Depuis le 17 mai 1997,
Monsieur Laurent-Désiré KABILA, soutenu par le Rwanda, l'Ouganda et l'Angola, s'est
imposé Président de la République démocratique du Congo par les armes. Cette prise de
pouvoir a mis un terme d'une part à la dictature de Monsieur Joseph-Désiré MOBUTU, et
d'autre part au processus de démocratisation qui était en cours au Zaïre malgré les
multiples obstacles posés par les partisans du défunt Maréchal zaïrois. Le départ du
pouvoir de Monsieur MOBUTU, tout le monde le voulait. Mais là où il y a eu problème,
c'est la manière dont cette fin de règne s'est opéré et surtout la mise à mort par le
pouvoir actuel de la marche du peuple congolais vers la démocratie amorcée depuis 1990.
L'opinion se souviendra que l'opposition
politique avait refusé de recourir à la lutte armée pour combattre le régime MOBUTU
car estimait-elle, à juste titre, que la violence appelant la violence, la victoire
militaire d'un camp contre un autre, incitera à la longue à la revanche de la partie
vaincue; ce qui n'amènera ni la paix, ni la démocratie et ni le développement du Congo.
D'ailleurs, l'expérience montre qu'en Afrique, jusqu'aujourd'hui, il n'y a pas encore eu
un seul pays dont les autorités ont instauré un Etat de droit après avoir pris le
pouvoir par la force. Néanmoins, après la victoire de la rébellion de Monsieur KABILA
et son AFDL, l'opposition politique intérieure avait tendu la main, au nom de l'intérêt
supérieur de la nation, à ce nouveau pouvoir dans le soucis de réaliser l'entente et de
poursuivre le processus de démocratisation du pays.
Malgré cette bonne volonté de la classe
politique non violente représenté par leurs partis (le PDSC, l'UDPS, le PALU, le FONUS
et autres), le pouvoir des forces rebelles de l'AFDL qui contenait en son sein
d'éléments étrangers s'est arrogé de tous les pouvoirs. Il a procédé par la
suppression des libertés que le peuple avait chèrement acquises et arrachées à la
dictature mobutienne. L'interdiction des activités de tous les autres partis politiques
sauf celles de son parti politique l'AFDL, les arrestations arbitraires des journalistes
et des défenseurs des droits de l'homme, l'absence de cadre juridique etc., illustrent
bien cette politique caractérisée par le retour à l'intolérance, au régime à parti
unique et à l'exercice totalitaire du pouvoir.
LA REBELLION ACTUELLE
La tyrannie, le népotisme, l'arrogance et
l'incompétence du régime KABILA a fini par exaspérer une partie de la population
congolaise qui avait placé un grand espoir en leur Mzee KABILA. Plus grave, des membres
de l'AFDL en sont arrivés à prendre distance contre la politique de favoritisme menée
par leur chef. Le bateau des libérateurs d'hier prend l'eau de partout. Les querelles
internes se font entendre au grand jour, la lutte est âpre entre les minorités au
pouvoir. Dans la répartition des postes, les nord-katangais raflent la mise aux
Banyamulenge et les promesses faites ne sont pas tenues. C'est dans ce contexte qu'une
partie des membres de l'AFDL, suivant les mêmes scénarios qui les avaient permis de
devenir les maîtres du Congo, prennent les armes pour mettre fin, disent-ils, au pouvoir
de l'autocrate de Kinshasa.
Cette nouvelle donne de la rébellion met
le peuple congolais et la classe politique de l'opposition non violente devant un dilemme.
Ils sont pris en tenaille entre les deux frères dictateurs qui se disputent.
Comment opérer un choix entre d'un coté
le gouvernement KABILA qui agite le spectre nationaliste, l'invasion du Congo par certains
de ses propre frères d'hier qui l'avaient porté au pouvoir, et que celui-ci, en guise de
récompense en a fait des congolais et les a mis au sommet de l'Etat, et de l'autre la
rébellion qui dit vouloir en finir avec la tyrannie, alors que ses responsables étaient,
il y a quelques jours au centre du dispositif répressif et se partageaient le gâteau
avec leur Mzee? C'est finalement un choix entre Saint Paul et Saint Pierre.
Appuyer la thèse du gouvernement
reviendrait à conforter un régime liberticide car on a jamais vu un dictateur, même
éclairé, se muer en démocrate après avoir gagné une guerre. En l'occurrence, Monsieur
KABILA ne semble pas être disposé, même affaibli, à composer avec les autres forces
vives du pays dans l'exercice du pouvoir. Hier, ses admirateurs nous disaient, pour
justifier le refus d'associer l'opposition politique, qu'il était l'otage des rwandais.
Aujourd'hui, pendant que l'hypothèque n'existe plus, nous ne comprenons pas l'absence
d'un discours d'ouverture politique. Ceci démontre à suffisance que le vieux lion reste
dans sa logique et dans sa vision totalitaire du pouvoir. Il souhaite s'allier avec les
étrangers - qui d'ailleurs sont des despotes chez eux - au lieu de faire appel aux
compatriotes congolais. Donc, il n' y a rien à attendre de lui.
La rébellion, de son coté, ne rassure
pas les congolais quant à leurs vraies intentions de démocratiser notre patrie, si l'on
se réfère aux personnes qui la composent et surtout à leurs premières déclarations.
Le peuple avait rejeté le MPR parce qu'il était un parti unique, il n'a pas accepté
l'AFDL pour la même raison, il n'est pas prêt à retomber dans le même cas avec le RCD
de la rébellion qui se définit comme un mouvement unique de la trempe de l'AFDL. En
outre, la présence de Messieurs BRUGERA et BIZIMA Karaha, personnalités à nationalité
douteuse et concepteurs de la philosophie du pouvoir sans partage de l'AFDL, sans oublier
Monsieur leur Président WAMBA dia Wamba, un vieux marxiste, sont autant d'éléments qui
portent à croire que les rebelles n'apporteront rien à notre pays en terme de
démocratie.
Que faut-il choisir? Devant le non choix
de deux alternatives que nous présentent les anciens de l'AFDL ( hypothèse que ce
mouvement dictatorial a éclaté), la sagesse nous invite à recourir à l'histoire
récente de notre pays pour y trouver les travaux et les résolutions de la CNS
(Conférence Nationale Souveraine).
LE RETOUR A L'ESPRIT DE LA CNS COMME
VOIE DE SORTIE DE LA CRISE
A la lumière de deux rébellions en
l'espace de ces deux dernières années - rébellion KABILA et celle de ses amis conduite
par WAMBA - il faut se rendre compte que les problèmes du Congo étant d'abord
politiques, les solutions ne peuvent être que politiques. Le recours aux armes n'en
constitue et n'en constituera jamais la réponse.
Les actuels détenteurs du pouvoir ou
leurs probables remplaçants doivent savoir que ce pays appartient à tous les congolais
et que notre patrie ne connaîtra jamais la paix tant qu'un grand nombre de ses citoyens
et citoyennes resteront à l'étranger en tant que réfugiés et privés de toutes les
possibilités de participer à la gestion politique de leur pays. Si tel est le cas,
ceux-ci tenteront d'y entrer par la force des armes. Il faudra se souvenir que vers les
années 60, Monsieur MOBUTU avait chassé les lumumbistes du pouvoir, et que trente deux
ans après, Monsieur KABILA et les néo-lumumbistes ont pris la revanche par la force, et
que maintenant, une force s'est pointée en usant les mêmes arguments contre KABILA.
Aujourd'hui comme hier, le recours au
schéma et à l'esprit de la CNS restent la voie la mieux indiquée pour résoudre les
maux dont souffre le grand Congo. Le cadre politique et juridique élaboré à la CNS doit
servir de socle sur lequel nous pouvons ensemble bâtir une grande nation démocratique et
prospère au coeur du continent africain. Pour ce faire, nous réitérons notre exigence
de la tenue, dans l'immédiat, d'une Table ronde de la réconciliation nationale. Vu,
l'insécurité inhérente à la situation de guerre, nous recommandons que cette
dernière soit convoquée par l'ONU et l'OUA et placée sous la haute autorité de ces
institutions.
Pour son bon déroulement, nous demandons
à ce que ces assises se tiennent dans un pays neutre. Y prendront part: l'opposition
politique congolaise (leurs représentants intérieurs et extérieurs), les représentants
de la société civile, les représentants de la rébellion, les représentants des FAZ en
exil, le pouvoir de Kinshasa, les ONG internationales. Les parties congolaises en
présence discuteront librement du cadre politique à mettre en place pour assurer une
transition pacifique vers la démocratie et un gouvernement d'union nationale
représentant toutes les forces vives du pays.
Teddy Mbuinzama,
Représentant du PDSC (Parti Démocrate et
Social Chrétien) en Suisse.
Genève, le 24/8/1998 |