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Mémorandum adressé à Monsieur le Président Robert Mugabe, Président de la République du Zimbabwé
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Jacques Matanda-ma- Mboyo (Président National de la C.N.R.)
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MEMORANDUM

SOUMIS A LA BIENVEILLANTE ATTENTION DE SON EXCELLENCE

MONSIEUR LE PRESIDENT ROBERT MUGABE

PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE DU ZIMBABWE

Bruxelles, le 7 septembre 1998

Excellence,

Monsieur le Président,

Concerne : recherche de solutions efficientes à la crise congolaise

Puisse votre Excellence nous accorder de venir par le présent Mémorandum, apporter la modeste contribution de notre organisation politique et militaire dans la recherche des solutions les plus adéquates et les plus efficientes pour la résorption de la crise multiforme qui, depuis bientôt 40 longues années affecte, avec une extrême acuité, notre pays, le Congo-Kinshasa.

En tout état de cause, il conviendrait que toutes les parties prenantes à la recherche des solutions viables à ce drame humain s'accordent sur un point: l'extraordinaire déconfiture enregistrée par les Forces armées congolaises à l'occasion des deux dernières "guerres d'invasion" rwando-ougandaises (la première: de octobre 1996 à mai 1997; et la deuxième: de fin juillet 1998 à ce jour) n'est que l'épiphénomène d'un mal extrêmement grave et profond qui couve dans le corps social congolais.

Dès lors, pour peu que ces dites parties prenantes s'accordent sur cette question essentielle, votre Excellence pourrait très judicieusement amener les uns et les autres à s'atteler à circonscrire de la manière la plus précise le "mal" en question: ceci pourrait constituer un préalable à toute démarche visant la recherche de solutions viables et efficientes à cette crise congolaise.

Excellence,

Monsieur le Président,

Avec votre permission, nous osons réaffirmer, sans craindre d'être valablement contredit, que la "guerre d'invasion rwando-ougandaise", motif des concertations que votre Excellence organise à Victoria Falls n'est qu'un des très nombreux symptômes du "mal congolais". Aussi est-ce par la seule justesse du diagnostic de Victoria Falls que pourra se dégager une thérapie susceptible d'éradiquer le mal en question.

A défaut d'un diagnostic prenant en compte l'ensemble des véritables tenants et aboutissants de la crise congolaise, toutes les solutions et autres "accords", même les plus élaborés et les plus coûteux, s'avéreront être, à terme, d'une totale inefficience: les 38 dernières années de l'histoire du Congo-Kinshasa attestent de ce très amer constat.

L'extrême fragilité de l'ensemble du dispositif de sécurité en place au Congo-Kinshasa devrait interdire à tous de privilégier la recherche des solutions superficielles fondées sur seul le désir de satisfaire les ambitions politiques de l'une ou l'autre tendance de l'ancienne AFDL en lutte pour le contrôle et la maîtrise de l'Appareil de l'Etat congolais.

Dans la mesure où les deux parties en guerre sont issues de l'ancienne AFDL, les concertations de Victoria Falls devraient s'interdire de cautionner la prise en otage de la Nation congolaise par l'AFDL qui, sommes toutes, est un pur produit des politiques expansionnistes et hégémoniques des puissances étrangères que sont le Rwanda et l'Ouganda.

En tout état de cause, il conviendra de retenir que, sous le règne du Pouvoir mobutiste, à l'époque maître de l'appareil de l'Etat congolais, s'est trouvé grandement impliqué dans les actions militaires ayant abouti notamment au génocide rwandais de avril, mai, et juin 1994 de même que dans les opérations de déstabilisation armée dont était victime l'Ouganda. Cependant nous demeurons convaincus que ces extravagances mobutistes ne peuvent en rien justifier la remise en cause de la Souverraineté Nationale du Peuple congolais

Excellence,

Monsieur le Président,

Prenant en compte ce qui précède, puisse votre Excellence nous accorder d'aborder sans complaisances ni détours le problème lié à l'extrême fragilité du dispositif de sécurité en place au Congo-Kinshasa.

En effet, l'extrême fragilité de ce dispositif de sécurité devrait obliger les parties prenantes à ces négociations de Victoria-Fall de privilégier la restauration de la paix civile impliquant l'adhésion de l'extrême majorité des populations congolaises. Agir autrement contribuerait à légitimer la mise en oeuvre de multiples actions de résistance armée contre "l'Etat-AFDL", qui serait issu des concertations du Victoria-Falls.

Nos appréhensions résideraient dans le fait que ces actions de résistance armée pourraient concourir à paralyser, à très peu de frais, notamment l'ensemble des infrastructures de distribution de l'électricité et des carburants au Congo-Kinshasa. Une telle éventualité contribuerait à exacerber à l'extrême les tensions sociales consécutives déjà à leur paroxysme du fait de la misère qui affecte très gravement les populations militaires et civiles du Congo-Kinshasa.

Ce type d'actions de guérilla pourrait, à terme, paralyser totalement le fonctionnement de l'Appareil d'un Etat et déboucher logiquement sur une explosion sociale aux conséquences fort préjudiciables pour le Congo-Kinshasa de même que pour les pays voisins les plus vulnérables tels l'Angola, le Rwanda, l'Ouganda, le Burundi et le Congo-Brazzaville.

Ces actions de guérilla nécessiteraient des ressources extrêmement réduites et du reste à la portée de tous. A l'instar des actions mises en œuvre, à l'époque, par le RENAMO au Mozambique ou par l'A.N.C. en Afrique du Sud, telles opérations militaires visant la paralysie des lignes électriques à haute tension (Inga-Kinshasa; Inga-Katanga-Afrique australe; Inga-Matadi) ou encore la paralysie du pipe-line ou du chemin de fer Matadi-Kinshasa auraient, à terme, des effets nettement plus graves que l'occupation militaire des villes de Matadi et Inga.

Excellence,

Monsieur le Président,

Les données de la situation politique économique et militaire créée au lendemain de la deuxième guerre d'invasion rwando-ougandaise, exigent plus que jamais modération, humilité et ouverture démocratique de la part des belligérants. Il s'agit de restaurer l'espoir à ce Peuple meurtri.

En effet, ces nouvelles données politiques et militaires placent désormais le Congo-Kinshasa à la croisée de deux chemins: soit ce pays évoluera vers un embrasement total du fait de la prééminence accordée à la force des armées étrangères, soit ce pays évoluera vers davantage de paix civile garantie par l'émergence d'un Etat de droit et de démocratie conforme aux aspirations et aux attentes de l'extrême majorité du peuple congolais.

Excellence,

Monsieur le Président,

Puisse votre Excellence nous accorder de saisir la présente occasion pour prévenir et tirer l'attention de tous sur des nombreux et très graves écueils qui, faute des mesures préventives les plus adéquates, risqueraient de réduire à néant les gigantesques efforts et sacrifices consentis par votre excellence en vue de la pacification et la reconstruction nationale du Congo-Kinshasa.

En effet, outre la désertion de plusieurs milliers de soldats munis d'armes de guerre et munitions, il se confirme que la première et la deuxième guerres d'invasion du Congo-Kinshasa par les armées rwando-ougandaises ont entraîné la distribution au sein des populations civiles congolaises de dizaines de milliers d'armes de guerre et autres explosifs.

Dans ces conditions, le déclenchement et la poursuite d'une "guerre" fusse-t-elle de guerilla ne nécessitera plus l'intervention de traditionnelles armées alliées rwandaise, angolaise, ougandaise, zimbabwéenne, burundaise, namibienne et/ou autres. D'énormes quantités d'armes de guerre, munitions et explosifs disséminés dans les villes et les campagnes congolaises suffiront à plonger le Congo dans une guerre de guerilla larvée qui embraserait inévitablement tout la sous-région.

C'est pourquoi, nous adressons nos prières au Tout-Puissant, notre Seigneur Dieu, afin qu'il daigne éclairer la gouverne de votre Excellence, dans la conduite du processus de pacification entamé à votre propre initiative, à Victoria Falls: il y va de la vie et du devenir heureux de près de 50.000.000 d'hommes, femmes et enfants congolais. Il y va de la paix en Afrique Centrale.

Excellence,

Monsieur le Président,

En conclusion, nous aimerions faire une observation et étayer très succinctement notre point de vue.

En guise d'observation, il nous plairait de partager une conviction pour indiquer: sans une meilleure connaissance du contexte et surtout des faits politiques majeurs survenus tout au long des 38 dernières années au Congo-Kinshasa, il sera tout à fait impossible de se faire une idée plus ou moins exacte de la crise politique et militaire qui prévaut dans notre pays. Par voie de conséquence, il sera tout aussi impossible de pouvoir de manière raisonnable et responsable, apporter des solutions viables et efficientes à la crise congolaise.

En effet, tout au long du trimestre ayant précédé le déclenchement de la première guerre d'invasion rwando-ougandaise ayant abouti à l'instauration de "l'Etat-AFDL" en lieu et place de "l'Etat mobutiste", nous n'avions jamais cessé de tirer l'attention des autorités ougandaises sur l'extrême nécessité d'inscrire leurs démarches sur la voie des attentes de l'immense majorité des populations congolaises aspirant à l'émergence d'un Etat de droit et de démocratie.

Résidant à l'époque à Kampala, nous n'avions fait l'économie d'aucune ressource pour sensibiliser les autorités ougandaises sur le bien-fondé de nos thèses, mais, en vain; (voir annexe n° 1: Déclaration de Presse...); les autorités politiques et militaires ougandaises, maîtresses de la première guerre d'invasion rwando-ougandaise au Congo-Kinshasa, avaient opté en faveur de l'instauration au Congo-Kinshasa, d'une dictature des plus féroces à la solde des intérêts ethniques des maîtres du pouvoir rwandais et ougandais (voir annexe n° 2: "Appel du 30 juin 1997 aux patriotes congolais").

En effet, à l'origine, cette deuxième guerre d'invasion rwando-ougandaise n'était que l'expression la plus brutale de la maturation des contradictions internes et surtout de la lutte pour le contrôle de tout l'appareil de l'Etat congolais soit par l'ethnie Balubakat de Kabila, soit par l'ethnie tutsi des maîtres de l'appareil de l'Etat rwandais et ougandais: la Nation congolaise se trouvait ainsi, et se trouve encoure, prise en otage par ces pères-fondateurs de l'Etat-AFDL.

Excellence,

Monsieur le Président,

Qu'il nous soit permis de nous exprimer franchement pour dire que, en dépit de notre farouche opposition à l'effroyable dictature ethnique imposée au peuple congolais par "l'Etat AFDL", nous avions apprécié à sa juste mesure l'implication des forces armées zimbabwéenne et angolaise dans la gestion de la crise née de cette deuxième guerre d'invasion rwando-ougandaise.

Au-delà de quelques réserves d'usage, nous avions estimé, et nous estimons encore que l'entrée en scène, du reste inespérée, des armées zimbabwéenne et angolaise de même que le soutien diplomatique de la SADEC à la Nation congolaise avait l'exceptionnel mérite d'interpeller la Communauté internationale sur les 24 derniers mois de l'occupation du territoire national congolais par les armées rwando-ougandaises de même que les flagrantes violations de l'intégrité du territoire national congolais y afférantes.

En effet, l'implication des armées zimbabwéenne et angolaise devraient, à court et moyen termes, concourir à la recherche des voies et moyens les meilleurs et susceptibles de réhabiliter le peuple congolais dans l'exercice de ses droits et devoirs sacrés de souveraineté.

Il s'agit principalement de s'orienter vers la résorption de l'épineux problème de la légitimité des Institutions devant accompagner le processus de la transition démocratique consacrant le passage de l'Etat dictatorial mobutiste en place hier, et "AFDListe" aujourdhui, vers un véritable Etat de droit et de démocratie au Congo-Kinshasa.

Excellence,

Monsieur le Président,

A court, moyen et long termes, la réussite de l'oeuvre de pacification militaire et politique préconisée et conduite par votre Excellence au Congo-Kinshasa sera fonction surtout de la priorité que Vous daignerez accorder à la satisfaction des aspirations de l'extrême majorité des populations congolaises.

Outre la première guerre d'invasion rwando-ougandaise ayant abouti à la mise en place des Institutions autocratiques du "Parti-Etat AFDL" conduit par Laurent Désiré Kabila, force est d'indiquer que en de 38 années "d'Indépendance nationale" le peuple congolais ne s'est plus exprimé au travers d'un suffrage libre.

Cependant, mises à part les élections libres, démocratiques et transparentes de 1960, les populations congolaises se sont exprimées au sein des Etats généraux de la Nation congolaise appelée à faire le diagnostic du mal dont souffrait ce corps social congolais et surtout à préconiser des thérapies les plus adéquates.

Dans ce contexte, il conviendra que les concertations de Victoria Falls s'emploie à privilégier la prise en compte de l'esprit des avis et résolutions élaborés et adoptés par 2650 délégués des Forces vives de la Nation congolaise réunies, près de 17 mois durant, en Conférence Nationale Souveraine.

En effet, depuis le lendemain de la clôture des travaux de ces véritables Etats-généraux du peuple congolais jusqu'à ce jour, l'esprit des résolutions adoptées par les Délégués du peuple congolais à ce Forum national, constitue désormais la pierre angulaire des aspirations de l'extrême majorité des populations congolaises.

Excellence,

Monsieur le Président,

En conclusion, puisse votre Excellence, prendre compte la synthèse de nos avis et suggestions pour un règlement judicieux de la crise multiforme qui affecte gravement notre pays le Congo-Kinshasa :

  • Que les concertations de Victoria Falls puissent déboucher sur un "cessez le feu" immédiat et la mise en place par les Nations Unies d'une Force Armée Multinationale, sur toute l'étendue du territoire national congolais avec pour mission de garantir la sécurité des biens et des personnes et assurer l'intégrité du territoire national congolais. Cette Force Armée Multinationale devrait être stationnée au Congo-Kinshasa jusqu'au lendemain de la tenue des élections libres démocratiques et transparentes marquant la fin de la période de transition.
  • Que, sans délai, s'ouvrent des concertations entre des délégués des forces politiques, sociales, économiques et militaires les plus représentatives en vue de déterminer un cadre juridique consensuel devant régir la période de transition menant à la tenue des élections libres démocratiques et transparentes.
  • Que ces concertations débouchent sur la mise en place des Institutions devant régir cette période de transition.

En vous souhaitant bonne réception de la présente, nous vous prions d'agréer, Excellence, Monsieur le Président, l'expression de notre très haute considération.

 

Jacques MATANDA-ma-MBOYO

Porte-Parole de la Branche Armée de l'opposition Radicale

Président National du parti politique C.N.R.,

Convention Nationale pour la République

Tél.: 00-32-95 49 15 72

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