Dentrée de jeu, je
me dois de préciser une chose : je ne suis pas membre de lUDPS, encore que
jai beaucoup de sympathie pour ce parti politique. Je ne suis pas non plus membre
dun quelconque parti. Par choix délibéré, je me tiens, et me tiendrai
certainement toute ma vie hors des partis politiques. Cest donc de lextérieur
que je me mets à parler de ludps. Et jen parle en connaissant davance
tout le courroux auquel je mexpose. La vérité doit être défendue, servie, contre
vents et marées. Malheureusement, bien des amis de ludps semblent très peu ouverts
à la critique. Ils sortent les griffes, avec une aisance déconcertante, dès quils
entendent des paroles très peu louangeuses prononcées à légard de leur
président ou tout simplement de leur parti... Et pourtant, la critique et
lautocritique sont source de croissance, de progrès. Cest même une
contradiction exercée : ce parti qui se veut démocratique et qui combat pour la
démocratie refuse toute remise en question ! Ce quil proclame en paroles, il
le nie en actes.
Un exemple concret : des compatriotes
ont réagi au mémorandum de Tshisekedi affiché sur ce forum. Des membres de ludps
leur ont fait un procès dintention ! Ils les ont accusés de faire des
courbettes afin dobtenir un poste dans le gouvernement actuel ; ils les ont
accusés dêtre des kabilistes, etc. Tout se passe comme si Tshisekedi était à
labri de lerreur. Non, non et non ! Tshisekedi nest pas Dieu ;
il nest même pas un dieu (avec d minuscule). Comme tous les hommes, de chair et de
sang, il peut se tromper, il est faillible. Ses paroles ne sont pas comme des dogmes de
lEglise quon doit accueillir tels quels. Cest vrai, Tshisekedi
nest pas nimporte qui. Sa lutte courageuse et constante contre la dictature
mobutienne lui mérite beaucoup de respect de la part de tous nos compatriotes. Tshisekedi
compte en effet parmi ces rarissimes hommes politiques de chez nous qui sont prêts à
foncer jusquau sacrifice suprême pour que triomphe la cause quils défendent.
Mais, soit dit encore une fois, cela ne le met pas à labri de lerreur et ne
le déifie pas. Il reste un homme, comme tous les autres. Il nest donc pas intouchable
comme le voudraient bien de ses disciples. Seul Dieu est intouchable, car infaillible.
Chers internautes, dites seulement sur ce
forum que vous nêtes pas daccord avec Tshisekedi sur tel point ou tel autre,
et vous verrez comment la foudre vous tombera sur la tête. Ensuite, une autre erreur que
commettent ces amis, cest quils laissent de côté le fonds de votre article
et vous font carrément un procès dintention. Si on ne vous accuse pas de lécher
les bottes aux autorités politiques actuelles du pays, on vous dira que vous êtes
mobutiste, ou kabiliste, ou encore que vous en voulez à Tshisekedi et à ludps
parce que vous êtes de la région de Kabila. Dans le pire de cas, on vous injurie !
Et laissez-moi vous dire, quen agissant de la sorte, vous rendez un mauvais service
à votre parti et à Tshisekedi lui-même. Un parti politique qui combat pour la
démocratie ne doit pas verser dans le fondamentalisme. Ce serait une contradiction.
Ensuite, un autre fait à relever, cest que ceux qui rejettent toute critique, outre
le fait quils appartiennent presque tous à ludps, ont encore un autre point
en commun... Non, ne prenez pas en otage Tshisekedi. Lâchez-le ! Tshisekedi est une
richesse propre à tous les Congolais. Permettez aussi aux autres de saligner
derrière lui. Je voudrais dire ceci que la tendance au fondamentalisme de certains de ses
disciples et la prise en otage de Tshisekedi par ces derniers rendent ludps
détestable en certains coins du pays. Finalement, à bien y réfléchir, cest
vous-mêmes qui perdez, car votre tendance au fondamentalisme, en vertu du radicalisme que
vous avez joliment érigé en principe absolu, je disais que cette tendance-là est
dabord et avant tout nuisible à votre parti, cest purement et simplement une
contre-publicité.
Dans des pays où la démocratie est un
peu plus développée, la critique, on laccueille, on y répond... sans trop faire
de procès dintention et sans verser dans linjure (on vous traduirait en
justice). Ensuite, dans ces mêmes pays, les partis politiques devancent les critiques des
autres en sadonnant à lexercice de lauto-critique. Je ne fais pas
partie de ludps. Donc, je ne saurais vraiment pas dire si lauto-critique est
de mise au sein de ce parti. Mais tout laisse croire que ce parti ne sadonne pas,
comme il se doit, à cet exercice. Si je me trompe, quon me le dise. Par peur des
sanctions lourdes qui frappent ceux qui sont accusés de "vagabondage
politique", nétouffe-t-on pas le droit à la discussion et à lopinion
contraire au sein même de ludps ? Si je me trompe, quon me le dise. Que
signifie finalement "vagabondage politique" ? Il ne sagit pas
tellement ici de petites discussions sur lorganisation dune marche ou sur des
choses secondaires, mais bien dune discussion sur lessentiel...
Ludps a-t-elle déjà fait, par
exemple, son examen de conscience (auto-critique) sur la manière dont elle a géré ou
aurait pu gérer la longue transition démon-cratique qua connue notre pays ?
Tout le tort ne doit pas être mis sur le compte de monsieur Mobutu et de ses courtisans.
Si ludps avait agi autrement, la situation aurait été autrement, à coup sûr.
Quelles sont les erreurs commises par Tshisekedi et son parti pendant cette transition
politique luciférienne ? Ludps peut-elle nous le dire, si elle a déjà fait
son auto-critique ? Cest très facile de dire que tout repose sur les épaules
de Mobutu qui, lui, repose en paix quelque part au Maroc. Jinvite ludps à
nous dire ces erreurs... Elle en sortirait plus crédible. Maintenant, par exemple,
Tshisekedi invite la population de Mbuji-Mayi à accueillir les rebelles "qui sont
nos frères". Et demain, le même Tshisekedi invitera celui qui serait président de
la République à se débarrasser des Rwandais. Vous, membres de ludps, réagissez
aux propos de ce genre ; faites fonctionner votre esprit critique. Dites à votre
chef quil verse dans lerreur, dans lincohérence. Si vous, vous ne
pouvez pas le lui dire, permettez alors aux autres, qui sont libres, eux, de le lui dire.
Conclusion : deux choses : 1)
Nous invitons ludps à souvrir à la critique et à développer en son sein la
liberté de pensée et dopinion, bref lauto-critique . 2) Que lentourage
de Tshisekedi ne prenne pas ce dernier en otage, quil permette aux autres de
saligner eux aussi derrière ce compatriote au courage qui tient du prodige ;
car Tshisekedi nest pas une propriété privée dun groupe dhommes et de
femmes, il appartient à tout notre pays.
Bernard Ilunga |