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Lambert Opula
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ASSOCIATION DES CONGOLAIS DE QUÉBEC & CARREFOUR-TIERS MONDE

LE DIALOGUE DES SOURDS ENTRE LE CONGO ET SES PARTENAIRES POURRAIT-IL JUSTIFIER LA DEUXIÈME GUERRE DITE DES BANYAMULENGE ?

Exposé de: Mr ODIHO LAMBERT OPULA

Pannel organisé à l’Université Laval le 10 septembre 1998.

Québec - Canada

Introduction

Depuis la prise de pouvoir par l’Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération duCongo-Kinshasa (A.F.D.L.), le 17 mai 1997, les observateurs ont noté une évolution croisée des opinions entre d’une part les masses congolaises, et d’autre part les chanceleries occidentales ainsi que certaines forces centrifuges de larégion.

Après l’enthousiasme du jour de la libération à Kinshasa, les manifestations de rue ne tardèrent pas à traduire les inquiétudes rélatives à une influence croissante des pays voisins sur la polititique congolaise. Néanmoins, au cours des mois qui suivirent le nouveau gouvernement vit sa cote augmenter lentement, mais sûrement auprès des masses congolaises. Les résultats du dernier sondage effectué par l’unique institut spécialisé du pays au mois de juin en constituent la preuve.

Par contre, les principaux partenaires de la République Démocratique du Congo, à savoir la Belgique, la France et les Etats-Unis, auraient, à la lumière d’un certain nombre d’indices, décidé de lâcher Laurent Désiré Kabila, leur ’’récente création’.

Le déclenchement de l’agression armée contre le Congo le 2 août dernier apparut alors comme un mélodrame, rappelant dans une certaine mesure la situation vécue en septembre 1960, lorsque les mêmes pays occidentaux avaient organisé l’assassinat de Patrice Emery Lumumba, le très populaire chef du premier gouvernement du Congo, trois mois seulement après l’indépendance du pays. La seule différence réside au fait que Lumumba était un élu du peuple, alors que Kabila est un président autoproclamé sur qui s’exercent encore les pressions de l’élite intellectuelle et de la classe politique pour obtenir la démocratisation du pays à travers un cadre institutionnel concerté.

Un premier signe se remarque avec le mariage contre nature que se sont imposés Français et Américains, à travers des attitudes notablemment harmonisées vis-à-vis du dossier congolais qui les a toujours divisés. La France ne claironnait-elle pas il y a à peine une année qu’un complot anglo-saxon visait à démembrer son précarré africain ?

Comment les Etats-Unis qui juste quinze mois auparavant venaient d’installer Mr Kabila là même où ils avaient couronné Mobutu Sese Seko il y a trente-trois ans se sont-ils si vite ravisés pour assister ‘’impassibles’’ devant les conjectures pour la désignation d’un autre joker ?

Sans vouloir déconnecter l’économie de la politique, car les deux demeurent liées, nous voudrions nous efforcer de mettre en évidence les éléments de l’économique qui auraient été exploités par les partenaires du Congo pour capitaliser les ingrédients de la scène politique dans une tentative de modification du paysage politique actuel au Congo. Autrement dit, nous voudrions examiner dans quelle mesure les rapports avec les partenaires économico-commerciaux pourraient expliquer l’éclatement de la crise actuelle au Congo.

Nul n’ignore que jusqu’à ce jour plusieurs milieux politiques congolais s’insurgent contre un certain nombre des faits dont la suppression des partis politiques, un projet de constitution élaboré de manière cavalière par l’entourage politique de Mr Kabila, le jugement et la condamnation des civils par des tribunaux militaires, l’arrestation d’opposants politiques, etc…Pourquoi dans ces circonstances les masses congolaises ont-elles momentanément oublié les revendications des réformes politiques pour se dresser contre ce qu’elles considèrent comme une conspiration de gros intérêts économico-financiers ?

Les situations dont le développement ont presque simultanément justifié l’audience de L.D.Kabila à l’intérieur et la décote de son gouvernement à l’extérieur pourraient, à juste titre, être suspectées comme causes de la deuxième guerre dite des Banyamulenge.

Il convient avant tout de faire un état de lieu sommaire de l’économie congolaise au moment où Laurent –Désiré Kabila prenait charge.

Au terme de 32 ans de dictature de Mobutu, le style de gestion singulier ainsi que sa stratégie pour garder le pouvoir à tout prix avaient ruiné l’économie congolaise. L’érosion du tissu industriel a ramené la capacité de production à moins de 10 de sa capacité nominale. Le cuivre dont les exportations founissaient plus 60% des recettes budgétaires et 80% des recettes d’exportation du pays a vu sa production tomber de 475.000.000 T à 39.000 T entre 1987 et 1995. Dans beaucoup d’entités de production les équipements ont subi des dommages qui exigent des investissements très coûteux : des mines effondrées ou inondées, le matériel lourd hors usage, les structures motrices des usines vandalisées, etc. Les produits agricoles qui fournissaient 40% des recettes en devises avant l’indépendance n’intervenaient plus qu’en concurrence de 9% à la fin des annés 80. Les écoles sont presque partout détolées, les blocs opératoires des hôpitaux et cliniques ne fonctionnent plus, le réseau routier a perdu son revêtement, etc.

L’encours de la dette extérieure remonte à 15 milliards de dollars américains dont 7,5 sont constitués des arriérés contamment capitalisés. Le système bancaire a fait faillite.

Le montant des arriérés non négociables dus aux commissions du F.M.I. et de la Banque Mondiale remontait à environ 800millions de dollars déjà en 1995, alors que les prévisions du budget annuel de l’État sont de 700.000.000 de U$. Sachant d’une part qu’auccun programme de stabilisation ne pourrait être signé entre le Congo et les institutions de Bretton Woods tant que la question des arriérés non négociables reste posée, d’autre part que le montant de ces arriérés est plus élevé que les prévisions des recettes du budget du pays, on s’appercoit que le Congo ne pourrait pas se relèver suivant le schéma classique d’ajustement structurel.

Le taux d’inflation qui était de 1% en 1958 avait atteint 4000% en 1991-95, le marché noir engloutissait 50% de la production déjà contractée de cuivre, de diamant, du cobalt et de l’or des exploitations modernes, sans compter la vente quasi clandestine de la production de l’exploitation artisanale.

Ce climat hyperinflationiste avait fini par affecter durablement toutes les unités de production agricole, industrielle et commerciale du pays. Entre 1975 et 1990, les Américains qui s’étaient puissamment établis au Congo depuis le coup d’État organisé par la C.I.A. en 1965, avaient fini par abandonner ou vendre presque tous leurs investissements : le projet minier de Tenke-Fugurume, l’usine des pneumatiques Good Year, la Général Motors-Congo, la Morrison Knudson, le premier comptoir privé de diamant dont la licence revenait à Maurice Templesman, l’usineSplendor,etc.

Seules les pétroliers Mobil et Chevron, Citibank et Hôtel Intercontinental ont été préservés. Même la puissante Minoterie de Matadi aurait été vendue récemment par la société-mère : le groupe Continental Grain.

À la suite de la découverte d’un complot imputé à la CIA et lequel visait l’assassinat de Mobutu Sese Seko en 1975, Paris avait supplanté Washinton dans les faveurs du ‘’Zaire’’ de l’ancien dictateur.

Après la prise de contrôle du holding belge ’’La Société Générale’’ par le groupe Suez-Lyonnaise, l’industrie minière congolaise qui entretenait des relations privilégiées avec la première citée passait ipso facto depuis 1988 sous influence des capitaux francais.

À la faveur de la crise dite de ’’démocratisation’’ au Congo, l’impuissance de l’ancienne métropole, la Belgique, à jouer un rôle déterminant au sein de la Troika occidentale en vue de forcer le dictateur Mobutu à libérer le proceccus de libéralisation en panne, la France se raprocha davantage du pouvoir alors chancelant de Kinshasa, dans l’espoir de prendre contrôle effectif de l’industrie minière du Katanga lors de son inévitable privatisation. Elle visait ainsi à parachever le processus commencé en 1988 avec la prise de contrôle de la Societé Générale. Le Congo deviendrait alors avec le Gabon deux pays pourvoyeurs des ressources minères de la France aux côtés de la Côte d’Ivoire agricole.

L’arrivée au pouvoir de L.D. Kabila sous un parapluie américain apparue ainsi aux autorités francaises comme un sérieux revers dans la poursuite de leurs objectifs majeurs.

Quant aux Belges, ils étaient à l’étroit au Congo depuis la nationalisation de l’Union Minière du Haut-Katanga, de la Forminière et de l’ex-Société des Mines d’Or de Kilo-Moto par Mobutu en 1967. Chacun de nombreux sauts d’humeur de Mobutu contre Bruxelles devait laisser des marques sur les vestiges des intérêts belges au Congo. En 1990, les échanges belgo-congolais n’atteignaient plus 5% du commerce extérieur de la Belgique, alors qu’ils représentaient 25% lors de l’indépendance en 1960.

Devant une telle situation, la chute de Mobutu en 1997, était porteuse d’espoir pour plus d’un pays. Seule la France, autrefois trop proche de Mobutu semblait n’y trouver son compte. Bien sûr pivotant au gré des équilibres fragiles en Occident sur le contrôle du Congo, la Belgique avait semblé appuyer les thèses francaises sur la rÉbellion de Kabila, avant de réaliser l’irréversiblité du changement.

Une certaine redistribution des cartes était donc attendue. Les gros contrats relatifs à la rehabilitation d’une industrie profondément affectée par les longues années de crise politico-économique, les mesures de privatisation dont l’imminence était évidente déjà à la fin du reigne de l’ancien dictateur, les nouveaux projets d’importance régionale dans les domaines de l’eau et de l’électricité fesaient du Congo un pays de tous les enjeux.

Du maquis de L.D.Kabila, les rumeurs des contrats juteux arrachés à coup des millions coururent dans tous les coins du monde. Des groupes américains et sud africains se livrèrent la compétition financant ainsi officieusement la rébellion contre Mobutu.

Dans la foulée de la guerre de Kabila, mieux connue sous l’appelation de : ‘’la Rébellion des Banyamulenge’’, le groupe America Mineral Field (A.M.F.) obtint un contrat dans le secteur diamantifère et un autre sur l’ancienne mine de cuivre de la Gécamines qui s’est avérée riche en zinc. Ce contrat aurait pu introduire le capital américain au cœur de l’industrie minière congolaise, car le sulphate de zinc est l’intrant de base dans la fabrication de l’acide sulfurique qu’elle utilise comme catalyseur dans le schéma de production hydro-métallurgique du cuivre et du cobalt et autres métaux associés.

En pénétrant dans le secteur diamantifère, l’A.M.F. devenait un concurrent attitré du groupe britanique De Beers dont la filiale British Diamond avait le monopole de commercialistion du diamant de la Minière de Bakwanga (MIBA) à Mbuji-mayi dans le Kasaï Oriental.

Le groupe O.M. allié d’un Belge : Malta Forrest obtint un contrat dans le secteur du cuivre.

Les alliés des Etats-Unis ne restèrent pas orphélins : le groupe sud- africain J.C.I. obtint un contrat dans le cuivre, conjoitement avec le le groupe canadien Trillion, dans le secteur situé vers la frontière zambienne où les Japonais avaient abandonné une mine inportante à la suite de mauvaises perspectives du cuivre et du Congo lui-même. Le géant sud-africain de l’électricité négociait le projet dit ’’Africana Grid’’ pour l’extention du barrage d’Inga sur le fleuve Congo et pour la distribution son électricité sur l’ensemble du continent africain. La Namibie quant elle s’intéressait à la canalisation de l’eau du fleuve Congo vers ses espaces désertiques de Kalahari, d’où un réseau à l’étude actuellement pourrait la répartir dans toute la zone subdésertique d’Afrique australe.

Intéressé au commerce du café et de l’or de l’Est du Congo, Kampala négociait avec l’Union Éuropéenne le financement de la construction d’une route entre Kisangani et Kampala. Le journal londonnien African confidentiel s’inquiéta du doublement presque des exportations ougandaises de tous les produits précités depuis l’arrivée de Mr Kabila et son parti l’A.F.D.L. au pouvoir à Kinshasa. On entendit aussi tant parler du transport par hélicoptère vers Kampala d’un métal précieux, le nobium, extrait d’une petite et nouvelle mine dans le Kivu.

Quant au Rwanda, on retiendra d’abord l’importance du butin de guerre: l’hebdomadaire francais Jeune Afrique révéla que c’est par avions entiers que furent transportées vers Kigali les voitures de luxe des anciens dignitaires du régime Mobutu. Mais, en vérité nombre des citoyens ordinaires se virent arrachés leurs voitures. Dans les villes frontalières du Kivu et de la province orientale, de nombreux équipements semi-industriels des communautés villageoises et citadines comme les moulins, les chalumeaux, les petites pompes à air ainsi que les monteurs des pompes à essence furent démontés et emportés vers le Rwanda. Des entrepreneurs rwandais, pourtant non aussi outillés que leurs homolgues basés au Congo comme Caritas, Swanepoel et Malta Forrest, se rouèrent sur les contrats de construction et de réhabilitation des routes, au nom de la coopération régionale dans le cadre du ‘’renouveau panafricainiste’’. Cependant le coût du kilomètre de route admis montrait que les nouveaux panafricanistes étaient pires que les ‘’impérialistes occidentaux’’. Certains intellectuels congolais et non des mondres, comme l’historien Elyka Mbokolo, d’un colloque financé par Paul Kagame au Cap en Afrique du Sud, devinrent les chantres du projet de la citoyenneté panfrontalière des Grands Lacs africains.

Parallèlement à cela, les intérêts belges dans la Sozarail ont été nationalisés dès les premiers jours suivant l’arrivée de Mr Kabila au pouvoir. La cause évoquée fût la collusion avec les milieux mobutistes et’’ détournement’’. Les Français qui lorgnaient sur les mines de cuivre doivent se contenter de quelques entreprises qu’ils avaient réalisées sous Mobutu comme : la Compagnie francais pour le développement des fibres textiles (CFDT) et la brasserie du groupe Castel.

Dans certains milieux, on espérait que le projet de réhabilitation de la Voie ferrée de Benguela, une filiale de la Société Générale, elle-même tombée sous le contrôle du groupe francais Suez-Lyonnaise allait imposer de soit le rapprochement entre la France et le gouvernement Kabila, mais rien de tel ne se fit observer.

De l’adhésion des masses congolaises au programme d’action de L.D.Kabila :

Les ennuis politiques internes et externes de Mr Kabila servirent de prétexte aux partenaires économiques du Congo pour reconduire l’embargo financier dont le Congo était l’objet depuis l’époque de l’ancien dictateur Mobutu S.S.

Mais, les vraies raisons pourraient se cacher sur le terrain économique. Car non seulement, les réformes structurelles que l’Occident escomptait avec la chute de Mobutu n’auront pas lieu, mais aussi nombre d’avantages que ces alliés héteroclites se sont taillés leur seront ravis les uns après les autres. L’ancien guerrilléro marxite ne semble pas être reconverti au néolibéralisme comme on l’a cru trop hativement. Mickael Southwick, l’ambassadeur des Etats-Unis à Kampala qui s’était venté à son temps d’avoir rencontré Mr Kabila au moins une quarantaine de fois dans les mois qui ont précédé la première rébellion sera le premier à déclencher la guerre verbale à Kabila, en déclarant que le Président Museveni était décu de l’incapacité de Mr Kabila a accomplir le redressement du Congo. Curieusement, c’est le même terme ‘’ incapacité’’ que Museveni emploiera lorsqu’il passera à la confrotation directe avec Mr Kabila à la veille de la fête du 30 Juin 1998, provoquant la réaction de Mr Kabila par le ministre Mpoyo interposé.

Si pour l’Occident le service de la dette extérieur n’a pas repris, le programme de privatisation n’a pas été exécuté et l’assainissement de la fonction publique n’a pas été entreprise, les populations congolaises quant à elles semblent avoir constaté un certain nombre d’avancées significatives sur le terrain social: l’assainissement des services de la fiscalité et l’élargissement de l’assiette imposable ; Un budget annuel de 700 millions de dollars pour une économie réduite à moins de 10% de sa capacité nominale alors qu’en temps normal le budget de l’État congolais n’avait jamais atteint l’équivalent d’un milliard de dollars; une stabilité très remarquable de la monnaie tant avant qu’après la réforme. Une réforme monétaire qui a réduit de façon radicale la valeur faciale des billets de banque et des pièces de monnaie ; une stabilité des prix consécutive à une politique prudente de gestion de maigres finances et d’entretien des routes d’intérêt économique ; la rehabilitation des installations portuaires et aéroportuaires ; l’élaboration d’un plan trienal qui semble identifier correctement les priorités de ceux du Congo profond; le retour de l’ordre dans tous les secteurs et le recul de la corruption, sont autant d’éléments qui ont frappé l’esprit des populations congolaises, lesquelles soutiendraient l’action gouvernementale, malgré des erreurs notables sur le plan politique et son refus d’engager des politiques qui déboucheraient sur la reprise de la coopération internationale. Le chèque en blanc que semble recevoir Mr Kabila aujourd’hui aurait donc sa justification dans la stratégie qui place le vécu quotidien de tous avant les impératifs du cadre macro-économique.

Le malentendu

Si l’homme de la rue au Congo croit trouver son compte dans cette action gouvernementale, les partenaires extérieurs eux n’ont enregistré que des déboirs. Les institutions de Bretton Woods n’ont pas obtenu la reconnaissance de la dette extérieure du Congo par le régime Kabila. Le ministre Tala Ngaye des finances dû l’apprendre à son dépens en tentant de prendre un engagement sur ce dossier devant une délégation du F.M.I. Pour les institutions financières (le F.M.I. et la B.I.R.D.) qui ont pour mission d’assurer le triomphe du néolibéralisme, cela constitue un péché contre le fondement de leur doctrine. Ne dit-on pas : qui hérite de l’actif hérite du passif ? Dès lors la dette extérieure du Congo n’est-elle pas l’œuf à casser pour accéder à l’omelette ? Si omelette il y a bien sûr. Pour accéder aux capitaux des partenaires, Mobutu ne s’engageait-il pas au nom du Congo à travers de soit disant projets impliquant les ressources naturelles congolaises ? Les éléphants blancs qui ornent l’espace économique congolais n’ont-ils pas été financés au moins en partie à travers cette dette ?

L’absence d’un programme d’ajustement structurel permettra au Congo de resoudre certains problèmes urgent d’autosubstance et de rehabilitation des équipements élémentaires, mais un Congo maintenu en dehors du marché des capitaux ne pourra pas entreprendre la restructuration technologique attendue pour relancer sa production industrielle. Les producteurs sud-américains de cuivre ayant rafflé les parts de marché de la Gécamines auprès de la Hoboken et la Olen en Belgique, même en cas de reprise de la production, le Congo ne devra-t-il pas peiner pour obtenir des contrats suscessibles de résorber ses énormes exportations? Le contenu extérieur de financement des projets au Congo qui était déjà très élevé avant la crise trahissait la faible capacité du pays à entreprendre un développement autofinancé.

Les Congolais ignoreraient-ils que leur économie qui était attrayante avant 1970 a perdu son caractère strégique depuis les années 1985 avec l’arrivée du cuivre soviétique et chinois sur le marché libre? La montée en flèche de nouvelles technologies et l’importance prise par la finance comme secteur d’investissement très profitable n’a-t-elle pas relègué l’économie de produits au second plan du fait de son caractère cyclique? Mais sur le terrain, tout se passe comme si les Congolais ne réalisaient rien de l’évolution en cours autour d’eux. Ivres de ce que leurs colonisateurs avaient appelé dans les circonstances d’alors un scandale géologique, ils ne jugeraient plus l’opportunité d’une certaine ouverture.

À l’heure de la mondialisation le Congo aura de la misère à imposer son approche. Le combat de Mr Kabila contre les O.N.G. et ses appels répétés envers les Américains avant la rupture du dialogue visait la mobilisation des moyens pour l’élaboration d’un plan national global de redressement et de développement. De leur côté, ses partenaires occidentaux remarquent qu’il s’attarde à une approche des années 60. C’est aux cours de la décennie 60 en fait que les plans quinquenaux étaient à la mode. Le style socialiste de gestion au cours de ces années-là où Kabila vivait dans le maquis marxiste semble naturellement avoir laissé une bonne impression dans son esprit. Cependant cette méthode qui du reste s’observait aussi dans certains pays d’Occident comme la France et qui a lancé le développement de grands dynosaures d’Asie du Pacifique comme le Japon, le Hong-Kong, le Singapour, le Macao, l’Indonésie et la Corée du Sud n’est plus opérationnelle aujourd’hui malheursement. Car sa philosophie de base qui est la doctrine kenéysienne a été révoquée au profit des thèses monétaristes d’abord ensuite post-modernistes aujourd’hui avec le néolibéralisme. Depuis la récession mondiale de 1985, le duo Thacher-Reagan avaient réussi à imposé une nouvelle approche, le néolibéralisme, à l’ensemble des institutions financières internationales. L’ensemble des rélations financières entre États est restructuré autour du F.M.I et de la B.I.R.D. à tel point qu’il n’y a plus même un seul prêt entre deux entreprises situées dans deux pays différents qui n’échappe au contrôle du duo précité. Le couronnement du néolibéralisme actuellement avec la mondialisation ou globalisation du marché s’opère en consacrant l’usage des autoroutes de l’information pour contrôler tout le flux des échanges entre États. Le décollage économique par la voie autharcique, comme l’avaient les Soviétiques et les Chinois n’est plus possible. Surtout pas pour les petits pays sans ressouce stratégique comme le pétrole.

La Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International chiffrent à 14,5 milliards de dollars américains la dette extérieure du Congo dont au moins 7,5 d’arriérés parmis lesquels on note 800 millions d’arriérés non négociables dus aux commisions de F.M.I. et de la B.M. alors que les prévisions budgétaires de l’État pour l’exercice 1998 sont de 700 millions de dollars. Le budget de s investissements se plafonne à moins de 150 millions de dollars. Selon une évaluation de la Banque Mondiale, la seule société Gécamines nécessite 3 milliards de dollars pour sa remise à flôt, alors que dans le plan trienal du gouvernement le volet rehabilitation des entreprises publiques plafonne à 945,5 millions de dollars. Tous les analystes estiment que le Congo devrait profiter de sa crise économique actuelle pour coriger les faiblesses de son économie en canalisant ses maigres moyens plus vers la relance agricole que vers la réhabilitation des industries minières où l’introduction des capitaux frais par la privatisation pourrait faire l’affaire. Ainsi, tout indique que le Congo ne pourra pas entreprendre seul la reconstruction de son espace économique détruit par le régime Mobutu. Même avec l’assistance du F.M.I. il ne pourra pas accéder à un programme de stabilisation en applicant les critères classiques de cette institution. Il faudrait recourir à un arrangement particulier, mais quel en serait le prix pour le Congo ?

Par ailleurs la pression des groupes financiers dont les intérêts ont souffert de toute une décennie de crise économique s’accroit de plus en plus par le biais des institutions bilatérales et multilatérales. Sociétés commerciales et industrielles veulent reprendre avec leurs habitudes deprofits.

Mais, le Congo est-il déjà préparé pour entreprendre l’exécution d’un programme de stabilisation avec tout ce qu’il comporte comme contrainte ?

Pour le gouvernement, le remboursement de la dette au rythme de 7 millions de dollars par an, soit qutre-vingt millions par an serait tout simlpement un suicide, un échec sans appel du plan trienal dont le budget annuel d’investissement est à peine au-dessus de ce montant, alors que le F.M.I. ne promet qu’un Truth fund de 42 millions de dollars.

Autrement dit, commencer le remboursement aujourd’hui c’est donc arrêter tous les programmes récemment initiés pour soulager lamisère de la population.

Comment un gouvernement dit libérateur peut-il, à peine arrivée au pouvoir, réduire l'effectif de l’administration de 600.000 à 50.000 agents comme le conseillerait le système de la Banque mondiale, alors que ceux-ci ont passé plusieurs années d’impaiement ? Comment un pays qui compte encore beaucoup d’ennemis tant intérieurs qu’extérieurs pourrait-il réduire les effectifs au sein de l’armée de 140.000 à 50.000 comme requis? Comment pourra-t-on demander à la main d’œuvre industrielle d’augmenter la production alors que par le remboursement de la dette extérieure par le gouvernement va engloutir l’essentiel de ses recettes pour résorberles arriérés sans rehabiliter les hôpitaux et les écoles et autres infrastructures publiques? .

Le président Kabila qui semble encore partisan d’un concept de plan global de développement national, qui était à la mode au cours des années 6o, à l`époque des idéologies socilistes en Afrique, semble se méfier de toute thérapétique néolibérale. Il lorgne sur les fonds accordés aux O.N.G. qui à ses yeux auraient pu être drainé vers le trésor public en vue de l’exécution d’un plan national. Il trouve ridicule que les Etats-Unis qui se veulent partenaires essentiels lui proposent 30 millions de dollars d’aide annuelle, alors que les besoins du pays se chiffrent à plusieurs millions de dollars. Rejettant l’approche selonslaquelle l’enveloppe que le F.M.I. accorde aux État est en rapport à leur capacité de remboursement à court et à moyen terme (l’encours de la dette extérieure prise en compte), L.D.Kabila se plaint que l’Occident qui a mobilisé des milliards pour sauver plusieurs pays de la crise, notamment la Corée, l’Indonésie et le Japon , propose des miettes aujourd’hui au au Congo.

Au fil des mois, le fossé s’est élargi entre le Congo dont la doctrine dite’’ économie sociale du marché’’ semble s’inspirer encore largement de la théorie kenéisienne et la communauté internationale qui s’engage fermement dans la voie du néolibéralisme.

Nationaliste orgueilleux, le compagnon d’Ernest Ch Guevara se rappelerait du nationalisme d’un homme dont il était un obscur et loitain admirateur. IL semble ne pouvoir fléchir sa position qu’en face des propositions concrètes qui tiennent d’un certain volet social du programme de restructuration.

Devant l’impasse ainsi consommée, les firmes américaines qui avaient signé des contrats dans la foulée de la guerre n’obtenaient pas la couverture de leurs gouvernements pour engager leurs fonds. Irrité par leurs tregiversations, Laurent D. Kabila a entrepris la révision des accords. L’américain A.M.F. a perdu so contrat sur la mine de zinc au profit de du sud-africain Anglo-Américan.L’Amérique loupe ainsi d’entrer de pleins pieds dans l’industrie minière congolaise, pour laquelle elle n’avait épargné ni le sang de Lumumba, ni celui de Pierre Mulele et autre André Guillaume Lubaya, tués dans le but de préserver le Congo de l’influence Communiste. Les canadiens du Consolidated Eurocan Ventures Ltd ont vu se confirmer un accord qu’ils ont conclu à l’époque de Mobutu sur les gisements de cuivre et de cobalt de Tenke-Fugurume, où le groupe américain de Maurice Templesman avait déjà dépense 250 millions de dollars sur un coût total évalué alors à 350 millions. Kabila venait donc d’infliger à l’Amérique un coup douloureux. Cette témérité de l’ancien guérillero suscita une petite phrase d’humour à Mr Josselin, le ministre francais des rélations extérieures qui, naturellement pour se moquer des rivaux, a déclaré: ’’Washington commence à apprendre la complexité des réalités africaine’’. Évidemment parce qu’à leurs yeux les actes de Mr Kabila correspondent à ceux d’un paricide.

Bref, l’Amérique après avoir contribué sous l’ombre à mettre en place le régime Kabila se sent trahie. Mais, Kabila croit avoir son peuple comme premier créancier. Sans pouvoir ignorer la communauté internationle, sa strtégie semble de placer la barre très haut pour situer le compromis, le moment venu, à un niveau qui tiennent compte des intérêts de son peuple. Comme ce fût le cas vers l’an 1900, en 1960et en 1965, les capitaux américains fûrent les premiers à débarquer au Congo.

L’infortune leur collant toujours à la peau dans ce pays, ils ont toujours perdu la bataille. Il en a été ainsi avec la Compagnie américaine du Congo, présente très t^t sur le terrain mais ne réussit pas à prendre contrôle de l’Union Minière du Haut-Katanga contituée en 1906, d’énormes sommes d’argent versées à Mobutu par l’Ambassadeur Tamberlake en 1960,pour organiser la chute dePatrice Lumumba en vue de pénétrer le marché congolais à créer, de la Société Minière de Tenke- Fugurume dont la récession des années 1970 se constitua en boureau, les capitaux américains croyaient toujours que l’heure du mariage avec le Congo avaient sonné. La mauvaise évaluation de la situation et le mauvais choix des acteurs locaux contituent toujours à faire échec aux stratégies élaborées au quartier général de la C.I.A. à Langlay. L’Eldorado congolais leur file toujours sous la main au grand dam des Français qui ne manquent jamais d’occasion de sauter comme des chiens affamés sur un os. Mais cette fois-ci, Français et Américains, comme hier Belges et Américains contre Lumumba, se mobilise contre un énnemi commun : L.D.Kabila, coupable de son nationalisme. Le journal satyriste francais Le Canard enchaîné a revélé que le président Chirac était au courant des préparatifs de l’enquête depuis le début de l’année. L’Expresse et le Figaro montrent que l’Élysée et la Maison Blanche s’étaiient concertée pour prendre une position commune. Dès lors le comportement de ces deux étranges partenaires s’expliquent. Eux qui ne se sont pas mis d’accord sur un seul dossier depuis l’époque de De Gaule- Roosevelt adoptent pour la première fois une ligne de conduite incroyablement identique sur le dossier Kabila.

Dès lors le phénomène Banyamulenge n’est qu’un ingrédient devient un alibi savamment monté. Le fait que des gens qui se disent nationaux aient pris des armes parce que le gouvernement a estimé que le rôle de l’assistance militaire étrangère est terminé, montre qu’il se tramait quelque chose bien avant. Ce sont plutôt les intérêts économico-financiers frustrés par les mesures nationalistes, mais aussi par une certaine politique en retard d’idéologie qui s’étaient mis à recenser les mécontents afin d’en finir avec un gêneur. L’Occident a mal fait ses calcul, en emprûtant un mauvais cheval, un nationalisme ethnique formé sur l’odeur de sang et l’intolérence, dans le but de frayer un chemin au grand capital vers un Congo à peine libéré du Mobutisme, il heurte de plein fouet l’orgueil du peuple congolais. Par ailleurs, Mr Kabila qui pourrait être oréolé de la gloire de double libérateur risque d’encaisser son chèque en blanc délivré par les masses pour afficher le mépris à l’égard de la clsse politique et les intellectuel qui réclament un cadre juridique démocratique.

Je vous remercie.

Lambert Jean-Noël Opula.

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