| D'entrée, la rébellion avait proclamé une
"République autonome du Sud-Kivu". On ne pouvait plus clairement annoncer ses
intentions. Ce qui, à la rigueur, pouvait être compréhensible, mais absolument non
excusable, aurait été qu'ayant échoué dans sa tentative de "libérer" le
pays, la rébellion, défaite et acculée se retranche, dans le Sud-Kivu ou ailleurs et y
proclame sa fameuse République autonome. Que la proclamation ait été faite avec le
premier coup de feu est significatif de vrais buts de la rebellion. A elle seule, cette vérité suffit à disqualifier la rebellion
dans son objectif aujourd'hui proclamé, à savoir: libérer le Congo de la
"dictature kabiliste". Zahidi, Wamba et tous les autres se sont opportunément
et après coup joints au mouvement. S'ils n'ont pas détourné la rebellion de ses buts
initiaux (et qui entrent dans la logique de Kigali et de Kampala), alors, ils les
couvrent. Et ils devraient nous dire ce qu'ils auraient convenu avec le Rwanda et
l'Ouganda.
A elle seule, cette vérité suffit aussi à mobiliser
tout le peuple congolais dans la lutte pour ce qu'il a de plus sacré et de
non-négociable: la souveraineté et l'intégrité du territoire. Ce combat là, le peuple
congolais (et tout autre peuple) est prêt à le mener derrière ou avec celui qui en
prend la tête, Kabila ou un autre. Pour ce combat là, le peuple congolais est prêt à
accepter le soutien d'où qu'il vienne et quelqu'en soit la forme.
Et revoici les vautours
Comme si cela ne suffisait pas, la rebellion a trouvé le
moyen de se disqualifier de plus belle en acceptant une transfusion pécuniaire des
Mobutistes. Les décennies de la dictature mobutiste ne sont pas encore effacées de nos
mémoires. Voir revenir ceux qui ont anéanti notre pays ne peut qu'être plus
qu'inacceptable. C'est donc avec l'argent qu'on lui a volé qu'on fait la guerre à notre
pays. Que ce qui justifie donc la présence de Thambwe Mwamba et de Pay-Pay, pour ne citer
que ceux là, dans les rangs de la rebellion ? Dans les années mobutistes, Tambwe
n'était pas connu comme un poids lourd politique. Il excellait plutôt dans le pillage
des avoirs de la nation, grâce aux positions stratégiques dans lesquelles le plaçait
son protecteur Kengo wa Dondo. Il en est de même de Pay-Pay.
Tambwe s'est inopinément découvert une âme d'opposant
avec la fin du monopartisme en créant l'UDI (Union des Démocrates indépendants) en
laquelle le bon peuple a tôt fait de voir plutôt une "Union des Dinosaures
Impunis". Le MPR de Mobutu d'après 1990 lui-même, en effet, ne comptait pas autant
de pilleurs de la nation que l'UDI.
Tambwe et Pay-Pay dans la rebellion, c'est toute la
puissance financière de l'UDI (capable de payer la dette extérieure du Congo) qui se
trouve ainsi -en partie au moins- mise au service de la rebellion. Or, cet argent, Tambwe,
Pay-Pay et consorts ne l'ont pas gagné à la sueur de leur front.
Ils l'ont tout simplement volé au peuple congolais. De
Bruxelles, Léon Kengo nie toute participation à la rebellion. C'est vraiment croire que
les gens sont incapables d'associations! Kengo était le véritable patron de l'UDI (un
peu comme en Amérique du nord où le leader d'un parti n'en est pas le président,
celui-ci n'étant souvent qu'un obscur personnage chargé de la gestion et de
l'intendance). Difficile à Léon Kengo de faire croire qu'il est totalement étranger à
un mouvement au sein duquel ses fidèles lieutenants jouent les premiers rôles.
La présence de ces êtres malfaisants dans la direction
de la rebellion est un autre motif de disqualification. On aimerait plutôt les voir à la
barre et de là, derrière les verrous. Ils reviennent comme des vautours non rassasiés
et qui viennent se repaitre de qui reste de carcasses.
et le clan Mobutu !
Mais, ce n'est pas tout car on a noté le passage à
Kamapala et à Kigali, les véritables capitales de la rebellion, des membres de la
famille Mobutu: filles et fils, mais aussi neveux et oncles dont les sinistres Nzimbi
(patron de l'ex-Division spéciale présidentielle) et Baramoto (patron de l'ex- garde
civile). La puissance de financière et de feu autant que la capacité de nuisance de ce
clan équivalent au moins à celles de l'UDI.
Que font les uns et les autres dans ou derrière la
rebellion ? Seraient-ils désormais mus par une fibre patriotique particulière ? Le
régime Mobutu participait aux côtés des forces de feu Habyarimana à la guerre contre
le FPR de Kagamé. Serait-ce pour le seul désir de libérer le Congo de la dictature
kabiliste que tout ce monde est tombé en amour avec Kagamé ?
Le coq et le cow-boy
Dans le registre des alliances insolites, on ne peut
manquer de relever ce soutien français et américain à la rebellion. Washington a,
certes, gardé une certaine constance dans son soutien à Kigali et à Kampala. Mais, on
ne peut ne pas s'interroger sur les motifs qui sous-tendent ce soutien. Pourquoi Kagali et
pas Bujumbura (ou le processus démocratique avait été brutalement interrompu ?). Et
pourquoi le Rwanda ? Ce n'est pas un pays qui regorge de matières premières
stratégiques, ce n'est pas un marché pour les investisseurs ou les industriels
américains. Il n'y a pas de pays communiste dans les parages et ce n'est pas de ce pays
qu'on va faire plier le "Soudan terroriste". Toutes ces questions, réponses et
non-réponses font inévitablement se tourner le regard vers le Congo qui, lui, a tout
pour intéresser les Américains. Et cela ne date pas d'aujourd'hui.
L'ouverture prochaine au public (sur Internet) des
archives de la CIA sur le Congo nous en apprendra beaucoup (si on ne les censure pas
trop).
Quant aux Français, ils ont aussi su garder une attitude
constance dans leur inconstance. Amis, comme Mobutu, de Habyarimana, ils se sont opposés
au FPR de Kagamé. Leur opération "Turquoise" est encore critiquée aujourd'hui
autant que leur rôle dans l'effroyable génocide de 1994 (armement et soutien à
Habyarimana). Mais, il semble bien que dans la balance, le Congo ait pesé plus lourd et
à fait oublier le génocide. Comme les Américains, les Français n'ont aussi pas
grand-chose à faire au Rwanda.
Mais, le Congo, lui, compte; le Rwanda peut sortir de la
Francophonie, mais pas le Congo. Et puis, il faut bien trouver le moyen de sauvegarder
certains réseaux mis en place par feu le Maréchal. De l'Hexagone où sont retranchés la
plupart des criminels mobutistes, le Congo était trop loin. Il est plus facile d'agir à
partir du Rwanda.
Le génocide par pertes et profits
Parle-t-on encore du génocide qui aurait été perpétré
dans l'Est du Congo ? Il est en voie de passer par pertes et profits. On savait qui en
étaient les auteurs, il restait à le dire publiquement. C'est ce que Kabila, après les
avoir longtemps couverts, s'apprêtait à faire, à en croire certaines informations de
presse. Voilà qui aurait mis Kigali dans la situation bien embarrassante du
"génocidé génocidaire". Or, le génocide de 1994 est le fond de commerce qui
rapporte à Kigali bien de dividendes: le monde se sent coupable de ne pas être
intervenu; on apporte donc soutien et assistance au Rwanda pour se faire pardonner. On
permet à Kagame de faire ce qu'il veut, y compris la négation de la démocratie. Qui se
souvient encore des accords d'Arusha qui devaient déboucher sur des élections ?
Voulez-vous en parler ?
Kagame vous brandira le génocide et le risque d'une
re-édition pour vous faire taire, vous et la majorité hutue (85% de la population, ne
parlons même pas de pauvres pygmées car il y en a au Rwanda, ils comptent encore
moins!).
Des "Congolais" offusqués par le renvoi des
troupes étrangères!
Evidemment, on peut se poser d'autres questions: Bugera,
Karaha et les autres Banyamulenge accusent Kabila de tous les péchés. Ils ne disent pas
qu'ils avaient conseillé à Kabila d'ouvrir son régime et que celui-ci avait refusé. A
l'arrivée de l'AFDL à Kinshasa, ce sont eux et spécialement Bugera qui, par exemple, se
sont opposés à la rencontre entre Kabila et Tsisekedi. On les présentait comme les
durs, les techniciens, les stratèges du régime. Ils avient la haute main sur l'armée,
la sécurité et les Affaires étrangères. Pourquoi avoir attendu que Kabila congédie
les militaires rwandais pour fuir et déclencher la guerre ? En quoi les Congolais qu'ils
prétendent être devaient-ils s'offusquer de départ des troupes étrangères ?
La libération du Congo de la "dictature
kabiliste" est donc la seule justification de la guerre qu'on impose au peuple
congolais. Elle pèse moins qu'une plume d'oiseau devant les motifs de disqualification de
ce mouvement. Au moins, le peuple congolais a su faire l'analyse qu'il fallait et s'est
résolument placé du côté de celui qui mène la lutte, même si une bonne partie de ce
peuple n'est pas d'accord avec lui. Dans cette lutte en effet, la neutralité pour un
Congolais peut signifier un soutien inconscient aux rebelles.
Condamnée à
échouer !
De toute façon, parce qu'elle n'est en fait qu'une
agression contre notre pays doublée d'une revanche des Mobutistes qui veulent
s'auto-amnistier, parce qu'elle vise à enterrer les massacres commis par les troupes
rwandaises dans l'Est du Congo, parce que ceux qui la dirigent ne sont que des patins,
parce qu'elle menace la souveraineté et l'intégrité du Congo et parce qu'elle véhicule
les sordides ambitions des États-Unis et surtout de la France, cette rébellion ne peut
aller loin. Le peuple n'en veut pas: c'est le plus important, c'est contre quoi la
puissance de feu qu'on a mise dans les mains des rebelles, la désinformation et
l'embrigadement ne peuvent rien. A Kinshasa, on l'a clairement fait savoir à des
journalistes français. A Goma et malgré les intimidations, Wamba, Zahidi, Bugera,
Karaha, Tambwe, Pay-Pay, Onakende et leurs mentors ne peuvent pas avoir vérifié
l'hostilité de la population à l'issue du dernier meeting. Dommage pour Wamba: il ne
s'était jamais compromis. Comment a-t-il pu s'acoquiner avec ces gredins?
Chris Sassa
Toronto, Canada
csassa@hotmail.com
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