Mon frère Faustin
Kutshienza,
A la lecture de votre réponse,
jai été agréablement surpris de découvrir que nous sommes tous les deux
daccord sur lessentiel à propos de déplorables événements qui sévissent
actuellement dans notre pays. Cependant, si sur lessentiel nous nous rejoignons, des
divergences - et non des moindres - subsistent sur bien des points. Dans la suite, je
citerai ces points des désaccords - et non de discorde ! Et autant que possible,
jessaierai dy répondre, ou plutôt de donner (ou de confirmer) ma vision de
choses. En cette introduction, jaimerai aussi dire tout haut que je ne prétends pas
avoir raison, je ne prétends pas détenir le monopole de la vérité. Toutefois, je
crois, dur comme roche, que je suis au service de la vérité. Il nest pas dans mon
intention de flouer qui que ce soit, sur ce net. Aussi jaimerai dire, redire que je
ne suis au service de personne. Je ne défends personne. Si ! je défends le peuple
congolais. Au numéro 5 de votre réponse, vous me disiez : "Cependant,
croyez-vous que le régime Kabila dont vous semblez être lavocat(...)".
Mon frère Kutshienza, je voudrais vous dire une fois pour toutes que je ne suis
lavocat de personne. Jessaie tout simplement de prêter ma faible voix aux
pères et aux mères, aux enfants et aux vieux, à tous ceux de mes compatriotes qui font
les frais de cette guerre absurde et atroce quon leur impose avec beaucoup de
cynisme.
Lessentiel sur lequel nous sommes
daccord, cest que vous et moi ainsi que tous nos compatriotes devons être fidèles
à la Terre-Mère. Comme vous le dites, au numéro 2 de votre réponse, soyons
fidèles à la terre congolaise, défendons-la contre toute forme dagression et
ensemble transformons-la en une Nation forte et libre. En outre, lessentiel sur
lequel nous nous rejoignons, cest notre ferme volonté, disons notre voeu de voir la
guerre se terminer le plus tôt possible. Je vous cite : "Comme vous Mr.
Ilunga, je condamne et hais la guerre (...) . La priorité, cest LA FIN DE CETTE
SALE GUERRE".
Mais pour mettre un terme à cette
guerre, le moyen, pour vous - et ici commencent les divergences - ce sont les
négociations entre , je vous cite, "les principaux combattants : Kabila et
Wamba di Wamba". Mon frère Faustin Kutshienza, ouvrez les yeux ! Wamba
ainsi que les autres congolais membres du RCD ne sont pas les principaux protagonistes de
cette guerre. Celle-ci a été décidée aux Etats-Unis ! Elle est essentiellement une
guerre impérialiste. Mon frère, lisez les trois articles du Le Soir, dans la
rubrique politique de congonline, au 31 octobre... Lisez lexcellente livraison du
prof. Lokende Lokenge sur congonline : "Les tutsi, gendarmes des Américains
en Afrique". Lisez ces articles et interroger les faits. Les faits sont là qui
contredisent votre thèse selon laquelle la guerre actuelle en RDC a été suscitée par
des causes essentiellement endogènes. Le véritable agresseur de notre pays, ce sont les
Etats-Unis. Frère Faustin Kutshienza, nier cela, cest faire montre de naïveté,
ou, à tout le moins, de cécité intellectuelle. Je nirais pas jusquà dire
que cest faire preuve de malhonnêteté intellectuelle. Les Etats-Unis commandent,
leurs marionnettes de Kigali et de Kampala obéissent. Ces derniers transmettent les
ordres reçus aux soi-disant chefs rebelles congolais. Dailleurs, le vrai chef de ce
quon appelle improprement la rébellion, cest Bizimana Nkaramu... Cest
lui en effet le lieutenant (qui tient lieu) de Kagame et de Museveni à Goma. Wamba, Lunda
Bululu et consorts ne sont que des couvertures congolaises dune agression
américano-ougando-rwandaise. Cest clair comme de leau de roche. Je ne
comprends pas, mon frère Faustin Kushienza, votre obstination à affirmer que la
rébellion, disons mieux la guerre en RDC est une affaire congolo-congolaise. Ouvrez les
yeux, mon frère. Les Rwandais sont connus pour leur ruse légendaire. Ils se meuvent en
effet dans lintrigue avec une formidable aisance, comme sil sagissait
dun milieu naturel. Avec eux, si vous ny prenez pas garde, vous risquez encore
et toujours de donner dans le panneau ! Quand vous dites, au numéro 7 de votre
article que "la thèse dAgression est dénudée (sic) de tout
fondement", on a envie de sourire. Et on ne peut pas ne pas se demander qui, du
peuple congolais (qui a reconnu cette agression) ou de vous, mon frère Kutshienza fait
montre de naïveté.
Donc, et cest ici que je voulais
arriver, Wamba nest pas habilité à sasseoir à la même table de
négociations que les gouvernements africains. Il nest quune
marionnette ! Ceux-là avec qui on doit négocier, cest Kagame et Museveni, et
même, par-delà eux, le gouvernement américain. Car cest eux les véritables
agresseurs. Sur ce point, je donne raison à Kabila et à ses alliés qui se refusent
obstinément à traiter avec des pantins. La paix est une chose si sérieuse pour
quelle soit bradée comme ça en négociant avec des sous-fifres. En outre, frère
Kutshienza, mettons que des malfaiteurs vous agressent la nuit, chez vous à domicile. Ils
vous mettent le couteau sur la gorge et vous demandent de négocier... Mais messieurs,
leur direz-vous, enlevez dabord votre couteau de ma gorge, et seulement après je
pourrai négocier. Les négociations ne doivent pas signifier jeter notre Terre-Mère en
pâture aux rapaces de limpérialisme ! Ce serait une haute trahison, mon
frère Kutshienza. Mais, me dites-vous, au numéro 15 de votre article, Kabila, alors en
rébellion, avait exigé et obtenu de négocier directement avec Mobutu. Oui, mon frère,
mais le contexte a changé. De plus, le départ de Mobutu était souhaité par la grande
majorité des congolais, et même par presque toute la communauté internationale. Au
même numéro 15, vous dites "Aujourdhui, des frustrés du régime Kabila
mènent une rébellion contre lui avec le soutien du Rwanda et de lOuganda avec des
Banyamulenge, des langues se dressent et brandissent la thèse de lagression.
Cest MALHONNETE". Mon frère Kutshienza, je voudrais seulement vous dire
ici que la malhonnêteté consiste plutôt à déformer les faits, à dire que les
faits sont autres quils ne sont réellement. Reportons-nous aux faits.
De plus, négocier avec le groupe de Lunda
Bululu et consorts signifie, à létat actuel de choses, rouvrir la porte aux
mobutistes, signifie le retour de Bizimana Nkaramu... aux affaires étrangères ;
cela signifie accepter de fait lhégémonie tutsi sur notre pays et vendre, livrer
notre pays à limpérialisme. Comprenez-nous bien, mon frère Kutshienza. Nous
voulons la paix, nous réclamons la fin de cette guerre aussi bien inutile
quatroce ; nous sommes pour les négociations, mais les vraies négociations,
celles qui déboucheront sur une paix vraie et durable, celles qui préserveront
lindépendance de notre Terre-Mère, cette Terre pour laquelle Lumumba est mort,
cette terre pour laquelle de nombreux compatriotes ont donné les meilleures années de
leur vie. Non, frère Faustin Kutshienza, par respect pour le sacrifice de tant de nos
compatriotes, nous navons pas le droit aujourdhui de brader notre Terre.
"Chaque génération doit découvrir sa mission, la remplir ou la trahir",
a dit, je crois Franz Fanon. A ce moment historique, notre mission à nous
aujourdhui, cest de préserver lindépendance, la liberté de notre
nation, son droit dexistence, son droit à la différence... Il est grand temps que
toute lAfrique sunisse pour faire front à lhégémonie impérialiste
occidentale. Mais comment sunir, quand ce sont justement certains africains qui
servent de relais audit impérialisme ? Lhistoire se répète,
décidément ! Hier, le colon fouettait nos grands-parents en se servant des mains,
des bras, des biceps dautres africains. Aujourdhui, limpérialiste nous
pisse dessus - passez-moi lexpression - et nous piétine en se servant de la tête,
du cerveau, des mains, des pieds, des yeux de nos frères africains ! Frères
africains, à quand lâge de la maturité ? Demeurerons-nous donc de
sempiternels enfants ? Regardez nos chefs dEtat quand ils débarquent en
Occident, des enfants, de grands enfants ! Et regardez Clington, Jacques Chirac en
Afrique ! Frère Kutshienza, voudriez-vous alors que cet état de choses
séternise ? Quelque part dans lhistoire immédiate de lAfrique, il
faut quil y ait quelquun qui se lève et qui dise NON ! Mieux, il faut
que toute lAfrique, comme un seul homme, se lève et dise NON !
Frère Kutshienza, je dois marrêter
par ici, car je commence maintenant à ménerver. Excusez-en moi, la suite viendra
très prochainement. Je voudrais toutefois terminer comme jai commencé en nous
disant : Frères et soeurs, soyons fidèles à la Terre-Mère. Et si vous vous
efforcez dy être fidèles, alors et seulement alors, je vous présente ...
... mes sentiments fraternels.
Bernard Ilunga |