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Discours raciste et xénophobe: il fait toujours raison garder !
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Chris Sassa
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Des images atroces ont été dernièrement diffusées par les chaînes de télévision. J'en ai été choqué en tant qu'être humain. Le Réseau de l'Information (RDI, Canada) a, de lui-même, "censuré" la scène sur le pont de la rivière (N' Djili ?) en arrêtant la caméra au passage par dessus bord d'un infortuné rebelle. Attitude tout à fait raisonnable et responsable. La majorité des chaînes ont versé dans le sensationalisme macabre et voyeur: c'est leur choix. Il ne faut pas compter sur la retenue des diffuseurs (en Occident: s'ils l'avaient pu, on nous aurait montré la mort de Diana par le menu!). Notez que le cameraman fixe l'image. Il n'est pas toujours responsable de la légende qu'on lui accole ou de l'interprétation qu'on en fait (dans le cas d'espèce, ce qu'on a vu serait l'illustration d'un discours xénophobe et raciste). Et dès qu'il est question de faire parler ou mieux, faire raisonner une image, on ne peut pas toujours s'empêcher de lui donner sa mélodie. Les images sont des illustrations de ce qu'on dit ou pense. Rien de tout ceci n'excuse ce qu'on a vu, bien sûr...

En faisant parler ces images, le refrain xénophobe et raciste a été entendue à fort décibels. A ce que nous sachions, dans la guerre en cours au Congo, "rebelle" n'est pas synonyme de Tutsi, de Rwandais ou d'Ougandais. L'AFP et d'autres sources nous ont appris que les rebelles qui ont tenté (ou réussi) à s'infiltrer dans Kinshasa sont des ex-soldats des FAZ, des Kinois donc qui tentaient de rentrer chez eux, dans leurs maisons en habits civils, défaits et abandonnés par leurs chefs paradant à 2 000 Km à Goma (eux, au moins n'auront qu'à franchir la frontière rwandaise quand ça ira mal). L'explication parait tout à fait plausible tant il aurait été teméraire et même suicidaire à un rebelle Tutsi de s'aventurer dans les rues de Kinshasa.

D'autre part, des dépêches d'agence font état d'un accord tacite entre Kigali et Luanda qui laisserait aux militaires rwandais une porte de sortie. C'est ce qui, semble-t-il, a retardé la reprise de Matadi par les forces loyales: les soldats rwandais ont ainsi pu être exfiltrés par Tshimpi (le petit 'aéroport de la ville, de l'autre côté du fleuve). Ceux qui ont péri de la manière atroce dont nos écrans nous ont gavée sont des Bantous, des Congolais et même des Kinois. OU EST LA XENOPHOBIE ? OU EST LE RACISME ? Ceci n'excuse pas la barbarie (n'ayons pas peur des mots), bien sûr, mais dans le cas précis de ce qui a été filmé, les accusations de racisme et de xénophobie sont gratuites. Or, ce sont ces accusations qui donnent toute leur force à ces images: c'est le discours haineux, xénophobe et raciste du gouvernement qui a conduit à ces actes là. Auraient-elles eu le même retentissement s'il n'avait été question "que" de soldats des FAZ de Mobutu ?

Finalement, la population s'en est prise à des REBELLES, responsables, à ses yeux et aux yeux de tous de la guerre, de la coupure de l'électricité et de l'eau, de la pénurie de denrées alimentaires, de la flambée des prix, du couvre-feu, etc. Le tort causé par ces calamités imposées est incomensurable et il se traduit aussi en mort d'êtres humains. Pensez-vous qu'un jeune homme dont le père vient de mourir à l'hôpital parce que la coupure d'électricité a mis le respirateur artificiel hors-circuit, que celui qui vit et fait vivre sa famille de la vente nocturne de cabri au marché "Djakarta" et que le couvre-feu empêche de travailler, que ceux qui ont dû aller enterrer un parent en portant le cercueil à bout de bras sur des kilomètres faute de véhicule, etc., croyez-vous qu'il faut que ces gens soient mus par un élan xénophobe et raciste pour lapider celui qu'ils assimilent à la cause de leurs malheurs ? Ceci n'excuse pas le caractère insoutenable de la mort donnée à ces gens. Le discours politique et nationaliste peut avoir eu sa part, certes, mais on lui attribue tout; on n'oublie les simples faits comme ceux-là. Lors des flambées de banditisme à Kinshasa, on a aussi tué; dans l'Afrique du sud de l'Apartheid, on a vu des scènes insoutenables; devant l'incapacité de la police, le bon peuple se faisait justice à Lagos; le supplice du collier a été une réalité haïtienne, etc.

La scène des gens dansant devant un cadavre calciné est, comment dire, des plus inacceptables. Mais, il y a la symbolique qu'il faut voir au delà du cadavre: la victoire sur la rébellion. La symbolique est macabre, c'est vrai, mais ce n'est pas pour la mort de ce pauvre hère qu'on danse, mais pour ce qu'elle représente.

Racistes, les Congolais ? Notez que le racisme est fait permanent avec des moments de grandes flambées. Or, à ce que je sache et je ne suis pas parti du Congo il y a bien longtemps, notre histoire n'est pas jalonnée de chasses à l'homme uniquement pour ses origines. Si tel était le cas, l'homme blanc en aurait été la première victime. Certes, il y a quelques tristes parenthèses comme l'épuration ethnique au Shaba, mais l'histoire qui se lit sur des générations ne fait pas de nous des racistes avérés.

Nous ne sommes pas des gens spéciaux et il est fort possible que des ralents racistes dorment en nous, mais n'eussent été la guerre et ses malheurs (càd en tenps normal), aucun discours haineux et raciste n'aurait eu prise sur la population. Mais, au fait, combien d'étrangers ou de Tutsis ont été tués à Kinshasa ? On en parle, mais on n'a jamais rapporté ce qui le prouverait. Je ne parle pas de ce qui se passe dans l'autre camp: la fosse commune de Bizima Karaha "découverte" au Camp Kokolo, il n'y a que lui qui en parle. Depuis Goma. N'oubliez pas qu'il a déjà annoncé que deux avions zimbabwens avaient été abattus et avant-hier, ce sont deux Mig angolais qui auraient subi le même sort. Il aurait certainement aimé voir ses fantasmes devenir réalité. Helas... Bien entendu, rien de tout ceci ne peut excuser la manière dont sont morts ceux qu'on nous a montré.

Finalement, rien ne peut excuser la manière dont ces hommes sont morts. Mais, ce qui ne s'excuse pas ne peut toujours pas ne pas être compris. Je sais qu'il est difficile de défendre ce qui parait indéfendable, surtout s'il comporte une énorme charge émotive. Et cela me semble bien le cas. Je déplore la mort de ces hommes; je trouve inacceptable la manière dont on les a fait périr, mais je ne suis pas tout à fait d'accord avec les traductions simplistes qu'on en fait.

MAIS AUSSI, JE NE COMPRENDS PAS POURQUOI ON VEUT DONNER A CES EVENEMENTS PRECIS DES SIGNIFICATIONS RACISTES ET XENOPHOBES. SI C'EST A CAUSE DE CE QUE JE PENSE, ALORS C'EST TOUT AUSSI INEXCUSABLE QUE LA MANIERE DONT ON LES A TUES! ET C'EST DANGEREUX PARCE QU'ON S'EN SERVIRA POUR JUSTIFIER QUELQUE CHOSE A VENIR ET QUE NOUS NE CONNAISSONS PAS!

Chris Sassa

csassa@hotmail.com

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