Par ce postulat, je
voudrai tout simplement signaler aux "poids-lourds de la politique
zaïroise" que le président Kabila na pas pris le pouvoir pour moderniser le
mobutisme, mais pour lanéantir. Cest parce que les politiciens de Kinshasa,
idéologiquement mobutistes, ont entraîné le pays dans une vraie-fausse période de
transition démocratique que le patriote Kabila a relancé la mécanique de la reconquête
du pouvoir par un processus révolutionnaire, soustrayant ainsi notre peuple des
manigances des politiciens peu scrupuleux.
Pour avoir ménagé le dictateur et
endormi le peuple, pendant plus de sept ans, les "poids-lourds de la politique
zaïroise", ont eux-mêmes signé leur retraite politique.
- Qui peut oublier lunion sacrée des anciens
collaborateurs de Mobutu cherchant une solution négociée destinée à aménager une
sortie publique honorable au vieux dictateur malade et humilié ?
- Qui peut oublier quau moment où le dictateur, au
bout du rouleau, affaibli et contraint à la reddition face à lavancée des
rebelles, sest retrouvé de nouveau légitimer par les fameux
"poids-lourds", en lui reconnaissant le pouvoir de nommer un chef de
gouvernement ?
- Qui peut oublier que celui qui sautoproclame "le
chef de file de lopposition à Kabila " est celui-là même qui a accepté
de jouer au Premier ministre de lagonisant vieux dictateur, alors que sa chute
était devenue inéluctable ?
Les raisons de la prise de pouvoir par les
moyens révolutionnaires trouvent son explication dans la pratique politique des
"poids-lourds de la politique zaïroise", et non dans leur discours. Car en
matière de discours, les politiciens formés à lécole du mobutisme sont passés
maîtres dans lart de la manipulation. Si on perd de vue que tous ces politiciens
sont des produits de Mobutu et que chacun doit son existence politique, sociale et
économique au mobutisme, on ne comprendra jamais lattitude du président Kabila. La
classe politique zaïroise (je maintiens expressément ce vocable que jassocie
volontiers au mobutisme) est une sorte de confrérie vouant un attachement quasi mystique
à Mobutu, le grand maître (en lingala, ne lappelait-on pas YA MUKOLO : le
grand frère ?). Ce c'est qui explique que, malgré la conjonction des paramètres
qui ailleurs auraient conduit à la liquidation du régime incriminé, le Zaïre de Mobutu
a continué à palabrer, se référant toujours au "chef de famille ". Si
le président Kabila nétait pas passé par-là, Mobutu serait mort de sa belle mort
et le mobutistes auraient tout simplement continué à faire la seule chose quils
savent faire, vider les caisses de létat.
Tous les observateurs de la vie politique
de notre pays reconnaissent que Mobutu ne doit sa survie politique, de 1990 à 1997,
quaux manuvres dilatoires de ses "fils politiques ". Ce
cest qui explique que de son vivant, aucun membre de sa "confrérie"
navait publiquement exprimé lambition de prendre la place du chef !
Etant tous de la "famille", et en bons africains, ils ne pouvaient concevoir
leur investiture à la tête de létat sans la bénédiction officielle du
"chef de clan". Tout autre moyen daccéder à la place du chef par un
membre de la famille aurait été perçu comme un assassinat, donc une trahison.
Aussi, le respect scrupuleux des règles
secrètes au sein de la famille mobutiste a fini par enfermer le processus de
démocratisation initié par Conférence Nationale Souveraine, C.N.S., dans une sorte de
transition interminable, prenant par la même occasion, toute une population en otage.
Même la grave maladie du "patriarche" fut une occasion pour ses fidèles de lui
témoigner leur reconnaissance. On se souviendra de linterminable chaleureuse
poignée de mains que Monsieur Tshisekedi, officiellement ladversaire le plus
farouche de Mobutu, échangea avec ce dernier en novembre 1997, lors de la visite
quil rendit au "patriarche " retiré au sud de la France.
Cest de cette époque que la
trahison des "poids-lourds de la politique zaïroise ", initié par le
dictateur, laissèrent enfin tomber le masque pour apparaître au grand jour comme des
alliés politique du dictateur face à la perspective de la prise de pouvoir par un
non-membre de la "confrérie". Tous ceux qui participaient aux manuvres
dilatoires destinées à maintenir le mobutisme en place, à défaut de Mobutu en tant
quindividu, ayant tout de suite compris que lavènement de Kabila était un
danger objectif de perte de pouvoir effectif, ont vite fait de reconstituer
l"union sacrée" autour du "chef de clan".
Cest un combat darrière-garde
que de persister dans une attitude politique suicidaire qui consiste à voir en Kabila
lhomme des ruandais. Sil est vrai que le président Kabila a eu besoin des
ruandais pour chasser Mobutu du pouvoir, il lui a fallu moins dune année pour
tourner les dos à une alliance qui ne servait plus les intérêts de la cause nationale.
Si ceux qui lattaquent aujourdhui se sont comportés comme lui, face au vieux
dictateur, peut-être que lhistoire de notre pays aurait pris un autre tournant.
Dans la configuration davant lagression ruando-ougandaise, la défense des
intérêts politiques personnels du président nécessitait juste une fidélité absolue
aux alliés de la guerre de libération. Puisque sa fidélité aux grands principes
nationalistes prime sur sa fidélité aux hommes, dès quil a tiré les leçons de
limpact des alliances sur lintégrité territoriale, il a sacrifié ses
propres intérêts au profit de la souveraineté nationale.
Cest une chose que de ne pas être
daccord avec le président Kabila. Mais cela ne donne pas le droit à celui qui ne
veut pas participer au grand mouvement de reconstruction nationale de travestir la
vérité. Kabila est lhomme qui a mis fin à lère Mobutienne. Il nest
pas venu pour appliquer les résolutions de la conférence nationale.
Le moment est venu pour que tous ceux qui
détiennent une puissance de mobilisation populaire puissent enfin se mettre au service de
la stabilisation politique dans notre pays. La capacité de nuisance de ceux qui se
servent de leur popularité pour sacoquiner avec des puissances étrangères, dans
le seul but de déposséder le président Kabila de sa victoire sur les mobutistes se
trompent damis. Le pouvoir nest pas entre les mains des chefs détat qui
agressent notre pays, mais à Kinshasa.
Prétendre que la guerre que subit notre
peuple est une affaire intérieure est indigne de tout congolais. En gardant le silence,
alors que le pays est en guerre, et en sollicitant la médiation dun chef
détat qui a déclaré et soutient la cette guerre contre notre peuple, les faux
démocrates se sont trahis. Kagame et Museveni ne leur offriront pas ce quils
nont jamais voulu reprendre à Mobutu. La place est maintenant occupée. Quils
se mettent bien dans la tête que la "confrérie des mobutistes" a perdu le
pouvoir ! La victoire de Kabila sur Mobutu nest pas laboutissement de la
conférence nationale, mais une révolution.
Lausanne, le 28 septembre 1998
Roger Kankwende
Roger.kankwende@lausanne.ch |