| Foin d'angélisme, M.
Tshisekedi ! |
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| Chris Sassa |
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Il y a des silences assourdissants. Celui
observé par M. Etienne Tshisekedi depuis le début de la guerre en est un. On a en vain
attendu que celui qui, avec le président Kabila (voir les sondages) occupe le devant de
la scène politique congolaise, se prononce face à la crise que traverse le pays.
Rien. Silence radio. Ce sont ses lieutenants qui se font entendre pour parler d'une
révolution de palais et renvoyer dos à dos et le gouvernement de Kinshasa et
l'agression-rebellion! Ce n'est même pas une attitude d'observation; c'est de la
condescendance; le genre d'attitude qu'on affiche devant des gamins qui ne savent pas ce
qu'ils font.
On n'a pas entendu M. Tshisekedi quand au début de l'agression, une "République
autonome du Sud-Kivu" avait été proclamée. On n'a pas entendu M. Tshisekedi quand
la rebellion a exécuté des officiers des FAC d'origine katangaise (et simplement à
cause de leur origine) ou quand un vent de xénophobie a soufflé sur Kinshasa. On n'a pas
entendu M. Tshisekedi quand le président Kabila a accusé le Rwanda et l'Ouganda
d'agression contre le Congo et que ces accusations ont été corroborées par des sources
indépendantes, y compris Washington et Paris tant il était de plus en plus difficile de
cacher ce qui était évident (l'Ouganda a aujourd'hui admis la présence de ses troupes
au Congo). On n'a pas entendu M. Tshisekedi dire sa surprise devant les importants moyens
logistiques dont dispose la rebellion (et que manquait le gouvernement de Kinshasa). On
n'a pas entendu M. Tshisekedi s'émouvoir de l'avancée de la rebellion vers Kinshasa avec
la coupure du courant, la privation d'eau et les difficultés d'approvisionnement.
Par contre, on a entendu M. Tshisekedi ou son parti envoyer des messages aux pays de la
région les enjoignant de ne pas voler au secours du gouvernement congolais. Si le
Zimbabwe et l'Angola avaient écouté M. Tshisekedi, les rebelles seraient déjà entrés
dans Kinshasa !
M. Tshisekedi veut être premier ministre ? A moins que la rebellion ne le lui ait promis,
on peut se demander de quel pays il veut être premier ministre. De tout le Congo, d'une
partie du Congo ou de tout le Congo avec certains coins "autonomes" ? M.
Tshisekedi se dit premier ministre "légal" parce que élu par la Conférence
nationale souveraine ? Comment le premier ministre pouvait-il rester silencieux devant une
situation aussi critique pour son pays ? On n'a, en effet, pas entendu M. Tshisekedi
adresser un seul mot d'encouragement aux soldats qui se battent et au peuple congolais
dans cette période difficile. Certes, il n'a pas le pouvoir, mais il a encore la parole
et personne ne lui aurait demandé de la fermer ! Il était premier ministre aussi lors de
l'épuration ethnique dans le Katanga, on ne l'a pas entendu s'en émouvoir outre-mesure!
Pas plus qu'on ne l'a entendu dire son étonnement devant le fait que le congédiement des
soldats étrangers qu'il réclamait à cor et à cri puisse pousser des
"Congolais" à entrer en rébellion!
Et voici qu'enfin, il sort de son silence. Et pour dire quoi ? De dangereuses platitudes:
"nous n'avons pas le droit d'envoyer des enfants de ce pays à la mort". Mais,
croit-il donc que quelqu'un y trouve un plaisir?Croit-il qu'il est le seul à le déplorer
? C'est tard qu'il le déplore car des enfants du Congo sont déjà morts dans cette
guerre. Remarquez qu'il ne
sort de son silence qu'au moment où les forces loyales reprennent du poil de la bête
avec l'aide de ceux à qui il a expressement demandé de ne pas venir à la rescousse.
Notez aussi qu'un de ses fidèles, représentant de son parti en France a carrément
rejoint la rebellion. Le téléphone marche encore entre Paris et Kinshasa et il serait
étonnant que le représentant d'un aussi grand parti dans un pays aussi stratégique pour
le Congo que la
France ne soit pas en contact avec la direction au point d'accoucher d'un communiqué en
contradiction avec l'opinion du parti. Qui représentait-il ?
Il a été rabroué par un autre représentant (c'est donc celui-là qui serait en contact
avec la direction). Il semble bien que l'ex-représentant à Paris a plutôt dévoilé sur
la place publique ce qui ne devait pas l'être. Le départ de M. Kabila est, pour M.
Tshisekedi, une idée-fixe. La preuve ?
Même en ce moment difficile, tout en proposant ses "bons offices", il ne manque
pas de tirer à boulets rouges sur M. Kabila.
C'est Kabila qui a amené les soldats rwandais dans ses bagages? Tshisekedi n'y a été
pour rien ? Alors que le peuple congolais souhaitait le départ de Mobutu et l'attendait,
alors qu'il devenait évident que la chute de Mobutu était ineluctable, alors que Kabila
avançait victorieusement aidé en cela par la passivité des ex-FAZ et le soutien de la
population (dont les militants de son parti et certains ont été placés à des postes de
responsabilités dont le gouvernorat provincial), M. Tshisekedi s'est gardé de traduire
les aspirations du peuple et a résisté au vent qui soufflait.
Nul doute que s'il avait publiquement pris parti pour l'irréversible mouvement, on ne
voit pas comment M. Kabila n'aurait pas été contraint de composer avec lui ou, à tout
le moins, de le rencontrer! Non, en lieu et place de cela et comme si rien, mais rien (pas
même l'ouragan qui s'était levé) ne pouvait changer un seul iota de ce qui avait été
convenu à la CNS, M. Tshisekedi se rend en France voir le Maréchal, demande au peuple de
prier pour lui, annonce qu'ils se sont réconciliés, se fait duper une fois de plus,
exige le limogeage de Kengo (alors que le problème, c'était Mobutu), "nomme"
Kabila ministre de la défense dans son gouvernement, etc. Et c'est quand Kabila entre
victorieusement à Kinshasa qu'il se présente à l'Hôtel Intercontinental pour aller
"saluer son frère Kabila" (et
certainement lui dire que c'est lui, Tshisekedi, qui est le premier ministre). C'est Déo
Bugera qui s'est chargé de le virer!
Une fois encore, M. Tshisekedi a manqué son rendez-vous. Un rare élan patriotique s'est
emparé des Congolais qui ont désapprouvé l'agression-rébellion dès le début. Il ne
coûtait rien à M. Tshisekedi de faire entendre sa voix dans le cadre de la défense de
la souveraineté nationale et de l'intégrité du territoire. Il aurait pris la tête
d'une opinion qui s'est rangée derrière Kabila uniquement pour cela et faute de mieux.
Lors de la campagne sur le referndum de Maastricht, n'a-t-on pas vu les Socialistes
français tenir des meetings conjoints avec la droite ?
Pourquoi donc M. Tshisekedi croit-il qu'il doit s'opposer à Kabila en tout et pour tout
et que même la souveraineté nationale et l'intégrité du territoire peuvent passer
après ? Une fois de plus, si M. Tshisekedi avait suivi le courant, il aurait été en
meilleure position pour faire plier Kabila après la guerre pour le plus grand bonheur du
peuple congolais.
Comment donc M. Kabila aurait-il continué à ignorer celui qui aura été son allié
objectif, qui a su rallier à la cause qu'il défendait une importante fraction de
l'opinion ? La démocratisation aurait pris un sérieux coup d'accélerateur!
M. Tshisekedi se propose d'aller rencontrer Kabila à Lubumbashi (il est rentré à
Kinshasa). Mais, pour dire quoi à celui dont il a implicitement souhaité la chute en
appelant les pays de la région à ne pas l'aider ? Pour dire quoi après qu'on soit
passé à côté de la catastrophe (car si les exhortations de M. Tshisekedi avaient été
suivies, c'est un autre qu'il serait allé voir?). S'en prendra-t-il, après coup, à
Kabila d'être inflexible après tout cela ? Kabila devra vraiment faire preuve de
beaucoup de grandeur d'âme pour le recevoir. Ensuite, M. Tshisekedi s'en ira à Goma tout
en se défendant de faire de la médiation. Comment, un poids lourd comme lui va-t-il
s'abaisser à aller discuter avec Wamba, Bugera, Bizima, Tambwe et consorts ? Et pour leur
dire quoi, quémander quoi ou ordonner quoi? Le peuple ne veut pas de ces gens-là et il
le montre. Pourquoi, tant
qu'on y est, de Goma ne pas faire un saut à Kigali et à Kampala ?
Non, M. Tshisekedi est en train de se fourvoyer une fois de plus. Le mieux à faire pour
lui est d'attendre que ceux qu'il prend pour des gamins inconscients aient fini de
s'amuser, que les choses se clarifient ou en faveur de la rébellion ou en faveur de
Kinshasa et il pourra toujours revenir avec son refrain de la CNS et faire valoir que
c'est lui et seulement lui le premier ministre! Mais, qu'il sache au moins que si les
résolutions de la CNS demeurent et demeureront valables dans leur essence, elles
s'adaptent aussi volontiers aux changement de la météo politique ou de fait. M.
Tshisekedi avait été élu premier ministre, d'accord. Mais, on n'oublie que le Maréchal
avait été aussi confirmé à la présidence de la république et Mgr Mosengo, à la
tête du HCR. Le Maréchal est mort, une cabale à laquelle M. Tshisekedi avait pris part
avait défenestré Mossengo bien avant la mort du Maréchal. Que reste-t-il du triumvirat
mis en place par la CNS ? Et si c'était lui, Tshisekedi qui était mort (Dieu me garde de
le souhaiter) ? Faut-il aller sortir le Maréchal de sa tombe ou placer
Mosengo à la présidence et Bo-Boliko ou Anzuluni à la tête du HCR (qu'il faut
reinstaurer; Tshisekedi voulait aussi le dissoudre) pour se conformer à l'esprit et à la
lettre de la CNS ?
Il ne faut pas nécessairement ne pas être membre de l'UDPS pour déplorer le
non-engagement de M.Tshisekedi. Lisez donc le Website de l'UDPS (courrier des lecteurs) et
vous vous apercevrez que même si ce n'est pas dit crûment, les militants auraient
espéré une autre attitude plus conforme à la situation. Ceux qu'on appelle les
"bêtes politiques" se caractérisent par un flair aigu qui leur permet
d'accompagner les aspirations populaires et même d'anticiper sur les réactions des gens.
Ils n'attendent pas toujours que la situation se décante, que d'autres la clarifient
avant de prendre position et être ainsi sûr de ne pas
se tromper. Il serait
souhaitable que M. Tshisekedi soit de ceux-là.
Chris Sassa
csassa@hotmail.com
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