Excellence,
Monsieur le Président,
Concerne : recherche de solutions
efficientes à la crise congolaise
Puisse votre Excellence nous accorder de
venir par le présent Mémorandum, apporter la modeste contribution de notre organisation
politique et militaire dans la recherche des solutions les plus adéquates et les plus
efficientes pour la résorption de la crise multiforme qui, depuis bientôt 40 longues
années affecte, avec une extrême acuité, notre pays, le Congo-Kinshasa.
En tout état de cause, il conviendrait
que toutes les parties prenantes à la recherche des solutions viables à ce drame humain
s'accordent sur un point: l'extraordinaire déconfiture enregistrée par les Forces
armées congolaises à l'occasion des deux dernières "guerres d'invasion"
rwando-ougandaises (la première: de octobre 1996 à mai 1997; et la deuxième: de fin
juillet 1998 à ce jour) n'est que l'épiphénomène d'un mal extrêmement grave et
profond qui couve dans le corps social congolais.
Dès lors, pour peu que ces dites parties
prenantes s'accordent sur cette question essentielle, votre Excellence pourrait très
judicieusement amener les uns et les autres à s'atteler à circonscrire de la manière la
plus précise le "mal" en question: ceci pourrait constituer un
préalable à toute démarche visant la recherche de solutions viables et efficientes à
cette crise congolaise.
Excellence,
Monsieur le Président,
Avec votre permission, nous osons
réaffirmer, sans craindre d'être valablement contredit, que la "guerre
d'invasion rwando-ougandaise", motif des concertations que votre Excellence
organise à Victoria Falls n'est qu'un des très nombreux symptômes du "mal
congolais". Aussi est-ce par la seule justesse du diagnostic de Victoria Falls
que pourra se dégager une thérapie susceptible d'éradiquer le mal en question.
A défaut d'un diagnostic prenant en
compte l'ensemble des véritables tenants et aboutissants de la crise congolaise, toutes
les solutions et autres "accords", même les plus élaborés et les plus
coûteux, s'avéreront être, à terme, d'une totale inefficience: les 38 dernières
années de l'histoire du Congo-Kinshasa attestent de ce très amer constat.
L'extrême fragilité de l'ensemble du
dispositif de sécurité en place au Congo-Kinshasa devrait interdire à tous de
privilégier la recherche des solutions superficielles fondées sur seul le désir de
satisfaire les ambitions politiques de l'une ou l'autre tendance de l'ancienne AFDL en
lutte pour le contrôle et la maîtrise de l'Appareil de l'Etat congolais.
Dans la mesure où les deux parties en
guerre sont issues de l'ancienne AFDL, les concertations de Victoria Falls devraient
s'interdire de cautionner la prise en otage de la Nation congolaise par l'AFDL qui, sommes
toutes, est un pur produit des politiques expansionnistes et hégémoniques des puissances
étrangères que sont le Rwanda et l'Ouganda.
En tout état de cause, il conviendra de
retenir que, sous le règne du Pouvoir mobutiste, à l'époque maître de l'appareil de
l'Etat congolais, s'est trouvé grandement impliqué dans les actions militaires ayant
abouti notamment au génocide rwandais de avril, mai, et juin 1994 de même que dans les
opérations de déstabilisation armée dont était victime l'Ouganda. Cependant nous
demeurons convaincus que ces extravagances mobutistes ne peuvent en rien justifier la
remise en cause de la Souverraineté Nationale du Peuple congolais
Excellence,
Monsieur le Président,
Prenant en compte ce qui précède, puisse
votre Excellence nous accorder d'aborder sans complaisances ni détours le problème lié
à l'extrême fragilité du dispositif de sécurité en place au Congo-Kinshasa.
En effet, l'extrême fragilité de ce
dispositif de sécurité devrait obliger les parties prenantes à ces négociations de
Victoria-Fall de privilégier la restauration de la paix civile impliquant l'adhésion de
l'extrême majorité des populations congolaises. Agir autrement contribuerait à
légitimer la mise en oeuvre de multiples actions de résistance armée contre
"l'Etat-AFDL", qui serait issu des concertations du Victoria-Falls.
Nos appréhensions résideraient dans le
fait que ces actions de résistance armée pourraient concourir à paralyser, à très peu
de frais, notamment l'ensemble des infrastructures de distribution de l'électricité et
des carburants au Congo-Kinshasa. Une telle éventualité contribuerait à exacerber à
l'extrême les tensions sociales consécutives déjà à leur paroxysme du fait de la
misère qui affecte très gravement les populations militaires et civiles du
Congo-Kinshasa.
Ce type d'actions de guérilla pourrait,
à terme, paralyser totalement le fonctionnement de l'Appareil d'un Etat et déboucher
logiquement sur une explosion sociale aux conséquences fort préjudiciables pour le
Congo-Kinshasa de même que pour les pays voisins les plus vulnérables tels l'Angola, le
Rwanda, l'Ouganda, le Burundi et le Congo-Brazzaville.
Ces actions de guérilla nécessiteraient
des ressources extrêmement réduites et du reste à la portée de tous. A l'instar des
actions mises en uvre, à l'époque, par le RENAMO au Mozambique ou par l'A.N.C. en
Afrique du Sud, telles opérations militaires visant la paralysie des lignes électriques
à haute tension (Inga-Kinshasa; Inga-Katanga-Afrique australe; Inga-Matadi) ou encore la
paralysie du pipe-line ou du chemin de fer Matadi-Kinshasa auraient, à terme, des effets
nettement plus graves que l'occupation militaire des villes de Matadi et Inga.
Excellence,
Monsieur le Président,
Les données de la situation politique
économique et militaire créée au lendemain de la deuxième guerre d'invasion
rwando-ougandaise, exigent plus que jamais modération, humilité et ouverture
démocratique de la part des belligérants. Il s'agit de restaurer l'espoir à ce Peuple
meurtri.
En effet, ces nouvelles données
politiques et militaires placent désormais le Congo-Kinshasa à la croisée de deux
chemins: soit ce pays évoluera vers un embrasement total du fait de la prééminence
accordée à la force des armées étrangères, soit ce pays évoluera vers davantage de
paix civile garantie par l'émergence d'un Etat de droit et de démocratie conforme aux
aspirations et aux attentes de l'extrême majorité du peuple congolais.
Excellence,
Monsieur le Président,
Puisse votre Excellence nous accorder de
saisir la présente occasion pour prévenir et tirer l'attention de tous sur des nombreux
et très graves écueils qui, faute des mesures préventives les plus adéquates,
risqueraient de réduire à néant les gigantesques efforts et sacrifices consentis par
votre excellence en vue de la pacification et la reconstruction nationale du
Congo-Kinshasa.
En effet, outre la désertion de plusieurs
milliers de soldats munis d'armes de guerre et munitions, il se confirme que la première
et la deuxième guerres d'invasion du Congo-Kinshasa par les armées rwando-ougandaises
ont entraîné la distribution au sein des populations civiles congolaises de dizaines de
milliers d'armes de guerre et autres explosifs.
Dans ces conditions, le déclenchement et
la poursuite d'une "guerre" fusse-t-elle de guerilla ne nécessitera plus
l'intervention de traditionnelles armées alliées rwandaise, angolaise, ougandaise,
zimbabwéenne, burundaise, namibienne et/ou autres. D'énormes quantités d'armes de
guerre, munitions et explosifs disséminés dans les villes et les campagnes congolaises
suffiront à plonger le Congo dans une guerre de guerilla larvée qui embraserait
inévitablement tout la sous-région.
C'est pourquoi, nous adressons nos
prières au Tout-Puissant, notre Seigneur Dieu, afin qu'il daigne éclairer la gouverne de
votre Excellence, dans la conduite du processus de pacification entamé à votre propre
initiative, à Victoria Falls: il y va de la vie et du devenir heureux de près de
50.000.000 d'hommes, femmes et enfants congolais. Il y va de la paix en Afrique Centrale.
Excellence,
Monsieur le Président,
En conclusion, nous aimerions faire une
observation et étayer très succinctement notre point de vue.
En guise d'observation, il nous plairait
de partager une conviction pour indiquer: sans une meilleure connaissance du contexte et
surtout des faits politiques majeurs survenus tout au long des 38 dernières années au
Congo-Kinshasa, il sera tout à fait impossible de se faire une idée plus ou moins exacte
de la crise politique et militaire qui prévaut dans notre pays. Par voie de conséquence,
il sera tout aussi impossible de pouvoir de manière raisonnable et responsable, apporter
des solutions viables et efficientes à la crise congolaise.
En effet, tout au long du trimestre ayant
précédé le déclenchement de la première guerre d'invasion rwando-ougandaise ayant
abouti à l'instauration de "l'Etat-AFDL" en lieu et place de "l'Etat
mobutiste", nous n'avions jamais cessé de tirer l'attention des autorités
ougandaises sur l'extrême nécessité d'inscrire leurs démarches sur la voie des
attentes de l'immense majorité des populations congolaises aspirant à l'émergence d'un
Etat de droit et de démocratie.
Résidant à l'époque à Kampala, nous
n'avions fait l'économie d'aucune ressource pour sensibiliser les autorités ougandaises
sur le bien-fondé de nos thèses, mais, en vain; (voir annexe n° 1: Déclaration de
Presse...); les autorités politiques et militaires ougandaises, maîtresses de la
première guerre d'invasion rwando-ougandaise au Congo-Kinshasa, avaient opté en faveur
de l'instauration au Congo-Kinshasa, d'une dictature des plus féroces à la solde des
intérêts ethniques des maîtres du pouvoir rwandais et ougandais (voir annexe n° 2:
"Appel du 30 juin 1997 aux patriotes congolais").
En effet, à l'origine, cette deuxième
guerre d'invasion rwando-ougandaise n'était que l'expression la plus brutale de la
maturation des contradictions internes et surtout de la lutte pour le contrôle de tout
l'appareil de l'Etat congolais soit par l'ethnie Balubakat de Kabila, soit par l'ethnie
tutsi des maîtres de l'appareil de l'Etat rwandais et ougandais: la Nation congolaise se
trouvait ainsi, et se trouve encoure, prise en otage par ces pères-fondateurs de
l'Etat-AFDL.
Excellence,
Monsieur le Président,
Qu'il nous soit permis de nous exprimer
franchement pour dire que, en dépit de notre farouche opposition à l'effroyable
dictature ethnique imposée au peuple congolais par "l'Etat AFDL", nous
avions apprécié à sa juste mesure l'implication des forces armées zimbabwéenne et
angolaise dans la gestion de la crise née de cette deuxième guerre d'invasion
rwando-ougandaise.
Au-delà de quelques réserves d'usage,
nous avions estimé, et nous estimons encore que l'entrée en scène, du reste
inespérée, des armées zimbabwéenne et angolaise de même que le soutien diplomatique
de la SADEC à la Nation congolaise avait l'exceptionnel mérite d'interpeller la
Communauté internationale sur les 24 derniers mois de l'occupation du territoire national
congolais par les armées rwando-ougandaises de même que les flagrantes violations de
l'intégrité du territoire national congolais y afférantes.
En effet, l'implication des armées
zimbabwéenne et angolaise devraient, à court et moyen termes, concourir à la recherche
des voies et moyens les meilleurs et susceptibles de réhabiliter le peuple congolais dans
l'exercice de ses droits et devoirs sacrés de souveraineté.
Il s'agit principalement de s'orienter
vers la résorption de l'épineux problème de la légitimité des Institutions devant
accompagner le processus de la transition démocratique consacrant le passage de l'Etat
dictatorial mobutiste en place hier, et "AFDListe" aujourdhui, vers un
véritable Etat de droit et de démocratie au Congo-Kinshasa.
Excellence,
Monsieur le Président,
A court, moyen et long termes, la
réussite de l'oeuvre de pacification militaire et politique préconisée et conduite par
votre Excellence au Congo-Kinshasa sera fonction surtout de la priorité que Vous
daignerez accorder à la satisfaction des aspirations de l'extrême majorité des
populations congolaises.
Outre la première guerre d'invasion
rwando-ougandaise ayant abouti à la mise en place des Institutions autocratiques du
"Parti-Etat AFDL" conduit par Laurent Désiré Kabila, force est
d'indiquer que en de 38 années "d'Indépendance nationale" le peuple congolais
ne s'est plus exprimé au travers d'un suffrage libre.
Cependant, mises à part les élections
libres, démocratiques et transparentes de 1960, les populations congolaises se sont
exprimées au sein des Etats généraux de la Nation congolaise appelée à faire le
diagnostic du mal dont souffrait ce corps social congolais et surtout à préconiser des
thérapies les plus adéquates.
Dans ce contexte, il conviendra que les
concertations de Victoria Falls s'emploie à privilégier la prise en compte de l'esprit
des avis et résolutions élaborés et adoptés par 2650 délégués des Forces vives de
la Nation congolaise réunies, près de 17 mois durant, en Conférence Nationale
Souveraine.
En effet, depuis le lendemain de la
clôture des travaux de ces véritables Etats-généraux du peuple congolais jusqu'à ce
jour, l'esprit des résolutions adoptées par les Délégués du peuple congolais à ce
Forum national, constitue désormais la pierre angulaire des aspirations de l'extrême
majorité des populations congolaises.
Excellence,
Monsieur le Président,
En conclusion, puisse votre Excellence,
prendre compte la synthèse de nos avis et suggestions pour un règlement judicieux de la
crise multiforme qui affecte gravement notre pays le Congo-Kinshasa :
- Que les concertations de Victoria Falls puissent déboucher
sur un "cessez le feu" immédiat et la mise en place par les Nations Unies d'une
Force Armée Multinationale, sur toute l'étendue du territoire national congolais avec
pour mission de garantir la sécurité des biens et des personnes et assurer l'intégrité
du territoire national congolais. Cette Force Armée Multinationale devrait être
stationnée au Congo-Kinshasa jusqu'au lendemain de la tenue des élections libres
démocratiques et transparentes marquant la fin de la période de transition.
- Que, sans délai, s'ouvrent des concertations entre des
délégués des forces politiques, sociales, économiques et militaires les plus
représentatives en vue de déterminer un cadre juridique consensuel devant régir la
période de transition menant à la tenue des élections libres démocratiques et
transparentes.
- Que ces concertations débouchent sur la mise en place des
Institutions devant régir cette période de transition.
En vous souhaitant bonne réception de la
présente, nous vous prions d'agréer, Excellence, Monsieur le Président, l'expression de
notre très haute considération.
Jacques MATANDA-ma-MBOYO
Porte-Parole de la Branche Armée de
l'opposition Radicale
Président National du parti politique
C.N.R.,
Convention Nationale pour la République