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Comparer De Gaulle à Kabila, c'est comparer un pneu à une banane !
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Jules De Tibeiro
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Un peu de sérieux cher collègue Gérard Buakasa !

J'ai lu avec attention soutenue le texte de votre conférence du 10 septembre 1998 où vous faites l'éloge de notre président autoproclamé, l'homme providentiel du Congo-Zaire, le conducator LDK. C'est votre droit.

En lisant ce texte, j'ai attiré mon attention sur le dernier paragraphe où vous vous permettez de comparer le général de Gaulle (à ne pas confondre avec La Gaule, une lacune qui ne vous honore d'ailleurs pas) à l'actuel président de la R.D.C. Je pense même que ce dernier - a moins qu'il soit déjà mégalomane - serait bien conscient de la futilité d'une telle comparaison.

Vous n'avez pas le droit d'induire en erreur les compatriotes qui ne connaissent pas vraiment l'histoire de la Vème république. On appelle cela de la malhonneteté intellectuelle cher collègue. Paradoxalement, je me sens plus à l'aise d'apporter un correctif au dernier paragraphe de votre laïus que de m'enliser dans le débat sur notre pays. Où l'on est forcément taxé de mobutiste quand on ne pense pas comme les Kabilistes !

Dans les lignes suivantes, vous aurez cher collègue, tout le loisir de comparer paragraphe par paragraphe les préoccupations et motivations des deux personnages (De Gaulle -Kabila) afin de mieux éclairer vos ouailles dans le futur sur le parcours on ne peut plus elliptique de notre président.

Destin hors série que celui de cet officier d'infanterie sorti de Saint-Cyr à la veille de la première guerre mondiale. Trois fois blessé, fait prisonnier à Douaumont, il appartient à cette génération qui a connu l'horreur des tranchées et qui sait ce que représente le prix qu'il faut payer la liberté et l'indépendance. Esprit novateur, prophète, à la suite de Liddel-Hart, Fuller et Guderian, de la guerre des blindés, il ne sera pas écouté durant les années 30 et verra comme des millions de Français, l'effrondement de l'été 1940.

L'appel lancé le 18 juin 1940 marque le début d'une aventure qui se terminera par la descente des Champs-Elysées en août 1944. Seul ou presque, de Gaulle veut entretenir la "flambée de la Résistance française"; dès l'été de l'annnée 1940, une partie de l'empire se rallie à lui et quelques milliers de volontaires rejoignent une France libre dont ile sentent confusément qu'elle porte en elle les destinées supérieures de la nation. Rien à voir avec le cursus honorum de l'AFDL !

Accablé par la défaite, le peuple de France fait confiance au maréchal Pétain, une figure jusque là légendaire, le héros de Verdun, mais, de l'autre côté de la Manche, c'est de Gaulle, dressé contre le gouvernement légal, qui représente au fur et à mesure que les échecs allemands se précisent, les espoirs des Français. Si la lutte contre l'occupant allemand demeure un souci prioritaire, il entend également que soient reconnus, dans le camp allié, les intérêts et la voix de la France. C'est en partie, grâce à cela que le pays, écrasé en juin 1940, pourra jouer un rôle en 1944-1945, et de Gaulle sera considéré comme un vainqueur à part entière durant le fol été de 1944, installant partout de nouveaux pouvoirs et réussissant à imposer sa volonté à une résistance communiste qui aurait volontiers rêvé, à la Libération, de lendemains des plus révolutionnaires.

C'est une France ruinée et profondément marquée par l'occupation qu'il faut reconstruire au lendemain de la Libération ? C'est tout naturellement le chef du Comité français de libération nationale, le général Charles André Joseph-Marie de Gaulle, qui pose enfin le pied sur le sol de France le 14 juin 1944 plus précisément en Normandie, sur la plage de Courseulles.

Le Général est aussitôt accueilli en héros à Bayeux, la première ville française libérée (Rien à voir avec les premières villes "libérées" de Bukavu et Goma quand le processus de la chute de L'Aigle de Kawélé était enclenché par les gens que vous connaissez.)

Le 23 août 1944, sur la route de la capitale, de Gaulle, devant la mairie de Chartres pavoisée des drapeaux alliés, reçoit un nouvel hommage d'une foule en liesse. Trois jours plus tard, sur les Champs-Elysées, Paris, à son tour, fête son libérateur. L'Histoire est en marche ! (Rien à voir avec l'arrivée à Kinshasa en catimini du président autoproclamé - à partir de son Katanga natal -.

L'unanimité qui semble ainsi se dessiner autour d'un vaste programme de reconstruction républicaine est mise une première fois à rude épreuve, le 26 août 1944, dans Paris "outragé ", "brisé", "martyrisé" mais Paris liberé !", quand le Général refuse de proclamer la République au balcon de l'Hôtel de ville comme le lui demandait Georges Bidault, successeur de Jean Moulin à la tête du Conseil national de la Résistance. Pour l'homme du 18 Juin, il est inutile de proclamer la République puisque, selon lui, elle n'a jamais cessé d'exister, dans la mesure où il a incarné depuis 1940 la continuité de l'Etat. Le Mze lui s'est autoproclamé Président de la RDC alors qu'il n'était que le porte-parole de l'AFDL.

Dans l'euphorie de la Libération, l'incident ne prendra pas une grande importance, mais il annonce déjà les difficultés à venir entre le chef de la France libre (IL N'EST PAS ENCORE PRÉSIDENT) et les "partis" dans lesquels il verra toujours un obstacle à la définition et à la mise en oeuvre d'une volonté nationale clairement affirmée. De toutes les façons, il ne les supprime point. Le Mze, lui voit les choses de la même façon mais SUPPRIME TOUS LES PARTIS SAUF LE SIEN L'AFDL ...

Le 13 novembre, le général de Gaulle a été ELU président du gouvernement PROVISOIRE de la République par L'SSEMBLÉE NATIONALE CONSTITUANTE. Ce gouvernement comprenait au départ deux ministres COMMUNISTES. Mais les communistes revendiquent les ministères des Affaires étrangères, de la Guerre et de l'Intérieur. De Gaulle remet son mandat à l'Assemblée qui l'ÉLIT de nouveau le 19 novembre et lui donne un pouvoir fragilisé par la grève des fonctionnaires. Les socialistes réclament une réduction de 20 % des crédits militaires. C'en est trop pour l'homme qui s'identifie à la France. En janvier 1946 de Gaulle passe quelques jours au cap d'Antibes.

Le promeneur solitaire, l'homme des rêves, le grand chêne, face à la mer, a pris sa décision: SE RETIRER DES AFFAIRES. IL FAUT LE FAIRE APRÈS TOUT CE QU'IL VENAIT DE FAIRE POUR SON PAYS ! jE NE PEUX EN DIRE davantage pour le Mze.

En mai 1958, craignant que Paris n'accorde l'indépendance à l'Algérie, les militaires français en Afrique du Nord lancent un appel au général de Gaulle pour qu'il vienne encore une fois au secours de la nation. Ce dernier se déclare "prêt à assumer les pouvoirs de la République". Au cours des semaines suivantes, alors que la République vit sous la menace d'un coup d'État militaire, De Gaulle rassure les milieux parlementaires. Les modérés en arrivent à la conclusion que le recours à l'ancien chef de la France est le seul moyen d'éviter ledit coup d'État. Le 29 mai, alors que les généraux d'Alger s'apprêtent à déclencher le plan "Résurrection" contre la métropole, le président Coty demande "au plus illustre des Français" de prendre la tête de GOUVERNEMENT (C'est encore le 4ème République - De Gaulle sera donc le dernier premier ministre de cette république après une si longue traversée du désert (12 ans).

Seriez-vous prêt cher collègue à soutenir sur ce Net que Kabila est le plus illustre des Congolais puisque vous vous êtes permis de comparer ces deux dirigeants.

Le Mze est encore jeune, il peut bien se rétirer des affaires et on fera un jour appel à lui tôt ou tard. N'a t-il pas libéré son pays du joug du mobutisme ? Le peuple devrait donc lui être reconnaissant.

N'est-il pas si populaire ? Il n'a pas à s'inquiéter à ce sujet. Il pourrait se retirer tranquillement chez lui au Katanga comme De gaulle et on lui demanderait un jour de revenir aux affaires de son pays.

Pourquoi pas ?

Le ler juin 1958, l'Assemblée nationale VOTE SON INVESTITURE. Le lendemain, le général De Gaulle obtient les pleins pouvoirs en métropole pour six mois, ainsi que le droit de préparer une révision constitutionnelle.

La nouvelle Constitution qu'il élabore (avec Michel Debré son premier PREMIER MINISTRE sous la Vème république à l'époque Garde des Sceaux) insiste notamment sur la primauté absolue du chef de l'Etat, qui n'est plus l'élu du parlement (comme on le faisait avec les présidents "inaugureurs" de chrysanthèmes des 4 premières Républiques) mais d'un collège électoral plus vaste. Ce projet constitutionnel est approuvé, lors du référendum du 28 Septembre 1958, par une majorité de 79.2 %.

Élu président de la République par "les grands électeurs" le 21 décembre 1958, De Gaulle entre en fonction le 8 janvier 1959. Aux élections présidentielles de décembre (suffrage universel direct), il n'est élu, au second tour, qu'avec 55 % des voix.

Lors de la crise de mai 1968, De Gaulle retrouve son ton des grandes heures : son bref discours du 30 mai redresse une situation qui semble désespérée. Il triomphe aux élections (législatives) de juin 1968.

Sa préoccupation majeure est désormais un projet de référendum qui, au nom de la participation, associerait les régions à l'élaboration des actions nationales. Cependant, le 27 avril 1969, le pays se prononce contre ce projet à 52 % de voix. Le lendemain, le général démissionne et se retire à Colombey où il entreprend la rédaction de ses Mémoires d'espoir, consacrés à l'époque de sa présidence. Il s'éteint (chez lui ! )le 9 novembre 1970.

Gauliste de coeur, citoyen d'honneur de la ville de Colombey-les-Églises (où se repose le général), je devais condamner cette comparaison insupportable. L'homme du 18 Juin est sacré, par son esprit et par son oeuvre; il incarne "la France", il est incomparable avec notre président. Que notre président fasse d'ailleurs ses preuves avant de nous lancer dans des comparaisons ridicules. Au départ, les 2 pays (la RDC et la France n'ont pas la même histoire).

Vous dites : " De Gaulle a dû suspendre l'excercice des droits politiques des Français... " C'EST TRÈS FAUX. Il ne portait pas les partis dans son coeur (son parti n'a été crée qu'en 1947 durant sa traversée de désert) mais il ne les a pas empêchés pour autant de fonctionner. Il a justement claqué la porte en 1946 à cause de ces partis !!!!! Il était démocrate. Je ne peux en dire autant de notre président. Je ne lui en veux surtout pas. Je vois les faits.

Vous dites " la nécessité historique de son temps, de fonder la 4ème République ..." FAUX ! Je crois penser qu'il s'agit d'une erreur de frappe. De Gaulle a créé la Vème republique. C'est clair et sans équivoques dans tous les manuels d'Histoire de France. Un point un trait.

Vous dites " Il n'a même pas associé les partisans communistes qui l'ont aidé à triompher de Pétain ". ARCHI FAUX !!! De Gaulle a bel et bien pris des ministres communistes dans son premier gouvernement. Il n'avait d'ailleurs pas le choix car les communistes ont libéré Paris. C'est vrai qu'il leur a refusé des portefeuilles sensibles comme la Défense, les Affaires Etrangères et l'Intérieur. Le généralissime Staline était encore bien vivant (et arrogant) de sa victoire et le PCF était encore bien aligné sur Moscou !

On comprendrait naturellement les raisons de sa méfiance à leur égard.

De plus, Pétain, à la Libération n'était plus en France (en résidence surveillée en Suisse- on parle même d'une fuite comme celle de l'autre Maréchal, que vous connaissez bien ! ) Son rival antérieur à la date de Libération était plutôt le général Giraud, le protégé de Roosevelt qui le préférait à l'arrogant De Gaulle. Winston Churchill et Franklin D. Roosevelt les avait même réconciliés au Maroc pendant la guerre.

Tout ce que je viens de dire est vérifiable dans toutes les bibliothèques du monde. Cher collègue, évitez dans le futur de faire de telles comparaisons. Dites n'importe quoi sur le Zaire-Congo et son leader, je veux bien vous comprendre mais de grâce, abstenez-vous de nous faire avaler de telles inepties. Personnellement, je soutiens LDK par les temps qui courent, intangibilité du territoire de nos ancêtres oblige mais cette solidarité a des limites.

Je ne prête pas au président LDK de noirs desseins. Il se trouve bien comme il est, où il est. Il trouve la RDC bien comme elle est. Tant mieux pour lui. Tant pis pour elle.

Sentiments fraternels

Pr. Jules de Tibeiro, Ph. D.

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