La guerre qui ravage en
ce moment la République démocratique du Congo, ressemble, comme deux gouttes d'eau, à
celle qui, il y a presque quinze mois avait conduit à la chute du régime de MOBUTU. Des
Congolais, parmi lesquels monsieur KABILA, avaient cru que la meilleure solution pour
faire partir MOBUTU du pouvoir était l'utilisation de la force, peu importe si au passage
des populations congolaises innocentes payaient par la perte de leur vie le prix de cette
violence. A l'époque, des voix, pas très nombreuses hélas, s'étaient élevées pour
dire que des étrangers, en particulier des Ougandais, des Rwandais et des Angolais
participaient aux côtés des rebelles à une invasion du Zaïre, dans le seul but de
s'offrir une ceinture de protection frontalière, face à leur propre rebellion. Mais,
obnubilés par la chute de MOBUTU, ivres du bonheur de retrouver la liberté, et quelle
liberté, la plupart de ceux qui lancent des cris d'orfraie aujourd'hui contre la
rebellion ont applaudi à tout rompre, au point de ne pas entendre les critiques
objectives de la communauté internationale sur les massacres des populations civiles. Une
telle attitude, qui confine au soutien aveugle et systématique, justifie en partie le
sort de l'Afrique.
Non, monsieur KABILA n'a pas eu raison d'utiliser des forces étrangères pour faire
partir MOBUTU. Car, en agissant ainsi, il a créé un précédent et aujourd'hui, c'est
l'arbre qui retombe sur le bucheron. Non, monsieur KABILA n'a pas agi dans le sens des
attentes, certes nombreuses mais néanmoins légitimes, des populations congolaises. La
première d'entre -elles, la liberté d'expression, nécessaire à la vitalité d'une
démocratie et à l'établissement des consensus, a été considérablement hypothéquée
par l'interdiction des partis et l'arrestation ou le cantonnement en provinces de certains
leaders politiques. Doit - on trouver des excuses à monsieur KABILA? Pas nécessairement.
Et c'est là ou se pose la question de fond qui devrait interpeller tous ceux qui aspirent
à la paix et au développement,au Congo et en Afrique. Est il normal, qu'avec toutes les
richesses dont disposent nos pays et qui en font de véritables scandales géologiques,
que les peuples d'Afrique soient devenus les porte - paroles des pelotons de la famine et
de la misère?
Il est incontestable que certains iront chercher la réponse à cette interrogation dans
les ornières du tribalisme ou du régionalisme, si ce n'est dans les complots de
l'occident contre l'Afrique. Il deumeure, néanmoins que les hommes politiques qui
aspirent à diriger nos pays sont avant tout des incompétents notoires. En effet, le sens
de l'intérêt général n'est pas assez bien implanté dans notre démarche
intellectuelle.
Ce qui nous pousse à privilégier le superficiel devant l'essentiel, et le secondaire
devant le fondamental.
Si monsieur KABILA s'était comporté en homme responsable dès sa prise du pouvoir à
Kinshasa, en appelant à la réconciliation nationale toutes les forces politiques
reconnues et représentatives, ce qui était fondamental, le Congo serait aujourd'hui sur
les rails du renouveau. Il faut se le dire, avant de chercher ailleurs les causes de la
grave crise qui traverse le pays. Mais il n'est pas trop tard pour bien agir. La solution
au problème du Congo se trouve au Congo. Elle n'est ni à Hararé, ni à Luanda, encore
moins à Kigali ou à Kampala. La solution au problème du Congo se trouve entre les mains
de l'élécteur congolais. C'est à lui de décider du destin du Congo. Les forces
étrangères repartiront, un jour ou l'autre. Et si, par malheur, le bon sens ne reprenait
pas le dessus, l'histoire bégaiera à nouveau.
Au moment ou nous échangeons nos avis sur la crise au Congo, il se trouve que des frères
sont assassinés dans nos rues parce qu'ils ont le malheur d'avoir un phénotype
nilothique ou bantu. Leur seule faute est d'appartenir à une ethnie. Est ce raisonnable?
Tout cela parce que des hommes politiques ont été incapables d'assumer leurs
contradictions. Le devoir de tout homme qui se respecte, notre devoir voulais - je dire,
est de dire non aux bouc-émissaires, car l'histoire du monde est pleine d'exemples qui
prouvent que la violence, surtout envers des populations innocentes, n'a jamais eu le
dernier mot. Tout se paie ici bas.
Lutumba Lwabu |