Le commentaire de Gérard
Papy dans La Libre Belgique du 17 août a retenu notre attention et constatons
malheureusement que ne sont pas nombreux ceux qui pensent comme lui. Et pourtant il
reflétait la pensée des grandes puissances occidentales.
Oui, les Congolais sont maîtres de leur
destin ! mais en temps de guerre exclusivement. Ce qui se passe au Congo
Démocratique actuellement est évidemment condamnable pour plusieurs raisons. Il
sagit avant tout dune violation dun pays par deux autres, le Ruanda et
lOuganda pour ne pas les citer. A la demande de L.D. KABILA de condamner cette
attaque par les Nations Unies, aucune nation na répondu et les 15 membres se
contentant de dire quil fallait une solution médiatique. Le monde assiste et attend
impatiemment de voir qui de Kabila ou des rebelles aura le dernier mot, sans se soucier de
lintérêt du peuple congolais.
La rébellion soutenue ouvertement par les
gouvernements ruandais et ougandais est décidée à renverser le régime KABILA, pour
cause selon elle, de népotisme, de tribalisme, de dictature, le dissident BIZIMA
déclarant même que Kabila aurait fait en un an ce que Mobutu a fait en trente deux ans.
Mais alors comment accepter quun
chef de lEtat fut-il autoproclamé, jouissant ostensiblement du soutien incontesté
de son peuple, soit écarté de manière brutale, au vu et au su de ceux-là même qui
prétendent aider le peuple africain en général, et congolais en particulier.
Kabila nest peut-être pas
lhomme quil fallait à cette place, dixit le Ministre de la Coopération
français. Tout simplement parce que cest un nationaliste qui se soucie avant tout
de lintérêt de son peuple.
Lun des corollaires de cette crise
est inéluctablement la naissance de la "ruandophobie ". Cest
dautant plus grave que la coexistence à lEst du Congo-Kinshasa sera de plus
en plus meurtrière et les éventuels nouveaux dirigeants devront savoir gérer ce
problème. En outre lon risque de connaître toujours le même scénario : qui
veut renverser le régime congolais doit avoir dabord le salut et le soutien du
Ruanda et de lOuganda ou dun autre pays. Dans ces conditions, la recherche de
stabilité dans la région des Grands Lacs, de lintégrité territoriale des pays
concernés, dune entente mutuelle des peuples, réside dans le monde de
lutopie. Il va régner dans les frontières un sentiment de haine entre les peuples
sajoutant ainsi au problème didentité.
Le peuple congolais, comme tout autre
peuple dailleurs, ne pourra jamais accepter lintrusion des étrangers
malveillants sur son territoire. Il est évident que le patriotisme, le nationalisme ont
fait pour un temps séclipser les différentes dissensions au sein de la grande
patrie congolaise. La preuve est le soutien du peuple congolais à son président, L.D.
KABILA. Ce qui veut dire aussi que ce dernier naura pas la partie facile une fois
sorti de cette crise. Cest alors que le peuple lui demandera de partager avec lui,
daccepter lactivité des autres forces politiques et de créer sérieusement
des solides structures pour la démocratie. Au bénéfice dun nouveau départ, il y
a donc urgente exigence dune réconciliation nationale (qui nenjambe pas les
étapes dune vraie réconciliation) et la mise en place dune constitution.
En un an, certes il nétait pas
facile de tout refaire. Les quelques bribes de changement ont fait comprendre aux kinois
que réellement, cest lhomme quil fallait. Mais personne ne pardonnera
jamais à Kabila si daventure, il ne se doterait pas dune forte armée, si
daventure la sécurité du pays reposerait sur des étrangers, si daventure la
sécurité aux frontières ne serait pas assurée par les congolais eux-mêmes et si
daventure son entourage ne serait représentatif du peuple congolais.
En fait le peuple congolais ne laissera
plus personne diriger le pays comme laura fait MOBUTU. Il est capable de se soulever
spontanément, bravant ainsi la peur, lautorité, sans se soucier des conséquences.
Il aspire à la démocratie, il veut se faire entendre, il veut décider de son destin, de
ses dirigeants, il veut que de lui émanent tous les pouvoirs. Et cest comme cela
que tout homme public congolais doit lentendre.
Essayons de mener une réflexion relative
à cette démocratie.
Pour le Congo, en particulier et
lAfrique sub-saharienne en général, nous voudrions lier identité et démocratie,
ce qui nous permettra dy comprendre le processus démocratique.
Pour lAfrique, se posent encore des
problèmes des identités nationales et conventionnelles constituées à partir dun
ordre constitutionnel. On pourrait reposer par delà la conférence de Berlin de 1885 la
question des identités conventionnelles et nationales ; des questions épineuses
comme celles de génocide, de luttes dépuration ethnique pourraient faire
lobjet dun approfondissement.
Pour notre part, il y a deux façons de
comprendre lidentité africaine sub-saharienne. Dune part, les africains
saccrochent à comprendre leur identité par une certaine assomption culturelle et
par référence à leur histoire. Dautre part, ils considèrent la colonisation
comme un moment de choc constitutif de leur identité.
En articulant lidentité et la
démocratie, notre point de vue entend indiquer que la démocratie telle quelle est
initiée en Afrique na pas de lendemain si elle savère ahistorique et
reproductive. Parce que dune part, tous les principes de la démocratie dérivent de
deux conceptions historique et occidentale de la démocratie et ne senracinent pas
toujours dans les idéaux des membres de la communauté africaine. Et dautre part ,
elle est devenue affaire de petits groupes qui sempoignent pour des intérêts
partisans sans rapport avec le peuple : Tout pour le chef et son entourage familial,
la majeure partie des cas, et rien pour le peuple. Et il sagit en général
doligarchie, la démocratie étant un système politique dans le quel la
souveraineté procède de lensemble des citoyens. Le déficit majeur des
démocraties africaines est dans le fait de la transposition et de limportation des
principes démocratiques occidentaux. Il ne peut exister une démocratie par contagion.
Cest cette illusion démocratique à loccidentale que soutiennent les leaders
politiques et qui font rêver le peuple sur le principe dégalité
institutionnellement ancré mieux exalté par la libre expression, la liberté
dopinion, le débat législatif et le contrôle du gouvernement comme il est de
coutume dans les démocraties parlementaires.
La démocratie a un rapport immédiat avec
les droits de lhomme. Ces derniers ne sont pas lobjet dun décret
quelconque ; ils doivent prendre racine dans une société particulière de sorte
quil ny aura pas de paradigme universel de justice, dégalité, de bien
commun.
La démocratie congolaise doit être
inventée et elle a du chemin qui dépend de la capacité des congolais à séduquer
dans la culture démocratique à nimporte quel prix. Toute la question est de savoir
qui veut être démocrate ? Est-ce la majorité du peuple, les politiciens au pouvoir
ou les déchus ? Cest là justement quil y a indigence des projets
politiques clairs et que daucuns sattachent de façon confuse à un juridisme
ou légalisme comme si la démocratie africaine avait des principes normés davance.
Au Congo-Kinshasa, le pouvoir en place na pas suivi un schéma démocratique à
cause de limpuissance de la classe politique dénuée de toute forme daction.
Nous dirions que les structures daccueil dune démocratie étaient en
gestation et donc ouvertes à un système chaotique. Le Congo-Kinshasa était dans une
situation politico-économique sans règles quil fallait inévitablement procéder
à un balayage pour dissiper le brouillard qui y planait. Dès lors, le pouvoir en place
se présente comme une sorte d antidote à cette classe politique et entend
dabord reconstruire le pays . Doù le refus de toute forme de messianisme et
engagement dune politique stratégique. Il serait prématuré de prêter
quelquintentions pieuses à cette politique. Mais cest une nécessité
expliquée par létat du pays, les obstacles tant intérieurs quextérieurs
des puissances médiatrices marquées par la convoitise et lhégémonie.
La question essentielle est celle
dune nouvelle dynamique dans la vie politique à lappui de laquelle une
éthique politique nouvelle doit déterminer des critères de compétence, de justice,
dhonnêteté et favoriser un meilleur choix des acteurs politiques. De ce point de
vue, on peut justifier les pressions politiques nécessaires au processus démocratique
mais il nous semble quun des enjeux importants a un rapport avec la vie de notre
population marquée par le dénuement total.
On est parfois étonné de lattitude
ambiguë de certains gouvernements occidentaux ayant soutenu des régimes sanguinaires en
Afrique. Comment peut-on en même temps vendre des armes aux Ruandais et organiser
laide humanitaire ou la commission denquête sur le génocide ? Le Pape
Jean-Paul dénonçait toutes les politiques dembargo capables de nuire à la vie des
plus pauvres. Et fatalement, toute la démission du peuple occidental face aux problèmes
réels du Tiers-Monde peut conduire à difficulté de gestion de toutes les politiques
dimmigration. ( à suivre)
Michel Kulumba / France
Alphonse Kapumba /
Belgique.
Août 1998 |