Bref aperçu historique
de la Conférence Nationale Souveraine
De l'ouverture le 07 août 1991 à la clôture le 06 décembre 1992 |
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| A.M. Kabambi |
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(Extrait du mensuel de l'Union de la Diaspora Congolaise, La RENAISSANCE
N°
21 du 31 octobre 1998, édité à Montréal, Canada)
La Conférence Nationale Souveraine(CNS) est devenue une référence incontournable dans
la politique intérieure congolaise. L'ennui, ce que l'opposition s'en sert pour
légitimer ses actions, et le pouvoir de Kabila, rejette en bloc ses résolutions les
qualifiant des constructions héritées de la dictature mobutiste.
Face à cette controverse, je me propose d'en faire un rapide survol historique afin
de situer clairement son action.
Les grands bouleversements de la politique internationale dès la fin 1989 avec le
démantèlement du communisme en URSS, l'effondrement du mur de Berlin, la chute de
Ceasescu en Roumanie, marquent la fin de la guerre froide et contraignent le président
Mobutu qui sent venir la contestation dans son pays, à lancer le 14 janvier 1990 l'idée
des consultations populaires au cours desquelles le peuple exprime ses doléances. A
l'issue
de celles-ci se forme progressivement le projet de la Conférence nationale dont la
mission est de contribuer à la recherche des solutions susceptibles d'améliorer le
fonctionnement des institutions nationales.
Cette Conférence nationale s'ouvre le 7 août 1991 au Palais du Peuple à Kinshasa. C'est
le Premier ministre Mulumba Lukoji qui préside la séance d'ouverture, en l'absence
injustifiée du chef de l'Etat. Dans son discours, il dresse un bilan négatif de trente
une années d'indépendance, particulièrement sur le plan socio-économique. Après cette
ouverture, l'opposition remarque la présence massive et injustifiée des inconditionnels
du Mouvement Populaire de la Révolution(MPR) qui siègent en tant que invités du
gouvernement.
Difficile climat politique au pays
Vers la mi-août, on assiste au pays et particulièrement à Kinshasa, a un regain
d'insécurité et de violence, on parle des opérations de hiboux , il
s'agit de raids nocturnes, opérés à bord de véhicules de marque Mitsubishi Pajero non
immatriculés, avec des hommes armés, parfois masqués, procédant à des enlèvements,
intimidations, mauvais traitements...
Qui sont en fait, ces hiboux ?
Un résumé d'un rapport publié par la ligue de droits de l'homme à Kinshasa le 22
septembre révèle que 32 instructeurs Sud-africains auraient entraîné une centaine de
soldats zaïrois aux techniques de type non - conventionnel ; guérilla urbaine, sabotage,
emploi de mines, enlèvements, assassinats, répression, etc.
L'instruction des soldats, issus dans leur quasi - totalité de l'ethnie Ngbandi, a
débuté en mars à la base de Kitona, dans le Bas-Zaïre, et s'est achevée le 25 août
par une remise de brevets. Les instructeurs Sud-africains, tous de race blanche, sont
aussitôt retournés à Pretoria.
D'autre part, suite à la baisse du pouvoir d'achat et au non-paiement de leurs soldes, le
lundi 23 septembre 1991, les parachutistes des Forces armées zaïroises cantonnés au
camp CETA, s'emparent de l'aéroport international de N'djili, ils pillent, incendient et
saccagent ses différents bâtiments. Le signal est ainsi donné pour un pillage
systématique dans la ville, pendant deux jours, les militaires d'autres camps se
dispersent dans Kinshasa où ils pillent, dévastent aussi bien les domiciles privés que
les équipements industriels et collectifs. Dans ces désordres, on déplore des blessés,
des victimes de viol, mais aussi une
centaine de perte en vies humaines.
Le mardi 24 à minuit, le président Mobutu s'adresse à la nation, dans son message, il
s'inquiète de la destruction des infrastructures économico-industrielles de la ville de
Kinshasa qui n'a plus après le pillage de stocks en produits pharmaceutiques, denrées
alimentaires, fournitures scolaires. Il demande aux militaires de cesser le pillage, de
retourner dans leurs camps. Il leur garantit d'avance l'impunité en leur accordant son
pardon paternel et présidentiel. Dans son message, il annonce également
l'intervention des militaires français et belges qui viennent assurer la protection de
leurs ressortissants.
Le conseil des ministres du 25 septembre, présidé par le chef de l'Etat à Nsele
décrète le couvre-feu à Kinshasa de 20 h. à 5 h. du matin. Au lieu de rassurer, cette
mesure facilitera dans les rues désertes, des bandes armées à s'attaquer à certaines
habitations privées pour y voler.
M. Tshisekedi nommé Premier ministre
C'est dans ce climat de tension, de panique et de peur alors que les travaux de la
Conférence Nationale stagnent, que le président Mobutu après une réunion de
concertation au Palais de Marbre à Kinshasa avec les représentants de l'Union Sacrée ou
coalition des forces politiques de l'opposition, signe le 30 septembre, au terme d'une
troisième journée de concertation, l'ordonnance portant nomination de M. Etienne
Tshisekedi au poste de Premier ministre.
Cette nomination donne espoir au peuple congolais qui demeure cependant inquiet face à
l'insécurité généralisée sur le territoire de la République où l'on déplore
agressions et pillages sporadiques des particuliers, mais aussi les actes de terrorisme
comme celui qui a détruit l'imprimerie et bureau du journal Elima.
La prestation de serment du nouveau gouvernement a eu lieu le 16 octobre au Palais de
marbre, sous la présidence du chef de l'Etat. Cette cérémonie d'investiture du
gouvernement Tshisekedi composé de 22 ministres, s'est limitée pour chacun d'eux à
signer le procès-verbal de prestation de serment sans avoir prononcé le texte du
serment. Cet incident servira de prétexte à Mobutu pour révoquer le gouvernement
Tshisekedi le 21 octobre en déclarant que le Premier ministre était dans
l'impossibilité légale
d'exercer ses fonctions, pour avoir avant de signer, barré les mots constitution et
garant de la nation, dans la formule du serment. Cette révocation suscite la réprobation
de toute la population, cela n'empêche pas Mobutu de signer une nouvelle ordonnance le 23
octobre qui nomme Bernardin Mungul Diaka Premier ministre.
Fossoyeurs de la Conférence Nationale Souveraine
Après sa nomination, Mungul Diaka, réunit deux fois la CNS en séance plénière, le 15
et 20 novembre. Entre-temps, le 25 novembre, le président Mobutu dans le cadre de
l'application des accords du palais de Marbre et dans un message adressé à la nation,
annonce le remplacement de M. Mungul Diaka par M. Nguz-a-Karl-Ibond. Dans son message, il
demande à la CNS de doter le pays dans les meilleurs délais de projets d'une
constitution, d'une loi électorale et d'un calendrier électoral.
L'union sacrée conteste la nomination de Nguz qu'il considère comme traître. Cela se
traduit par d'innombrables manifestations populaires de protestation. Début décembre,
toute la classe politique s'inquiète de ce qui allait arriver à l'expiration du mandat
de sept ans du maréchal Mobutu, le 4 décembre à minuit. Le jour même de cette
expiration, le président Mobutu annonce que conformément à l'article 4 des dispositions
transitoires
de l'actuelle constitution il restera en fonction jusqu'aux prochaines élections.
L'opposition estime de son côté qu'il fallait appliquer l'article 40 qui stipule qu'en
cas de vacances ou d'empêchement, les fonctions de Président de la République soient
provisoirement assumées par le Président de l'assemblée nationale.
Pour protester contre la non-application de cette disposition, l'opposition lance dès le
5 décembre Journée ville morte largement suivie par la population de
Kinshasa.
Le 11 décembre, la CNS reprend ses travaux sous la présidence du ministre de
l'intérieur : M. Mandungu Bula Nyati ; avec un seul point inscrit à l'ordre du
jour ; élection du Président du Bureau provisoire. Le candidat présenté par la
société civile ; Monseigneur Monsengwo, archevêque de Kisangani et président de
la Conférence épiscopale du Zaïre l'emporte.
Dans les jours qui ont suivi, les séances plénières de la CNS étaient entièrement
réservées aux opérations de constitution de son bureau provisoire, c'est ainsi que M.
Joseph Iléo Président du Parti Démocrate et Social Chrétien (PDSC), est élu
vice-président du bureau provisoire.
Le 24 décembre, M. Nguz installe le bureau provisoire de la CNS au Palais du Peuple, ses
travaux s'y déroulent presque normalement jusqu'au 19 janvier 1992 lorsque le Premier
ministre Nguz dans un message à la radio et à la télévision, suspend les travaux de la
Conférence nationale en évoquant trois raisons : les travaux de la conférence
coûtaient trop cher, la province du Kasaï Oriental était surreprésentée parmi les
conférenciers(14%), la CNS outrepassait ses compétences en questionnant deux décisions
du gouvernement ; le transfert des conférenciers à N'sele et la destitution de
Lusambo Mpanda, magistrat de Kinshasa et président de la commission des litiges et
recours de la CNS.
Répression et réouverture de la C.N.S.
Toutes les forces vives du pays se mobilisent et protestent contre cette suspension de la
CNS, le 16 février 1992, les chrétiens de Kinshasa organisent une marche pacifique pour
réclamer sa réouverture, l'armée intervient, la répression est brutale et il y a des
pertes en vies humaines parmi les manifestants. A cause de ces pressions internes mais
aussi
externes, le pouvoir de Mobutu autorise le 06 avril 1992 la réouverture de la CNS qui
inscrit à son actif deux éléments importants : la proclamation de sa souveraineté
et la nomination de son bureau de direction permanent.
Souveraine, la CNS entend que ses décisions aient force de loi sur tous les Zaïrois et
sa juridiction s'étende aux domaines tant politiques et juridiques qu'économiques et
culturels. Ses travaux se poursuivent normalement jusqu'au 14 août 1992 lorsque
Tshisekedi est élu Premier ministre du gouvernement de transition qui doit conduire le
pays vers les
élections.
Presque à la fin de ses travaux, la CNS a élu 453 de ses membres à la fonction de
Conseiller de la République. Leur mandat tel que définit dans l'Acte de Transition, est
de nature législative. Enfin le 06 décembre 1992, on assiste à la clôture de la CNS
qui a mis en place un Acte Constitutionnel de transition, un Gouvernement de transition,
le Haut
conseil de la République, et le Conseil électoral. Elle a élaboré un projet de
constitution et un calendrier électoral.
Il faut reconnaître que la CNS a été un véritable exercice démocratique.
Mais rien n'a pu être réalisé depuis sa clôture en catastrophe en décembre 1992.
Alexis M. Kabambi |
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