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Exigence de remaniement ministériel : piège et chantage
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Dr. Mubabinge Bilolo
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Depuis la victoire des rebelles à Kindu, et cela après plus d'attente d’une contre-offensive gouvernementale, les terroristes ont retrouvé de nouveau l'espoir. Ils multiplient les déclarations, les mensonges et les activités diplomatiques. Leurs adjuvants ne se cachent plus. Ils ont de nouveau découvert leur arme d'antan, à savoir: l'intoxication médiatique. Les différents sites sont aujourd'hui dominés par leurs déclarations et exigences.

L'exigence principale est le Partage du Pouvoir par Kabila. Partage qui devrait être inauguré par un remaniement ministériel profond, c'est-à-dire par la récupération de quelques éléments de l'opposition armée.

Sans vouloir entrer dans les détails, disons que cette exigence est un piège. Les terroristes veulent amener le Président Kabila à commettre une erreur stratégique et politique en reconduisant au pouvoir les indésirables de la République.

Le but de cet article est de montrer que le Peuple ne veut ni les rebelles ni les mobutistes. Le Gouvernement est obligé de gagner cette guerre.

I. Un Gouvernement composé de rebelles serait-il une solution rationnelle et raisonnable ?

Prenons un exemple d'un remaniement ministériel possible:

- Bizima Karaha, Ministre des Affaires Etrangères

- Bugera, Ministre de l'Intérieur

- Ntambwe Mwamba, PDG de l'OFIDA ou Ministre de Commerce

- Ondekane, Ministre de la Défense

- Prof. Lunda Bululu, ancien Premier-Ministre de Mobutu, Gouverneur du Katanga

- Prof. Wamba dia Wamba, Gouverneur du Bas-Congo.

Dans moins d'une semaine, le Président Kabila aurait presque la totalité de la population congolaise contre lui. Cette population prendrait un tel remaniement pour un affront. Au lieu de résoudre la crise, une telle récupération plongerait le pays dans une crise politique beaucoup plus profonde.

II. . Un Gouvernement composé ded anciens dignitaires du MPR serait-il une solution rationnelle et raisonnable

La deuxième possibilité serait la reconduction de ces visages auxquels Mobutu nous avait habitués et que personne parmi la population ne veut plus voir à la tête des institutions de l’Etat: Kengo wa Ndondo, Bo Boliko, Baramoto, Kamanda wa Kamanda, Bisengimana, etc. La conséquence serait aussi la colère populaire. Un tel remaniement serait un acte de TRAHISON.

D'aucuns nous objecteront que les Mobutistes figurent déjà parmi les architectes du Régime de Kabila et qu'ils ne voient plus pourquoi on continuerait encore à s'opposer à la reconduction au pouvoir de tous les autres mobutistes. Cependant leur raisonnement se limite à un pur formalisme sans profondeur morale. Ce raisonnement se présente comme suit: Puisque Kabila a déjà reconduit quelques Mobutistes, il doit reconduire aussi au pouvoir tout le reste, tous les autres Mobutistes.

Nous nous disons NON. Les Mobutistes reconduits font partie du problème et non de la solution. Ils sont un problème au sein de son équipe, un cancer dont les métastases sont entrain de ronger aujourd'hui le Congo. Un problème qu'il devrait résoudre non pas en reconduisant tout le reste, mais plutôt en nettoyant les Institutions de l'Etat.

Nous n’avons pas lutté pendant des années, nous n’avons perdu nos parents, nos frères et soeurs, nos enfants, pour aboutir à la reconduction des Mobutistes. Plus de trente ans, ces gens jouissaient d’un pouvoir absolu, mais ils n’ont rien fait, à l’exception du pillage économique, de la destruction et de la violation des Droits de l’Homme et des Peuples. Il est important de prendre la décision de mise en quarantaine de l'ancienne classe politique, donc de souligner que nous sommes au seuil d’une Nouvelle Période, d’une Nouvelle République, d’un autre point de départ. La Nouvelle République ne peut qu’être pensée et historicisée par un autre type d’hommes, par une nouvelle génération de fonctionnaires et d’hommes politiques.

III. Un Gouvernement composé de Tshisekedi et de Gizenga serait-il une solution rationnelle et raisonnable ?

La troisième possibilité serait la récupération de certaines personnalités comme Tshisekedi wa Mulumba et A. Gizenga. A ce niveau, le Président Kabila gagnerait au niveau de la population, mais les agresseurs étrangers et les terroristes mobutistes poursuivront leurs actes d'agression.

Nous n’avons pas de preuves historiques de la capacité de Mr. Tshisekedi de gérer une situation de crise politique. Sa réaction comme Premier-Ministre pendant l’épuration régionaliste initiée par Kyungu et Ngunz, son absence de concept après la Conférence Nationale, ses réactions à la suite de ses nombreuses nominations par Mobutu, ses réactions durant cette agression dont notre pays est victime, montrent qu’il n’est pas un bon manager de l’appareil de l’Etat. Il a de bonnes intuitions, des idées nobles, mais il ne semble pas - la nuance est de riegueur - être un bon Manager de crises politiques.

Ces exemples ou possibilités montrent que le REMANIEMENT MINISTÉRIEL n'est pas une priorité pour l'instant. Il comporte plutôt le danger d'un FAUX-PAS que les terroristes pourraient exploiter en vue de gagner la sympathie de la population. Lorsque l'exigence d'un REMANIEMENT VIENT DES MOBUTISTES, elle doit être considérée comme un acte de CHANTAGE POLITIQUE.

IV. Les élections immédiates seraient-elles une solution ?

Aucune décision véritablement nationale ne peut être prise aussi longtemps qu'une partie de nos provinces est occupée. Une Institution ne devient pas nationale parce qu'on a regroupé en son sein les "KINOIS DE DIFFÉRENTES ORIGINES". Un remaniement ministériel impliquerait aujourd'hui l'exclusion de celles et ceux qui sont pris en otage. Il n’appartient pas à l’Ouganda ou au Rwanda de venir précipiter les élections. On ne peut pas non plus parler des élections aussi longtemps que notre Pays est occupé par des troupes armées de l’Ouganda, du Ruanda et de Burundi. La Constituante, la Constitution, la Loi Electorale, la Sécurité et la possibilité de faire sa campagne sans inquiétude dans toute les provinces sont des préliminaires nécessaires à toute campagne électorale. Comment l'Union Européenne peut-elle parler des Elections immédiates et démocratiques en dehors de toute Constitution, en dehors de la Loi Electorale? Peut-on vraiment convoquer la Constituante dans le contexte actuel? De qui se moque-t-on?

V. QUE FAIRE?

Il faut éviter de se laisser distraire par les Agresseurs, par leurs alliés Mobutistes et par leurs Maîtres d'outre-mer. La priorité de priorités demeure la libération de notre territoire national.

Il faut, tout en poursuivant les négociations diplomatiques, multiplier des efforts en vue de mettre les agresseurs à la porte.

Exception faite de la mobilisation à Kinshasa, le Gouvernement Congolais ne manifeste pas encore la DETERMINATION de gagner cette guerre. D'aucuns, découragés par la lenteur dans l'organisation des contre-offensives gouvernementales, vont jusqu'à prétendre que le Gouvernement serait entrain de "cultiver" la guerre. On peut vivre avec la guerre, sans vaincre et sans être vaincue. L'Angola, le Ruanda, le Burundi, l'Ouganda, le Soudan vivent d'une telle culture.

Au lieu de songer aux remaniements ministériels, l'ETAT CONGOLAIS ET LE PEUPLE CONGOLAIS DOIVENT D'ABORD SONGER À DÉFENDRE LE CONGO ET À LIBÉRER LES ZONES OCCUPÉES.

En présence d'une agression extérieure, nous ne pouvons pas nous permettre d'échapper à notre devoir sacré de défendre et de libérer notre territoire.

Kabila n'a pas déclaré la guerre au Ruanda, au Burundi, à l'Ouganda. Le Congo n'est pas responsable de cette guerre qui tue ses enfants. Toutes les critiques contre Kabila sont, dans le contexte de cette guerre, sans objet. Quiconque ne veut pas défendre le Congo contre ses agresseurs est un esclave.

Tshisekedi, Likulia, Kengo, Kamanda, Gizenga, K.K. Mulumba doivent aller soutenir notre Armée au front. Le Président lui-même et son équipe doivent être avec nos Soldats pour les encourager, pour suivre pas à pas les stratégies de la contre-offensive. Nous devons profiter de cette agression pour mettre au point une nouvelle Armée. Avant 1965, on a fait appel à des Soldats de l'ONU ; après 1975, on a fait appel aux Marocains et à la Légion Etrangère de la France ; aujourd'hui nous faisons appel aux autres pays. S'il en est ainsi pour quoi continuerions-nous à entretenir une Armée propre?

Cette guerre est un don Dieu. Elle permettra aux Congolaises et Congolais à préparer la Défense de leur Pays et la Défense de l'Afrique.

Que faire? Il faut libérer les zones occupées. Il faut mettre les agresseurs à la porte.

Le Peuple Congolais n'a qu'une seule exigence: Le Gouvernement doit gagner cette guerre et doit libérer le Congo de ses agresseurs et faiseurs d'iniquité. Nous devons sentir chaque jour cette détermination de gagner cette guerre dans les actes journaliers de chaque Ministre, de chaque Soldat, de tout Fonctionnaire.

Le Gouvernement devrait prendre à crédit des armes beaucoup plus perfectionnées, devrait bien équiper nos soldats et mobiliser la population comme il l’avait fait à Kinshasa. Le nombre des soldats n’est plus l’essentiel aujourd’hui. La qualité des armes utilisées et la ferme volonté de libérer ses frères et soeurs, nos compatriotes dans les zones occupées, seront déterminantes.

On ne peut pas changer de gouvernement ou précipiter les élections pour plaire aux Agresseurs, aux Terroristes et à leurs complices d'outre mer. Nous n'avons pas déclaré la guerre à qui que ce soit. Et personne ne peut nous empêcher d'user de notre droit de légitime défense. Quiconque veut la paix doit contribuer à la victoire du Congo. Les agresseurs étrangers et leurs complices congolais perdront tôt ou tard cette guerre. Par-delà nos corps, l'esclavage. Par-delà nos corps, la récolonisation.

Dr. M. Bilolo

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