Monsieur Faustin
Kutshienza,
Ce cri dun penseur allemand, on
aimerait bien ladresser à vous, à nous tous en ce moment de dure épreuve que
traverse notre pays : "Frères, soyez fidèles à la terre". Et
jajouterai volontiers : à la terre congolaise. Oui, soyons fidèles à notre
terre. Quon soit patriote ou non ; quon soit nationaliste ou non ;
quon soit tshisekediste ou non ; quon soit kabiliste ou non ;
quon soit mobutiste ou non . Quon soit ceci ou cela, peu importe. Ce qui
compte, cest dêtre fidèle à notre terre.
Quand je parcours vos articles, monsieur
Kutshienza, je retrouve une idée qui revient souvent : le patriote, dites-vous, est
dabord celui qui sait défendre son pays contre lagression interne,
cest-à-dire contre un gouvernement qui ne travaille pas pour le bien du peuple. Et
je suis pleinement daccord avec vous. Les ennemis dun pays peuvent aussi loger
à lintérieur du pays lui-même, comme un ver qui ronge un fruit de
lintérieur. Défendre son pays contre ses ennemis intérieurs est aussi un devoir
de tout citoyen. Je suis daccord avec vous.
Cependant, monsieur Kutshienza, ne
pensez-vous pas quil y a des priorités ? Notre pays actuellement est agressé
extérieurement... Il est menacé dimplosion, cest-à-dire de disparition
comme nation unie. Lisez attentivement bien des interventions sur ce net et bien des
articles des journaux et vous vous en apercevrez. Le moment historique que nous vivons
nous impose à tous le devoir de défendre dabord ce pays, le nôtre, contre cette
agression extérieure, quitte après à voir comment le défendre contre ce que vous
appelez agression intérieure. Le peuple congolais, que vous qualifiez, avec beaucoup de
morgue, de naïf a compris, lui, cette vérité. Si ce peuple se range derrière Kabila
pour défendre lintégrité territoriale, ne croyez pas quil se met comme ça
à approuver laction ou le mode de gouverner de Kabila, il a plutôt compris que la
priorité actuellement, ce nest pas de combattre le gouvernement, mais bien
lagresseur. Il ne sagit donc pas de naïveté, comme vous le dites, mais tout
simplement de sagesse pratique. Entre deux maux inévitables, la sagesse conseille en
effet de choisir le moindre mal.
Monsieur Kutshienza, personne nest
pour la guerre. Nous voulons tous la paix. Nous voulons tous les négociations. Nous
voulons tous la démocratisation rapide du régime de Kabila. Nos amis de ludps
trouve en cette guerre un moyen pour régler les comptes à Kabila.... Beauocup de ceux
qui ont été frustrés par le régime de Kabila voudraient bien que la guerre continue
jusquà léviction politique de ce dernier. Mais la guerre, cest le
sang, cest les pleurs, cest la faim, cest le sous-développement qui se
développe. Quon arrête la guerre ! Et la guerre actuelle, en RDC pourra bien
déboucher sur le morcellement du pays. Le Rwanda et lOuganda voudraient étendre
leur domination sur lest, les grandes sociétés occidentales voudraient re(mettre)
la main sur les mines du Katanga... Et pour y arriver, il faudrait, selon eux, que le pays
éclate en de petits morceaux quils pourraient contrôler facilement.
Mr. Kutshienza, comprenez-nous bien,
personne ne vous empêche de régler politiquement les comptes à Kabila, personne
nempêche ludps de chercher et doeuvrer pour la chute de Kabila ;
cest le travail de lopposition. Mais là où le bat blesse, cest quand
vous vous servez de cette guerre dont pâtissent nos frères et soeurs pour parvenir à
votre fin (le départ politique de Kabila). Il y a des priorités monsieur Kutshienza...
Actuellement, il faut sauvegarder lindépendance, lintégrité, de notre
pays. Après, réglez politiquement vos comptes à Kabila ! Cest votre droit,
le plus légitime. Soyez fidèles à la terre congolaise ! Et la fidélité à
la terre congolaise nest pas synonyme de fidélité à Kabila.
Conclusion : je ne vous demande pas,
monsieur Kutshienza de mapprouver, encore moins de changer de position, je voudrais
vous inviter par contre à être fidèle à notre terre congolaise. Peut-être
suis-je naïf (parce que je fais partie du peuple congolais que vous avez globalement
qualifié de naïf). Quà cela ne tienne ! Je préfère mille fois être un
naïf attaché à sa terre, plutôt quun clairvoyant dédaigneux de celle-ci.
Mes sentiments pat.... disons
fraternels !
Bernard Ilunga |