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Agression tutsie: le complot pour couvrir quoi ?
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Chris Sassa
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Génocidaire ou épurateur ethnique, je ne me suis jamais senti l'âme de l'un et l'autre et moins encore la vocation pour le genre d'exercices rattachés à ces fonctions. Opposant résolu de la peine de mort même pour les criminels notoires, je ne peux, a fortiori, comprendre qu'on veuille physiquement éliminer un peuple ou un groupe de personnes sans autre motif que celui d'être ce peuple ou ce groupe.

En 1994, j'avais été horrifié par les images de ce qui se passait au Rwanda. Comme tout le monde, je m'étais demandé: comment cela peut-il arriver ? comment en est-on arrivé là? Pourquoi et comment des concitoyens, des frères et soeurs ont ils été d'une folie, non: d'une rage ausi meurtière et barbare ? Pourquoi, comment ? J'avais invité un leader de la communauté tutsie rwandaise à venir s'adresser au public de Viv'Africa, la fête annuelle qu'organisait, à Toronto, le mensuel Africana à l'occasion de l'anniversaire de l'OUA.

Je n'ai pas obtenu de réponses satisfaisante à ces questions. Je crois commencer à les trouver dans la situation qui prévaut actuellement au Congo. Si, en effet, l'insignifiante colonie tutsie, les fameux Banyamulenge (250 000 personnes à ce qu'on dit dans une population de 45 millions, soit moins de 0,6% de cette population) entend imposer sa loi au Congo, on peut logiquement se demander ce qu'il en est au Rwanda et au Burundi où, au moins, ils constituent environ 10% de la population et contrôlent les leviers du pouvoir politique, militaire et économique! Au Congo, ils ne se sont pas satisfaits d'être au gouvernement et d'y détenir des postes-clés, de diriger les services de sécurité, d'avoir le commandement de l'armée, etc. Ils voulaient plus: la tête de l'État et même une province autonome, tournée et presque rattachée au Rwanda et où ils imposeraient leur loi.

Le génocide de 1994 -l'histoire du Rwanda et du Burundi est jalonnée d'épisodes sanglants- n'est pas un fait spontanné. C'est la somme, la résultante de frustrations, d'humiliations de la majorité hutue. C'est l'expression d'une rage longtemps contenue, c'est le ras-le-bol face à une injustice institutionnalisée que même la démocratie ne pouvait corriger (les Tutsis ont tôt fait de mettre en échec le processus démocratique au Burundi avec l'assassinat du président démocratiquement élu et ils ne pouvaient tolérer des élections au Rwanda et pour cause…). Le Tutsi est convaincu de sa supériorité naturelle, qu'il a mission de dominer, de diriger, de soumettre les autres et de s'enrichir.

Le génocide a, certes, été terrible. Il est si facile de ne voir que ce fait, une conséquence (tragique, certes, mais une conséquence) et de fermer les yeux sur les causes, l'émotion aidant et surtout si on a quelque chose à se reprocher. Car, il faut bien se demander comment les Tutsis en sont arrivés à cultiver le mythe de leur supériorité naturelle, exactemment comme les Aryens à l'origine du génocide juif. Le pouvoir colonial belge et la Belgique encore aujourd'hui devraient se poser des questions. Ce sont eux, hier et encore aujourd'hui, qui ont entretenu et renforcé le mythe de la supériorité tutsie.

On devrait se féliciter que les Tusis soient une minorité. S'ils étaient la majorité, les Hutus auraient probablement disparu de la surface de la terre ou au mieux, réduits à l'esclavage et ils auraient étendu leur domination à toute la région. On a eu une illustration de ce dont ils sont capables dans l'Est du Congo quand ils se sont, à leur tour, livrés à des massacres sous le couvert de la guerre de libération du Congo. C'était tout aussi terrible et horrible que le génocide de 1994! Ces massacres là, tout le monde sait qui en sont les auteurs.

Et justement, il faut considérer que ces massacres sont un chapitre important du complot auquel le Congo fait face aujourd'hui. En effet, il bruissait des rumeurs (non démenties) que M. Kabila en avait assez de couvrir les vrais génocidaires et de laisser persister un doute si préjudiciable à notre pays. Il s'apprêtait, dit-on, à mettre les choses au point, à pointer le doigt en direction du pouvoir tutsi rwandais, surtout mais aussi burundais et ougandais. Inacceptable pour ces gens et leurs protécteurs. La guerre est venue à point nommé pour faire taire ces velléités. Car, même pour les alliés occidentaux du Rwanda, le chapeau du génocide devait être porté par Kinshasa.

A l'allure où vont les choses, qui va encore parler de ces massacres ? L'histoire ne retiendra que le génocide de 1994 (attribué aux Hutus) et des doutes sur les massacres dans l'Est du Congo, mais sans que les Tutsis ne soient désignés.

Les USA, la Belgique et la France (étonnant revirement de la part de ce pays, hier "ami" de Habyarimana et des Hutus) ne devraient pas ignorer que vouloir à tout prix et à n'importe quel prix la domination de la minorité tutsie dans la région n'est ni pour aider les Tutsis ni pour ramener la paix dans la région. Hier, le problème était essentiellement rwandais et burundais; aujourd'hui, il est congolais. Oui, ne nous en cachons pas (et c'est dangereux de cacher des évidences), les Congolais ne sont pas loin d'entretenir les mêmes sentiments à l'égard des Tutsis que les Hutus. Et ils joueront aux étonnés devant ce qui pourrait arriver.

Car, aujourd'hui, à nos yeux, nous Congolais l'ennemi, l'envahisseur est tout désigné: le Rwanda. Le Rwanda parce que c'est le pouvoir tutsi qui règne dans ce pays. En clair, l'ennemi, c'est le Tutsi, c'est-à-dire 10% de la population rwandaise. Voilà qui pourrait sortir du cadre État-État pour plonger dans celui, plus dangereux parce que difficile à maîtriser de peuple contre peuple.

En attendant, dans cette guerre qui nous est imposée, nous n'avons qu'un parti à prendre: celui de la défense de la patrie et de l'intégrité du territoire. Et dans cette guerre là, nous ne pouvons nous placer que derrière celui qui la mène, peu importe en ce moment ce qu'on peut penser de lui: Laurent-Désiré Kabila. Quand nous aurons bouté l'envahisseur hors de notre maison, nous pourrons revenir à nos problèmes internes.


Chris Sassa (csassa@hotmail.com )

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