Bruxelles,
le 09 août 1998
Monsieur le Président,
Puisse-t-il nous être permis d'indiquer que, en
entreprenant la présente démarche, nous avons estimé que l'intérêt supérieur de la
Nation exigeait que nous taisions nos dissensions internes. Nous nous devons d'évoluer
vers un consensus auquel devrait adhérer l'extrême majorité de notre peuple. Ceci est
le gage de la légitimité de toute action de gouvernement en ce temps de crise grave.
Il s'agit, pensons-nous, de privilégier la recherche des
solutions les meilleures au niveau des seuls et uniques fils et filles du Congo-Kinshasa,
notre pays. En effet, c'est l'absence de solutions internes qui a toujours obligé les
véritables patriotes à recourir aux soutiens extérieurs pour es placer en position de
résoudre des problèmes intérieurs: ce fut le cas déjà au dernier semestre de l'année
1996, quand vous-même et "l'Alliance" aviez bénéficié des gigantesques
soutiens extérieurs pour mettre fin au 37 années d'abominations mobutistes.
Les 38 dernières années de l'histoire de
"l'Indépendance" de notre pays ont démontré que le peuple, la Nation
congolaise a toujours privilégié la concertation nationale avant de recourir à d'autres
voies et moyens pour faire entendre ses droits les plus inaliénables.
Il y a 38 ans, c'est-à-dire au 1er semestre de
l'année 1960, les délégués des Forces vives de la Nation congolaise avaient consenti
à faire preuve d'un extraordinaire dépassement de soi en acceptant de se rendre à
Bruxelles, de se mettre autour d'une table pour conférer avec les tenants de l'effroyable
et odieuse colonisation belge.
C'est dans ce contexte que survenait la proclamation de
l'Indépendance nationale de l'ancienne colonie belge, notre pays, la République du
Congo-Léopoldville.
D'un point de vue purement formel, cette indépendance
mettait fin à plus de trois quarts de siècle de domination et d'exploitation
colonialiste de la nation congolaise par la puissance colonisatrice belge.
Une fois encore, de juillet 1991 à novembre 1992, les
délégués des forces vives de la nation congolaise avaient consenti à faire preuve d'un
dépassement de soi tout à fait exceptionnel en acceptant de se rassembler au sein d'un
forum national ensemble avec les artisans et architectes de 32 ans de l'odieuse et
effroyable dictature mobutiste. C'était la Conférence Nationale Souveraine (C.N.S.).
Cette Conférence Nationale Souveraine constituait un
instant, une étape de l'histoire de la nation congolaise. Il s'agissait d'une part, de
faire le diagnostic de ces 32 années de la gestion mobutiste des affaires de la nation
congolaise et d'autre part, de définir une thérapie des plus adéquates, et susceptible
de mettre fin à des décennies de misère, de déshumanisation des hommes, des femmes et
des enfants congolais.
Les obstructions faites par les artisans et architectes de
la dictature mobutiste avaient contribué à exacerber cette descente aux enfers aggravant
ainsi cette misère et cette déshumanisation du peuple congolais. Ces obstructions
déboucheront, par voie de conséquence, sur l'implication de l'appareil de l'Etat
congolais dans le processus ayant abouti notamment au génocide rwandais d'avril, mai et
juin 1994: près d'un million d'hommes, femmes et enfants d(origine Tutsi, Hutu et Twa
avaient été arrachés à la vie.
Seul le blocage intervenu dans la mise en uvre du
processus consacré par la Conférence Nationale Souveraine avait placé votre
"Alliance" en position de mener à bonne fin les opérations militaires ayant
abouti à la chute de la dictature mobutiste. C'est dans ce contexte que vous, Monsieur
Laurent Désiré Kabila, aviez été désigné chef de l'Etat congolais.
Aujourd'hui, votre "Alliance" qui avait, à
l'époque, permis d'accélérer la finde la très longue agonie de la dictature mobutiste
n'a pas réussi à transformer sa victoire militaire en une victoire politique impliquant
l'adhésion de l'extrême majorité des populations civiles, militaires et religieuses du
Congo dans la mise en oeuvre des politiques visant notamment à la sauvegarde de
l'intégrité du territoire national congolais, à la garantie de l'Etat de droit et à
l'amélioration du vécu quotidien des populations congolaises.
Aujourd'hui, notre pays se trouve, une fois de plus,
plongé dans une situation des plus apocalyptiques. Cet état de fait consacre le début
d'un processus qui, si les fils et les filles du Congo n'y prennent garde contribuera à
aiguiser les effets pernicieux de la crise sociale et économique créée par trois
longues décennies du règne de la dictature mobutiste.
Face à cette situation considérée par tous comme étant
des plus apocalyptiques;
Prenant en compte l'échec des dernières concertations de
"Victoria Falls";
Vu la primauté absolue de l'intérêt du peuple et de la
nation congolaise;
Nous, porte-parole de la Branche Armée de l'Opposition
Radicale, avons estimé qu'il s'imposait de vous faire parvenir le présent Ultime Appel
Patriotique.
A ce stade de notre démarche, nous avons choisi de taire
nos différends et autres récriminations à votre endroit.
Pour l'essentiel, le présent Ultime Appel Patriotique
constitue une invitation vous appelant à réunir, sans délais, un Conseil National de
Salut Public.
A notre humble point de vue, ce Conseil National de Salut
Public devrait regrouper quelques trente (30) personnalités véritablement
représentatives des aspirations politiques de l'extrême majorité des populations
congolaises, notamment: Messieurs Etienne Tshisekedi, Joseph Olenga Nkoy, Antoine Gizenga,
le chef traditionnel Lunda, Muant-Yav, les Muami du Kivu, Monseigneur Marini, le Cardinal
Etsou, le révérend Kisokele
Fort de cette légitimité populaire, ce Conseil National
de Salut Public devrait pouvoir être investi de larges pouvoirs de décision et
d'orientation dans la gestion de la situation présente et future, somme toute, qualifiée
par tous d'apocalyptique.
Le Conseil National de Salut Public ne pourrait avoir un
caractère permanent. Sa dissolution devrait intervenir automatiquement dès la mise en
place d'un cadre juridique consensuel devant conduire à l'instauration d'un véritable
Etat de droit.
A défaut de recourir à la gouverne de ce Conseil
National de Salut Public, nous demeurons, quant à nous, convaincus que ni la fameuse
rébellion, ni les forces gouvernementales en place ne pourront garantir, à court, moyen
et long termes, la mise en uvre d'un quelconque programme politique, économique et
social garantissant l'émergence d'un Etat de droit au Congo-Kinshasa.
En vous souhaitant bonne réception de la présente, nous
vous prions d'agréer, Monsieur le Président, l'expression de nos sentiments très
distingués.
Pour la Branche Armée de l'Opposition Radicale
Le Porte-Parole
Jacques Matanda-ma-Mboyo