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Urgent SOS Bukavu/Sud Kivu ! Urgent
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transmis par Chris Sassa
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Oggetto: Nouvelles alarmantes du Sud-Kivu
Data: venerdì 25 settembre 1998 9.20 / Reçu par REC (Réseau Européen pour le Congo)
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Via une ONG européenne, membre de notre Réseau Européen pour le Congo (REC), nous venons de recevoir le document ci-après du 19 septembre 1998 qui contient des informations sur la situation alarmante au Sud-Kivu, et en particulier à Bukavu. La SIC qui a écrit ce document est composée d'un groupe d'intellectuels crédibles.

Parce qu'il contient d'importantes informations récentes d'une région tenue "incommunicado" nous vous transmettons rapidement ce document tel quel, comme nous avons fait avec d'autres informations.

Secrétariat du REC
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S.O.S. Bukavu/ Sud-Kivu (R.D.C.)

Dans la septième semaine de guerre et d'occupation miltaires, nous constatons avec la plus grande inquiétude les faits suivants:

I. SITUATION POLITIQUE ET ADMINISTRATIVE: vide et insécurité

- L'Autorité militaire se montre inefficace à protéger les droits de la population civile et à sanctionner les abus commis contre elle. En effet, le pouvoir militaire est tenu par des officiers Rwando-ougandais qui poursuivent leurs objectifs et ont leur stratégie. Ce pouvoir réel est "couvert" par la présence d'officiers congolais qui font fonction de "figurants" et qui sont souvent mal-coordonnés entre eux et incapables d'intervenir, surtout sur les soldats "non congolais".
- L'Autorité civile est pratiquement inexistante. Peu acceptée par la population elle est par surcroît neutralisée par les militaires.
- L'Autorité politique du RCD (Rassemblement Congolais pour la Démocratie, qui est l'expression politique du Mouvement "rebelle") ne parvient pas à conquérir la confiance et la collaboration de la population, malgré des différentes tentatives de sensibilisation (meetings) et d'autres subtiles pratiques de corruption.
- Absence d'une Autorité morale qui prenne le risque de se faire porte-parole des intérêts des gens et de ses besoins plus urgents, soit vis-à-vis du pouvoir local, soit vis-à-vis de la Communauté Internationale.

La conséquence principale de cet état des choses est une grande insécurité, rendue encore plus aigue par le fait qu'avant la guerre les soldats recevaient un solde de 100 $ US par mois, tandis qu'à présent ils ne sont plus payés ou ne reçoivent, à l'occasion, que le correspondant de 10 $ US.

Cette insécurité permanente se manifeste sous plusieurs formes:
- Actions systématiques de pillage. Tous les stocks de nourriture et de médicaments des Organisations Humanitaires Internationales (HCR, PAM, CICR… dont les responsables étrangers ont quitté dès le début) ont été pillés par les militaires, parfois en plein jour.
- La succursale de la Banque Centrale de Bukavu a été vidée de tout son argent. Il est à craindre que bientôt il n'y aura pratiquement plus de liquidité, ni en monnaie locale, ni en dollars.
- Attaques quotidiennes des bandes armées contre des maisons privées pour voler de l'argent et enlever des appareils électroniques qu'on peut exporter au Rwanda.
- Saisie et vol de véhicules pour emploi militaire ou exportation au Rwanda.
- Confiscation des moyens de communication (téléphones satellitaires et appareils de phonie).
-Bouclages réguliers des différents quartiers de la ville avec perquisition des maisons et ratissages sous prétexte de recherche d'armes, de soldats congolais déserteurs ou d'infiltrés May-May. Ces opérations sont chaque fois des occasions de vols et de violences exercées sur la population.
- Enlèvements et disparitions fréquentes de personnes (même des enfants), parce que identifiés comme d'ethnie Hutu ou bien soupçonnés d'être de connivence avec les May-May.
- Assassinats isolés et gratuits, parfois seulement pour extorquer de l'argent; et assez souvent, aussi des massacres collectifs sur la population civile à titre de représailles (les plus récentes: Kasika, Uvira, Kitutu…).

Tout cele fait que la population vit constamment dans la terreur, cherche à cacher ses biens, se livre à un minimum d'activités et essaie de survivre.

II. SITUATION SOCIO-ECONOMIQUE: en détérioration rapide. Menace de rupture
de stocks et de famine.
- La vie économique est pratiquement réduite au point mort. C'est une situation analogue à celle qu'on a vécue dans les premières semaines de la guerre de '96, avec ceci comme différence: à l'époque beaucoup de monde avait fui et la ville était presque déserte, tandis qu'à présent la population est là, mais presque paralysée. Toutes les activités productives
sont bloquées. Les quelques entreprises présentes ont suspendu le travail.
L'unique qui fonctionne encore au minimum est la Brasserie, dont les camions n'effectuent plus de transports.
- La grande majorité des familles n'ont pas de recettes. Qui avait du travail (employés des services étatiques, enseignants…) est impayé. Qui vivait sur un petit commerce ne parvient plus à s'en tirer. Qui recevait de l'argent de Kinshasa ou de quelqu'un vivant ailleurs ne peut plus recevoir d'envoi d'argent. Même les grands commerçants ont du mal à continuer les importations et leurs dépots commencent à se vider. Les Organismes Humanitaires (hormis quelques ONG) sont absents, et par conséquent les couches les plus défavorisées de la population (réfugiés, déplacés…) sont complètement abandonnées. Même la Caritas, présent sur place, est pratiquement paralysée.
- Les principales voies de ravitaillement qui relient la ville aux zones agricoles plus productives sont inaccessibles et pas sûres. Cheptel et fermes privées qui produisaient viande, lait et fromages ont été pillées et en partie détruites.
- Universités, écoles supérieures, moyennes et primaires sont fermées. Même si les Autorités en place décidaient de faire commencer l'année scolaire on se demande: où les parents pourront-ils trouver l'argent pour scolariser leurs enfants? Et puis, qui va payer les enseignants?

On constate donc un appauvrissement généralisé de la population et beaucoup de familles se trouvent au niveau d'une pénible survie.

III SITUATION SOCIO-PSYCHOLOGIQUE: désarroi, découragement et déchéance
morale concomitante.
- La population est en train de vivre le traumatisme psychologique d'une occupation et d'une oppression militaire, et pas du tout l'euphorie d'une "libération", comme on veut le faire croire. C'est pourquoi elle est démotivée, découragée et portée à ruminer dans le coeur des sentiments d'hostilité, de haine et de rejet vis-à-vis des Tutsis oppresseurs et ceux qui collaborent avec eux. Ces sentiments, qui couvaient en eux depuis déjà deux ans, sont attisés à présent aussi par les appels sporadiques d'une radio clandestine qui se dit l'expression de la lutte armée des May-May.
On y découvre clairement la présence et l'influencece des miliciens Hutu interahamwe. Ce sont eux, ainsi que leurs ennemis Tutsis, qui ont exporté parmi les paisibles populations du Kivu la haine et la folie génocidaire qui est en train de contaminer cette région.
- La population est découragée par toutes une action de propagande et de contre-propagande, souvent trempée de mensonges et d'appels à la lutte armée, alors qu'elle constate avec amertume que personne ne s'occupe nullement de son bien, de ses droits et de son avenir. Elle n'accepte aucune domination étrangère, nourrit un profond sentiment d'aversion vers les Etats-Unis d'Amérique censés fournir un soutien déterminant aux Pays aggresseurs (Uganda et Rwanda) et déplore le silence et l'attitude passive des Pays Européens qu'elle considère en quelque sorte comme un signe de complicité.
- A cause de l'avilissement provoqué par la pauvreté et la misère et l'influence néfaste sur le plan moral exercée par 32 ans de dictature mobutiste, il n'est pas rare de voir émerger des comportements fort répréhensibles dictés par l'opportunisme, la soif d'argent, des sentiments de jalousie et de vengeance: accusations, délations, trahisons, règlements de compte.. avec souvent des effets mortels.

Bukavu, le 19 septembre 1998

S.I.C. (Source Indépendante du Congo)

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Transmis par Chris Sassa
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