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La crise du Congo-Kinshasa - une guerre pourquoi faire
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Michel Kulumba et Alphonse Kapumba
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Le commentaire de Gérard Papy dans La Libre Belgique du 17 août a retenu notre attention et constatons malheureusement que ne sont pas nombreux ceux qui pensent comme lui. Et pourtant il reflétait la pensée des grandes puissances occidentales.

Oui, les Congolais sont maîtres de leur destin ! mais en temps de guerre exclusivement. Ce qui se passe au Congo Démocratique actuellement est évidemment condamnable pour plusieurs raisons. Il s’agit avant tout d’une violation d’un pays par deux autres, le Ruanda et l’Ouganda pour ne pas les citer. A la demande de L.D. KABILA de condamner cette attaque par les Nations Unies, aucune nation n’a répondu et les 15 membres se contentant de dire qu’il fallait une solution médiatique. Le monde assiste et attend impatiemment de voir qui de Kabila ou des rebelles aura le dernier mot, sans se soucier de l’intérêt du peuple congolais.

La rébellion soutenue ouvertement par les gouvernements ruandais et ougandais est décidée à renverser le régime KABILA, pour cause selon elle, de népotisme, de tribalisme, de dictature, le dissident BIZIMA déclarant même que Kabila aurait fait en un an ce que Mobutu a fait en trente deux ans.

Mais alors comment accepter qu’un chef de l’Etat fut-il autoproclamé, jouissant ostensiblement du soutien incontesté de son peuple, soit écarté de manière brutale, au vu et au su de ceux-là même qui prétendent aider le peuple africain en général, et congolais en particulier.

‘Kabila n’est peut-être pas l’homme qu’il fallait à cette place’, dixit le Ministre de la Coopération français. Tout simplement parce que c’est un nationaliste qui se soucie avant tout de l’intérêt de son peuple.

L’un des corollaires de cette crise est inéluctablement la naissance de la "ruandophobie ". C’est d’autant plus grave que la coexistence à l’Est du Congo-Kinshasa sera de plus en plus meurtrière et les éventuels nouveaux dirigeants devront savoir gérer ce problème. En outre l’on risque de connaître toujours le même scénario : qui veut renverser le régime congolais doit avoir d’abord le salut et le soutien du Ruanda et de l’Ouganda ou d’un autre pays. Dans ces conditions, la recherche de stabilité dans la région des Grands Lacs, de l’intégrité territoriale des pays concernés, d’une entente mutuelle des peuples, réside dans le monde de l’utopie. Il va régner dans les frontières un sentiment de haine entre les peuples s’ajoutant ainsi au problème d’identité.

Le peuple congolais, comme tout autre peuple d’ailleurs, ne pourra jamais accepter l’intrusion des étrangers malveillants sur son territoire. Il est évident que le patriotisme, le nationalisme ont fait pour un temps s’éclipser les différentes dissensions au sein de la grande patrie congolaise. La preuve est le soutien du peuple congolais à son président, L.D. KABILA. Ce qui veut dire aussi que ce dernier n’aura pas la partie facile une fois sorti de cette crise. C’est alors que le peuple lui demandera de partager avec lui, d’accepter l’activité des autres forces politiques et de créer sérieusement des solides structures pour la démocratie. Au bénéfice d’un nouveau départ, il y a donc urgente exigence d’une réconciliation nationale (qui n’enjambe pas les étapes d’une vraie réconciliation) et la mise en place d’une constitution.

En un an, certes il n’était pas facile de tout refaire. Les quelques bribes de changement ont fait comprendre aux kinois que réellement, c’est l’homme qu’il fallait. Mais personne ne pardonnera jamais à Kabila si d’aventure, il ne se doterait pas d’une forte armée, si d’aventure la sécurité du pays reposerait sur des étrangers, si d’aventure la sécurité aux frontières ne serait pas assurée par les congolais eux-mêmes et si d’aventure son entourage ne serait représentatif du peuple congolais.

En fait le peuple congolais ne laissera plus personne diriger le pays comme l’aura fait MOBUTU. Il est capable de se soulever spontanément, bravant ainsi la peur, l’autorité, sans se soucier des conséquences. Il aspire à la démocratie, il veut se faire entendre, il veut décider de son destin, de ses dirigeants, il veut que de lui émanent tous les pouvoirs. Et c’est comme cela que tout homme public congolais doit l’entendre.

Essayons de mener une réflexion relative à cette démocratie.

Pour le Congo, en particulier et l’Afrique sub-saharienne en général, nous voudrions lier identité et démocratie, ce qui nous permettra d’y comprendre le processus démocratique.

Pour l’Afrique, se posent encore des problèmes des identités nationales et conventionnelles constituées à partir d’un ordre constitutionnel. On pourrait reposer par delà la conférence de Berlin de 1885 la question des identités conventionnelles et nationales ; des questions épineuses comme celles de génocide, de luttes d’épuration ethnique pourraient faire l’objet d’un approfondissement.

Pour notre part, il y a deux façons de comprendre l’identité africaine sub-saharienne. D’une part, les africains s’accrochent à comprendre leur identité par une certaine assomption culturelle et par référence à leur histoire. D’autre part, ils considèrent la colonisation comme un moment de choc constitutif de leur identité.

En articulant l’identité et la démocratie, notre point de vue entend indiquer que la démocratie telle qu’elle est initiée en Afrique n’a pas de lendemain si elle s’avère ahistorique et reproductive. Parce que d’une part, tous les principes de la démocratie dérivent de deux conceptions historique et occidentale de la démocratie et ne s’enracinent pas toujours dans les idéaux des membres de la communauté africaine. Et d’autre part , elle est devenue affaire de petits groupes qui s’empoignent pour des intérêts partisans sans rapport avec le peuple : Tout pour le chef et son entourage familial, la majeure partie des cas, et rien pour le peuple. Et il s’agit en général d’oligarchie, la démocratie étant un système politique dans le quel la souveraineté procède de l’ensemble des citoyens. Le déficit majeur des démocraties africaines est dans le fait de la transposition et de l’importation des principes démocratiques occidentaux. Il ne peut exister une démocratie par contagion. C’est cette illusion démocratique à l’occidentale que soutiennent les leaders politiques et qui font rêver le peuple sur le principe d’égalité institutionnellement ancré mieux exalté par la libre expression, la liberté d’opinion, le débat législatif et le contrôle du gouvernement comme il est de coutume dans les démocraties parlementaires.

La démocratie a un rapport immédiat avec les droits de l’homme. Ces derniers ne sont pas l’objet d’un décret quelconque ; ils doivent prendre racine dans une société particulière de sorte qu’il n’y aura pas de paradigme universel de justice, d’égalité, de bien commun.

La démocratie congolaise doit être inventée et elle a du chemin qui dépend de la capacité des congolais à s’éduquer dans la culture démocratique à n’importe quel prix. Toute la question est de savoir qui veut être démocrate ? Est-ce la majorité du peuple, les politiciens au pouvoir ou les déchus ? C’est là justement qu’il y a indigence des projets politiques clairs et que d’aucuns s’attachent de façon confuse à un juridisme ou légalisme comme si la démocratie africaine avait des principes normés d’avance. Au Congo-Kinshasa, le pouvoir en place n’a pas suivi un schéma démocratique à cause de l’impuissance de la classe politique dénuée de toute forme d’action. Nous dirions que les structures d’accueil d’une démocratie étaient en gestation et donc ouvertes à un système chaotique. Le Congo-Kinshasa était dans une situation politico-économique sans règles qu’il fallait inévitablement procéder à un balayage pour dissiper le brouillard qui y planait. Dès lors, le pouvoir en place se présente comme une sorte d ‘antidote à cette classe politique et entend d’abord reconstruire le pays . D’où le refus de toute forme de messianisme et engagement d’une politique stratégique. Il serait prématuré de prêter quelqu’intentions pieuses à cette politique. Mais c’est une nécessité expliquée par l’état du pays, les obstacles tant intérieurs qu’extérieurs des puissances médiatrices marquées par la convoitise et l’hégémonie.

La question essentielle est celle d’une nouvelle dynamique dans la vie politique à l’appui de laquelle une éthique politique nouvelle doit déterminer des critères de compétence, de justice, d’honnêteté et favoriser un meilleur choix des acteurs politiques. De ce point de vue, on peut justifier les pressions politiques nécessaires au processus démocratique mais il nous semble qu’un des enjeux importants a un rapport avec la vie de notre population marquée par le dénuement total.

On est parfois étonné de l’attitude ambiguë de certains gouvernements occidentaux ayant soutenu des régimes sanguinaires en Afrique. Comment peut-on en même temps vendre des armes aux Ruandais et organiser l’aide humanitaire ou la commission d’enquête sur le génocide ? Le Pape Jean-Paul dénonçait toutes les politiques d’embargo capables de nuire à la vie des plus pauvres. Et fatalement, toute la démission du peuple occidental face aux problèmes réels du Tiers-Monde peut conduire à difficulté de gestion de toutes les politiques d’immigration. ( à suivre)

Michel Kulumba / France

Alphonse Kapumba / Belgique.

Août 1998

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