| La racine du mal
congolais |
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| Jérémie Lubaki |
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La victoire de l'Afdl le 17 mai 1997 était
unanimement saluée comme celle du peuple congolais sur la tyrannie mobutienne. A
l'unisson, la communauté internationale (à l'exception de quelques mentors occidentaux
du défunt Maréchal-président) et le peuple congolais ont cru aux lendemains qui
chantent, que les nouveaux maîtres du Congo n'ont eu de cesse de leur promettre tout au
long du périple qui les a conduit de Goma à Kinshasa en 7 mois.
Cette crédulité générale, due sans doute à la volonté d'exorciser le plus rapidement
possible les démons du passé et d'engranger des parts de marché dans cet énorme Congo
aux potentialités inestimables, a conduit les parties concernées à fermer les yeux sur
les signes avant-coureurs d'une dictature en gestation.
Que Laurent Kabila s'autoproclame Président de la République et interdise d'activités
toutes les forces politiques de la résistance intérieure, son sans abolir les
institutions politiques de la transition? une frange de l'opinion nationale, celle-là
même qui réclamait à cor et à cri la tenue de Conférence nationale souveraine,
applaudit en traitant leurs anciens compagnons de lutte d'empêcheurs de la reconstruction
nationale et de mobutistes.
Que Kabila s'arroge tous les pouvoirs d'Etat (exécutif, législatifs et judiciare) en
nommant aux postes les plus importants de la République des étrangers et ses frères de
tribu (pour la plupart incompétents), batttant au passage tous les récords établis par
le "Guide éclairé" en la matière? Cette même opinion rassure en arguant,
comble d'ignominie, que les autres Congolais avaient dirigé le Congo sous Mobutu et
avaient échoué dans leur gestion et que maintenent c'est à eux, les Balubakats, de
diriger et de profiter des déniers publiques. Voilà que la gestion du pays se concoit en
termes de tribus...
Que la pléthore de services de renseignements de l'ancien régime reprenne du service en
s'acharnant sur les honnêtes gens comme par le passé? Les "révolutionnaires
invoquent la nécessité de "démasquer les mobutistes".
Quant à la communauté internationale, elle prône, elle, la patience vis à vis de cette
"jeune nation" qui doit encore se remettre des 32 ans de la gabégie mobutienne;
pour ce faire, une dose d'autoritarisme est nécessaire...Et qui a dit que l'histoire
n'était pas un éternel recommencement? Jadis, le colonisateur justifiait son
paternalisme, qui est pour beaucoup dans l'émergence des "Pères de la Nation"
et autres "Libérateurs", en invoquant la même raison.
Cette complaisance face à la dérive dictatoriale du régime de Kabila est sans aucun
doute à la base de la crise qui sévit aujourd'hui au Congo; elle a empêché les
Congolais de réagir éfficacement au danger qui les guettent depuis très longtemps et
dont les répercussions risquent de conduire au démembrement du pays.
En effet, la colonisation autoritaire et paternaliste belge au Congo a produit le régime
dictatorial de Mobutu, dont la survie ne dépendait que de ses parrains occidentaux.
L'édification de l'Etat qui aurait dû être réalisée par la création des institutions
fortes ne l'a pas été. Dés lors, le Zaire de Mobutu ne pouvait être qualifé de
véritable Etat et tout conflit armée pouvait facilement déboucher à l'éclatement du
pays. Ce danger a néanmoins été identifié par la majorité du peuple congolais qui, en
imposant à Mobutu la tenue de la Conférence nationale, a voulu le conjurer. La remise en
cause des acquis de ces assises par Kabila n'a fait que fragiliser l'existence de notre
pays.
Ceci est d'autant plus vrai qu'à la pléthore des vautours (certaines puissances
occidentales et compagnies multinationales) qui ont toujours jeté leur dévolu sur notre
pays en faisant semblant de le soutenir, s'est ajoutée une composante plus dangereuse
encore: certains pays limitrophes pauvres et surpeuplés mais bien soutenus.
C'est pourquoi, le gouvernement actuel doit renoncer au nationalisme de circonstance qu'il
affiche pour le momment et revenir au schéma national, revu et corrigé; l'avenir de
notre pays en dépend.
Jérémie Lubaki
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