C'est
Madame Karine Vouillamoz, journaliste au quotidien suisse "Le Matin", qui vient
de faire honneur à son confrère américain, Adam Hochschild. Ce dernier, après
plusieurs années d'enquête sur la manière dont Léopold II viola le Congo, vient de
publier, sous le titre combien évocateur: "Les fantômes du roi Léopold ou un
holocauste oublié".
Pour Adam Hochschild, résumé par Karine
Vouillamoz, on estime à 10 millions le nombre de personnes exterminées au Congo entre
1880 et 1920; soit la moitié de la population totale du pays à cette époque. Les causes
en furent multiples. Mais, Adam Hochschild souligne principalement les morts liées aux
assassinats, aux famines, aux maladies ou à la chute du taux de natalité.
L'auteur a amorcé son enquête de
manière très fortuite: en tombant un jour sur un bénin article sur le sujet. Cette
chronique initiatrice s'intitulait déjà de manière particulièrement évocatrice:
"L'affaire du Congo". L'actualité stimulant la curiosité, Adam Hochschild
décida rapidement d'enquêter et d'approfondir les allégations.
En 1880, Léopold II régnait en Belgique:
il brillait par sa prestance et son intelligence. Le roi nourrissait de nombreux projets
pour son pays, notamment l'ambition d'annexer cette terre si fertile du Congo. Il
prétendit alors créer une association à but humanitaire avec la collaboration de
l'explorateur Henri Morton Stanley. Tandis que le but réel mais inavoué fut plutôt de
coloniser le Congo et d'exploiter ses richesses.
La cueillette du caoutchouc, denrée
particulièrement précieuse à l'époque, mena à la mort et aux mutilations de nombreux
Congolais. Hochschild rappelle à ce sujet la retentissante critique d'André Gide, au
sommet de sa gloire d'écrivain, dans son "Voyage au Congo" et de pires horreurs
insoutenables qu'il observa de ses propres yeux. Sans s'offusquer du sort réservé à des
millions de nègres, le mégalomane monarque belge jouissait et inondait la Belgique des
fruits récoltés sur de durs labeurs et sacrifices imposés aux Congolais.
L'histoire, constate Hochschild, aurait pu
durer longtemps si Edmund Dene Morel et Roger Casement n'avaient existé. Le premier
cité, Edmund Dene Morel, était un brillant journaliste et largement en avance sur sa
période. Il finit par se rendre compte de la face cachée du monarque belge. Durant le
reste de sa vie, Ed. D. Morel engagea son talent et mit tout en uvre pour dénoncer
le système léopoldien et soutenir les victimes congolaises.
De son côté, l'explorateur Roger
Casement fut le premier à dévoiler des massacres à large échelle au Congo. A force de
persévérance et d'habileté, les deux hommes parvinrent à fonder l'un des premiers
mouvements de défense des Droits de l'Homme: la "Congo Reform Association". Et,
sous ce label de combat, Edmund Dene Morel et Roger Casement réussirent à attirer
l'attention de la communauté internationale sur les méthodes de Léopold II, à
provoquer l'indignation générale ainsi qu'à retirer subséquemment toutes les cartes du
jeu "congolais" de mains de Léopold II.
L'humanitaire, martèle encore Hochschild,
que Léopold II prétendait réaliser au Congo s'était en fait transformé en un
véritable holocauste.
Manifestement séduite par l'uvre,
Karine Vouillamoz se délecte en la présentant. "Adam Hochschild, précise-t-elle,
nous raconte ces événements avec passion, si bien que le livre se parcourt comme un
roman. Il décortique minutieusement les mécanismes du colonialisme." Revenant
encore à l'actualité avec une cohérence frappante, c'est par la conclusion de l'auteur
qu'elle conclut également sa présentation: "A l'époque de la controverse sur le
Congo, il y a un siècle, l'idée des Droits de l'Homme représentait une grave menace
pour l'ordre établi dans la plupart des pays de cette terre. Et il en est toujours
ainsi."
<< Les fantômes du roi Léopold ou
un holocauste oublié >>, Adam Hochschild, Editions Belfond
Transmis par Lwakale Mubengay BAFWA