pour résoudre la crise et
favoriser la relance du processus démocratique en RD Congo.
Nous demandons urgemment au gouvernement canadien de:
Condamner lagression rwando-ougandaise et demander
le retrait sans délais et sans conditions de ces forces du territoire national congolais.
Soutenir fermement lintégrité territoriale de la
RD Congo en prenant le leadership sur le plan international en faisant adopter par
lAssemblée générale des Nations-Unies une résolution condamnant lagression
rwando-ougandaise et exigeant le retrait de leurs troupes du Congo.
Participer à un envoi éventuel dune mission de
maintien de la paix
Le Groupe de réflexion sur la crise congolaise souhaite
linstauration dun État de droit en RD Congo qui tienne compte des aspirations
du peuple: vivre et travailler dans la paix et la justice. À cet égard, nous demandons
au gouvernement canadien daider le gouvernement congolais pour quil accélère
et parachève dans les meilleurs délais le processus de démocratisation. Que le Canada
sengage à:
- Aider les Congolais à organiser, sous légide de
leur gouvernement, une table ronde nationale réunissant toutes les forces vives du pays
en vue de trouver une solution politique nationale durable.
- Offrir de prendre en charge une partie du coût de
l'organisation de cette table ronde.
- Prendre part au financement du processus électoral.
- Aider à créer en RD Congo des institutions pour la
promotion et la défense des droits de la personne.
Connaissant le souci humanitaire et la compréhension
entre les peuples du Canada, nous sommes convaincus que le gouvernement que vous dirigez
prêtera une oreille attentive à notre requête.
Nous demeurons à votre entière disposition pour tout
complément dinformation et, tout en vous remerciant à lavance de votre
action, nous vous prions dagréer, Monsieur le Premier ministre, lexpression
de nos sentiments très distingués.
Pour
Le Groupe de réflexion sur la crise congolaise:
| Fortuna T. Kangudi, Ingénieur Coordonnateur général
Tél.: (514) 987-1807 (bureau)
Cellulaire: (514) 233-3502 |
Me François Lumbu, avocat Coordonnateur pour lOutaouais
Tél. (613) 943-9166 (bureau)
(819) 669-5098 (domicile) |
c.c.: M. Lloyd Axworthy
Ministre des
Affaires étrangères
et du Commerce
international
T.F. Kangudi |