Selon les prédictions et
les révélations du Professeur Jef Maton de lUniversité de Gand, document qui a
circulé en Août 1996, celui écrivait ceci :
Lascendant du Pentagone et des
militaires en général, sur la politique africaine du gouvernement américain
saffirme de plus en plus. Cela sest vu lors de la crise du Liberia lorsque les
militaires du National Security Council ont pris la direction politique et militaire des
opérations et cela se manifeste tous les jours dans la politique appliquée dans la
problématique de léradication de lhégémonie soudanaise dans la Corne de
lAfrique et lAfrique de lEst.
Le Zaïre reste au centre des
préoccupations du Pentagone. Non pas pour lapport positif quil peut apporter
à la région mais pour contrôler toute dérive négative qui pourrait mettre en danger
les intérêts américains et le développement des pays-clés qui font partie du nouveau
système américain dans la région.
LOuganda, le Burundi et le Ruanda
sont essentiels comme partie intégrante du cordon sanitaire dressé contre
lintégrisme islamique. Le Rwanda, quant à lui, constitue une des pièces
essentielles dans la politique américaine dans lensemble de la région, disposant
dinfrastructures routières en bon état et dun aéroport international, dont
la piste permet latterrissage de gros-porteurs, il peut constituer une des meilleurs
base dopérations vers lintérieur de lAfrique et vers lOcéan
Indien.
Il faut noter que cest la première
fois que les Américains nomment un attaché militaire permanent à Kigali. Monsieur
Richard ORTH, ancien n°2 de la DIA (Defence Intelligence Agency)
Limportance, surtout de
lAngola et puis du Congo, provient des énormes investissements pétroliers et
autres consentis par des entreprises américaines. Dès lors, la stabilité de ces deux
pays est essentielle, peu importe qui les dirige pour peu quils soient
pro-américains et compétents (DOS SANTOS est devenu pro-américain et semble être plus
compétent en temps de paix que SAVIMBI).
La politique du Pentagone consiste donc à
assurer la stabilité de ses alliés " privilégiés ". Le Pentagone
ne croit pas à la pérennité de lEtat zaïrois dans sa forme actuelle. Pour aller
plus loin, il ne croit même plus à lexistence dun Etat zaïrois dans les
trois années à venir. Selon les experts du Pentagone, aucun homme politique zaïrois ne
pourra garantir lunité du Zaïre et réussir le redressement économique du pays.
Par rapport à cette analyse, les experts du Pentagone prévoient trois scénarios :
1. Scénario de la " dérive
autarcique "
La trop longue absence du gouvernement
central dans les provinces va accentuer la dérive autarcique déjà en cours. Ce qui aura
pour conséquence la mise en place d'une confédération zaïroise très souple au sein de
laquelle les provinces auront plus de relations économiques et politiques avec les pays
limitrophes quavec le pouvoir confédérateur central. Dans ce scénario, certaines
provinces comme le Katanga et le Kasaï feraient sécession sans bain de sang avec la
complicité dEtats comme lAfrique du Sud ou encore de lAngola (à ce
propos, le Pentagone ne serait pas hostile à un rôle stabilisateur de lAfrique du
Sud pour les provinces riches du Zaïre, si elles venaient à faire sécession). Cette
dérive autarcique et sécessionniste étant la conséquence attendue du délabrement de
lEtat Central entamé au début des années 80.
2. Scénario de
" limplosion-disparition "
La situation au nord-est du Zaïre et avec
le Rwanda et le Burundi saggrave. Le conflit Hutu-Tutsie déborde les frontières et
on se voit confronté à une guerre régionale dans laquelle larmée Zaïroise mal
équipée, mal entraînée et mal payée, ne peut défendre le territoire nationale. Les
pertes de territoires sont réelles, que ce soit à la faveur des uns ou à la faveur des
autres (mais les trois armées tutsies, ruandaises, burundaises ou ougandaises devraient,
dans un tel conflit, avoir le dessus). Cette guerre régionale inciterait, dès lors,
dautres provinces à faire sécession. Mais il est clair que les barons du régime
ne se laisseraient pas faire et nous nous aurions alors une implosion totale du Zaïre
avec des foyers de guerre apparaissant à travers tout le pays. Le Zaïre cesserait tout
simplement dexister.
3. Scénario de
" lexplosion-réduction "
Certains dirigeants politiques zaïrois
comprenant quils nont aucune chance dêtre au pouvoir, peuvent
favoriser, avec la complicité de Chefs détats étrangers, le retour
danciennes forces rebelles au pays. Donc le Zaïre serait soumis à une attaque
extérieure en règle sur une ou deux de ses provinces économiquement riches. Comme dans
le scénario précédent, larmée zaïroise serait incapable de réagir et serait
mise devant le fait accompli. Une intervention étrangère pour rétablir la situation
étant for peu probable et les barons du régime nayant pas la capacité de réagir
à une opération surprise et militairement bien organisée, seraient mis devant le fait
accompli. De fait, deux provinces ou plus deviendraient indépendantes et le Zaïre
changerait de configuration et perdrait son rôle central dans la région.
Bien entendu, il va de soi que chacun de
ces trois scénarios peut évoluer de manière différente. Cependant, la conclusion du
Pentagone est claire et nette, soit le Zaïre deviendra un énorme Liberia composé de
factions rivales saffrontant dans un scénario apocalyptique, chacune dentre
elles étant soutenue et approvisionnée par les pays limitrophes ayant leurs propres
intérêts. Cest donc limplosion du Zaïre qui sera réduit à un état
" sauvage " ; soit il explosera dans sa forme actuelle par une
invasion extérieure provoquant lindépendance de deux ou trois de ses provinces.
Finalement, dans le meilleur des cas, un
faible pouvoir confédérateur serait installé changeant ainsi la configuration
politique, juridique et économique du Zaïre actuel.
La conclusion finale du Pentagone est que
le Zaïre perdra son rôle central en Afrique e, à la place, il y aura soit un grand
" no man "s land " (vide pacifique) soit un grand vide
violent qui aurait de graves conséquences pour lensemble des pays de la région. La
politique du Pentagone consiste donc à accompagner cette
" dégénérescence " de lEtat zaïrois en mettant le plus de
garde-fou pour que si vide il devait y avoir, ce serait un vide
" pacifique ". Le Présidant Mobutu est précisément un de ces
garde-fou et cest pour cette raison quils le soutiennent. Mais ils soulignent
encore une fois quil ny a pas un seul homme politique zaïrois qui puisse
sauver ce pays.
A côté des scénari imaginés par le
Pentagone en 1996, dautres éléments montraient bien avant la guerre dite de
" libération " que lidée du démembrement du Zaïre séduisait
plus dun lobby ou plus dun état.
On se souviendra des tentatives ruandaises
de remise en question des frontières héritées de la colonisation et du discours du
président Hutu ruandais à Cyangugu en octobre 1996 et où il fut question dun
grand Rwanda empiétant sur le Nord et le Sud-Kivu.
Lopinion internationale à
lépoque écouta avec une certaine attention les allégations ruandaises appuyées
par lexhibition dune carte géographique revissée, qui furent relayées sans
réserves par les médias occidentaux.
Ce rapport messianique devrait interpeller
certains dentre nous qui doutent encore sur les intentions véritables de cette
guerre et de lattitude à adopter face aux événements qui se déroulent dans notre
Pays.
Joseph Shoyaka-Djésa |