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J’ai vu un peuple renaître
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Kawata Ashem Tem
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(Ce texte est dédié aux volontaires du Stade des Martyrs...)

 

Avant de s’exiler en France, Kawata Ashem Tem était Assistant de monseigneur Tshibangu, recteur de l’Université Nationale du Zaïre. Philologue de formation, il faisait partager sa passion de la littérature en animant une émission Notes de lecture à la télévision nationale. Il vient de passer un mois au Congo. Ce texte qu’il a envoyé au CERDEC* sera publié dans la Nouvelle Présence Congolaise du mois de septembre. C’est le témoignage d’un esprit libre sur ce qu’il a vu pendant son séjour avant et pendant la guerre.

En 1980, j’avais décidé de quitter le Zaïre pour m’exiler en France où j’enseigne le français, l’histoire et la géographie.

En décembre 1994, je suis revenu à Kinshasa. Pendant une semaine, j’ai sillonné la capitale kinoise la mort dans l’âme. Je n’ai jamais eu aussi peur d’être chez moi. Mon chauffeur était armé et je devais me déplacer avec un garde de corps, lui aussi, armé. Je me suis senti étouffé dans une ville exsangue, anéantie, sale, délaissée par sa population. J’y suis resté une semaine et je suis reparti, libéré.

Le 13 juillet 1998, comme trois cents autres passagers du vol Sabena, j’ai de nouveau retrouvé l’aéroport de Ndjili, plus propre, avec des agents de la Régie des Voies Aériennes plus courtois et des soldats détendus mais attentifs. Personne n’a rançonné personne.

Le lendemain matin, je suis passé par l’échangeur de Limeté nettoyé par des hommes habillés de jaune, les agents de l’Hôtel de Ville. Le repaire des brigands a disparu. Le Boulevard Lumumba a perdu ses herbes folles. Comme sur l’avenue Huileries, un camion citerne arrose régulièrement les fleurs qui ornent les plates-bandes séparant les chaussées. Sur les bords de routes et aux croisements, les policiers de roulage ( en jaune) règlent la circulation des véhicules.

A Matété comme à Bandalungwa, à Kitambo comme à Masina, des hommes et des femmes ouvrent des égouts, déblaient les tranchées et nettoient les rues. Même le marais de Lingwala, qui avait abrité un crocodile, n’existe plus.

J’ai vu des agents de service d’hygiène et de santé publique, comme pendant la période coloniale, visiter les installations sanitaires, parcelle après parcelle, ceux de la Régideso et de la Snel relever des compteurs, remettre des factures et procéder à des coupures pour non-paiement. Chaque parcelle porte désormais un numéro visible de la rue. Et j’ai salué la campagne télévisuelle de vaccination des enfants contre la poliomyélite.

Les taxis coûtent 30 centimes la course Ville-Matongé et un paquet de cigarette 1,50 FC, c’est-à-dire 6 FF et 36 FB. Les comptoirs de diamants versent mensuellement près de 300.000 $ par mois dans les caisses de l’état. Dans les communes, un acte de naissance requiert un timbre fiscal de 5 FC. Les fonctionnaires ont perçu sept mois de salaire avant mon arrivée, alors que pendant sept ans, ils n’avaient pas senti l’odeur des billets de banque. J’ai vu des légumes pousser le long des routes sans additif d’engrais, de grosses tomates affalées sur le sol et les feuilles de manioc tout vert pendant la saison sèche.

Alors qu’en 1994, j’avais échangé des dollars au marché de Lemba-Terminus auprès d’un jeune homme assis sur des piles de liasses de billets de banque, en 1998, les échanges s’effectuent dans des bureaux agréés, ayant pignon sur rue.

Quelques jours après, je suis passé devant la Foire de Kinshasa. Les hautes herbes ont disparu et les bâtiments sont visibles de la rue. Des travailleurs s’affairent autour des constructions neuves. La clôture est repeinte religieusement.

L’Etat a financé une partie de la reconstruction en demandant au conseil de gestion de la FIKIN d’autofinancer le reste des travaux du site. En face de ces constructions, les Chinois, (mais où sont passés les Européens ?) terminent un Centre International des affaires et un supermarché. Ils ont promis d’ouvrir quarante mille lignes téléphoniques à Kinshasa. Et la GECAMINES aussi. En visite dans les bureaux du ministère des P.T.T., j’ai croisé des Chinois. Ils venaient de terminer la construction d’un Centre de Tri Postal à l’aéroport de Ndjili.

A propos d’autofinancement, un organisme appartenant à l’Etat, installé dans l’immeuble de Galléries Présidentielles, vient d’octroyer à SOSIDER, à la CINAT (ciments) et à la SOCIR une partie de l’argent frais pour leur permettre de redémarrer des activités. L’autre partie doit provenir des bénéfices réalisés par ces entreprises. Des avions de LAC et de CAL décollent chaque jour pour couvrir plus deux millions de km² du Congo et réduire les distances qui séparent les Congolais.

J’ai entendu le Président de la République dire aux officiers supérieurs de l’armée congolaise que les civils étaient leurs frères et qu’ils devaient les respecter et les protéger.

On l’accuse de dictature parce qu’on voudrait un pouvoir faible et malléable à souhait. Pourtant son gouvernement est composé de ministres appartenant aux grands partis politiques congolais.

On l’accuse de corruption, pourtant il a traduit en justice certains de ses collaborateurs qui ont détourné des fonds publics. Alors qu’il a trouvé les caisses de l’Etat vides, il est entrain de les remplir.

On l’accuse de tribalisme, pourtant il vient de mobiliser toutes les tribus du Congo face à une terrible menace. Donnant lui-même l’exemple, il s’est adressé aux populations du Kivu en swahili et a été relayé par des ministres et les chefs coutumiers de toutes les régions du Congo. Chacun a appelé, en langue congolaise, le peuple à la résistance face aux ennemis de la République.

Il lui a fallu une seule année pour relever un pays que " d’autres " ont mis trente-deux années à détruire. Et cet homme rêve de parcourir la distance séparant Kinshasa de Lubumbashi en TGV. Et ce rêve, il ne cesse, depuis qu’il est au pouvoir, de le partager avec un peuple qui croit fermement que le miracle est possible.

Qui a peur de le voir réussir au moment où le peuple congolais s’agrippe à lui comme sur une bouée de sauvetage ? Si l’espoir d’un monde meilleur est possible au Congo qui pourra arrêter la quête des Africains ?

Après Lumumba, N’Krumah, Modibo Keita, Sekou Touré, on ne croyait plus que l’intérêt supérieur et le développement des nations africaines étaient envisageables. Mais on avait vite oublié que des cendres de ces hommes allaient germer Kadhafi, Mugabe, Kabila, Munseveni, Dos Santos et l’incontournable Nelson Mandela.

Le monde entier doit savoir qu’après eux viendront d’autres hommes et d’autres femmes qui sauront dire NON à l’exploitation des Africains. Dire que certains " amis " réunis à Bruxelles ont refusé d’aider le Congo... Il est fort possible qu’il renaisse sans eux.

J’ai compris pourquoi ce peuple ne manque aucune occasion de prier et pourquoi ce peuple doit, à tout prix, gagner la guerre que lui a imposée une rébellion inutile, grotesque, impopulaire et faire face au défi du développement.

Kawata Ashem Tem

Saint-Pierre de Nemours, France

Transmis par Jacques Mangalaboyi

j-mangalaboyi@chru-lille.fr

(*) Centre d’Etudes et de Recherche sur le Développement du Congo.

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