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"Frères, soyez fidèles à la terre". Réponse à Mr. F. Kutshienza.

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Bernard Ilunga
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Monsieur Faustin Kutshienza,

Ce cri d’un penseur allemand, on aimerait bien l’adresser à vous, à nous tous en ce moment de dure épreuve que traverse notre pays : "Frères, soyez fidèles à la terre". Et j’ajouterai volontiers : à la terre congolaise. Oui, soyons fidèles à notre terre. Qu’on soit patriote ou non ; qu’on soit nationaliste ou non ; qu’on soit tshisekediste ou non ; qu’on soit kabiliste ou non ; qu’on soit mobutiste ou non . Qu’on soit ceci ou cela, peu importe. Ce qui compte, c’est d’être fidèle à notre terre.

Quand je parcours vos articles, monsieur Kutshienza, je retrouve une idée qui revient souvent : le patriote, dites-vous, est d’abord celui qui sait défendre son pays contre l’agression interne, c’est-à-dire contre un gouvernement qui ne travaille pas pour le bien du peuple. Et je suis pleinement d’accord avec vous. Les ennemis d’un pays peuvent aussi loger à l’intérieur du pays lui-même, comme un ver qui ronge un fruit de l’intérieur. Défendre son pays contre ses ennemis intérieurs est aussi un devoir de tout citoyen. Je suis d’accord avec vous.

Cependant, monsieur Kutshienza, ne pensez-vous pas qu’il y a des priorités ? Notre pays actuellement est agressé extérieurement... Il est menacé d’implosion, c’est-à-dire de disparition comme nation unie. Lisez attentivement bien des interventions sur ce net et bien des articles des journaux et vous vous en apercevrez. Le moment historique que nous vivons nous impose à tous le devoir de défendre d’abord ce pays, le nôtre, contre cette agression extérieure, quitte après à voir comment le défendre contre ce que vous appelez agression intérieure. Le peuple congolais, que vous qualifiez, avec beaucoup de morgue, de naïf a compris, lui, cette vérité. Si ce peuple se range derrière Kabila pour défendre l’intégrité territoriale, ne croyez pas qu’il se met comme ça à approuver l’action ou le mode de gouverner de Kabila, il a plutôt compris que la priorité actuellement, ce n’est pas de combattre le gouvernement, mais bien l’agresseur. Il ne s’agit donc pas de naïveté, comme vous le dites, mais tout simplement de sagesse pratique. Entre deux maux inévitables, la sagesse conseille en effet de choisir le moindre mal.

Monsieur Kutshienza, personne n’est pour la guerre. Nous voulons tous la paix. Nous voulons tous les négociations. Nous voulons tous la démocratisation rapide du régime de Kabila. Nos amis de l’udps trouve en cette guerre un moyen pour régler les comptes à Kabila.... Beauocup de ceux qui ont été frustrés par le régime de Kabila voudraient bien que la guerre continue jusqu’à l’éviction politique de ce dernier. Mais la guerre, c’est le sang, c’est les pleurs, c’est la faim, c’est le sous-développement qui se développe. Qu’on arrête la guerre ! Et la guerre actuelle, en RDC pourra bien déboucher sur le morcellement du pays. Le Rwanda et l’Ouganda voudraient étendre leur domination sur l’est, les grandes sociétés occidentales voudraient re(mettre) la main sur les mines du Katanga... Et pour y arriver, il faudrait, selon eux, que le pays éclate en de petits morceaux qu’ils pourraient contrôler facilement.

Mr. Kutshienza, comprenez-nous bien, personne ne vous empêche de régler politiquement les comptes à Kabila, personne n’empêche l’udps de chercher et d’oeuvrer pour la chute de Kabila ; c’est le travail de l’opposition. Mais là où le bat blesse, c’est quand vous vous servez de cette guerre dont pâtissent nos frères et soeurs pour parvenir à votre fin (le départ politique de Kabila). Il y a des priorités monsieur Kutshienza... Actuellement, il faut sauvegarder l’indépendance, l’intégrité, de notre pays. Après, réglez politiquement vos comptes à Kabila ! C’est votre droit, le plus légitime. Soyez fidèles à la terre congolaise ! Et la fidélité à la terre congolaise n’est pas synonyme de fidélité à Kabila.

Conclusion : je ne vous demande pas, monsieur Kutshienza de m’approuver, encore moins de changer de position, je voudrais vous inviter par contre à être fidèle à notre terre congolaise. Peut-être suis-je naïf (parce que je fais partie du peuple congolais que vous avez globalement qualifié de naïf). Qu’à cela ne tienne ! Je préfère mille fois être un naïf attaché à sa terre, plutôt qu’un clairvoyant dédaigneux de celle-ci.

Mes sentiments pat.... disons fraternels !

Bernard Ilunga

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