(Toronto, le 5 août 1998)
Le présent article va procéder à lanalyse des
arguments avancés par notre compatriote Gbagba Elima dans son texte intitulé: Ethnie
et Race, Quelle est la différence?
Décidément le diapason épistémologique et rationnel du
Master Teacher Neely Fuller est
tellement élevé pour lui quil est littéralement
foudroyé à le confondre avec une "beuverie à base de cocktail". Yango eza
masanga makasi te. Ezali nde Ndimbola.
Pour besoin dinformation, signalons que ni Mr.
Fuller ni Mr. Mbamu nassite à des beuveries sous toutes leurs formes car notre
cerveau est trop précieux pour samuser à le détruire à petit feu avec
lalcool. Our mind is a terrible thing to lose.
"Nous sommes tous racistes comme tous les
autres". Nest-ce pas ce que les vrais racistes veulent entendre aussi
longtemps que cette déclaration apologique ne sort pas de leur propre bouche mais de
celle dun noir même, la plus grande victime du système? Bien sûr! Sophistication
oblige. La stratégie change avec les changements socio-politiques et économiques de
lheure.
Ceci me conduit à louverture dune parenthèse
ayant trait à la dernière conférence de lASCAC (Association for
the Study of Classical African Civilizations dont
je suis membre) à laquelle javais assité à Buffalo, New-York.
Il y a un phénomène intéressant que jaimerais
partager avec notre lectorat: Aux États-Unis, il y a des professeurs noirs qui sont
devenus apologistes de la superstructure idéologique eurocentrique. Ils critiquent, sans
arguments valables, les efforts de restauration de la culture, lhistoire et
lhumanité africaines par les afrocentristes comme les Dr. Diop, Obenga, Ben
Jochannan, Van Sertima, Molefi, Karenga, Asa, Scobie, Frances Welsing et autres. Pour les
afrocentristes, ils ne font que représenter les chiens dattaques modernes au sevice
de leurs patrons conservateurs racistes. On les appellent Ph.D Dogs (PhD.D).
Ils sont contre toute affirmation de lhomme ou la femme noirs. Une déclaration pro
black, comme le constate la psychiatre Dr. Frances Welsing, est automatiquement
enregistré et traité dans leur cerveau comme un affront au patron qui doit, par
conséquent, être combattu avec le maximum dénergie. Quelle pitié pour ces
intellectuels autodestructeurs! Des véritables égoïstes qui sacrifient les intérêts
supérieurs de leur communauté au profit des gains personnels.
Ce sont les aliénés culturels de Cheikh Anta Diop. Des
africains(es) souffrant dilletrisme historico-culturel dont la vision reste
totalement et unilatéralement eurocentrique. Le Dr. Chancellor Williams les qualifie de
Negro Intellectuals. Pour Malcom X, ce sont des House Negroes et le Dr. Carter G. Woodson
les appelle Miseducated Negroes. Le psychologue Asa Hilliard les identifie comme esclaves
mentaux qui confondent leurs intérêts avec ceux de loppresseur. Frantz Fanon leur
a consacré tout un livre: Peau Noire, Masques Blancs, une étude psychanalytique
du noir victime de génocide culturel.
A un certain niveau, je ne suis pas surpris car ce sont
toujours les noirs qui haïssent et trahissent leur frère/soeur et les conduisent à la
mort sous les auspices du nouveau colon. Cest une faiblesse mortelle. Mais
cest la vérité pure et simple. Les exemples sont nombreux, commençant par
Jésus-Christ jusquà Sankara en passant par Marcus Garvey, Lumumba et autres.
Cest dans cette optique que le Dr. Diop nous
explique à la page 10 de son oeuvre Civilisation ou Barbarie: Anthropologie Sans
Complaisance: "Ainsi limpérialisme, tel le chasseur de la préhistoire,
tue dabord spirituellement et culturellement lêtre, avant de chercher à
léliminer physiquement. La négation de lhistoire et des réalisations
intellectuelles des peuples africains noirs est le meurtre culturel, mental, qui a déjà
précédé et préparé le génocide ici et là dans le monde". Il nous incombe
donc de redresser la situation après avoir clairement identifié la cause.
Fermons la parenthèse et examinons maintenant le texte
qui nous concerne. Mr. Gbagba me conseille de ne pas prendre pour acquis ce que je lis. Ce
quil oublie est que une personne raisonable lit toujours avec un esprit critique,
surtout quand on a accumulé suffisamment dexpérience dans la vie. Il oublie
également que la vérité est un volcan dont personne ne peut arrêter léruption.
La vérité est unique et finit toujours par triompher
quelques soient les circontances. Cest la raison pour laquelle tous les
falsificateurs de notre histoire et culture ont été exposés au grand jour.
Les faussetés finissent toujours par brûler
impitoyablement sous les larves impardonables du volcan de la vérité. Un chercheur qui
trompe dans ses recherches néchappera jamais à cette loi de la nature. Voilà
pourquoi, suivant lexemple de Diop, Obenga et Jochannan, je rentre toujours à la
fontaine vitale de Kemit pour me ressourcer. Ce nest une loi millénaire. Cest
MAAT qui veut dire la Justice de la Vérité ou la Rectitude de la Vérité.
Mr. Gbagba déclare que je nie lévidence. Mes
évidences sont afrocentriques. Cest mon droit et il est inaliénable. Il est tout
à fait normal, selon le principe afrocentrique du Great Refusal (Refus
daccepter le particularisme occidental comme universel) du Dr. Molefi Kete Asante
daccepter une conception contraire à ma réalité existentielle, à mon point de
repère. I will be insane, literally out of my mind to accept a self-destructive view
of what I am supposed to fight with all my strength! I will never do that! I will never
betray my principles! Cest dans ce contexte que le psychologue Asa Hilliard
définit le déséquilibre psychologique chez lafricain(ne): "African
insanity is to be found in the blind acceptance and defense of a colonial and
narrow-minded view of human experience and concepts".
Mr. Gbagba affirme également quil voulait traiter
le racisme dans labsolu. Ce quil perd de vue est que personne ne detient le
monopole de labsolu. Mon absolu nest pas son absolu. Cest évident. Le
problème avec le point de vue eurocentrique est quil se veut la seule façon de
voir le monde. Le point de vue afrocentrique se définit comme une alternative, autre
vision du monde. Nous avons donc besoin dune liberté dexpression
intellectuelle et non une dictature intellectuelle. Tout le monde a le plein droit
dobserver et définir la société de sa façon. Nous ne sommes pas racistes et
navons aucun intérêt économique, politique ou autres pour lêtre.
En ce qui a trait aux comportements des peuples
arabes, chinois et autres, Mr. Gbagba croit que cest moi qui lai dit. Je lui
demanderais simplement de relire le paragraphe en question. (Première confusion).
Cest bel et bien lhistorien J.A. Rogers qui parle dans Nature Knows No
Color Line et pas Mr. Mbamu. Cela étant, il est important de définir le cadre
historico-culturel de base et ajouter dautres sources pour satisfaire tout le monde.
Avant le 15è siècle, linteraction entre les peuples africains et ceux dAsie,
du Moyen-Orient et de lAmérique précolombien nétait pas lobjet de
préjugés modernes qui les caractérisent parfois. Diop le démontre clairement dans LAfrique
Noire Précoloniale, le Dr. John Henrick Clarke dans Marcus Garvey and the Vision
of Africa et le distingué historien et photographe britannique, Basil Davidson, dans
the African Past et un documentaire intitulé Africa riche en images
soutenant ses recherches.
Lesclavage dans toutes ses formes est à condamner.
Il y a lieu de noter, cependant, que les arabes se sont mariés aux noirs avant
lesclavage et la pratique était purement économique et pas génocidaire. Ils ne
coupaient pas les mains des noirs comme les colons belges au Congo. Il suffit de consulter
le professeur Toyin Falola dans Political Economy of a Pre-Colonial African State:
Ibadan pour sen convaincre.
Quant à la soit-disant " haine" des Égyptiens,
jinviterais encore Mr. Gbagba de relire lexcellente analyse du Dr. Asa
Hilliard sur la distortion de la perception où il nous offre lexemple de la
construction des pyramides. (Deuxième confusion). Au fait, voilà ce que nous
enseignent les documents historiques: les pyramides de Kemit ont été édifiées par nos
ancêtres en commençant vers 2780 Avant J.C. et Abraham nétait pas encore né à
cette époque. Comment les descendants dAbraham vont-ils construire des structures
qui existaient avant leur naissance? Cest le même raisonnement qui a permis à
Stanley et Diego Câo de decouvrir la terre de nos ancêtres alors que ces derniers
ignoraient complètement où ils se trouvaient! La réponse à cette question se trouve
dans les documents historiques de Kemit. Pour des plus amples détails, voici des sources
à consulter: Black Man of the Nile and His Family (Dr. Ben Jochannan), Antériorité
des Civilisatons Nègres: Mythe ou Vérité Historique (Dr. Cheikh Anta Diop) et Black
Athena (Martin Bernal) pour nen citer quune poignée.
Concernant Idi Amin, je dirais que la dictature est un
monstre dont nous devons nous débarrasser par tous les moyens nécessaires. Un Chef
dÉtat, dictateur ou non, a le devoir de veuiller aux intérêts supérieurs de son
pays. La démarche dAmin était économique pas raciste. Il mettait en application
une loi en vue dendiger la spoliation économique de son pays. Dr. Ben, un Falasha
(juif dÉthiopie) avait fait le rapport de la situation dans The State of Africa
(1977) et dont voici le résumé:
Dans lOuganda colonial, les britanniques étaient
citoyens de première classe, les Indiens constituaient la seconde tandis que les noirs
étaient la troisième et dernière dans leur propre patrie. Les Indiens, en tant que
citoyens britanniques venus pour la construction du chemin de fer, ninvestissaient
pas sur place mais envoyaient largent en Angleterre après leur installation en
Ouganda. Quand Amin prit le pouvoir, il avait décidé de mettre fin à cette pratique.
Son gouvernement édictait une loi requérant les Indiens de se naturaliser ou quitter le
territoire national. Comme ces derniers, sous linfluence du gouvernement
britannique, avaient choisi de ne pas se soumettre à cette loi, Amin décidait alors de
les expulser après trois mois de préavis. Notons que cette procédure aurait pu être
plus souple si elle fut adoptée et exécutée par un gouverment démocratique.
Pour ce qui est de Mr. Sassa, laisse-moi te dire que
cest un membre actif de la communauté francophone ethnoculturelle de Toronto avec
lequel, jai eu à siéger dans plusieurs forums et comités anti-racistes. Il ne
mélange pas le tribalisme et le racisme. Quant il était Rédacteur en chef du journal
communautaire AFRICANA, janimais la page culturelle et on écrivait sur le racisme.
Ce nest rien de neuf pour nous deux.
Mr. Gbagba affirme quil trouve certains de mes
arguments "tendancieux" et pour le prouver, il évoque lanalyse de Fuller
sur la sexualité. Laisse-moi te dire pour la troisième fois de relire le texte.
Cest bel et bien le point #8 de lanalyse de Fuller. Cest Fuller qui
parle pas Mr. Mbamu. (Troisième confusion).
Voici quelques conseils gratuits pour Mr. Gbagba:
- Sassurer toujours de bien saisir la portée dun
texte donné avant de répondre. Sinon on risque de tirer dans le vide comme dans le cas
qui nous concerne.
- Éviter limprudence de porter des jugements hâtifs
sur les gens en leur accolant des étiquettes sans les connaître. Cest toujours
mieux de demander que de supposer.
- Exercer le fair-play intellectuel.
Pour ton information, Mr. Mbamu nest pas un
soit-disant "ultra gauchiste". Mr. Mbamu est un citoyen congolais de la province
du Bas-Kongo qui na rien à avoir avec ce concept étranger. Les sources de ses
arguments sont bien indiquées pour toute personne qui veut bien les consulter en vue
dobtenir des plus amples renseignements.
En guise de conclusion, jaimerais réitérer ma
position selon laquelle le tribalisme est égal à lethnocentrisme et que le racisme
nest pas une simple attitude, rhétorique ou un débordement émotionnel mais un
système de discrimination basé sur la race des personnes affectées allant jusquà
leur élimination physique. Ces deux fléaux doivent, cependant, être combattus avec la
même perspicacité, persévérance et la même vigueur en vue détablir un monde
plus harmonieux et plus équitable.
Comme la si bien constaté mbuta Sassa
(un aîné que je respecte beaucoup) dans Patriotisme et Nationalisme (4
juin 1998), la question aurait pu susciter un débat enrichissant et serein mais tous les
éléments ne sont pas réunis pour produire les résultats projetés.
Salutations patriotiques.
Mbamu Nzeyedio. |