République
démocratique du Congo (ex-Zaïre)
Après 15 mois de libération
kabiliste, la RDC connaît une seconde guerre de libération. Cette dernière est
déclenchée par laile dissidente de lAFDL (parti-État et parti unique)
conduite par les banyarwanda-batutsi Déogratias Bugura, ancien ministre aux affaires
présidentielles et Bizima Kahara, ancien ministre des affaires étrangères. Elle serait
coordonnée, apprend-t-on, par Arthur ZAhidi Ngoma, Président du Mouvement
politique " Forces du Futur ", un rassemblement des forces
vives pour le changement de la nation congolaise (certains partis politiques et la
société civile).
En quoi cette seconde guerre de
libération se distingue-t-elle de la précédante ? Est-elle lexpression dune
convergence dintérêts entre plusieurs acteurs comme cétait le cas lors de
la première guerre de libération, notamment entre : dune part, la génération de
dirigeants du renouveau politique de laprès-guerre froide, dont Museveni en
Ouganda, Kagame au Rwanda, Laurent-Désiré Kabila de lAFDLC au Zaïre ainsi que
Bill Clinton aux États-Unis; et dautre part la génération de dirigeants ayant
servi la cause de la guerre froide Mobutu au Zaïre et Chirac en France ? Et qui
cherche-t-on à libérer réellement cette fois-ci ?
À travers les médias, plusieurs
prétextes confus sont avancés présentement par les acteurs impliqués. Pour laile
dissidente de lAFDL, le président Kabila ne respecterait pas les engagements
politiques préparatoires relatifs à linstauration du processus démocratique, tel
que défini par le programme de lAFDL, car le président Kabila les ayant repoussé
de 12 ans. Tandis que selon les sources gouvernementales du président Kabila, la
rébellion est la conséquence de lopération délimination des
banyarwanda-batutsi dans son entourage et dans les instances dirigeantes de lÉtat.
Certains opposants congolais dénonçaient déjà son entourage qui se singularisait par
une atmosphère de " tribalisation politique primaire " à
dominance exclusive des banyarwanda-batutsi et des Nord-katangais (les Balubakati).
Atmosphère dont le but premier consistait à légitimer les premiers comme des
ressortissants du Kivu et du même coup briser la cohésion nationale Congolaise et de
préparer les seconds, semble-t-il, advenant léclatement du pays, à la gestion
dun futur État du Katanga. Doù lapparition tardive dun discours
nationaliste du président pour courtiser le peuple Congolais quil croyait en
désespoir de gain de cause dans sa lutte pour le respect de sa souveraineté nationale et
pour le maintien de lintégrité de son territoire nationale.
Quant au Mouvement congolais pour la
démocratie, il prétend quil faudrait établir un contre-pouvoir face au pouvoir
dictatorial de Kabila en vue dobtenir les moyens permettant dhonorer les actes
de la Conférence Nationale Souveraine. La CNS demeure le premier acte républicain posé
par le peuple, souverain premier, en RDC depuis son indépendance, le 30 juin 1960. Elle
avait stigmatisé le " mal Zaïrois " (corruption, pillage et racolage
de toute sorte), adoptant ainsi un projet constitutionnel fédératif qui devrait régir
la IIIe République après sa soumission au référendum.
Pour le Rwanda, le Burundi,
lOuganda, donc la coalition tutsi, leurs lignes frontalières avec la RDC
constituent les voies dinfiltration massive de la résistance Hutu et de la
résistance ougandaise, lesquelles seraient basées dans les provinces du Nord-Kivu et du
Sud-Kivu. Et pour voler au secours de la coalition tutsi, les États-Unis dépêchent une
équipe dexpert en la matière dans la région des Grands Lacs africains en signe de
soutien à laction de la coalition tutsi.
Néanmoins, les véritables enjeux sont
tout autre. Autrement dit, que cherche-t-on effectivement à libérer ? En effet, dans
cette logique des intérêts politiques très subtils, les règles du jeu de partenariat
ne sont jamais fixées davance. Certes, elles se précisent en fonction des
intérêts en présence, mais cest au fur et à mesure que ces derniers deviennent
évidents que les alliances se font réellement. Ce qui pourrait expliquer, du moins en
partie, des alliances contre nature comme celles conclues en 1996 entre lAngola, la
coalition tutsi et lAFDLC avec la caution morale et politique des États-Unis pour
renverser le régime de Mobutu, lequel était soutenu par la France; en 1997 entre
lAngola, le Gabon et lancien président du Congo-Brazzaville Sassou avec
lappui de la France pour renverser le Président Lissouba, bénéficiaire du soutien
américain; et aujourdhui entre le Mouvement congolais pour la démocratie de
ZAhidi Ngoma, la coalition tutsi, protégée des États-Unis pour renverser le
président Kabila, lequel serait appuyé par la Libye, le Cuba et la Chine.
Au demeurant, pour certains de ces
acteurs, leurs ambitions sembleraient être connus, notamment les États-Unis, la
coalition tutsi ainsi que laile dissidente de lAFDL.
Les États-Unis tiendraient à
concrétiser leur plan de la balkanisation du Congo en six États. En effet, un rapport de
Stategic Studies Institute, intitulé " Reform, conflict and Security in
Zaire " datant du 5 juin 1996, indique que : " les États-Unis,
qui nont plus de raison aujourdhui de donner une priorité absolue à
lobjectif du maintien de la stabilité et de lUnité du Zaïre, pourraient se
résoudre à prendre le risque de soutenir une région ou province sécessionniste où se
manifesterait une volonté de réforme et de démocratisation. Dans cette optique,
larmée américaine devrait renforcer sa coopération avec les militaires
dÉtats africains appelés à jouer le premier rôle dans lopération
engagée, mais en cherchant à minimiser leur rôle ". De plus,
lambassadeur Simpson déclarait tout récemment à Kinshasa devant la presse
congolaise que la RDC nest pas viable dans son état actuel. Ainsi donc, ils
auraient promu à certains anciens dignitaires du Mobutisme la province du Congo Central
(Bas-Congo et Bandundu) au Maître Kamanda wa Kamanda; la province Orientale au Général
Likulia; la province de lÉquateur à Kengo wa Dondo et ses Généraux Eluki, Nzimbi
et Baramoto; les deux provinces du Kasai réunies à Tshisekedi; la province du Katanga au
président Kabila; et les provinces du Kivu (Nord-Kivu, Sud-Kivu et Manieme) aux
banyarwanda-batutsi. À propos du Kivu, le professeur belge, J.-C. Willame précise
quen1981, un groupe de " Peuples dorigine rwandaise au
Zaïre " avait adressé des lettres au secrétaire général des Nations
Unies (lONU) et au secrétaire de lOrganisation de lUnité Africaine
(lOUA), leur demandant lautorisation de créer un État séparé et
indépendant et sa reconnaissance, la " République des Volcans ".
Dans ce contexte, lobjectif
américain serait de séparer le Kivu de lÉtat congolais au profit directement du
Rwanda, du Burundi et de lOuganda et indirectement à leur propre profit. Car, non
seulement le Kivu constitue un espace vital en terme démographique pour leurs protégés,
mais cest surtout un territoire très riche en agro-alimentaire exportable (café,
thé, quinquina); en mines dor, détain, de wolfram, de béryllium, de
tantale, de colombium en exploitation; le tourisme (plusieurs parcs avec des espèces
animales et florales rares) est florissant et un réseau lacustre contenant des ressources
immenses, tant en hydroélectricité quen technologie de pointe (matières
premières destinées à la fabrication des écrans spatiaux dont les gisements se
trouveraient à Rutshuru au Nord-Kivu et dans la vallée de la Ruzizi au Sud-Kivu). Ainsi
donc, les trois États de la coalition tutsi ainsi que laile dissidente de
lAFDL combattraient pour une occupation définitive dun territoire dune
future république hégémonique tutsi en Afrique centrale.
Dans cette configuration, le coordinateur
du Mouvement congolais pour la démocratie, ZAhidi Ngoma semblerait être hors jeu.
Sil persisterait à jouer un rôle qui ne semble pas apparemment trouver un droit de
cité dans le schéma américain, il court le risque de finir comme le président de
lex-Urss, Gorbatchev. À moins quil soit en train de préparer un scénario
contraire à celui des États-Unis, imprimant ainsi " une orientation
affirmant la primauté de la défense de lintégrité territoriale et de
lUnité nationale sur toute forme dalliance ", laquelle alliance
coïnciderait avec le sentiment dappartenance nationale, le sentiment dune
culture et dune identité congolaise qui sont indéniables dans ce pays. Autrement,
il combattrait pour un État inexistant, chose quaucun Congolais ne lui pardonnera,
car les Congolais luttent et continueront à lutter pour que leur grand et beau Congo
demeure uni à jamais.
Pascal Musulay Mukonde
Doctorant en droit à lUniversité de Montréal |