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Frères et soeurs, soyons fidèles à la Terre-Mère. Réponse à Mr. Faustin  Kutshienza (suite)

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Bernard Ilunga
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Mon frère Faustin Kutshienza,

A la lecture de votre réponse, j’ai été agréablement surpris de découvrir que nous sommes tous les deux d’accord sur l’essentiel à propos de déplorables événements qui sévissent actuellement dans notre pays. Cependant, si sur l’essentiel nous nous rejoignons, des divergences - et non des moindres - subsistent sur bien des points. Dans la suite, je citerai ces points des désaccords - et non de discorde ! Et autant que possible, j’essaierai d’y répondre, ou plutôt de donner (ou de confirmer) ma vision de choses. En cette introduction, j’aimerai aussi dire tout haut que je ne prétends pas avoir raison, je ne prétends pas détenir le monopole de la vérité. Toutefois, je crois, dur comme roche, que je suis au service de la vérité. Il n’est pas dans mon intention de flouer qui que ce soit, sur ce net. Aussi j’aimerai dire, redire que je ne suis au service de personne. Je ne défends personne. Si ! je défends le peuple congolais. Au numéro 5 de votre réponse, vous me disiez : "Cependant, croyez-vous que le régime Kabila dont vous semblez être l’avocat(...)". Mon frère Kutshienza, je voudrais vous dire une fois pour toutes que je ne suis l’avocat de personne. J’essaie tout simplement de prêter ma faible voix aux pères et aux mères, aux enfants et aux vieux, à tous ceux de mes compatriotes qui font les frais de cette guerre absurde et atroce qu’on leur impose avec beaucoup de cynisme.

L’essentiel sur lequel nous sommes d’accord, c’est que vous et moi ainsi que tous nos compatriotes devons être fidèles à la Terre-Mère. Comme vous le dites, au numéro 2 de votre réponse, soyons fidèles à la terre congolaise, défendons-la contre toute forme d’agression et ensemble transformons-la en une Nation forte et libre. En outre, l’essentiel sur lequel nous nous rejoignons, c’est notre ferme volonté, disons notre voeu de voir la guerre se terminer le plus tôt possible. Je vous cite : "Comme vous Mr. Ilunga, je condamne et hais la guerre (...) . La priorité, c’est LA FIN DE CETTE SALE GUERRE".

Mais pour mettre un terme à cette guerre, le moyen, pour vous - et ici commencent les divergences - ce sont les négociations entre , je vous cite, "les principaux combattants : Kabila et Wamba di Wamba". Mon frère Faustin Kutshienza, ouvrez les yeux ! Wamba ainsi que les autres congolais membres du RCD ne sont pas les principaux protagonistes de cette guerre. Celle-ci a été décidée aux Etats-Unis ! Elle est essentiellement une guerre impérialiste. Mon frère, lisez les trois articles du Le Soir, dans la rubrique politique de congonline, au 31 octobre... Lisez l’excellente livraison du prof. Lokende Lokenge sur congonline : "Les tutsi, gendarmes des Américains en Afrique". Lisez ces articles et interroger les faits. Les faits sont là qui contredisent votre thèse selon laquelle la guerre actuelle en RDC a été suscitée par des causes essentiellement endogènes. Le véritable agresseur de notre pays, ce sont les Etats-Unis. Frère Faustin Kutshienza, nier cela, c’est faire montre de naïveté, ou, à tout le moins, de cécité intellectuelle. Je n’irais pas jusqu’à dire que c’est faire preuve de malhonnêteté intellectuelle. Les Etats-Unis commandent, leurs marionnettes de Kigali et de Kampala obéissent. Ces derniers transmettent les ordres reçus aux soi-disant chefs rebelles congolais. D’ailleurs, le vrai chef de ce qu’on appelle improprement la rébellion, c’est Bizimana Nkaramu... C’est lui en effet le lieutenant (qui tient lieu) de Kagame et de Museveni à Goma. Wamba, Lunda Bululu et consorts ne sont que des couvertures congolaises d’une agression américano-ougando-rwandaise. C’est clair comme de l’eau de roche. Je ne comprends pas, mon frère Faustin Kushienza, votre obstination à affirmer que la rébellion, disons mieux la guerre en RDC est une affaire congolo-congolaise. Ouvrez les yeux, mon frère. Les Rwandais sont connus pour leur ruse légendaire. Ils se meuvent en effet dans l’intrigue avec une formidable aisance, comme s’il s’agissait d’un milieu naturel. Avec eux, si vous n’y prenez pas garde, vous risquez encore et toujours de donner dans le panneau ! Quand vous dites, au numéro 7 de votre article que "la thèse d’Agression est dénudée (sic) de tout fondement", on a envie de sourire. Et on ne peut pas ne pas se demander qui, du peuple congolais (qui a reconnu cette agression) ou de vous, mon frère Kutshienza fait montre de naïveté.

Donc, et c’est ici que je voulais arriver, Wamba n’est pas habilité à s’asseoir à la même table de négociations que les gouvernements africains. Il n’est qu’une marionnette ! Ceux-là avec qui on doit négocier, c’est Kagame et Museveni, et même, par-delà eux, le gouvernement américain. Car c’est eux les véritables agresseurs. Sur ce point, je donne raison à Kabila et à ses alliés qui se refusent obstinément à traiter avec des pantins. La paix est une chose si sérieuse pour qu’elle soit bradée comme ça en négociant avec des sous-fifres. En outre, frère Kutshienza, mettons que des malfaiteurs vous agressent la nuit, chez vous à domicile. Ils vous mettent le couteau sur la gorge et vous demandent de négocier... Mais messieurs, leur direz-vous, enlevez d’abord votre couteau de ma gorge, et seulement après je pourrai négocier. Les négociations ne doivent pas signifier jeter notre Terre-Mère en pâture aux rapaces de l’impérialisme ! Ce serait une haute trahison, mon frère Kutshienza. Mais, me dites-vous, au numéro 15 de votre article, Kabila, alors en rébellion, avait exigé et obtenu de négocier directement avec Mobutu. Oui, mon frère, mais le contexte a changé. De plus, le départ de Mobutu était souhaité par la grande majorité des congolais, et même par presque toute la communauté internationale. Au même numéro 15, vous dites "Aujourd’hui, des frustrés du régime Kabila mènent une rébellion contre lui avec le soutien du Rwanda et de l’Ouganda avec des Banyamulenge, des langues se dressent et brandissent la thèse de l’agression. C’est MALHONNETE". Mon frère Kutshienza, je voudrais seulement vous dire ici que la malhonnêteté consiste plutôt à déformer les faits, à dire que les faits sont autres qu’ils ne sont réellement. Reportons-nous aux faits.

De plus, négocier avec le groupe de Lunda Bululu et consorts signifie, à l’état actuel de choses, rouvrir la porte aux mobutistes, signifie le retour de Bizimana Nkaramu... aux affaires étrangères ; cela signifie accepter de fait l’hégémonie tutsi sur notre pays et vendre, livrer notre pays à l’impérialisme. Comprenez-nous bien, mon frère Kutshienza. Nous voulons la paix, nous réclamons la fin de cette guerre aussi bien inutile qu’atroce ; nous sommes pour les négociations, mais les vraies négociations, celles qui déboucheront sur une paix vraie et durable, celles qui préserveront l’indépendance de notre Terre-Mère, cette Terre pour laquelle Lumumba est mort, cette terre pour laquelle de nombreux compatriotes ont donné les meilleures années de leur vie. Non, frère Faustin Kutshienza, par respect pour le sacrifice de tant de nos compatriotes, nous n’avons pas le droit aujourd’hui de brader notre Terre. "Chaque génération doit découvrir sa mission, la remplir ou la trahir", a dit, je crois Franz Fanon. A ce moment historique, notre mission à nous aujourd’hui, c’est de préserver l’indépendance, la liberté de notre nation, son droit d’existence, son droit à la différence... Il est grand temps que toute l’Afrique s’unisse pour faire front à l’hégémonie impérialiste occidentale. Mais comment s’unir, quand ce sont justement certains africains qui servent de relais audit impérialisme ? L’histoire se répète, décidément ! Hier, le colon fouettait nos grands-parents en se servant des mains, des bras, des biceps d’autres africains. Aujourd’hui, l’impérialiste nous pisse dessus - passez-moi l’expression - et nous piétine en se servant de la tête, du cerveau, des mains, des pieds, des yeux de nos frères africains ! Frères africains, à quand l’âge de la maturité ? Demeurerons-nous donc de sempiternels enfants ? Regardez nos chefs d’Etat quand ils débarquent en Occident, des enfants, de grands enfants ! Et regardez Clington, Jacques Chirac en Afrique ! Frère Kutshienza, voudriez-vous alors que cet état de choses s’éternise ? Quelque part dans l’histoire immédiate de l’Afrique, il faut qu’il y ait quelqu’un qui se lève et qui dise NON ! Mieux, il faut que toute l’Afrique, comme un seul homme, se lève et dise NON !

Frère Kutshienza, je dois m’arrêter par ici, car je commence maintenant à m’énerver. Excusez-en moi, la suite viendra très prochainement. Je voudrais toutefois terminer comme j’ai commencé en nous disant : Frères et soeurs, soyons fidèles à la Terre-Mère. Et si vous vous efforcez d’y être fidèles, alors et seulement alors, je vous présente ...

... mes sentiments fraternels.

Bernard Ilunga

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