| Chère madame, |
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| Chris Sassa |
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Chère madame,
Un jour, il y a des années de cela et à l'occasion de je ne sais plus quelle épisode de
la sanglante guerre du Liban, ça devait tirer très fort à Beyrouth. J'entre dans un
magasin à Kin et je trouve la famille libanaise (propriétaire du magasin) et des amis
agglutinés et penchés autour d'un poste de radio dont ils essayaient de percevoir
quelque chose à travers les grésillements. Tous avaient le visage grave et certains
étaient en larmes.
Je prends l'article qui m'intéresse et j'attends cinq bonnes minutes que quelqu'un se
décide à venir à la caisse. Je tonne et un Libanais se lève furieux (Dieu merci, il
n'avait pas de couteau) et me dit de fouttre le camp. Il me pousse presque à la porte, me
dit d'emporter l'article. Sans payer ! De la part du commerçant dans l'âme qu'est un
authentique descendant des Phéniciens, c'est plutôt surprenant.
Aujourd'hui, avec ce qui se passe au Congo, spécialement à Kinshasa, je comprends mieux
l'état d'âme de ces Libanais. Madame, avez-vous de la famille à Kinshasa ? Oui ? Alors,
madame, sachez que cela fait dix jours qu'ils sont plongés dans l'obscurité, dix jours
qu'ils ne se baignent pas, dix jours qu'ils boivent l'eau du fleuve, de la rivière
N'Djili, de la
rivière Makelele, de la rivière Kalamu, de la rivière Matete ou des marigots (c'est la
saison sèche, il ne pleut pas). Voici plus de dix jours que les gens n'ont presque plus
rien à manger, que le transport dans la ville est quasi-inexistant. Et si cela continue,
tous les pavillons des hôpitaux se transformeront en morgues! Voici bientôt un mois que
des fils du pays meurent, certains tués par des étrangers et d'autres, par d'autres fils
du pays (selon les bords où ils se trouvent).
Et pendant ce temps, de votre cossu salon aux USA, tout ce que vous trouvez à faire,
c'est de vous livrer à des masturbations intellectuelles pour trouver des nuances entre
violation du territoire et atteinte à l'intégrité fu territoire ! Cela va-t-il changer
quelque chose à la situation pénible que vit notre pays que de chercher ces nuances ? Et
vous concluez par "patriotiquement" ? O pauvre patrie...
Sachez, madame, qu'en français (comme dans toute autre langue), il n'y a pas deux mots
qui disent exactemment la même chose (et quand cela arrive, l'usage en fait disparaitre
un). Bon, voulez-vous qu'on vous un résumé de la situation en quelques mots ? "Il y
a VIOLATION de notre territoire par des troupes étrangères (entrées sans l'accord du
gouvernement), il y a ATTEINTE A LA SOUVERAINETE de notre pays (certaines coins occupés
par les soi-disant rebelles et les agresseurs échappent au contrôle du
gouvernement). L'INTEGRITE DE NOTRE TERRITOIRE est menacée (avez-vous
entendu parler de la proclamation d'une République autonome du Sud-Kivu et des
zones-tampons que des âmes damnées s'emploient à suggérer ?). Il n'y a pas de risque
de SECESSION (parce que dans l'entendement commun l'aventure sécessioniste est menée par
les populations locales qui désirent quitter l'ensemble commun. Avez-vous vu avec quelle
tiédeur le meeting de Wamba a été accueillie à Goma ? Avez-vous lu -sur AFP, ce qui
rend la nouvelle plus crédible encore- que les rebelles et leurs dirigeants ont été
hués à Bukavu ? Alors où est la sécession ?).
C'est vrai que toutes ces considérations doivent vous importer très peu.Votre champ
d'analyse est le Zaïre-Congo, un pays qui n'existe nulle part.
Or, c'est du Congo qu'il s'agit...Chris
Sassa
csassa@hotmail.com
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