L'analyse de notre
compatriote Silubwe cerne avec brio la problematique militaire de notre pays et offre une
voie de reformation salutaire pour une armee qui a cesse depuis belle lurette de jouer son
role de defenseur de notre souverainete et integrite territoriale.
La deroute de cette armee face a une coalition rebelle pseudo-congolaise met en evidence,
s'il restait encore un doute en la matiere, l'incapacite de notre nation a se defendre et
a se proteger face a l'aggression etrangere.
L'armee nationale, laquelle devait servir de deterent a toutes les hegemonies, est devenue
un fardeau donc le cout financier ne saurait se justifier dans les circonstances
actuelles.
Lors de l'avancee de l'AFDL en 1997, le consensus etait que l'armee refusait de defendre
un pouvoir decadent et prive de tout support populaire. La nouvelle rebellion est
ouvertement et definitivement rejetee par le peuple dans son ensemble, alors comment
expliquer le refus de cette armee d'opposer une resistance efficace a une rebellion
commanditee de l'exterieur? et surtout comment expliquer l'absence de loyaute d'une grande
partie de l'armee a son autorite hierarchique et aussi a la nation?
Nous pouvons etre tenter de conclure comme en 1997 que l'armee refuse de defendre un
pouvoir dictatorial, ce qui peut paraitre correct a premiere vue mais ne resite pas a
l'analyse.
Le congo n'a pas le monopole de la dictature, les regimes politiques a Kigali, Kampala,
Luanda ne sont pas plus democratiques ou representatifs que celui de Kinshasa. Le seul
argument de rejet d'un pouvoir dictatorial ne peut donc tenir. Nous devons chercher la
justification ailleurs et reposer le probleme d'une faillite morale affectant non
seulement l'armee mais la societe congolaise dans son ensemble.
La reforme de l'armee ne peut donc se faire d'une maniere isolee mais doit s'accompagner
d'une remise en question societale. Une reaffirmation et une adhesion collective a l'ideal
nationaliste. Nous ne pouvons esperer de l'armee une loyaute inconditionnelle lorsque les
politiciens, les intellectuels, les fonctionnaires,etc.. bradent les interets nationaux
dans la poursuite des interets individuels. La depolisation de l'armee, sa
professionalisation ne seront possible que dans un contexte ou la poursuite des
interets individuels est subordonnee aux interets vitaux de toute la nation.
Le probleme de l'armee ne se pose pas seulement en terme d'organisation, de logistique et
de la strategie, mais aussi et surtout en terme de morale, d'ethique, et aussi de la
conscience. Nous devons aborder la question de la structure sans oublier celle de la
superstructure, laquelle est foncierement dependante de l'evolution de la mentalite dans
toute la societe. L'immoralite politique en vigueur dans notre pays est un handicap a
l'emergence d'une armee efficace et acquise a la defense de l'integrite et de la securite
nationale.
Le grand Congo merite mieux que le spectacle que nous offre notre armee en ce moment. Ses
richesses et son importance exigent une protection que seule une armee vraiment nationale
et efficace saurait offrir.
Nous devons consentir tous les sacrifices imaginables pour doter ce pays d'une force de
frappe capable de decourager les aventures et les ambitions hegemoniques des voisins
predateurs. Les amis ne peuvent nous aider continuellement sans que cela n'entame et
n'hypotheque l'essence meme de l'etre congolais dans son integrite et sa souverainete.
Patriotiquement
Francois Kalonga Kazadi |