| Texte à critiquer. |
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| Lambert Opula |
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| ASSOCIATION DES CONGOLAIS DE QUÉBEC
& CARREFOUR-TIERS MONDELE DIALOGUE DES SOURDS ENTRE LE CONGO ET
SES PARTENAIRES POURRAIT-IL JUSTIFIER LA DEUXIÈME GUERRE DITE DES BANYAMULENGE ?
Exposé de: Mr ODIHO
LAMBERT OPULA
Pannel organisé à
l’Université Laval le 10 septembre 1998.
Québec - Canada
Introduction
Depuis la prise de pouvoir
par l’Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération duCongo-Kinshasa
(A.F.D.L.), le 17 mai 1997, les observateurs ont noté une évolution croisée des
opinions entre d’une part les masses congolaises, et d’autre part les
chanceleries occidentales ainsi que certaines forces centrifuges de larégion.
Après
l’enthousiasme du jour de la libération à Kinshasa, les manifestations de rue
ne tardèrent pas à traduire les inquiétudes rélatives à une influence croissante des
pays voisins sur la polititique congolaise. Néanmoins, au cours des mois qui suivirent le
nouveau gouvernement vit sa cote augmenter lentement, mais sûrement auprès des masses
congolaises. Les résultats du dernier sondage effectué par l’unique institut
spécialisé du pays au mois de juin en constituent la preuve.
Par contre, les principaux
partenaires de la République Démocratique du Congo, à savoir la Belgique, la France et
les Etats-Unis, auraient, à la lumière d’un certain nombre
d’indices, décidé de lâcher Laurent Désiré Kabila, leur
’’récente création’.
Le déclenchement de
l’agression armée contre le Congo le 2 août dernier apparut alors comme un
mélodrame, rappelant dans une certaine mesure la situation vécue en septembre 1960,
lorsque les mêmes pays occidentaux avaient organisé l’assassinat de Patrice
Emery Lumumba, le très populaire chef du premier gouvernement du Congo, trois mois
seulement après l’indépendance du pays. La seule différence réside au fait
que Lumumba était un élu du peuple, alors que Kabila est un président autoproclamé sur
qui s’exercent encore les pressions de l’élite intellectuelle et de
la classe politique pour obtenir la démocratisation du pays à travers un cadre
institutionnel concerté.
Un premier signe se
remarque avec le mariage contre nature que se sont imposés Français et Américains, à
travers des attitudes notablemment harmonisées vis-à-vis du dossier congolais qui les a
toujours divisés. La France ne claironnait-elle pas il y a à peine une année
qu’un complot anglo-saxon visait à démembrer son précarré africain ?
Comment les Etats-Unis qui
juste quinze mois auparavant venaient d’installer Mr Kabila là même où ils
avaient couronné Mobutu Sese Seko il y a trente-trois ans se sont-ils si vite ravisés
pour assister ‘’impassibles’’ devant les
conjectures pour la désignation d’un autre joker ?
Sans vouloir déconnecter
l’économie de la politique, car les deux demeurent liées, nous voudrions nous
efforcer de mettre en évidence les éléments de l’économique qui auraient
été exploités par les partenaires du Congo pour capitaliser les ingrédients de la
scène politique dans une tentative de modification du paysage politique actuel au Congo.
Autrement dit, nous voudrions examiner dans quelle mesure les rapports avec les
partenaires économico-commerciaux pourraient expliquer l’éclatement de la
crise actuelle au Congo.
Nul n’ignore que
jusqu’à ce jour plusieurs milieux politiques congolais s’insurgent
contre un certain nombre des faits dont la suppression des partis politiques, un projet de
constitution élaboré de manière cavalière par l’entourage politique de Mr
Kabila, le jugement et la condamnation des civils par des tribunaux militaires,
l’arrestation d’opposants politiques, etc…Pourquoi dans ces
circonstances les masses congolaises ont-elles momentanément oublié les revendications
des réformes politiques pour se dresser contre ce qu’elles considèrent comme
une conspiration de gros intérêts économico-financiers ?
Les situations dont le
développement ont presque simultanément justifié l’audience de L.D.Kabila à
l’intérieur et la décote de son gouvernement à l’extérieur
pourraient, à juste titre, être suspectées comme causes de la deuxième guerre dite des
Banyamulenge.
Il convient avant tout de
faire un état de lieu sommaire de l’économie congolaise au moment où Laurent
–Désiré Kabila prenait charge.
Au terme de 32 ans de
dictature de Mobutu, le style
de gestion singulier ainsi que sa stratégie pour garder le pouvoir à tout prix avaient
ruiné l’économie congolaise. L’érosion du tissu industriel a
ramené la capacité de production à moins de 10 de sa capacité nominale. Le cuivre dont
les exportations founissaient plus 60% des recettes budgétaires et 80% des recettes
d’exportation du pays a vu sa production tomber de 475.000.000 T à 39.000 T
entre 1987 et 1995. Dans beaucoup d’entités de production les équipements ont
subi des dommages qui exigent des investissements très coûteux : des mines effondrées
ou inondées, le matériel lourd hors usage, les structures motrices des usines
vandalisées, etc. Les produits agricoles qui fournissaient 40% des recettes en devises
avant l’indépendance n’intervenaient plus qu’en concurrence
de 9% à la fin des annés 80. Les écoles sont presque partout détolées, les blocs
opératoires des hôpitaux et cliniques ne fonctionnent plus, le réseau routier a perdu
son revêtement, etc.
L’encours de la
dette extérieure remonte à 15 milliards de dollars américains dont 7,5 sont constitués des arriérés
contamment capitalisés. Le système bancaire a fait faillite.
Le montant des arriérés
non négociables dus aux commissions du F.M.I. et de la Banque Mondiale remontait à
environ 800millions de dollars déjà en 1995, alors que les prévisions du budget annuel
de l’État sont de 700.000.000 de U$. Sachant d’une part
qu’auccun programme de stabilisation ne pourrait être signé entre le Congo et
les institutions de Bretton Woods tant que la question des arriérés non négociables
reste posée, d’autre part que le montant de ces arriérés est plus élevé que
les prévisions des recettes du budget du pays, on s’appercoit que le Congo ne
pourrait pas se relèver suivant le schéma classique d’ajustement structurel.
Le taux
d’inflation qui était de 1% en 1958 avait atteint 4000% en 1991-95, le marché
noir engloutissait 50% de la production déjà contractée de cuivre, de diamant, du
cobalt et de l’or des exploitations modernes, sans compter la vente quasi
clandestine de la production de l’exploitation artisanale.
Ce climat
hyperinflationiste avait fini par affecter durablement toutes les unités de production
agricole, industrielle et commerciale du pays. Entre 1975 et 1990, les Américains qui
s’étaient puissamment établis au Congo depuis le coup d’État
organisé par la C.I.A. en 1965, avaient fini par abandonner ou vendre presque tous leurs
investissements : le projet minier de Tenke-Fugurume, l’usine des pneumatiques
Good Year, la Général Motors-Congo, la Morrison Knudson, le premier comptoir privé de
diamant dont la licence revenait à Maurice Templesman, l’usineSplendor,etc.
Seules les pétroliers
Mobil et Chevron, Citibank et Hôtel Intercontinental ont été préservés. Même la
puissante Minoterie de Matadi aurait été vendue récemment par la société-mère : le
groupe Continental Grain.
À la suite de la
découverte d’un complot imputé à la CIA et lequel visait l’assassinat de Mobutu Sese
Seko en 1975, Paris avait supplanté Washinton dans les faveurs du
‘’Zaire’’ de l’ancien dictateur.
Après la prise de
contrôle du holding belge ’’La Société
Générale’’ par le groupe Suez-Lyonnaise, l’industrie
minière congolaise qui entretenait des relations privilégiées avec la première citée
passait ipso facto depuis 1988 sous influence des capitaux francais.
À la faveur de la crise
dite de ’’démocratisation’’ au Congo,
l’impuissance de l’ancienne métropole, la Belgique, à jouer un rôle
déterminant au sein de la Troika occidentale en vue de forcer le dictateur Mobutu à
libérer le proceccus de libéralisation en panne, la France se raprocha davantage du
pouvoir alors chancelant de Kinshasa, dans l’espoir de prendre contrôle
effectif de l’industrie minière du Katanga lors de son inévitable
privatisation. Elle visait ainsi à parachever le processus commencé en 1988 avec la
prise de contrôle de la Societé Générale. Le Congo deviendrait alors avec le Gabon
deux pays pourvoyeurs des ressources minères de la France aux côtés de la Côte
d’Ivoire agricole.
L’arrivée au
pouvoir de L.D. Kabila sous un parapluie américain apparue ainsi aux autorités
francaises comme un sérieux revers dans la poursuite de leurs objectifs majeurs.
Quant aux Belges, ils
étaient à l’étroit au Congo depuis la nationalisation de l’Union
Minière du Haut-Katanga, de la Forminière et de l’ex-Société des Mines
d’Or de Kilo-Moto par Mobutu en 1967. Chacun de nombreux sauts
d’humeur de Mobutu contre Bruxelles devait laisser des marques sur les vestiges
des intérêts belges au Congo. En 1990, les échanges belgo-congolais
n’atteignaient plus 5% du commerce extérieur de la Belgique, alors
qu’ils représentaient 25% lors de l’indépendance en 1960.
Devant une telle
situation, la chute de Mobutu en 1997, était porteuse d’espoir pour plus
d’un pays. Seule la France, autrefois trop proche de Mobutu semblait
n’y trouver son compte. Bien sûr pivotant au gré des équilibres fragiles en
Occident sur le contrôle du Congo, la Belgique avait semblé appuyer les thèses
francaises sur la rÉbellion de Kabila, avant de réaliser l’irréversiblité du
changement.
Une certaine
redistribution des cartes était donc attendue. Les gros contrats relatifs à la
rehabilitation d’une industrie profondément affectée par les longues années
de crise politico-économique, les mesures de privatisation dont l’imminence
était évidente déjà à la fin du reigne de l’ancien dictateur, les nouveaux
projets d’importance régionale dans les domaines de l’eau et de
l’électricité fesaient du Congo un pays de tous les enjeux.
Du maquis de L.D.Kabila,
les rumeurs des contrats juteux arrachés à coup des millions coururent dans tous les coins du monde. Des
groupes américains et sud africains se livrèrent la compétition financant ainsi
officieusement la rébellion contre Mobutu.
Dans la foulée de la
guerre de Kabila, mieux connue sous l’appelation de : ‘’la
Rébellion des Banyamulenge’’, le groupe America Mineral Field
(A.M.F.) obtint un contrat dans le secteur diamantifère et un autre sur
l’ancienne mine de cuivre de la Gécamines qui s’est avérée riche en
zinc. Ce contrat aurait pu introduire le capital américain au cœur de
l’industrie minière congolaise, car le sulphate de zinc est l’intrant
de base dans la fabrication de l’acide sulfurique qu’elle utilise
comme catalyseur dans le schéma de production hydro-métallurgique du cuivre et du cobalt
et autres métaux associés.
En pénétrant dans le
secteur diamantifère, l’A.M.F. devenait un concurrent attitré du groupe
britanique De Beers dont la filiale British Diamond avait le monopole de commercialistion
du diamant de la Minière de Bakwanga (MIBA) à Mbuji-mayi dans le Kasaï Oriental.
Le groupe O.M. allié
d’un Belge : Malta Forrest obtint un contrat dans le secteur du cuivre.
Les alliés des Etats-Unis ne restèrent pas orphélins : le groupe
sud- africain J.C.I. obtint un contrat dans le cuivre, conjoitement avec le le groupe
canadien Trillion, dans le secteur situé vers la frontière zambienne où les Japonais
avaient abandonné une mine inportante à la suite de mauvaises perspectives du cuivre et
du Congo lui-même. Le géant sud-africain de l’électricité négociait le
projet dit ’’Africana Grid’’ pour
l’extention du barrage d’Inga sur le fleuve Congo et pour la
distribution son électricité sur l’ensemble du continent africain. La Namibie
quant elle s’intéressait à la canalisation de l’eau du fleuve Congo
vers ses espaces désertiques de Kalahari, d’où un réseau à
l’étude actuellement pourrait la répartir dans toute la zone subdésertique
d’Afrique australe.
Intéressé au commerce du
café et de l’or de l’Est du Congo, Kampala négociait avec
l’Union Éuropéenne le financement de la construction d’une route
entre Kisangani et Kampala. Le journal londonnien African confidentiel
s’inquiéta du doublement presque des exportations ougandaises de tous les
produits précités depuis l’arrivée de Mr Kabila et son parti
l’A.F.D.L. au pouvoir à Kinshasa. On entendit aussi tant parler du transport
par hélicoptère vers Kampala d’un métal précieux, le nobium, extrait
d’une petite et nouvelle mine dans le Kivu.
Quant au Rwanda, on
retiendra d’abord l’importance du butin de guerre:
l’hebdomadaire francais Jeune Afrique révéla que c’est par avions
entiers que furent transportées vers Kigali les voitures de luxe des anciens dignitaires
du régime Mobutu. Mais, en vérité nombre des citoyens ordinaires se virent arrachés
leurs voitures. Dans les villes frontalières du Kivu et de la province orientale, de
nombreux équipements semi-industriels des communautés villageoises et citadines comme
les moulins, les chalumeaux, les petites pompes à air ainsi que les monteurs des pompes
à essence furent démontés et emportés vers le Rwanda. Des entrepreneurs rwandais,
pourtant non aussi outillés que leurs homolgues basés au Congo comme Caritas, Swanepoel
et Malta Forrest, se rouèrent sur les contrats de construction et de réhabilitation des
routes, au nom de la coopération régionale dans le cadre du
‘’renouveau panafricainiste’’. Cependant le coût
du kilomètre de route admis montrait que les nouveaux panafricanistes étaient pires que
les ‘’impérialistes occidentaux’’. Certains
intellectuels congolais et non des mondres, comme l’historien Elyka Mbokolo,
d’un colloque financé par Paul Kagame au Cap en Afrique du Sud, devinrent les
chantres du projet de la citoyenneté panfrontalière des Grands Lacs africains.
Parallèlement à cela,
les intérêts belges dans la
Sozarail ont été nationalisés dès les premiers jours suivant l’arrivée de
Mr Kabila au pouvoir. La cause évoquée fût la collusion avec les milieux mobutistes
et’’ détournement’’. Les Français qui lorgnaient
sur les mines de cuivre doivent se contenter de quelques entreprises qu’ils
avaient réalisées sous Mobutu comme : la Compagnie francais pour le développement des
fibres textiles (CFDT) et la brasserie du groupe Castel.
Dans certains milieux, on
espérait que le projet de réhabilitation de la Voie ferrée de Benguela, une filiale de
la Société Générale, elle-même tombée sous le contrôle du groupe francais
Suez-Lyonnaise allait imposer de soit le rapprochement entre la France et le gouvernement
Kabila, mais rien de tel ne se fit observer.
De l’adhésion des masses congolaises au programme
d’action de L.D.Kabila :
Les ennuis politiques
internes et externes de Mr Kabila servirent de prétexte aux partenaires économiques du
Congo pour reconduire l’embargo financier dont le Congo était l’objet
depuis l’époque de l’ancien dictateur Mobutu S.S.
Mais, les vraies raisons
pourraient se cacher sur le terrain économique. Car non seulement, les réformes
structurelles que l’Occident escomptait avec la chute de Mobutu
n’auront pas lieu, mais aussi nombre d’avantages que ces alliés
héteroclites se sont taillés leur seront ravis les uns après les autres.
L’ancien guerrilléro marxite ne semble pas être reconverti au néolibéralisme
comme on l’a cru trop hativement. Mickael Southwick, l’ambassadeur des
Etats-Unis à Kampala qui s’était venté à son temps d’avoir
rencontré Mr Kabila au moins une quarantaine de fois dans les mois qui ont précédé la
première rébellion sera le premier à déclencher la guerre verbale à Kabila, en
déclarant que le Président Museveni était décu de l’incapacité de Mr Kabila
a accomplir le redressement du Congo. Curieusement, c’est le même terme
‘’ incapacité’’ que Museveni emploiera
lorsqu’il passera à la confrotation directe avec Mr Kabila à la veille de la
fête du 30 Juin 1998, provoquant la réaction de Mr Kabila par le ministre Mpoyo
interposé.
Si pour
l’Occident le service de la dette extérieur n’a pas repris, le
programme de privatisation n’a pas été exécuté et l’assainissement
de la fonction publique n’a pas été entreprise, les populations congolaises
quant à elles semblent avoir constaté un certain nombre d’avancées
significatives sur le terrain social: l’assainissement des services de la
fiscalité et l’élargissement de l’assiette imposable ; Un budget
annuel de 700 millions de dollars pour une économie réduite à moins de 10% de sa
capacité nominale alors qu’en temps normal le budget de l’État
congolais n’avait jamais atteint l’équivalent d’un milliard
de dollars; une stabilité très remarquable de la monnaie tant avant qu’après
la réforme. Une réforme monétaire qui a réduit de façon radicale la valeur faciale
des billets de banque et des pièces de monnaie ; une stabilité des prix consécutive à
une politique prudente de gestion de maigres finances et d’entretien des routes
d’intérêt économique ; la rehabilitation des installations portuaires et
aéroportuaires ; l’élaboration d’un plan trienal qui semble
identifier correctement les priorités de ceux du Congo profond; le retour de
l’ordre dans tous les secteurs et le recul de la corruption, sont autant
d’éléments qui ont frappé l’esprit des populations congolaises,
lesquelles soutiendraient l’action gouvernementale, malgré des erreurs notables
sur le plan politique et son refus d’engager des politiques qui déboucheraient
sur la reprise de la coopération internationale. Le chèque en blanc que semble recevoir
Mr Kabila aujourd’hui aurait donc sa justification dans la stratégie qui place
le vécu quotidien de tous avant les impératifs du cadre macro-économique.
Le malentendu
Si l’homme de la
rue au Congo croit trouver son compte dans cette action gouvernementale, les partenaires
extérieurs eux n’ont enregistré que des déboirs. Les institutions de Bretton
Woods n’ont pas obtenu la reconnaissance de la dette extérieure du Congo par le
régime Kabila. Le ministre Tala Ngaye des finances dû l’apprendre à son
dépens en tentant de prendre un engagement sur ce dossier devant une délégation du
F.M.I. Pour les institutions financières (le F.M.I. et la B.I.R.D.) qui ont pour mission
d’assurer le triomphe du néolibéralisme, cela constitue un péché contre le
fondement de leur doctrine. Ne dit-on pas : qui hérite de l’actif hérite du
passif ? Dès lors la dette extérieure du Congo n’est-elle pas
l’œuf à casser pour accéder à l’omelette ? Si omelette il
y a bien sûr. Pour accéder aux capitaux des partenaires, Mobutu ne
s’engageait-il pas au nom du Congo à travers de soit disant projets impliquant
les ressources naturelles congolaises ? Les éléphants blancs qui ornent
l’espace économique congolais n’ont-ils pas été financés au moins
en partie à travers cette dette ?
L’absence
d’un programme d’ajustement structurel permettra au Congo de resoudre
certains problèmes urgent d’autosubstance et de rehabilitation des équipements
élémentaires, mais un Congo maintenu en dehors du marché des capitaux ne pourra pas
entreprendre la restructuration technologique attendue pour relancer sa production
industrielle. Les producteurs sud-américains de cuivre ayant rafflé les parts de marché
de la Gécamines auprès de la Hoboken et la Olen en Belgique, même en cas de reprise de
la production, le Congo ne devra-t-il pas peiner pour obtenir des contrats suscessibles de
résorber ses énormes exportations? Le contenu extérieur de financement des projets au
Congo qui était déjà très élevé avant la crise trahissait la faible capacité du
pays à entreprendre un développement autofinancé.
Les Congolais
ignoreraient-ils que leur économie qui était attrayante avant 1970 a perdu son
caractère strégique depuis les années 1985 avec l’arrivée du cuivre
soviétique et chinois sur le marché libre? La montée en flèche de nouvelles
technologies et l’importance prise par la finance comme secteur
d’investissement très profitable n’a-t-elle pas relègué
l’économie de produits au second plan du fait de son caractère cyclique? Mais
sur le terrain, tout se passe comme si les Congolais ne réalisaient rien de
l’évolution en cours autour d’eux. Ivres de ce que leurs
colonisateurs avaient appelé dans les circonstances d’alors un scandale
géologique, ils ne jugeraient plus l’opportunité d’une certaine
ouverture.
À l’heure de la
mondialisation le Congo aura de la misère à imposer son approche. Le combat de Mr Kabila
contre les O.N.G. et ses appels répétés envers les Américains avant la rupture du
dialogue visait la mobilisation des moyens pour l’élaboration d’un
plan national global de redressement et de développement. De leur côté, ses partenaires
occidentaux remarquent qu’il s’attarde à une approche des années 60.
C’est aux cours de la décennie 60 en fait que les plans quinquenaux étaient à
la mode. Le style socialiste de gestion au cours de ces années-là où Kabila vivait dans
le maquis marxiste semble naturellement avoir laissé une bonne impression dans son
esprit. Cependant cette méthode qui du reste s’observait aussi dans certains
pays d’Occident comme la France et qui a lancé le développement de grands
dynosaures d’Asie du Pacifique comme le Japon, le Hong-Kong, le Singapour, le
Macao, l’Indonésie et la Corée du Sud n’est plus opérationnelle
aujourd’hui malheursement. Car sa philosophie de base qui est la doctrine
kenéysienne a été révoquée au profit des thèses monétaristes d’abord
ensuite post-modernistes aujourd’hui avec le néolibéralisme. Depuis la
récession mondiale de 1985, le duo Thacher-Reagan avaient réussi à imposé une nouvelle
approche, le néolibéralisme, à l’ensemble des institutions financières
internationales. L’ensemble des rélations financières entre États est
restructuré autour du F.M.I et de la B.I.R.D. à tel point qu’il n’y
a plus même un seul prêt entre deux entreprises situées dans deux pays différents qui
n’échappe au contrôle du duo précité. Le couronnement du néolibéralisme
actuellement avec la mondialisation ou globalisation du marché s’opère en
consacrant l’usage des autoroutes de l’information pour contrôler
tout le flux des échanges entre États. Le décollage économique par la voie
autharcique, comme l’avaient les Soviétiques et les Chinois n’est
plus possible. Surtout pas pour les petits pays sans ressouce stratégique comme le
pétrole.
La Banque Mondiale et le
Fonds Monétaire International chiffrent à 14,5 milliards de dollars américains la dette
extérieure du Congo dont au
moins 7,5 d’arriérés parmis lesquels on note 800 millions
d’arriérés non négociables dus aux commisions de F.M.I. et de la B.M. alors
que les prévisions budgétaires de l’État pour l’exercice 1998 sont
de 700 millions de dollars. Le budget de s investissements se plafonne à moins de 150
millions de dollars. Selon une évaluation de la Banque Mondiale, la seule société
Gécamines nécessite 3 milliards de dollars pour sa remise à flôt, alors que dans le
plan trienal du gouvernement le volet rehabilitation des entreprises publiques plafonne à
945,5 millions de dollars. Tous les analystes estiment que le Congo devrait profiter de sa
crise économique actuelle pour coriger les faiblesses de son économie en canalisant ses
maigres moyens plus vers la relance agricole que vers la réhabilitation des industries
minières où l’introduction des capitaux frais par la privatisation pourrait
faire l’affaire. Ainsi, tout indique que le Congo ne pourra pas entreprendre
seul la reconstruction de son espace économique détruit par le régime Mobutu. Même
avec l’assistance du F.M.I. il ne pourra pas accéder à un programme de
stabilisation en applicant les critères classiques de cette institution. Il faudrait
recourir à un arrangement particulier, mais quel en serait le prix pour le Congo ?
Par ailleurs la pression
des groupes financiers dont les intérêts ont souffert de toute une décennie de crise
économique s’accroit de plus en plus par le biais des institutions bilatérales
et multilatérales. Sociétés commerciales et industrielles veulent reprendre avec leurs
habitudes deprofits.
Mais, le Congo est-il
déjà préparé pour entreprendre l’exécution d’un programme de
stabilisation avec tout ce qu’il comporte comme contrainte ?
Pour le gouvernement, le remboursement de la dette au
rythme de 7 millions de dollars par an, soit qutre-vingt millions par an serait tout
simlpement un suicide, un échec sans appel du plan trienal dont le budget annuel
d’investissement est à peine au-dessus de ce montant, alors que le F.M.I. ne
promet qu’un Truth fund de 42 millions de dollars.
Autrement dit, commencer le remboursement
aujourd’hui c’est donc arrêter tous les programmes récemment
initiés pour soulager lamisère de la population.
Comment un gouvernement dit libérateur peut-il, à peine
arrivée au pouvoir, réduire l'effectif de l’administration de 600.000 à
50.000 agents comme le conseillerait le système de la Banque mondiale, alors que ceux-ci
ont passé plusieurs années d’impaiement ? Comment un pays qui compte encore
beaucoup d’ennemis tant intérieurs qu’extérieurs pourrait-il
réduire les effectifs au sein de l’armée de 140.000 à 50.000 comme requis?
Comment pourra-t-on demander à la main d’œuvre industrielle
d’augmenter la production alors que par le remboursement de la dette extérieure
par le gouvernement va engloutir l’essentiel de ses recettes pour résorberles
arriérés sans rehabiliter les hôpitaux et les écoles et autres infrastructures
publiques? .
Le président Kabila qui semble encore partisan
d’un concept de plan global de développement national, qui était à la mode au
cours des années 6o, à l`époque des idéologies socilistes en Afrique, semble se
méfier de toute thérapétique néolibérale. Il lorgne sur les fonds accordés aux
O.N.G. qui à ses yeux auraient pu être drainé vers le trésor public en vue de
l’exécution d’un plan national. Il trouve ridicule que les Etats-Unis
qui se veulent partenaires essentiels lui proposent 30 millions de dollars
d’aide annuelle, alors que les besoins du pays se chiffrent à plusieurs
millions de dollars. Rejettant l’approche selonslaquelle l’enveloppe
que le F.M.I. accorde aux État est en rapport à leur capacité de remboursement à court
et à moyen terme (l’encours de la dette extérieure prise en compte),
L.D.Kabila se plaint que l’Occident qui a mobilisé des milliards pour sauver
plusieurs pays de la crise, notamment la Corée, l’Indonésie et le Japon ,
propose des miettes aujourd’hui au au Congo.
Au fil des mois, le fossé s’est élargi entre
le Congo dont la doctrine dite’’ économie sociale du
marché’’ semble s’inspirer encore largement de la théorie
kenéisienne et la communauté internationale qui s’engage fermement dans la
voie du néolibéralisme.
Nationaliste orgueilleux, le compagnon d’Ernest
Ch Guevara se rappelerait du nationalisme d’un homme dont il était un obscur et
loitain admirateur. IL semble ne pouvoir fléchir sa position qu’en face des
propositions concrètes qui tiennent d’un certain volet social du programme de
restructuration.
Devant l’impasse ainsi consommée, les firmes
américaines qui avaient signé des contrats dans la foulée de la guerre
n’obtenaient pas la couverture de leurs gouvernements pour engager leurs fonds.
Irrité par leurs tregiversations, Laurent D. Kabila a entrepris la révision des accords.
L’américain A.M.F. a perdu so contrat sur la mine de zinc au profit de du
sud-africain Anglo-Américan.L’Amérique loupe ainsi d’entrer de
pleins pieds dans l’industrie minière congolaise, pour laquelle elle
n’avait épargné ni le sang de Lumumba, ni celui de Pierre Mulele et autre
André Guillaume Lubaya, tués dans le but de préserver le Congo de l’influence
Communiste. Les canadiens du Consolidated Eurocan Ventures Ltd ont vu se confirmer un
accord qu’ils ont conclu à l’époque de Mobutu sur les gisements de
cuivre et de cobalt de Tenke-Fugurume, où le groupe américain de Maurice Templesman
avait déjà dépense 250 millions de dollars sur un coût total évalué alors à 350
millions. Kabila venait donc d’infliger à l’Amérique un coup
douloureux. Cette témérité de l’ancien guérillero suscita une petite phrase
d’humour à Mr Josselin, le ministre francais des rélations extérieures qui,
naturellement pour se moquer des rivaux, a déclaré: ’’Washington
commence à apprendre la complexité des réalités africaine’’.
Évidemment parce qu’à leurs yeux les actes de Mr Kabila correspondent à ceux
d’un paricide.
Bref, l’Amérique après avoir contribué sous
l’ombre à mettre en place le régime Kabila se sent trahie. Mais, Kabila croit
avoir son peuple comme premier créancier. Sans pouvoir ignorer la communauté
internationle, sa strtégie semble de placer la barre très haut pour situer le compromis,
le moment venu, à un niveau qui tiennent compte des intérêts de son peuple. Comme ce
fût le cas vers l’an 1900, en 1960et en 1965, les capitaux américains fûrent
les premiers à débarquer au Congo.
L’infortune leur collant toujours à la peau
dans ce pays, ils ont toujours perdu la bataille. Il en a été ainsi avec la Compagnie
américaine du Congo, présente très t^t sur le terrain mais ne réussit pas à prendre
contrôle de l’Union Minière du Haut-Katanga contituée en 1906,
d’énormes sommes d’argent versées à Mobutu par
l’Ambassadeur Tamberlake en 1960,pour organiser la chute dePatrice Lumumba en
vue de pénétrer le marché congolais à créer, de la Société Minière de Tenke-
Fugurume dont la récession des années 1970 se constitua en boureau, les capitaux
américains croyaient toujours que l’heure du mariage avec le Congo avaient
sonné. La mauvaise évaluation de la situation et le mauvais choix des acteurs locaux
contituent toujours à faire échec aux stratégies élaborées au quartier général de
la C.I.A. à Langlay. L’Eldorado congolais leur file toujours sous la main au
grand dam des Français qui ne manquent jamais d’occasion de sauter comme des
chiens affamés sur un os. Mais cette fois-ci, Français et Américains, comme hier Belges
et Américains contre Lumumba, se mobilise contre un énnemi commun : L.D.Kabila, coupable
de son nationalisme. Le journal satyriste francais Le Canard enchaîné a revélé que le
président Chirac était au courant des préparatifs de l’enquête depuis le
début de l’année. L’Expresse et le Figaro montrent que
l’Élysée et la Maison Blanche s’étaiient concertée pour prendre
une position commune. Dès lors le comportement de ces deux étranges partenaires
s’expliquent. Eux qui ne se sont pas mis d’accord sur un seul dossier
depuis l’époque de De Gaule- Roosevelt adoptent pour la première fois une
ligne de conduite incroyablement identique sur le dossier Kabila.
Dès lors le phénomène Banyamulenge n’est
qu’un ingrédient devient un alibi savamment monté. Le fait que des gens qui se
disent nationaux aient pris des armes parce que le gouvernement a estimé que le rôle de
l’assistance militaire étrangère est terminé, montre qu’il se
tramait quelque chose bien avant. Ce sont plutôt les intérêts économico-financiers
frustrés par les mesures nationalistes, mais aussi par une certaine politique en retard
d’idéologie qui s’étaient mis à recenser les mécontents afin
d’en finir avec un gêneur. L’Occident a mal fait ses calcul, en
emprûtant un mauvais cheval, un nationalisme ethnique formé sur l’odeur de
sang et l’intolérence, dans le but de frayer un chemin au grand capital vers un
Congo à peine libéré du Mobutisme, il heurte de plein fouet l’orgueil du
peuple congolais. Par ailleurs, Mr Kabila qui pourrait être oréolé de la gloire de
double libérateur risque d’encaisser son chèque en blanc délivré par les
masses pour afficher le mépris à l’égard de la clsse politique et les
intellectuel qui réclament un cadre juridique démocratique.
Je vous remercie.
Lambert Jean-Noël Opula. |
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