| Civilement vôtre, M.
Mutombo Lukasu! |
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| Chris Sassa |
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Quand le ton est posé et courtois,
voyez-vous, il y a moyen de discuter.
Alors, voici ce que j'ai à repondre:
1. Je n'ai jamais pensé qu'il fallait effacer l'histoire ou en retirer des pages. Ceux
qui ont essayé de falsifier l'histoire en ont toujours eu pour leur compte et
fâcheusement. La rébellion et, de manière générale, tout ce qui s'est passé pendant
la colonisation (et même avant), pendant les cinq premières années de notre
indépendance, sous Mobutu, pendant la transition et, demain, sous Kabila fait partie de
notre histoire.
2. L'histoire est une et unique. On peut la falsifier, en sauter ou en déchirer des
pages, elle finit toujours par se rétablir. C'est comme vouloir garder un morceau de bois
sec sous l'eau: dès que la main qui l'y retient se retire, il remonte à la surface. Vous
lisez, par exemple, très bien les pages de la rébellion, mais vous en oubliez celle,
essentielle qui a conduit à cette rebellion. N'est-ce pas l'assassinat de la démocratie
sortie des urnes en mai 1960 ? Tout le reste n'aura été que la conséquence malheureuse
et, helàs, tragique de cet assassinat. Si vous êtes d'accord pour penser que c'est un
devoir patriotique de défendre la démocratie, alors il faut convenir, abstraction faite
des débordements et des horreurs qu'on peut leur imputer, que ceux qui se sont rebellés
contre le "nouveau pouvoir central" mis en place par Kinshasa (par qui vous
savez et avec l'aide de qui vous savez) n'étaient pas forcément du mauvais côté.
3. A titre tout à fait personnel, je vous dirais que je n'ai pas vécu la rebellion en ce
que je ne me suis pas trouvé dans une des villes ou contrées qu'elle a secouées. Mais,
mon épouse, depuis 25 ans, l'a vécue à Kisangani, à Bumba, etc. Elle me raconte dans
le menu ce qu'elle a vu, ce à quoi elle a assisté (elle en est toute retournée quand
elle s'en rememore).
Elle se souvient des jours passés dans des abris sous-terrains de fortune creusés par la
mère (le père avait été amené), etc. de leur fuite vers Kinshasa et sa famille ne
soit qu'à Dieu d'être arrivée dans la capitale.
La rébellion a bouleversé toute la vie de la famille et je n'étalerai pas ici en quoi,
par respect pour ma belle-famille. Elle raconte les horreurs et des rebelles, mais aussi
celle des soldats gouvernementaux parce que dans ce genre de guerre, il n'y a ni foi ni
loi et c'est toujours la population civile qui est prise en otage par les deux camps.
4. Toujours à titre tout à fait personnel, je dois vous dire que c'est plus tard que
j'ai fait mon analyse personnelle de la situation. Quand sévissait la rébellion, je
venais d'entrer dans la dizaine et il est difficile à cet âge là de faire une lecture
éclairée des évenements. je me gavais donc de la propagande occidentale: "Lumumba
est un communiste, on veut introduire le communisme au Congo, les Russes vont attaquer,
etc". Savez-vous ce qu'on disait du communisme ? Le voisin ou un inconnu peut entrer
chez vous, manger comme il veut et ce qu'il veut sans demander votre permission, prendre
votre vélo (on n'était pas encore à la voiture) et même prendre votre femme! C'était
simpliste, mais terriblement efficace comme propagande, croyez-moi. Je ne me suis jamais
senti proche du communisme, mais tout de même je crois qu'on a poussé le bouchon un peu
loin!
5. Vous dites qu'il y avait des armes russes du côté de la rébellion. Il n'y avait pas
des armes made in Congo du côté gouvernemental, non plus!
Puisque les Occidentaux soutenaient en bloc le gouvernement de Kinshasa, où vouliez-vous
que l'autre camp s'approvisionne ? N'oubliez pas que nous étions dans le contexte de la
guerre froide (la véritable cause de cette guerre, à côté du contrôle de nos
matières premières. La première agression, dans les suites immédiates de
l'indépendance a été belge, il ne faut pas l'oublier). Lors de la Conférence nationale
au Bénin, Matthieu Kerekou qu'on accusait d'être un marxiste a avoué n'avoir jamais lu
Marx, Engels, Lenine ou Mao. Je me demande vraiment si on ne peut pas dire la même chose
de Lumumba!
6. Le problème, en ce moment, c'est la guerre qui sévit au Congo. Si simplement rappeler
l'histoire et établir des parallèles peuvent ramener la paix, alors, je suis prêt à
vous suivre.
"Personnellement, je soutiens LDK par les temps qui courent, intangibilité du
territoire de nos ancêtres oblige", voilà ce qu'écrit Jules de Tibeiro et je le
cite parce que vous paraissez être en accord parfait avec lui. Ce n'est pas un kabiliste
et c'est même un anti-Kabila, je crois. Mais, il fait la part des choses. Vous avez donc
tort de ranger tous ceux qui soutiennent les forces gouvernementales et leurs alliés pour
des inconditionnels de Kabila. Si on ne combat pas l'agression, qu'arrivera-t-il, selon
vous? Helàs, dans cette guerre, il n'y a que deux camps: celui de la rébellion et celui
du gouvernement de Kinshasa. Voilà donc bien de gens forcés de faire un choix
douloureux! La neutralité ? Très bien, mais qu'adviendra-t-il si d'un côté, il y a la
rébellion et de l'autre, des neutres qui se croisent les bras ou qui discutent de
responsabilités au coin du feu ou autour d'un verre de bière ou encore qui se contentent
d'établir des parallèles?
7. Je déplore l'habitude que vous avez de vous saisir de n'importe quoi pour,
semble-t-il, regler des comptes aux gens. Voulez-vous un exemple (en plus de ceux que j'ai
donné hier) ? Jules de Tibeiro "ramasse" Gérard Buakassa au sujet d'une
comparaison entre Charles et Laurent-Désiré. Vous apportez votre soutien à De Tibeiro,
mais vous retournez votre arme contre ... Chris Sassa, en l'accusant de vouloir re-écrire
l'histoire et en vous jurant de l'éduquer. Franchement, avez-vous lu quelque part que je
re-écrivais l'histoire ? Et qu'avais-je à avoir dans les passes d'armes entre Jules et
Gérard ou entre ceux qui leur ont apporté leur soutien ?
8. De même, je ne supporte vraiment pas l'injure et l'insulte. Je n'ai jamais pensé
qu'en insultant bassement quelqu'un, on le rend plus attentif à une argumentation ou que
c'est le meilleur moyen de l'amener à admettre quelque chose. Au contraire, vous le
braquez et les gens considèrent mal celui qui profère des insultes ou qui a des propos
grossiers. N'oubliez pas que le vénin ne sort que du crochet d'un serpent. Même quand on
n'est pas d'accord, même qund on doit être dur, même quand on doit remettre quelqu'un
à sa place, il y a moyen de le faire en finesse. C'est un dur exercice mais qui élève
celui qui sait s'y adonner.
9. Enfin, il est si facile d'inviter les gens à ce à quoi on devait s'inviter soi-même
d'abord. Croyez-vous que vous faites preuve d'objectivité en vous focalisant sur les
horreurs de la rébellion tout en omettant les causes immédiates ou lointaines,
superficielles ou profondes, intérieures ou extérieures qui l'ont générée. Je ne suis
pas lumumbiste, rassurez-vous, mais c'est justement parce que je suis démocrate que je
constate que la démocratie avait été assassinée un certain 5 septembre 1960 que
pendant 5 ans, tous les gouvernements qui se sont succédés, prolongés par le régime de
Mobutu ont été anti-démocratique. En 38 ans d'indépendance, le Congo n'aura vécu que
deux mois de vraie démocratie (en 1965, on a frustré le CONACO de Tshombé -dont je n'ai
jamais été un admirateur, mais démocratie oblige- de sa victoire).
10. Finalement, cher monsieur ? Si vous empruntez une autoroute et que vous manquez l'exit
qui doit vous mener où vous voulez aller, que faites-vous ?
Ou vous cherchez à revenir au bon exit ou vous faites un long détour qui vous amènera
pas des routes de campagne. Le 5 septembre 1960, nous avons pris le mauvais exit. Revenir
au bon exit ? Peut-être faudrait-il en ce moment re-investir le vieux Gizenga qui était
le vice-premier ministre de Lumumba. Sinon, il faut faire un long, long détour qui nous
mène par des routes de campagne, certaines en terre battue et qui ont pour noms: Mobutu,
collège des commissaires généraux, gouvernement Adoula, rébellion, sécessions,
Tshombé, Mobutu, Tshisekedi, CNS, Kabila (la liste est interminable). Car, si vous parlez
avec adoration de Tsi-Tshi, il ne faut pas oublier qu'il a participé à un mouvement
sécessioniste et au régime de Mobutu. Il est aussi une de ces routes de campagne que
nous essayons d'emprunter pour nous retrouver.
Je ne vous demande pas de vous rendre à mes évidences, mais simplement d'admettre que je
peux avoir une lecture différente de la situation.
Patriotiquement.
Chris Sassa
csassa@hotmail |
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