| A PROPOS DE LA SITUATION ACTUELLE DANS LA
REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO MEMORANDUM
PAR
LE GROUPEMENT DES INTELLECTUELS CONGOLAIS EN BELGIQUE
GICB
1998
Siège : 10, Place de la Constitution
Commune de Saint-Gilles
1060 Bruxelles
Fax : 32. 2. 534 01 97
AVANT-PROPOS
Dans ce monde où nous sommes passagers, les années
passent et ne se ressemblent pas. Chez certains, on admire et on joui de progrès de la
technologie moderne, pendant que chez dautres, comme quelque part au coeur de
lAfrique, sur un sol débordant de richesses naturelles appelé actuellement
République Démocratique du Congo, la misère et lincertitude sont sans cesse
croissantes. Ne devrons-nous pas nous arrêter un seul instant et nous concentrer sur nos
difficultés et malheurs afin de réfléchir sur les remèdes pouvant soulager ou guérir
nos maux et souffrances ?
Cest dans cette préoccupation que trouvent leurs
sens et essence ces écrits, fruits de linspiration dun ensemble de fils et
filles du pays, déterminés à contribuer positivement, par des analyses objectives, à
la reconstruction nationale.
La vérité perturbe souvent mais nous devons avoir le
courage de mettre de côté notre ego et de regarder avec humilité notre propre miroir
afin de procéder à une autocritique sévère. Car seule la prise de conscience de notre
inconscience pourra nous motiver à unir nos forces et à partager notre savoir pour le
bonheur de tous. Ce bonheur, que nous cherchons jusquà nous envoler dans
dautres cieux, reste à la fois fugace et fugitif. Jusquoù le
pourchasserons-nous?
Pour mettre fin à lerrance de beaucoup de nos
compatriotes et à la misère du peuple congolais, il est indispensable de rendre
agréable les conditions de vie dans notre pays. Nous nous sommes efforcés de proposer
dans ce mémorandum, des voies et moyens pour résoudre les problèmes qui constituent la
crise congolaise. Nous navons cependant pas la prétention davoir épuisé
tous les sujets ni écrit une bible. Mais il est capital que nous soyons tous attentifs
aux analyses et suggestions de tous ceux qui se sentent concernés par le présent et
lavenir de notre pays, cest-à-dire notre destin.
Ce travail nest quune oeuvre humaine qui par
voie de conséquence peut charrie certaines imperfections liées à notre nature
imparfaite. Nous nous en excusons davance et serions heureux de recevoir de tout
lecteur du présent document, des remarques constructives.
I. INTRODUCTION
Nous, intellectuels congolais (ex-zairois) reunis au sein
de lAssociation denommee "Groupement dIntellectuels Congolais en Belgique
" GICB en sigle,
tenant compte du passe politique de notre pays: la
colonisation, lindependance et lapres independance,
compte tenu de la destruction de tous les secteurs de la
vie nationale (la sante, le social, leconomie, lindustrie, la communication,
lenseignement, etc.) sous le regime Mobutu durant lequel linjustice, la
mauvaise gestion, la corruption, linsecurite des biens et des personnes, la
dictature et la violation des droits de lhomme, ont ete les faits les plus
marquants,
vu lirresponsabilite et legoisme qui ont
caracterise les dirigeants de la 2eme Republique et conduit a labandon de la
population locale dans la misere la plus totale ainsi qua loubli de la quasi
totalite des cadres nationaux,
considerant la fuite des cerveaux congolais alors que le
pays senlise davantage faute dune politique adequate de developpement,
tenant compte du changement actuel de regime politique au
Congo et conscients de la lourde responsabilite du nouveau pouvoir a canaliser toutes les
forces vives de la nation pour un nouveau depart,
craignant quune evolution desastreuse de notre pays,
sous la politique menee actuellement, nous replonge dans la situation confuse des annees
60 en ouvrant la porte au developpement des forces centrifuges qui mettraient en peril la
cohesion nationale, et soucieux dapporter notre contribution au redressement de
notre chere Patrie,
avons juge utile delaborer le present memorandum
adresse au President, aux membres du gouvernement, au peuple congolais, ainsi qua
tous ceux qui sinteressent aux problemes de notre pays.
Nous pensons que lobjectif principal de tout
congolais est deviter de retomber dans les erreurs du passe afin de creer une nation
libre, prospere où tout le monde sera considere a sa juste valeur, dans le respect strict
des droits de lhomme et de la democratie. Cest dans ce cadre ainsi defini que
nous avons toujours reve vivre chez nous et servir notre Pays. Nous saisissons par
consequent cette opportunite afin de presenter nos analyses, critiques et suggestions
concernant la situation actuelle de notre pays.
Nous presentons dans ce document:
· un aperçu historique de la politique de notre pays;
· notre approche concernant la crise
politico-socio-economique et ses consequences;
· nos propositions relatives aux voies et moyens pour
nous sortir de la crise actuelle et redemarrer cette periode de transition dans un climat
de consensus national;
· et quelques messages particuliers adresses aux
differentes communautes ou personnalites ayant une influence non negligeable dans
lhistoire dans notre pays.
II. APERCU HISTORIQUE
1885-1908:
La Conference de Berlin tenue du 15 Novembre 1884 au 26
Fevrier 1885 a conduit a louverture du bassin du Congo au marche internationale.
Quant aux frontieres de differents pays africains, elles continueront a etre delimitees
par consensus entre les puissances occidentales, separant parfois des populations issues
de meme lignage. Le roi Leopold II reussit a sattribuer un vaste territoire au coeur
de lAfrique, baptise Etat Independant du Congo (EIC) en Août 1885. Il utilisera un
systeme inhumain base sur loppression des autochtones pour faire du Congo sa vache
laitiere. Le cynisme de cette politique sera pousse jusqua la mutilation des
Congolais recalcitrants ou juges paresseux dans des plantations dhevea.
1908-1960:
Le roi Leopold II cede le Congo a la Belgique qui en fait
sa colonie. Lexploitation du Congo par la Belgique continuera jusquen 1960,
marquee par le developpement de linfrastructure en general et de leconomie,
mais aussi par le transfert vers la metropole des richesses minieres et agricoles les plus
importants du Congo (cobalt, cuivre, or, diamant, uranium, cafe, cacao, caoutchouc, coton,
etc.). Les seuls cadres congolais formes seront du niveau secondaire. Le pays accedera a
lindependance en 1960 avec seulement 4 intellectuels laics de niveau universitaire.
1960-1965:
On se souviendra que les dernieres annees de la
colonisation du Congo par la Belgique ont ete marquees par une periode tumultueuse, faite
de pourparlers et tensions entre le peuple congolais et les colonisateurs.
Cette situation conduisit a lorganisation de la
table ronde de Bruxelles qui reunit les politiciens congolais et les membres du parlement
et du gouvernement belges (du mercredi 20 janvier au samedi 20 fevrier 1960). De cette
table ronde sortira la loi fondamentale (16 resolutions formant la constitution
provisoire) permettant la mise en place des institutions politiques devant regir le pays.
Doù les elections de mai 1960 :
Kasa-Vubu est president de la Republique et Lumumba
premier ministre. Pendant ce temps, Moise Tshombe assume les fonctions de president
provincial au Katanga.
Le 30 juin 1960, le Congo accede a lindependance.
Cependant, un conflit dinfluence naîtra tres vite entre les principaux leaders
congolais de lepoque (Lumumba, Kasa-Vubu, Tshombe...). Les USA et la Belgique en
profiteront pour tirer leur epingle du jeu. Joseph Desire Mobutu, secretaire particulier
de Lumumba, sera alors mis dans le coup pour servir les interets belgo-americains. Il
deviendra le maître a jouer dans la politique et dans lArmee Nationale Congolaise
(ANC). Tshombe, conseille et soutenu par la Belgique, reussira a decreter la secession
Katangaise le 10 juillet 1960. Albert Kalondji, leader du sud Kasai sautoproclamera
empereur de cette region. Le nationaliste, Patrice Emery Lumumba, considere a tort comme
un communiste par les Occidentaux, est tres genant.
Le 14 septembre 1960, Mobutu neutralise le gouvernement
Lumumba et cree le college des commissaires generaux. La guerre froide aidant, la Central
Intelligency Agency (CIA) et la Belgique en collaboration avec quelques Congolais
commanditeront larrestation de Lumumba qui sera alors envoye au Katanga (chez
Tshombe), où il sera assassine le 17 janvier 1961.
Ayant perdu les acquis democratiques de la table ronde, le
Congo evoluera alors a travers une periode politiquement instable. Le president dirigera
le pays par des decrets-lois. La constitution de Luluabourg, publiee le 1er août 1964,
sera le fruit de 4 annees de travail. Mais, cette nouvelle tentative de reinstaurer la
democratie au Congo coincidera avec la rebellion declenchee par les partisans de Lumumba
(1964-65) qui perturbera toute la vie nationale et empechera lapplication de cette
constitution.
La coalition faite de lANC, de mercenaires etrangers
(dont des belges) et de gendarmes katangais viendra a bout de la rebellion. Le 24 novembre
1965, Mobutu realisera son coup detat en ecartant du pouvoir le premier president
congolais, Monsieur Joseph Kasa-Vubu.
1965-1990:
Le Congo est regi par le systeme Mobutu caracterise par le
despotisme, loppression et la mauvaise gestion. Le President Mobutu, fondateur du
Mouvement Populaire de la Revolution (MPR), devenu parti unique, fait imprimer une
nouvelle monnaie en 1967 et change ensuite le nom du pays en 1971. La Republique
Democratique du Congo (RDC) devient Republique du Zaire; un Zaire monnaie se change contre
deux dollars US. Le pays connaît la naissance dune bourgeoisie zairoise. Toute
revendication du peuple est appelee subversion et reprimee violemment. Le MPR devient
Parti-Etat en 1974. La terreur, linjustice, la corruption, et le delabrement de
toutes les infrastructures existantes vont entraîner le peuple zairois a la decheance la
plus totale.
Face au marasme economico-politique, le peuple zairois
na cesse de lutter pour letablissement dun Etat de droit, comme en
temoignent les differentes manifestations des etudiants, des employes et des chretiens
dont certains ont paye de leur vie. Les deux tentatives doccupation du Shaba par les
ex-gendarmes katangais, en 1977 et 1978, se solderont par un echec. Les differentes
incursions des hommes de Kabila a Moba seront sans succes. En 1980, 13 parlementaires
(dont Tshisekedi, Ngalula, Makanda ...) initieront un mouvement dopposition au sein
du MPR, qui conduira a la creation dun autre parti politique, lUnion pour la
Democratie et le Progres Social (UDPS) et qui deviendra egalement la cible de la machine
policiere et repressive du MPR. Avec le vent de la perestroika qui souffle dans le monde,
Mobutu accepte et annonce le multipartisme le 24 avril 1990. Il propose la coexistence de
trois partis politiques, puis le multipartisme integral suite a la pression populaire.
1990-1996:
La situation politique du Zaire fût caracterisee par les
evenements suivants:
- les pillages de 1991 et 1993,
- lorganisation de la conference nationale
souveraine (CNS) de 1991 a 1992. Les resolutions qui en decoulent sont censees legiferer
la periode de transition, mais Mobutu brouille toutes les cartes et ne recourt aux
resolutions de la CNS que lorsquelles sont a son avantage.
- Tshisekedi, elu a la CNS comme premier ministre, fut
empeche de gerer le pays durant cette periode de transition,
- Mobutu affaibli par lopposition politique, les
nombreuses reactions populaires et par la maladie (cancer de la prostate) devient
inoperant.
La coalition Rwando-Ougandaise en profite pour detruire
les miliciens hutus refugies au Zaire. Le Rwanda lance alors une offensive a lEst du
Zaire en octobre 1996. La population zairoise et le monde international semeuvent,
le Rwanda monte au creneau et propose le rapatriement des tutsis avec leurs terres. Les
conferences de notre ancien compatriote actuellement ambassadeur du Rwanda en Belgique
(" il y a eu Berlin 1 et pourquoi pas Berlin 2 ? ") et celui du president
Rwandais confirment ces faits de lepoque.
Devant la reaction inattendue des Zairois vis-a-vis des
Rwandais au Zaire, la strategie des envahisseurs est modifiee. La coalition
Rwando-ougandaise sassocie aux maquisards congolais pour garantir une rebellion des
fils du pays contre la dictature. Cest ainsi que Kabila se retrouve a la tete des
operations comme porte-parole de lAFDL (lAlliance des Forces Democratiques
pour la Liberation du Congo). Les Etats-Unis soutiennent la rebellion tandis que la France
se range derriere Mobutu a bout de course.
Quant a la Belgique, elle se perd dans une politique
confuse ne sachant trop bien qui soutenir. Il faut souligner que tout le peuple zairois
etait daccord pour en finir avec le systeme de Mobutu et que seules les strategies
divergeaient.
Le 16 mai 1997, le president Mobutu, persuade par ses
officiers superieurs militaires de limminence de la chute de Kinshasa, prend le
chemin de lexil au Maroc. Il mourra a Rabat, le 7 septembre 1997, abandonne par
nombre de ses collaborateurs ainsi que par ses maîtres. Toutes les puissances qui
lont soutenu durant son regne nont pas eu " la gratitude ou le courage
" dhonorer de leur presence, les funerailles de leur fidele ambassadeur qui
avait pourtant servi leurs interets, pendant de nombreuses annees, contre la volonte
populaire. La leçon a tirer de cette experience se passe de tout commentaire.
Le 17 mai 1997, cest la prise de Kinshasa par les
soldats de lalliance. Kabila arrive au pouvoir apres 7 mois dune pseudo-guerre
sans resistance reelle car larmee zairoise demotivee, divisee, desorganisee et
acquise au changement a refuse de combattre. Mais, la liesse populaire qui sen est
suivi na dure que lespace dun matin.
Alors que tous ceux qui ont lutte pacifiquement a
linterieur du pays (UDPS, PDSC, PALU, MNC, societe civile, etc.) sattendent a
une democratie, le 17 mai 1997, Kabila sautoproclame president de la Republique sur
base dun decret redige par lui-meme. Il decide dassurer pendant deux ans les
fonctions de president, de ministre de la defense, de chef de lexecutif et du
legislatif. Il change le drapeau et le nom du pays (la Republique du Zaire redevient
Republique Democratique du Congo), il suspend toutes les institutions anterieures, ainsi
que les activites des partis politiques. Les contrats signes pendant la rebellion avec des
societes comme American Mineral Field (AMF, USA), Anglo-American (Afrique du sud), Barrick
Gold Corp (Canada, Georges Bush en est lhonorary senior advisor), Lonhro ( Grande
Bretagne), et autres, deviennent legaux. On note egalement:
- lexpropriation des biens appartenant aux
nationaux, sans procedure juridique appropriee:
" Iko nyumba ya Kisombe " mot cle dun
reportage de Frederic François a la RTBF est une illustration de cette situation.
- les tentatives dinstauration de lAFDL comme
Parti-Etat.
- la presence des etrangers dans larmee et la
securite, pendant que les congolais sont victimes dexactions et dexecutions
sommaires,
- larrestation des professeurs dUniversite et
des autres intellectuels pour avoir critique les pratiques politiques et economiques,
- linstauration de la flagellation comme moyen de
correction,
- limposition a la population des cours
dideologie politique a tendance marxiste, enseignes parfois par des animateurs
ignorant tout du marxisme-leninisme,
- linterdiction du port de pantalon et minijupe aux
filles du pays, comme a un certain moment du regne de Mobutu.
Tous ces faits et bien dautres installent un profond
malaise au sein de la population congolaise devenue de plus en plus inquiete. Par
consequent, la tension monte, car le changement tant attendu, est loin detre au
rendez-vous.
III. LA CRISE POLITIQUE
Si Monsieur Kabila a permis daccelerer le depart de
Mobutu, il a malheureusement aussi instaure un systeme equivalent dont le fondement
na aucune legitimite populaire. Rien ne justifie que soit reinstauree pour le moment
une dictature au Congo, meme a titre provisoire. Doù la crise politique actuelle.
LUnion fait la force dit-on. Mais lAFDL a
exactement fait le contraire en ignorant et en ecartant tous les autres partis
dopposition au regime Mobutu, qui avaient lutte de linterieur. LAFDL a
impose un systeme totalitaire dans les principes (la reference est faite ici a leurs
statuts) et les faits (prolongation du Mobutisme dans lindifference totale des
droits de lhomme). Les observations ci-apres illustrent bien ce constat.
De lAFDL Parti-Etat
Plusieurs arguments convergent pour affirmer que
lAFDL sest demblee institutionnalisee en parti-Etat:
1. LAFDL a unilateralement impose le porte-parole de
lAFDL comme president de la Republique Democratique du Congo et la investi de
pleins pouvoirs.
2. LAFDL sest imposee comme la seule autorite
de la transition sans que le peuple ne soit ni consulte ni associe. Par voie de
consequence, ses statuts simposent a toute la nation comme seul cadre
dorganisation du pouvoir.
3. Les decrets-lois sont conformes a ces statuts et sont
imposes dautorite.
4. Un gouvernement de lAFDL, appele premier
gouvernement de la Troisieme Republique, a ete mis en place alors quil devrait
sagir dun gouvernement de transition (la 3eme Republique ne pouvant venir
quapres les elections).
5. Par leur serment de fidelite, les ministres du
gouvernement se sont imposes le devoir servile de reconnaissance, dobeissance et de
soumission au chef de lAFDL.
6. Si lAFDL etait un fait prive, elle ne
sarrogerait pas le pouvoir de gerer tous les biens de la nation comme le stipule ses
statuts. En effet larticle 23 de ces statuts stipule: " lAFDL est appelee
a gerer tous les biens de lEtat, meuble et immeuble du domaine public, actions et
parts, fonds et capitaux, le sol, le sous-sol et toutes les autres reserves minieres et
naturelles sur toute letendue du territoire libere ".
LAFDL se confond donc avec lEtat congolais.
Jadis, Mobutu disait: "olinga olinga te, ozali kaka MPR ", cest-a-dire,
que tu le veuilles ou non, tu es membre du MPR. Aujourdhui, sans le dire, les
autorites de lAFDL nous font comprendre que " olinga olinga te, ozali kaka AFDL
".
Du monopartisme: interdiction dautres partis
politiques
Si on peut reconnaître a lAFDL le droit
davoir utilise les armes pour precipiter le depart dun dictateur, nous ne
pouvons comprendre quelle puisse utiliser les memes armes pour asseoir une nouvelle
dictature. Cette politique dexclusion menee par lAFDL est fort prejudiciable a
lavenir de notre pays, eu egard aux consequences nefastes pouvant en resulter.
Citons notamment:
· la compromission de la reconstruction nationale car
celle-ci ne peut se faire sans la mobilisation suffisante des energies de toutes les
forces vives de la nation;
· le retardement de lavenement dun Etat de
droit;
· lintensification de la violation des droits de
lhomme et la perpetuation de linsecurite;
· la prolongation de linstabilite politique;
· la reticence des investisseurs potentiels;
· la virtualite dembargo contre le Congo, etc.
Par linterdiction dautres partis politiques,
lAFDL ne cache pas ses intentions de monopoliser la scene politique, ecartant ipso
facto les autres leaders politiques consideres comme concurrents de taille. Ce jeu
politique est tout simplement antidemocratique et nous replonge dans les annees Mobutu, un
film deja vu, aux effets nocifs et que personne na envie de revivre.
De la sauvegarde de lindependance, la souverainete
nationale et lintegrite du territoire
A ce propos, nous faisons remarquer a tous nos
compatriotes congolais les elements suivants:
1. La legitimite du pouvoir actuel vient de
lexterieur et ce pouvoir est exerce de lexterieur.
2. La persistance dune armee etrangere "
doccupation " au Congo, contre la volonte populaire.
3. La presence des civils etrangers dans les services
publics.
4. La persistance de la guerre au Kivu.
Tous ces faits ne concourent pas a laffirmation de
lindependance, de la souverainete et de lintegrite de notre pays.
IV. LA CRISE SOCIO-ECONOMIQUE
La crise congolaise est avant tout politique avec des
repercutions dans les domaines economique et social. Sur ce, leconomie congolaise ne
pourra sameliorer quavec la resorption de la crise politique dont nous venons
de parler ci-haut. Une politique nationale garantissant la securite des biens et des
personnes a long terme, avec un plan bien elabore et des objectifs clairement definis,
redonnera confiance aux investisseurs et permettra une meilleure organisation de travail
avec comme consequence: un accroissement de la production, une augmentation des revenus
nationaux et individuels, une motivation au travail, une amelioration du social et une
meilleure culture de travail. Tout ceci nest pas simple a realiser car chaque entite
(investissement, culture de la population, travail, production, salaire, sante, systeme
politique, etc.) intervenant dans le processus economique est complexe. Il faut donc une
grande determination et une convergence des energies, toutes tendances politiques
confondues, vers le meme but. Cela veut dire, le travail, la liberte, la justice et la
diversite dans lunite.
La politique dans notre pays na rien de stable, car
fondee sur des profits individuels dune poignee des privilegies corrompus et
lexploitation du patrimoine national par lexterieur. Ainsi ni les nationaux,
ni les etrangers ne prennent le risque dinvestir a long terme.
En revanche, ils preferent garder leurs capitaux a
letranger en lieu plus sûr. Dans le pays, on travaille dans le cafouillage et
limprovisation, sans prevision ni planification serieuses.
Il serait hasardeux davancer dans le cadre de ce
memorandum des recettes miracles pour une amelioration de leconomie congolaise. Nous
ne pouvons quinviter les economistes a se reunir devant des problemes concrets et
preoccupants de notre pays et a elaborer un plan a court, moyen et a long terme, pour le
redressement economique.
Rappelons toutefois que, depuis Leopold II,
leconomie du Congo est basee sur lenrichissement de la Belgique. La colonie
etait source dun revenu supplementaire pour la metropole appele " batig slot
". Par consequent, toute leconomie du pays est restee completement extravertie.
On se contente de produire des matieres premieres qui sont transformees en produits finis
aux metropoles, puis revendus a notre pays a des prix exorbitants sans que nous
nayons un mot a dire.
La solution serait de definir de nouveaux objectifs visant
a satisfaire dabord les besoins locaux, tout en garantissant aussi bien les
investissements (tant par les nationaux que par les etrangers) que les exportations.
Ainsi, le Congo devrait viser lamelioration des industries dexploitation des
matieres premieres ainsi que limplantation des usines de transformation de nos
propres produits bruts, en produits finis, lesquels seraient destines a lexportation
et a lusage local en fonction des besoins.
Il est difficile davoir actuellement des reperes
economiques fiables au Congo, etant donne que le secteur de linformel a pris le
dessus sur leconomie formelle. Nous voulons pour exemple la production du diamant et
de lor. Si les industries nationales sont chaotiques, la production artisanale
exploitee par des nationaux et des etrangers continue et echappe au controle
gouvernemental. Un autre exemple est celui des echanges monetaires qui se font dans les
rues (Wall street) et non dans des banques. Par ailleurs, en rapport avec la politique
economique du gouvernement actuel, plusieurs questions brûlent nos esprits, notamment:
· le changement de la monnaie paraît comme une des
priorites du gouvernement Kabila. A quoi servirait-il, actuellement, alors que le tissu
economique est completement detruit ? La nouvelle monnaie ne suivrait-elle pas le cursus
de la precedente, les memes causes produisant les memes effets ? Nous pensons que nous
ferions mieux de nous atteler dabord a rehabiliter nos moyens de productions et a
motiver les congolais au travail, afin de redresser leconomie du pays. Le changement
de la monnaie devrait intervenir dans la phase de croissance economique.
· Est-il plus avantageux de revenir dans la zone "
franc " par rapport a lindependance quoffrait le zaire monnaie, quitte a
ameliorer le tissu economique du pays ? Nous interpellons, ici, les economistes
monetaristes congolais pour apporter la lumiere sur cette matiere.
Tous ces problemes, tres complexes seront debattus lors de
nos prochains colloques et nos reflexions seront publiees des que possible.
V. LES REALISATIONS POSITIVES DU GOUVERNEMENT KABILA
En depit de la guerre qui se poursuit a lEst du
pays, le gouvernement actuel a su remettre un certain ordre dans les secteurs publics.
Ainsi, on note:
· la cessation des tracasseries inutiles aux aeroports;
· laugmentation, selon le gouvernement Kabila, des
recettes de lEtat grâce a une organisation et a un controle rigoureux de perception
de differentes taxes;
· le controle de linflation;
· le debut des travaux de reparation de routes et le
debouchage des caniveaux dans la ville de Kinshasa.
Nous attirons toutefois lattention du gouvernement
sur le fait que les realisations positives ne devraient pas etre ponctuelles comme
cetait le cas pendant la 2eme republique.
Laugmentation des recettes de lEtat ne peut
etre benefique pour la population que sil y a un systeme de controle qui veille a
laffectation correcte des fonds recoltes. En ce qui concerne les travaux de
reparation de routes, toute conclusion actuelle serait trop hâtive; car on a besoin
dun recul suffisant pour sassurer de la poursuite des travaux ainsi que de la
maintenance. A propos du controle de linflation, signalons tout de meme que le
pouvoir dachat de la population reste inchange. Sur ce, au niveau du consommateur,
on ne peut pas reellement parler damelioration pour le moment. De plus, ce controle
de linflation paraît etre base sur une politique de retention des billets de banque
au depens du paiement des salaires des employes et des dettes interieures. Doù, la
prudence simpose avant de pouvoir conclure a une realisation positive.
VI. QUE PROPOSONS-NOUS POUR REMEDIER A LA CRISE ACTUELLE
AU CONGO?
1. Du cadre institutionnel democratique: Le peuple
congolais a besoin dune charte democratique et de realisations concretes qui
puissent créer le contexte dans lequel le vrai changement peut soperer. Sur ce, le
GICB demande:
1. La formation dune assemblee constituante
representant toutes les couches de la population (ecrivain, historiens, journalistes,
medecins, juristes, economistes, ingenieurs, artistes, politiciens, etc.) dont les membres
devraient etre mandates par les differents groupes de la societe civile et des partis
politiques;
2. Lelaboration sur base des resolutions de la CNS
et de la Constitution de Luluabourg (qui pourront beneficier damendements
circonstanciels adaptes aux realites actuelles), ladoption par voie referendaire et
la promulgation dune constitution democratique, garantissant les droits de
lhomme et applicable a tout le monde sans exception;
3. La creation dune assemblee representative du
peuple ;
4. Le respect de lindependance du pouvoir judiciaire
;
5. La creation dun conseil dEtat, garant de la
bonne application de la loi republicaine.
2. De la formation du gouvernement de transition: le GICB
suggere:
· la formation dun gouvernement de large union
nationale incluant les principaux partis dopposition radicale (UDPS, PALU, PDSC, FP,
etc.), sans debauchage individuel de leurs membres. Lexclusion des autres partis
ayant lutte pour le changement est une politique disolement, de division et de
destruction dautres courants didees. Cette strategie, largement exploitee par
le systeme Mobutu, na nullement sa place dans un processus democratique. La
credibilite du gouvernement passe absolument par un consensus national.
· la signature dun pacte democratique entre les
differents partis politiques dopposition a lancien regime et lAFDL,
definissant les modalites de participation de differents partis politiques dans le
gouvernement de transition. On eviterait ainsi limmense perte denergie
engendree par des conflits et tensions politiques. Il nous convient de souligner que ceux
qui ont pris le pouvoir par les armes nont pas plus de merite que ceux qui ont lutte
par la non violence.
3. De la nationalite et la presence des etrangers dans le
sillage politique: La presence de certaines personnes considerees comme etrangeres aux
commandes du pouvoir cree un malaise au sein de la population congolaise. Il sagit
notamment de Monsieur BIZIMA, ministre des affaires etrangeres et de Monsieur BUGERA,
secretaire general de lAFDL. Nous souhaitons obtenir des eclaircissements publics
concernant la nationalite de ces deux personnalites considerees par la population comme
des tutsis Rwandais. De plus, le GICB propose:
· que le probleme crucial de la nationalite des habitants
des zones frontalieres avec le Congo, non resolu par le regime Mobutu, soit eclairci une
fois pour toute par une institution congolaise competente dans le respect strict de la
loi;
· que laccessibilite a la nationalite congolaise
soit soumise a une procedure juste et stricte. Une reponse claire devra etre trouvee a la
question de savoir si la nationalite zairoise doit rester exclusive ou non? Dans chaque
cas, on devra peser minutieusement le pour et le contre, tout en prevoyant des garde-fous
afin deviter les abus;
· que les personnalites dorigine zairoise ayant
acquis une nationalite etrangere, soient exclues des postes de responsabilites politiques.
Plusieurs cas entrant dans cette categorie sont
actuellement constates;
· que les etrangers ne soient pas autorises a exercer des
activites politiques ou des fonctions de commande dans dautres leviers du pouvoir.
Tous ces problemes doivent etre debattus par
lassemblee constituante avec beaucoup de serieux.
4. De la debaptisation du pays: nous proposons que la
debaptisation du pays ainsi que le changement de ses emblemes, se fassent par voie
referendaire ou apres avis dune assemblee representative du peuple. En effet, il est
normal et juste que le peuple se prononce definitivement sur lappellation du pays
afin deviter que surviennent plus tard des changements intempestifs en fonction de
differents presidents.
5. Des biens supposes mal acquis durant la 2eme
Republique: Le GICB propose :
· larret immediat des saisies anarchiques et
arbitraires des biens des nationaux, operees par le gouvernement actuel ou avec sa
complicite.
· la mise en place dune procedure judiciaire
independante et correcte pouvant instruire chaque cas et prendre legalement des mesures
appropriees.
· la mise en place dune institution competente de
letat pouvant decider de laffectation eventuelle des biens mal acquis.
6. De la securite: linsecurite des biens et des
personnes a ete accentuee par la presence des jeunes militaires parmi lesquels certains
ont subi de graves traumatismes psychiques (atrocites vecues lors du genocide au Rwanda)
et qui a defaut dun reel adversaire, ont massacre sans vergogne la population deja
meurtrie par les 32 ans de dictature. Ces militaires, mineurs pour la plupart, nont
aucun respect pour la vie humaine et doivent etre internes, reeduques ou soignes. Ainsi le
GICB propose :
· la formation dune armee nationale apolitique
capable de controler et dassurer lintegrite de nos frontieres ainsi que la
mise en place dune police competente pour assurer la paix et lordre dans les
villes;
· lincorporation de tous les militaires de
lex-FAZ dans larmee congolaise, dans le respect strict des droits de
lhomme. Nous condamnons et deplorons le massacre des militaires desarmes de
lex-FAZ, commandite par certains responsables de lAFDL;
· la suppression de recrutement des mineurs dans la
police et larmee;
· lapplication des sanctions exemplaires a
legard des agents coupables dexecution sommaires;
· la rehabilitation immediate des casernes militaires et
leur usage a des fins appropriees;
· le rapatriement de tous les militaires etrangers dans
leurs pays dorigine.
7. De lefforts de guerre: La necessite de cette
guerre reste fort controversee, mais nous nallons pas en discuter dans le cadre de
ce memorandum. Quoi quil en soit, le GICB demande:
· que lintegrite territoriale soit absolument
respectee. Le bradage et le pillage du patrimoine national par des contrats hypothequant
le developpement et lavenir de notre pays, sont a proscrire.
· que tous les contrats signes en pleine guerre soient
rendus transparents par les responsables de lAFDL et le peuple se reservera le droit
de les refuter si necessaire.
· quaucun etranger nait le privilege de
detenir un pouvoir politique, ni dexercer un pouvoir quelconque sur les Congolais
sous pretexte de leffort de guerre.
8. Du changement de mentalite: Une nouvelle culture ne
sacquiert pas seulement en imposant de nouvelles habitudes, mais aussi en adoptant
des mesures daccompagnement pour encourager la population concernee a adherer au
changement. Sur ce, le GICB propose:
· le recensement minutieux des facteurs ayant ete a
lorigine des perversions dans notre societe (corruption, vol, non respect du bien
public, culte de personnalite, pistonnage et parachutage, etc.) et la prise des mesures
correctrices consequentes. Par exemple, une politique salariale appropriee, accompagnee de
sanctions bien definies reduirait sensiblement la corruption;
· linstauration dun systeme rigoureux de
controle a tous les echelons de la hierarchie du pouvoir afin deviter la corruption
et dautres abus;
· lapplication des sanctions exemplaires envers les
recalcitrants, mais sans porter atteinte a la dignite humaine. Sur ce, nous condamnons le
systeme de flagellation utilise actuellement et proposons de le remplacer par des amandes
qui ont en plus, lavantage daccroître les recettes de lEtat.
· la rehabilitation et la depolitisation de
ladministration afin de permettre le fonctionnement de lEtat meme en
labsence dun gouvernement;
· la remise en ordre de tous les secteurs publics ainsi
que la reinstauration de leducation civique visant le respect de la nation et de
tout son patrimoine;
9. Du " panafricanisme " ou de la creation des
Etats-Unis dAfrique centrale: Nous refutons lidee du panafricanisme sous sa
forme voilee proposee actuellement, visant la recolonisation effective de notre pays par
les etrangers avec la complicite des compatriotes membres de lAFDL et fondee sur
lexploitation de nos richesses au profit de letranger.
Par consequent, nous proposons:
· que le Congo ne puisse sengager dans un tel
projet quapres avoir retrouve son integrite et sa souverainete afin deviter
que le panafricanisme ne soit un parasitisme aux depens du Congo;
· que le Rwanda, le Burundi et lOuganda soient
aussi des Etats de droit, pour la paix et la stabilite de lAfrique centrale;
· que toute union avec un pays tiers, soit subordonnee :
- au respect de la democratie et des droits de
lhomme,
- a un consensus sur des criteres economiques et sociaux
de convergence, auxquels seraient soumises les differentes parties,
- a la consultation du souverain primaire quest le
peuple.
10. Du projet de societe: le GICB suggere que tout projet
de societe puisse viser le bien-etre de la population, garantir lintegrite de notre
pays, sa souverainete, sa diversite, et mettre lhomme au centre de toutes
preoccupations. Pour atteindre ce but, il faudra:
· Letablissement dun Etat de droit,
garantissant la securite des biens et des personnes ainsi que les libertes individuelles;
· la reorganisation des structures regissant les
politiques;
· la rehabilitation, lequipement et
lorganisation dun systeme de sante garantissant les soins pour tous;
· ladoption dune politique salariale
appropriee.
· la rehabilitation et le developpement de differents
systemes de transport (ferroviaire, aerien, fluvial, maritime et routier) et des
telecommunications;
· la reorganisation de lenseignement ainsi que la
promotion de la recherche scientifique;
· le developpement de lagriculture, de
lindustrie et des sites touristiques en faisant appel aux investisseurs nationaux et
etrangers ;
· la rehabilitation des structures administratives;
· la promotion dune economie introvertie qui vise
dabord laugmentation du niveau de vie de la population congolaise;
· la promotion de la jeunesse et de la creativite dans
tous les domaines (sciences, sport, art etc.);
Cette liste nest cependant pas exhaustive et laisse
libre cours a tout esprit bien pensant.
11. De la cooperation internationale: Qu'il s'agisse de la
cooperation bilaterale ou multilaterale, de la cooperation avec un pays du Nord ou avec un
pays du Sud, l'objectif principal du Gouvernement congolais doit etre l'adoption d'une
politique de partenariat. Il s'agit deviter toute relation qui cree un lien de
dependance vis-a-vis d'un quelconque pays tiers ou d'un organisme international ou
regional. Des relations de ce genre ont hypotheque et continuent, helas, d'hypothequer la
souverainete du peuple congolais.
Pour atteindre ce but, nous estimons qu'une reevaluation
rapide et objective des politiques de relation internationale appliquees jusqu'a ce jour
par les regimes qui se sont succede au pouvoir au Congo est necessaire. Cette reevaluation
permettra de connaître de maniere plus precise les causes de nombreux echecs du passe et
de preconiser une nouvelle strategie quant a la nouvelle politique a adopter dans ce
domaine.
Concretement, il faudra:
exiger du peuple congolais lui-meme et de tous ses
partenaires un plus grand respect et une application effective des principes d'egalite et
de reciprocite dans les rapports entretenus et les accords signes.
Lancer une guerre sans merci contre toutes les formes de
complexes : de superiorite ou d'inferiorite, de la part des Congolais ou de la part de nos
partenaires. Une telle politique permettra d'accroître a la fois l'estime mutuel de nos
peuples, la confiance dans les instances internationales et la fierte nationale.
L'engagement sur cette voie demande a ce que la Republique
Democratique du Congo evite toute precipitation dans la signature d'accords, traites ou
contrats. Les interets servis dans de telles situations s'etant souvent averes etre non
pas ceux du peuple congolais - non plus d'ailleurs ceux des peuples avec qui les Congolais
sont censes entretenir des relations de cooperation - mais plutot, et tres souvent, ceux
de quelques individus ou groupes d'escrocs internationaux. Une rentabilisation de
relations que les Congolais entretiennent avec des pays ou des organismes tiers, demande
que les projets soient etudies et mûris suffisamment, avant que des engagements ne se
prennent. Nous suggerons, pour cela que, d'une part, tous les engagements internationaux
soient prealablement avalises par les representants du peuple (le Parlement), et de
l'autre, que l'expertise universitaire congolaise soit exploitee dorenavant d'une maniere
intensive et extensive par les instances decisionnelles.
Nous ne saurions enfin insister assez sur la necessite
qu'il y a de travailler a la stabilisation de la vie politique au Congo. Il est en effet
aberrant de penser a l'avenement d'une politique de cooperation internationale coherente
tant que l'ordre et la paix interieurs ne sont pas encore assures ni garantis. En effet,
l'absence de democratie, qui a caracterisee la vie politique au Congo a ce jour, est un
des facteurs majeurs favorisant la perpetuation des cooperations caracterisees par des
relations de dominateur a domine ou d'exploiteur a exploite. Seul un combat soutenu du
peuple congolais contre toutes ces formes de domination et de son exploitation, par des
nationaux et des etrangers, pourra venir a bout de cette situation.
Nous pensons donc quune revision complete de la
cooperation Nord-Sud en generale, simpose et devra etre basee sur legalite et
le respect mutuel, tout en retenant comme prealable, le respect des droits et libertes de
lhomme ainsi que letablissement dun Etat de droit.
Quant a la cooperation Sud-Sud, elle devra se soumettre
aux memes criteres susmentionnes et sintensifier, de façon a atteindre une
complementarite optimale de nos valeurs economiques, industrielles, scientifiques et
culturelles.
VII. MESSAGES PARTICULIERS
A Monsieur Laurent Desire KABILA, President de la
Republique Democratique du Congo
Il nest pas difficile detre un bon President
au Congo, quand on est successeur de quelquun qui a tout detruit et qui a meprise le
peuple. Il suffit de composer avec le peuple, lui rendre ses droits et libertes ainsi que
sa dignite, pour partir du bon pied et gagner sa confiance. Composer avec le peuple,
cest repondre positivement a ses aspirations les plus profondes, cest placer
lhomme au centre des preoccupations du pouvoir et creer un Etat de droit, une nation
unie, souveraine et democratique. Cela permettra la mobilisation de toutes les forces
vives de la nation pour la reconstruction nationale. La collaboration avec letranger
devra avoir comme but un echange des valeurs, une assistance technique et financiere et
non viser une legitimite du pouvoir, au quel cas on ne devient quune simple
marionnette dont les tireurs des ficelles peuvent se debarrasser quand on nexecute
plus les ordres donnes. La fin de Mobutu devra servir de leçon pour tout dictateur.
Diriger sans partage, cest mourir seul, en exil, abandonne, sans honneur, sans
compassion et laisser sa progeniture en difficulte, dans lerrance. Composer avec le
peuple, cest construire une nation prospere, mener une retraite paisible, chez soi,
dans le respect de tous. Tout passe, tout fini. Cependant, il nest pas encore trop
tard pour bien faire. Mais il est important de commencer son regne avec une legitimite
populaire, car le contraire ne reserve aucune surprise: cest lechec assure, le
maquis, lexil ou peut-etre...le pire.
Des institutions democratiques, un gouvernement
dunion nationale, la preservation de lindependance, de lintegrite et de
la souverainete de lEtat, la suppression de larbitraire et lorganisation
de la justice, le respect des droits de lhomme ainsi que la securite des biens et
des personnes, le changement de mentalite, un projet de societe coherent conçu pour le
peuple et par le peuple via ses representants, une gestion saine, la revision du systeme
de cooperation avec lexterieur, le sacrifice, la patience, la victoire sur
legoisme et la corruption, sont la cle de la reussite. Il ne faut pas que le peuple
dise quon a deshabille Saint-Pierre, pour habiller Saint-Paul. Le GICB invite donc
Monsieur le President Kabila et son gouvernement a changer le fusil depaule dans
linteret des fils et des filles de notre pays, le Congo, que nous voulons reellement
grand.
Aux Congolais du Gouvernement de Transition
Sil nexiste pas de gouvernement sans peuple,
il ne peut non plus exister de peuple sans gouvernement. Ainsi, peuple et gouvernement ont
la responsabilite et le devoir de promouvoir le developpement economique, social,
scientifique, technologique et politique du Congo.
Pour assurer ce developpement necessaire a la creation des
conditions qui garantiront un bien etre general du peuple, il est indispensable de faire
un bon choix de modele de societe, de disposer et de controler les instruments et leviers
du pouvoir (larmee, les services de securite, la police, la justice et les tribunaux
ne doivent pas etre entre les mains des etrangers). Il est donc temps et necessaire que le
gouvernement Kabila qui fonctionne deja sans parlement apporte des eclaircissements
publics sur tout programme de developpement quil compte initier.
Compte tenu de linsupportable fardeau de la dette
exterieure, du retard incommensurable que connaît notre pays dans le processus du
developpement et de la necessite de demarrer du bon pied une fois pour toutes, le GICB
demande aux Congolais du gouvernement de transition:
1) de creer des structures democratiques claires et
respectees par tous;
2) dutiliser les resolutions issues de la CNS comme
programme de base de la transition et dexaminer les questions traitees dans ce
document avec serieux, les approfondir et y apporter eventuellement les elements de
reponse pratiques, conformement au role assigne a lexecutif;
3) dinitier lesprit defficacite dans le
travail en stimulant les competences congolaises dans tous les secteurs vitaux de la
nation;
4) doeuvrer pour une vision nationale coherente qui
eviterait les sorties frauduleuses de fortes sommes dargent, du cafe, de lor,
du diamant, du cobalt et autres minerais vers letranger;
5) deviter lextorsion, la confiscation et
lappropriation systematique des biens des citoyens en dehors dun cadre
juridique competent;
6) deviter les mutilations des citoyens, les
executions sommaires, les arrestations arbitraires et letouffement des libertes
individuelles par linterdiction des activites des partis politiques autres que
lAFDL;
7) de combattre la corruption au haut niveau de la
hierarchie afin deviter et dempecher laboutissement de tout contrat
bidon qui hypotheque lavenir du pays;
8) de nommer des Congolais authentiques aux postes de
responsabilite dans larmee et dans les services de securite. Le Congo regorge de
nombreuses competences en la matiere et na nullement besoin dutiliser en
priorite celles de ses voisins;
Tout doit etre fait pour mettre lhomme congolais au
centre des preoccupations des institutions socio-economiques du Congo.
Nous pensons que si le gouvernement en place narrive
pas a garantir les droits et libertes reconnus universellement, la population finira par
remettre la credibilite de ce nouveau regime en cause, une nouvelle guerre de liberation
ne sera donc pas impossible. La consolidation du pouvoir ne peut se faire que par le
respect de la loi. Cette loi encore inexistante est attendue par tous les Congolais. Ces
lois garantiront les institutions de la Republique dans le seul but de creer une harmonie
entre les actes, les droits et les libertes de chaque citoyen. La confiance se merite et
celle-ci ne sera accordee au gouvernement par le peuple que dans la mesure où les
nouvelles autorites oeuvreront pour le bonheur du citoyen.
Aux Intellectuels Congolais en general
Quand on se refere a lhistoire de notre pays, on
constate quil existe une volonte malveillante affirmee et deliberee de
lexterieur (les puissances etrangeres) a bloquer la mise en place et le
fonctionnement des institutions democratiques stables (cf. aperçu historique). Nous
savons tous quavec la benediction des USA, de la Belgique et dautres
puissances occidentales, Monsieur Mobutu sest hisse a la tete du pays par un coup
dEtat le 24 novembre 1965. Devenu " lincontournable " interlocuteur
de la communaute internationale, le President Mobutu tiendra la tete du pays jusquau
16 mai 1997 avec le soutien total et inconditionnel des puissances occidentales. Monsieur
Mobutu ne rencontra aucun opposant valable aux yeux de ses sponsors, malgre les derives
dictatoriales, le manque ou labsence de base populaire democratique. Nous savons
tous aujourdhui que le meme monde international sindigne et denonce
lampleur des degâts commis par ce pouvoir qui navait pour legitimite que les
honneurs de leurs salons en Occident. Conscients des " dommages " subis par le
Zaire durant toute la periode de la guerre froide, certains pays feront semblant
daccompagner les travaux de la CNS. Vient alors le blocage des resolutions de la CNS
en 1992 par monsieur Mobutu et les refus des USA et dautres puissances exterieures
dappuyer la dynamique des resolutions issus des travaux de la CNS, alors que pour
plusieurs (si pas la majorite) de nos compatriotes, cetait la les meilleures voies
pour conduire la nation zairoise dans la paix et la reconciliation a des lendemains
meilleurs.
Lorsquapprocha la fin du regne de Mobutu, le peuple
zairois neut pas loccasion de se choisir un nouveau President. Les Etats
democratiques et " pacifiques " comme les USA, lAfrique du Sud et tous
ceux qui avaient base leurs troupes au Congo-Brazzaville lors de loffensive des
hommes de Monsieur Kabila, ont prefere privilegie la " guerre de liberation " a
la "liberation par la negociation et le dialogue " preconise par la CNS. En
effet, malgre la presence de Monsieur Mobutu a la tete du pays depuis pres de trente-deux
ans, le processus democratique etait deja avance et le regne de lex-President
touchait sûrement a sa fin. Le compatriote Mbokolo Elikya ne faisait-il pas remarquer
tout recemment dans le journal le monde que tous les changements au Congo ont toujours eu
lieu par la violence?
Violence dont le Congo est victime depuis pres dun
siecle et qui risque de se perenniser si nous, fils du pays, ne prenons pas nos veritables
responsabilites. Ainsi, qui pouvait imaginer quapres une pseudo-guerre imposee au
Zaire et la victoire de lAFDL, un systeme calque sur le precedent serait de nouveau
impose au peuple Congolais? Un depute Belge declarait aussi tout recemment ce qui suit:
" noublions pas que lAfrique est notre jardin extraordinaire ". Oui,
chers compatriotes, "jardin extraordinaire " car le Congo est actuellement un
pays sans loi ni cadre juridique. Allons-nous contribuer a la realisation de ce voeu sans
combattre? Pour survivre, les Congolais doivent developper dautres reflexes, ils
doivent chercher a comprendre et a cerner les differents mecanismes qui ont conduit le
pays a ce niveau. Une fois de plus, le choix de notre avenir et celui de nos enfants
sinscrit dans ce nouveau champ de bataille. Sans chercher a occulter les aspects
negatifs des differentes cooperations que nous entretenons avec les pays occidentaux
(France, Belgique) et plus specialement avec les USA, nous devons reconnaître que les
executants congolais qui se trouvent au bout de la chaîne ont toujours tire leur
legitimite sur les intellectuels.
Si nous avons la conviction que lintellectuel
congolais est un etre pensant dote dun minimum dintelligence, alors, il est
plus que temps que ce dernier prenne ses vraies responsabilites dans la societe
congolaise.
Nous avons la conviction aujourdhui que les
Americains et les entreprises multinationales evitent, a tout prix, larrivee des
nationalistes congolais au pouvoir. Ainsi, selon les interets vises, les Americains
procedent a des etudes approfondies des personnalites a propulser au pouvoir. Il y a
trente-deux ans, cetait Mobutu qui fut choisi pour servir ces interets par
opposition a Lumumba et aujourdhui cest Kabila qui a ete identifie pour servir
les memes interets. Le modele utilise est simple et reste le meme: au pouvoir du canon est
associe le pouvoir politique.
Cest le cas de Mobutu, mais aussi celui de Kagame et
de Museveni. Dans cette logique, il ny a pas de pouvoir politique sans pouvoir
militaire.
Lumumba, Tshisekedi, Kasa-Vubu font partie de cette
derniere categorie. Mobutu etait lincarnation dun systeme qui a tenu pendant
pres de trente-deux ans grâce a cette strategie et a lappui tant des Americains que
des intellectuels opportunistes congolais. Le Mobutisme netait rien dautre
quun systeme de pyramide concentrique dont le sommet etait reserve aux USA et aux
autres pays occidentaux influents, suivis directement du President Mobutu puis enfin des
dignitaires du regime. Le peuple zairois ne comptait pas . Il est donc logique que le
President Bill Clinton ait pense a remercier particulierement le President Mobutu, a son
nom propre, a celui de ses predecesseurs et des Etats-Unis a la fin de son regne sur
lex Zaire. Il est aussi tout a fait logique que Mobutu ait ecrit personnellement au
meme Bill Clinton pour lui confirmer sa volonte de quitter le pouvoir (declaration de
Kamanda wa Kamanda dans le journal "le soft " du 19 au 25 septembre 97). Mort,
Mobutu laisse tout le benefice de son travail aux memes americains et ses avoirs a la
merci des banques ou societes occidentales.
Le Kabilisme a pour maître les memes Etats-Unis et il est
possible de mettre, avec une certaine nuance, en evidence un parallelisme avec le
Mobutisme; car depuis loffensive doctobre 1996 a lEst du Zaire
jusquaux dernieres revelations de Kagame (Washington post); il savere que
cest Kagame qui experimente la nouvelle strategie americaine dite du "cercle
". Nous savons tous aujourdhui qui ont deverse des millions de dollars pour
acheter les consciences tant militaires que politiques au nom du " soft-land "
ou de leurs interets propres.
En effet, les differentes declarations de Kagame prouvent
que ce dernier lance une offensive politique. Sappuyant sur la guerre, il decide
daffaiblir Kabila a linterieur du Congo tout en sassurant de la
benediction de lOuganda, de lAfrique du Sud et du Burundi. Peut-on parler de
lencerclement politique? A terme, cette strategie devra conduire ou aboutir a la
creation des Etats-Unis des grands lacs. Ici, cest lOuganda qui devient
lartisan principal.
Contrairement a la strategie de pyramide concentrique où
le president Mobutu avait encore la liberte de controler certains leviers du pouvoir
(armee, securite et son cortege de Rwandais), le president Kabila lui, est au centre du
cercle sans pouvoir reel. Ceux qui gravitent sur les differents cercles concentriques
interagissent avec lexterieur sans que Monsieur Kabila ne soit au courant. Bizima
Kahara, Deogratias Bugera seraient fort probablement deux de ces electrons mobiles
susceptibles de changer de couches a volonte. Incapable, pour le moment, de controler ses
allies Rwandais, le president Kabila devient un vrai prisonnier, un otage, hypothequant
ainsi la souverainete et lindependance nationales.
Intellectuels Congolais, les grandes realisations
politiques, economiques, sociales, scientifiques, technologiques et militaires dont reve
le Congo se trouvent entre nos mains. Nous faisons donc appel a toutes les categories de
nos intellectuels: les perseverants, les patients et les impatients, les inventifs et les
intuitifs, les travailleurs et les paresseux, les habiles et les malins de toutes les
tendances confondues, a sinstruire de lhistoire de notre pays, de nos peuples
et de lheritage que les trois personnes-cles (de 1960 a 1997), Lumumba, Kasa-vubu et
Mobutu, ont legue au Congo. Nous avons les moyens darreter ce cercle vicieux. La
solution passe par un eveil de conscience, la comprehension des jeux et enjeux
politico-economiques, la confiance en soi et lhonnetete afin de construire un
veritable etat de droit. Le courage, lesprit dabnegation et le renoncement aux
interets personnels seront le prix de cette reussite.
A la Communaute Internationale
Le GICB propose que toute reprise de la cooperation
dEtat a Etat, soit subordonnee au respect de la democratie dans notre pays. De plus,
il demande linstauration dune cooperation basee sur le partenariat. En
soutenant les regimes dictatoriaux en Afrique, lOccident et plus specialement les
Etats-Unis dAmerique, la France, la Grande Bretagne et la Belgique, ont contribue et
favorise le dechirement du tissu economique du Zaire dans le seul but de pouvoir
seriger en sauveurs dans notre pays et deviter laccession dun
democrate au pouvoir. La democratie qui etait une condition sine qua non de reprise de la
cooperation avec le gouvernement Mobutu, ne semble plus un souci pour la communaute
internationale, concernant le gouvernement Kabila. Ce constat malheureux doit inviter les
nations concernees a revoir leurs politiques africaines avant quil ne soit trop
tard.
En resume, la reprise de la cooperation dEtat a
Etat, dans le contexte actuel, ne peut que renforcer la dictature et freiner le processus
democratique qui na que trop souffert. Nous pensons donc quune revision
complete de la cooperation euro- et americano- congolaise en generale, simpose et
devra etre basee sur les principes degalite et de respect mutuel.
Le GICB propose aux personnes physiques ou morales
desireuses daider le peuple meurtri du Congo, dadopter la filiere des
organisations non gouvernementales, en attendant lavenement dun Etat de droit.
Cette solution nest certainement pas la meilleure pour lavenir du pays mais
elle paraît comme la moins mauvaise.
Le GICB attend des pays Occidentaux se disant amis du
Congo, un soutien a tout processus concourant a letablissement de la democratie et
linstauration dun Etat de droit au Congo, dans le respect strict de la vie
humaine avec tous ses droits et libertes, conditions primordiales pour le developpement de
ce grand pays aux multiples potentialites.
Le GICB denonce le pillage systematique du patrimoine
national par des contrats obscurs que les responsables de lAFDL ont signes avec
leurs partenaires etrangers, durant la derniere guerre au Zaire. Le peuple congolais dont
nous faisons partie, se reservera le droit de revoir et au besoin de refuter ces contrats
le moment venu. Nous pensons que le peuple congolais nest plus dupe et est bien
conscient de la maffia internationale dressee contre lui. La poursuite de cette politique
dexploitation sans partage est une vraie bombe a retardement. Il faut donc une
politique adequate pour un equilibre plus durable dans nos pays et une securite optimale
des investissements a realiser.
Le GICB deplore le cynisme des organismes financiers
internationaux envers les peuples du tiers monde en matiere de prets et de programme de
redressement economique.
En effet, aucun programme de redressement exige par le
Fonds Monetaire Internationale (F.M.I.) aux pays en voie de developpement na conduit
a lamelioration des conditions de vie des populations concernees. En effet, malgre
la responsabilite ecrasante des pays industrialises dans la faillite et lechec des
democraties africaines, les technocrates, les financiers du F.M.I., de la Banque Mondiale
continuent a imposer, de façon deliberee, des programmes inutiles et ruineux a nos
gouvernements. Le remboursement de la dette est par contre soumis a des conditions
draconiennes avec des interets bien substantiels. Cest pourquoi, une revision totale
de la politique de loctroi et de lacquittement des dettes est a envisager, en
tenant compte de realites propres des pays en voie de developpement et danalyses
realisees par leurs propres experts pour autant quil sagisse dEtats de
droit. Nous faisons remarquer que le choix du modele de developpement pour les pays en
voie de developpement reste complexe en raison de linference des facteurs a
caractere politique, socio-economique, culturel et geographique.
Le GICB denonce la passivite de lONU devant les
morts africains qui contraste avec sa motivation particuliere quand il sagit de
denombrer ces morts. LONU ne peche-t-elle pas par une non assistance des personnes
en danger?
Concernant lenquete sur le massacre des refugies
hutu au Congo, nous pensons que lONU na jamais assume correctement ses
responsabilite pour des raisons propres aux puissances qui la gouvernent. Quil
sagisse du genocide des tutsis et des hutus moderes au Rwanda ou de la "
presumee " extermination des refugies hutus au Congo, la demission de lONU a
ete manifeste. Dans ce dernier cas, elle a prefere privilegier sous le poids des USA
lavancee des troupes de Monsieur Kabila et allies par rapport a la vie des refugies
et des Congolais morts durant la guerre de lex-Zaire.
Le deploiement de la force dinterposition au Congo
pour sauver les refugies et les Congolais en detresse, ne signifiait-il pas la perte des
contrats miniers ? Cette enquete nous paraît plus comme un moyen de chantage contre le
President Kabila afin de le maintenir en position de faiblesse, condition ideale pour
gagner les meilleurs marches au Congo.
Le GICB propose une restructuration du fonctionnement de
lONU de maniere a etre plus efficace dans la prevention et la limitation des degâts
humains que dans les bilans statistiques des morts en Afrique et partout dans le monde.
A la population congolaise
Chers compatriotes, vous avez lutte pour sortir de la
prison, alors ny restez pas parce quon vous promet uniquement dameliorer
vos repas ou vos conditions de detention. Nayez pas la memoire courte. Vous avez
toujours lutte pour un Etat de droit, pour le respect des droits de lhomme et de la
democratie, pour une meilleure gestion de notre pays et pour sa souverainete.
Noubliez donc pas vos objectifs principaux quelles que soient les realisations qui
seront faites par les forces qui nous gouvernent actuellement.
L'homme est un etre intelligent et c'est ce qui le
distingue d'un animal.
Il peut prevoir, prevenir des situations futures. Donc, il
pense, il peut exprimer ses idees et peut prendre des decisions devant differentes
situations en toute liberte. Sans ce comportement "intelligent", on n'est pas
different d'un animal.
Nous avons tous remarque, a travers toutes les peripeties
que notre pays a connues, que notre comportement n'a jamais ete guide par la raison, mais
plutot par le sentiment tribal et egoiste. Tout ce que nous vivons est en grande partie,
la consequence de notre propre comportement. Cessons donc de culpabiliser entierement les
autres. Nous sommes egalement artisans de ce desastre car nous laissons souvent agir les
destructeurs et les opportunistes pendant longtemps au profit de nos interets personnels
et au detriment des interets collectifs ou tout simplement par la passivite et
lindifference. Nous ne devons, en aucune maniere, oublier les objectifs de notre
lutte.
Pourquoi avions-nous chante et danse pour Mobutu ?
Pourquoi avions-nous combattu Mobutu ?
Pourquoi avions-nous applaudi Kabila (alors rebelle)
pendant son avancee vers Kinshasa?
Pourquoi nous plaignons-nous aujourd'hui ?
Que voulons-nous en tant qu'etres humains ?
Que voulons-nous pour notre pays ?
Chers compatriotes, recherchons notre liberte, nos droits,
les interets de notre pays. Engageons-nous dans tout groupe (politique ou autre) qui se
bat pour atteindre ces objectifs.
Pensons a notre progeniture et leguons-lui les meilleures
conditions, afin qu'elle jouisse de ses libertes, de ses droits, ainsi que de richesses du
pays.
Pensons a notre nation et protegeons-la contre les
envahisseurs, les spoliateurs, bref protegeons notre souverainete. Car sans elle nous
n'existons pas.
Chers compatriotes, ne suivons que les leaders qui
fonctionnent dans le sens de nos objectifs : la recherche d'un Etat de droit, souverain,
democratique et prospere, dans lequel lhomme congolais pourra retrouver sa dignite,
sepanouir et vivre paisiblement.
Notre ennemi, c'est toute personne, tout pays quel qui
soit, qui soutient tout processus nous empechant de jouir de nos droits et libertes.
Sachons que lorsque le pays plonge dans le gouffre, chacun
de nous a une part de responsabilite de part son comportement et non seulement les
gouvernants.
Ceux qui choisissent de se mettre a lecart comme
observateurs passifs, choisissent egalement detre diriges comme des brebis vers
lavenir que nous imposent nos politiciens. Nous avons chacun un mot a dire et, de
grâce, ne sombrons pas dans un silence complice.
Aux Confessions religieuses
Dans levangile selon Saint Marc (9,38-43, 45,
47-48), Jesus repondait a son disciple Jean en ces termes:
" Ne lempechez pas, car celui qui fait un
miracle en mon nom ne peut pas, aussitot apres, mal parler de moi. Celui qui nest
pas contre nous est pour nous.
Et celui qui vous donnera un verre deau au nom de
votre appartenance au Christ, amen, je vous le dis, il ne restera pas sans recompense.
Celui qui entraînera la chute dun seul de ces
petits qui croient en moi, mieux vaudrait pour lui quon lui attache au cou une de
ces meules que tournent les ânes et quon le jette a la mer.
Et si ta main tentraîne au peche coupe-la. Il vaut
mieux entrer manchot dans le royaume de cieux quentrer avec ses deux mains dans la
gehenne, la où le feu ne seteint pas.
Si ton pied tentraîne au peche, coupe-le. Il vaut
mieux entrer estropie dans la vie eternelle que detre jete avec tes deux pieds dans
la gehenne.
Si ton oeil tentraîne au peche, arrache-le. Il vaut
mieux entrer borgne dans le royaume de Dieu que detre jete avec tes deux yeux dans
la gehenne, la où le ver ne meurt pas et où le feu ne seteint pas " .
Comme vous lavez certainement remarque, Jesus parle
de tous les organes avec lesquels lhomme exerce un pouvoir sur les autres. Jesus ne
parle pas de loreille. Ainsi, vous qui savez ecouter les cris du peuple et qui avez
un pouvoir de la parole, oeuvrer pour lavenement dun pouvoir qui ne reposera
pas sur la misere du peuple (comme cela fut le cas sous le feu president Mobutu) mais sur
son bonheur. Nous vous demandons tout simplement de faire ce que vous croyez etre juste et
de servir Dieu et sa descendance selon la verite car lhomme est un investissement
valable dans le temps et ce temps est tres court. La moyenne pour un Congolais nest
que de quarante huit ans.
Memorandum lu et adopte par lassemblee generale du
21 Decembre 1997.
Pour le GICB
Les membres du Comite Executif Elargi
BENA, BOMBIL Fataki, LUBAKI, LUKANDA Mwamba, LUNIANGA
Lunkufi, MASUKIDI Lele Sadi, MOKA, MOTOKO, MUZIGWA, NGUZ, ZAGBA Mongalima
Lunkufi Lunianga (lulunian@vub.ac.be ) |