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L’avènement de Laurent-Désiré Kabila est la conséquence logique de la compromission des "poids-lourds de la politique zaïroise".

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Roger Kankwende

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Par ce postulat, je voudrai tout simplement signaler aux "poids-lourds de la politique zaïroise" que le président Kabila n’a pas pris le pouvoir pour moderniser le mobutisme, mais pour l’anéantir. C’est parce que les politiciens de Kinshasa, idéologiquement mobutistes, ont entraîné le pays dans une vraie-fausse période de transition démocratique que le patriote Kabila a relancé la mécanique de la reconquête du pouvoir par un processus révolutionnaire, soustrayant ainsi notre peuple des manigances des politiciens peu scrupuleux.

Pour avoir ménagé le dictateur et endormi le peuple, pendant plus de sept ans, les "poids-lourds de la politique zaïroise", ont eux-mêmes signé leur retraite politique.

  • Qui peut oublier l’union sacrée des anciens collaborateurs de Mobutu cherchant une solution négociée destinée à aménager une sortie publique honorable au vieux dictateur malade et humilié ?
  • Qui peut oublier qu’au moment où le dictateur, au bout du rouleau, affaibli et contraint à la reddition face à l’avancée des rebelles, s’est retrouvé de nouveau légitimer par les fameux "poids-lourds", en lui reconnaissant le pouvoir de nommer un chef de gouvernement ?
  • Qui peut oublier que celui qui s’autoproclame "le chef de file de l’opposition à Kabila " est celui-là même qui a accepté de jouer au Premier ministre de l’agonisant vieux dictateur, alors que sa chute était devenue inéluctable ?

Les raisons de la prise de pouvoir par les moyens révolutionnaires trouvent son explication dans la pratique politique des "poids-lourds de la politique zaïroise", et non dans leur discours. Car en matière de discours, les politiciens formés à l’école du mobutisme sont passés maîtres dans l’art de la manipulation. Si on perd de vue que tous ces politiciens sont des produits de Mobutu et que chacun doit son existence politique, sociale et économique au mobutisme, on ne comprendra jamais l’attitude du président Kabila. La classe politique zaïroise (je maintiens expressément ce vocable que j’associe volontiers au mobutisme) est une sorte de confrérie vouant un attachement quasi mystique à Mobutu, le grand maître (en lingala, ne l’appelait-on pas YA MUKOLO : le grand frère ?). Ce c'est qui explique que, malgré la conjonction des paramètres qui ailleurs auraient conduit à la liquidation du régime incriminé, le Zaïre de Mobutu a continué à palabrer, se référant toujours au "chef de famille ". Si le président Kabila n’était pas passé par-là, Mobutu serait mort de sa belle mort et le mobutistes auraient tout simplement continué à faire la seule chose qu’ils savent faire, vider les caisses de l’état.

Tous les observateurs de la vie politique de notre pays reconnaissent que Mobutu ne doit sa survie politique, de 1990 à 1997, qu’aux manœuvres dilatoires de ses "fils politiques ". Ce c’est qui explique que de son vivant, aucun membre de sa "confrérie" n’avait publiquement exprimé l’ambition de prendre la place du chef ! Etant tous de la "famille", et en bons africains, ils ne pouvaient concevoir leur investiture à la tête de l’état sans la bénédiction officielle du "chef de clan". Tout autre moyen d’accéder à la place du chef par un membre de la famille aurait été perçu comme un assassinat, donc une trahison.

Aussi, le respect scrupuleux des règles secrètes au sein de la famille mobutiste a fini par enfermer le processus de démocratisation initié par Conférence Nationale Souveraine, C.N.S., dans une sorte de transition interminable, prenant par la même occasion, toute une population en otage. Même la grave maladie du "patriarche" fut une occasion pour ses fidèles de lui témoigner leur reconnaissance. On se souviendra de l’interminable chaleureuse poignée de mains que Monsieur Tshisekedi, officiellement l’adversaire le plus farouche de Mobutu, échangea avec ce dernier en novembre 1997, lors de la visite qu’il rendit au "patriarche " retiré au sud de la France.

C’est de cette époque que la trahison des "poids-lourds de la politique zaïroise ", initié par le dictateur, laissèrent enfin tomber le masque pour apparaître au grand jour comme des alliés politique du dictateur face à la perspective de la prise de pouvoir par un non-membre de la "confrérie". Tous ceux qui participaient aux manœuvres dilatoires destinées à maintenir le mobutisme en place, à défaut de Mobutu en tant qu’individu, ayant tout de suite compris que l’avènement de Kabila était un danger objectif de perte de pouvoir effectif, ont vite fait de reconstituer l‘"union sacrée" autour du "chef de clan".

C’est un combat d’arrière-garde que de persister dans une attitude politique suicidaire qui consiste à voir en Kabila l’homme des ruandais. S’il est vrai que le président Kabila a eu besoin des ruandais pour chasser Mobutu du pouvoir, il lui a fallu moins d’une année pour tourner les dos à une alliance qui ne servait plus les intérêts de la cause nationale. Si ceux qui l’attaquent aujourd’hui se sont comportés comme lui, face au vieux dictateur, peut-être que l’histoire de notre pays aurait pris un autre tournant. Dans la configuration d’avant l’agression ruando-ougandaise, la défense des intérêts politiques personnels du président nécessitait juste une fidélité absolue aux alliés de la guerre de libération. Puisque sa fidélité aux grands principes nationalistes prime sur sa fidélité aux hommes, dès qu’il a tiré les leçons de l’impact des alliances sur l’intégrité territoriale, il a sacrifié ses propres intérêts au profit de la souveraineté nationale.

C’est une chose que de ne pas être d’accord avec le président Kabila. Mais cela ne donne pas le droit à celui qui ne veut pas participer au grand mouvement de reconstruction nationale de travestir la vérité. Kabila est l’homme qui a mis fin à l’ère Mobutienne. Il n’est pas venu pour appliquer les résolutions de la conférence nationale.

Le moment est venu pour que tous ceux qui détiennent une puissance de mobilisation populaire puissent enfin se mettre au service de la stabilisation politique dans notre pays. La capacité de nuisance de ceux qui se servent de leur popularité pour s’acoquiner avec des puissances étrangères, dans le seul but de déposséder le président Kabila de sa victoire sur les mobutistes se trompent d’amis. Le pouvoir n’est pas entre les mains des chefs d’état qui agressent notre pays, mais à Kinshasa.

Prétendre que la guerre que subit notre peuple est une affaire intérieure est indigne de tout congolais. En gardant le silence, alors que le pays est en guerre, et en sollicitant la médiation d’un chef d’état qui a déclaré et soutient la cette guerre contre notre peuple, les faux démocrates se sont trahis. Kagame et Museveni ne leur offriront pas ce qu’ils n’ont jamais voulu reprendre à Mobutu. La place est maintenant occupée. Qu’ils se mettent bien dans la tête que la "confrérie des mobutistes" a perdu le pouvoir ! La victoire de Kabila sur Mobutu n’est pas l’aboutissement de la conférence nationale, mais une révolution.

 

Lausanne, le 28 septembre 1998

Roger Kankwende

Roger.kankwende@lausanne.ch

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