| Réponse à Mme Tshefu
: sauver notre patrie |
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| Tshimona Bitoka |
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Chère Madame Tshefu,
Il y a deux mois que je me suis connecté sur Internet et que j'ai découvert le
"forum" de Congonline. Après une lecture des interventions des uns et des
autres sur ce forum, je suis arrivé à une conclusion que les échanges sont émotionnels
et passionnels. Sans l'écrire expressément, les avis et considérations exprimés,
traduisent un vrai affrontement d'idées entre les camps favorables à Kabila, à
Tshisekedi et au RCD. Comme d'habitude, l'intérêt du pays est relégué au second plan.
Le syndrome de la CNS était à nouveau au rendez-vous : il faut crier plus fort (écrire
n'importe quoi) pour se positionner ( ou positionner son camp) même si on sait
pertinemment bien que l'on raconte des âneries.
Au plus fort de mon désespoir, j'ai soudain décelé une question intéressante et
intelligente. C'est celle que vous avez posée dans votre dernier papier intitulé
"je reprécise ma pensée", à savoir : "Faut-il, et avec quels moyens,
poursuivre la guerre d'autodéfense ou plutôt négocier, par sagesse, une paix de braves
?"
Malgré mon refus de ne pas interférer dans un débat souvent à l'argumentation
poussiéreuse sinon sablonneuse, j'ai décidé d'apporter ma réponse à cette question,
en espérant que le débat demeure longtemps à ce niveau. Après un séjour récent de
dix jours en RDC, mon analyse est le suivant :
L'EVIDENCE
La guerre en RDC est une agression du Rwanda et de l'Ouganda. L'ONU et la communauté
internationale doivent condamner cette agression conformément au droit international ;
Il n'est pas question d'imposer au gouvernement de la RDC, de négocier avec une
rébellion constituée d'agresseurs étrangers alors que ces mêmes agresseurs (l'Ouganda
et le Rwanda) refusent de négocier avec leurs propres rebellions. Ce serait deux poids,
deux mesures
;
Les Américains qui soutiennent l'agression de la RDC par le Rwanda et l'Ouganda
interposés, doivent comprendre que cette option est de nature à créer des conflits
interminables dans la région des Grands Lacs. Autant le démantèlement des camps de
réfugiés Hutu au Kivu en 1996 n'a pas suffi à stabiliser la région et à sécuriser
les frontières du Rwanda et de l'Ouganda, autant laissez le Rwanda et l'Ouganda agresser
les RD C, ne fera qu'exacerber les sentiments d'animosité contre les Tutsis et conduirait
à un deuxième génocide en Afrique centrale ;
L'échec de la RCD à l'Ouest de la RDC n'est pas à attribuer à Kabila. C'est au
contraire la victoire du peuple congolais qui a refusé de se laisser dominer par les
étrangers;
Nous estimons qu'il faudra encourager une approche régionale par laquelle tous les
problèmes de la région, y compris la survie des Hutus rwandais et burundais ( parce
qu'ils sont tous des génocidaires), seront froidement examinés afin d'y apporter des
solutions durables.
LES FAILLES DU SYSTEME KABILA
Il est important de toujours garder à l'esprit que c'est Kabila qui a amené les
étrangers en RDC (il continue à les amener). Personne ne sait ce qui leur promet. Vous
souvenez-vous Chère Mme Tshefu, de nos positions communes en septembre 1996, lorsque nous
passions de longs moments à Genève, afin de montrer à la face du monde que l'AFDL
était un mouvement créé par le Rwanda pour déstabiliser la RDC et y imposer son
dictat.
Si depuis lors Kabila est devenu Président de la RDC et a montré son nationalisme
tardif, en chassant les rwandais à la dernière minute sous la pression populaire et
suite à une menace de coup d'état, ce dernier n'a pas encore donné aux Congolais, les
signes de bonne volonté de vouloir véritablement construire au centre de l'Afrique un
pays multiethnique, stable et prospère;
Il refuse toute ouverture politique négociée avec les autres forces politiques
congolaises et instaure sans gêne une dictature tribale, celle que nous avons décriée
sous Mobutu : Seuls les Katangais ont voix au chapitre, ils arrêtent et révoquent au
gré de leurs humeurs, etc. ;
Il y a quelques semaines, vous écriviez qu'il faut d'abord bouter l'ennemi dehors avant
d'initier une discussion entre congolais. Qui dit qu'une fois l'ennemi chassé, Kabila
serait prêt à une telle discussion. A mon avis, au même moment que nous combattons
l'agresseur, Kabila doit entamer une concertation nationale visant à instaurer des
institutions démocratiques.
C'est à ce prix que le soldat congolais s'engagera à se battre au front pour son pays,
en sachant que ses enfants auront droit aux soins médicaux, droit à l'éducation, droit
à l'emploi, etc.
Quel que soit notre patriotisme, nous ne pouvons pas accepter de mourir pour un groupe de
Katangais désireux de re éditer l'exploit des mobutistes
le Congo n'est pas une
propriété des Katangais
Vous et moi avions déjà eus l'occasion de débattre de l'avenir de notre pays, nous
savons bien que les compétences ne manquent pas chez nous. Il suffit d'une volonté et
d'une bonne organisation politiques pour qu'elles se mobilisent pour la construction de
notre patrie. A ce stade, je me dois de vous avouer, après un séjour au pays que cette
volonté politique n'existe pas. Les opportunistes de tous bords (que toi et moi
connaissons bien pour les avoir vus évoluer en Occident) ont sauté sur l'occasion et
bloquent Kabila dans une logique régionaliste, clanique et prédatrice comme à l'époque
de Mobutu. Les compétences affirmées de la partie noble de la dispora et de l'opposition
interne et de la société civile sont systématiquement écartée par peur
L'AVENIR
Il ne peut pas s'énoncer en dehors de cette interrogation : à qui profitent la guerre
actuelle en RDC ? En tout cas, elle ne profite aux congolais. Vous savez bien, chère
Cathy, que le peuple congolais n'a ni la volonté, ni les moyens de supporter une longue
guerre (comme les leur demandent les dirigeants). D'autre part, les Zimbabwéens, les
Angolais, les Namibiens et les Tchadiens et compagnie, ne se battront pas chez nous pour
nos beaux yeux. Tôt ou tard, nous devrons passer à la caisse
Plutôt que rejeter, sans discernement, sans stratégie et de façon injurieuse, toute
proposition de négociation, comme le font nos dirigeants, il serait sage de convaincre
Kabila, à accepter le principe de négociation. Négocier non pas avec les agresseurs
Rwandais et les Ougandais, mais avec tous les Congolais dans le cadre d'une ouverture
nationale, en s'inspirant, entres autres, du travail et de la démarche tracée par la
CNS. Une telle option, j'en sûr, viderait la rébellion de la RCD de tout son sens : ceux
des Congolais qui veulent trouver des solutions aux problèmes de leur pays, y compris la
question de la nationalité au Kivu et le retour des mobutistes, viennent discuter en
toute sécurité à Kinshasa.
Chère Madame Tshefu, si vous êtes convaincue par ces modestes idées, je vous prie de
trouver ensemble, un moyen de les partager avec nos dirigeants pour sauver notre peuple de
la poursuite d'une guerre inutile. Car il ne faut pas qu'on surestime les dividendes de la
victoire finale sur le prix à payer pour la reconstruction
Salutations amicales
Tshimona Bitoka |
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