Goma
République Démocratique du Congo
Compatriote, Monsieur le professeur,
Nous sommes des patriotes congolais
indignés et révoltés par les méthodes que vous avez choisies pour déstabiliser les
institutions issues de la guerre de libération contre mobutisme. Il est vrai que nous ne
représentons que nos modestes personnes, mais nous ne doutons pas que les opinions
exprimées dans ces lignes reflètent le point de vue de nombre de nos compatriotes épris
de paix et désireux de voir ce pays sortir définitivement du cycle infernal des coups
dEtat, coups de force et guerres des clans pour se démocratiser et, enfin, se
donner les moyens de sortir du sous-développement. Soufrez donc, Monsieur, de lire cette
longue lettre jusqu'au bout et si vous avez encore un peu de considération pour notre
peuple, veuillez réfléchir sur les propositions qu'elle contient et si possible en tenir
compte.
Suite à la décision des autorités en
place à Kinshasa de se conformer à une des plus importantes revendications du peuple
congolais exigeant le départ des troupes étrangères, certains de vos amis, ont pris la
décision de déclencher la guerre contre notre pays.
Profitant de l'effet de surprise, vos amis
occupaient rapidement les trois villes les plus à l'Est du Kivu, faisant savoir au monde
entier que le but de la guerre était de prendre par la force les territoires que Monsieur
L. D. Kabila aurait promis aux Banyamulenge, lors de la campagne anti-mobutiste de
1996-97. Dès les premières escarmouches, des témoins de bonne foi signalaient la
présence des militaires ruandais, burundais et ougandais dans les rangs des assaillants.
Avec stupéfaction, les Congolais et le monde entier se rendaient compte que certains
prétendus alliés du chef de l'Etat agissaient, en fait depuis longtemps, comme
cinquième colonne des intérêts étrangers.
Quelques jours plus tard, vous-mêmes et
d'autres compatriotes rendaient publique votre participation à ce que l'on appelait
encore la rébellion banyamulenge. Notre surprise fut encore plus grande de voir que
l'équipe présentée comme l'aile politique et dirigeante de la rébellion militaire
était composée d'anciens partenaires banyamulenge du président de la République, des
mobutistes notoires, de quelques anciens opposants au dictateur à la toque de léopard,
des officiers des anciennes Forces armées zaïroises et bien entendu de quelques déçus
du régime actuel. Votre désignation à la tête de cette structure politique, après que
l'on ait longuement parlé de Monsieur Ngoma Zahidi, a étonné plus d'un observateur de
la question politique congolaise. Il est vrai qu'avant cette nomination votre nom ne nous
était pas très familier.
Monsieur le professeur, vos amis vous
présentent comme un homme sérieux, intelligent, pondéré et partisan des idées de
Patrice Lumumba. Vous nignorez donc pas le prix que cet homme attachait à
lunité de ce pays. Comment pouvez-vous concilier votre attachement aux idéaux
lumumbistes avec votre association actuelle avec ceux qui pendant trente trois ans ont
bafoué les droits les plus fondamentaux du peuple congolais, et ceux qui menacent
l'unité du Congo aujourd'hui ? Comment pouvez-vous accepter les risques que vous prenez
pour lintégrité territoriale de notre pays?
Avec votre entrée en scène, celle de
Monsieur Ngoma et la prise des villes côtières de l'Ouest du pays, la guerre sembla
changer d'objectif. Vos communiqués ne parlaient plus de territoires à donner à nos
compatriotes banyamulenge, mais de libération de l'ensemble du pays.
A ce stade il convient de reprendre la
question posée devant les cameras de la télévision belge par ce compatriote de Goma.
Combien de fois devonsnous être libérés en moins de deux ans ?
Confirmant la thèse défendue par
Kinshasa depuis le début des hostilités, dès le 25 août 1998, les vrais agresseurs de
notre pays, le Ruanda et l'Ouganda enlevaient leurs masques. La dictature de Kigali se
déclarait prête à intervenir sur notre sol pour "protéger les Tutsis" et
l'Ouganda faisait savoir que ses troupes étaient sur notre territoire pour protéger ses
"intérêts nationaux". Pourquoi alors vous battez-vous, Monsieur le professeur
? Ou plus exactement pourquoi envoyez-vous à la mort cette jeunesse dont le Congo a
tellement besoin pour son développement ? S'il est vrai qu'il était possible de
concilier l'intérêt de notre peuple avec ceux de ces deux pays lors de la lutte contre
la dictature mobutiste, aujourd'hui la situation est radicalement différente.
Premièrement, aucune règle
internationale n'impose à la République démocratique du Congo le devoir de protéger
les dictatures au pouvoir à Kigali et à Kampala. Cette responsabilité incombe
exclusivement à ces deux pays, et ils ne peuvent l'exercer qu'à l'intérieur de leur
territoire respectif. S'il existe des révoltes chez eux, ces dirigeants ne doivent s'en
prendre qu'à leur propre système politique qui ne laisse à leurs adversaires aucun
espace d'expression politique pacifique. Le Congo a déjà fort à faire, avec son sous
développement et la mise en place de sa propre démocratie, pour se distraire à soutenir
des troubles chez ses voisins ou à se dépenser à les calmer. Ceci étant, Monsieur le
professeur, est-ce vraiment votre rôle que de défendre, au prix du sang de nos enfants,
les intérêts de ces pays voisins ? Lorsque l'Ouganda parle de ses intérêts nationaux
à l'Est de notre pays devons-nous y incorporer l'exploitation des gisements d'or de
Kilo-Moto, le pillage des diamants de Kisangani, et la déforestation de lIturi ? La
protection des Tutsis, dont se prévaut Kigali implique-t-elle la remise en cause des
frontières définies en 1885 par la conférence de Berlin ? Cest à dire la perte
pour le Congo de Bukavu, Goma, Uvira et des environs. Nous avons noté votre déclaration
du 4 septembre 1998, selon laquelle vous n'accepterez pas la partition du pays.
Auriez-vous les moyens de faire respecter cette magnifique résolution ? Beaucoup de nos
compatriotes demeurent dubitatifs.
Secondement, deux dictatures peuvent-elles
légitimement imposer la démocratie dans un troisième pays ? En toute modestie, nous
parions le contraire. Les dictatures de Kigali et Kampala étant dessences
minoritaires, mono-ethniques et éminemment antidémocratiques se doivent pour subsister
déviter à tout prix la naissance d'une réelle démocratie au centre de l'Afrique.
Le fait que cette guerre ait été déclenchée à quelques mois des échéances
électorales annoncées par le gouvernement congolais, alors que le dialogue entamé avec
les partis de l'opposition était bien avancé ne constitue absolument pas un fortuit
concours de circonstances.
Troisièmement, est-il acceptable que les
dirigeants de notre pays soient désignés par une minorité ethnique malheureusement
manipulée et contrôlée par les autorités d'un pays étranger ? Avez-vous autant de
mépris pour votre propre peuple pour croire un seul instant que cette nouvelle forme de
colonisation puisse convenir à lensemble des Congolais ? Votre aveuglement, et la
soif du pouvoir de vos amis, font un mal immense à nos compatriotes banyamulenge. Nul
nignore la complexité de lhistoire et de la sociologie du Kivu, mais votre
imprudente action a mis un frein diabolique à la pénible intégration qui était,
malgré tout, en uvre au Kivu et dans les autres parties de notre pays.
Quatrièmement, qui peut croire un seul
instant que les mobutistes qui vous entourent pourront amener la démocratie ou le
développement économique dans notre pays ? Demander à votre coéquipier Monsieur Ngoma
Zahidi de vous relire l'analyse de la classe politique mobutiste qu'il faisait lors de la
Conférence Nationale dite Souveraine. Ces gens n'ont aucun autre projet politique que de
piller le pays comme ils l'ont fait pendant trente trois ans. Certes les mobutistes sont
des congolais au même titre que vous et nous, ils seraient donc en principe légitimés
à s'occuper des affaires du Congo. Mais compte tenu de l'histoire récente de notre pays,
l'éthique et la décence mêmes imposent qu'ils se tiennent à l'écart des affaires
publiques, au moins pendant un certain temps.
Cinquièmement, comment croire à votre
volonté de nous libérer, de respecter les droits de lhomme, si dès le départ les
méthodes de vos forces savèrent les plus contestables. Comment sexpliquent
les disparitions que beaucoup de compatriotes dénoncent à Goma ? Que dire des massacres
(634 morts) perpétrés dans les régions contrôlées par vos commanditaires et
dénoncés notamment par le Vatican ? Quel avantage stratégique décisif aviez vous tiré
en supprimant la fourniture délectricité et deau à de nombreuses villes de
plusieurs millions dhabitants, dont Kinshasa ? Savez-vous le nombre de civils,
femmes et enfants que ces coupures délectricité ont conduit à la mort ? Avez-vous
estimé le nombre de victimes qui feront suite aux épidémies que ne manquera pas de
provoquer la carence en eaux potables de Kinshasa pendant plusieurs jours ? Ny a
t-il pas là un véritable crime contre lhumanité ?
Monsieur le professeur, vous êtes dans
l'erreur, une erreur dramatique, voire tragique et extrêmement coûteuse pour notre pays
qui a déjà tant souffert. Après moins d'un mois de guerre les morts se comptent déjà
par milliers, et les pertes matérielles par millions. Quand allons-nous reconstruire ce
pays ? rééduquer sa jeunesse, la remettre au travail ? Non seulement vous avez pris le
risque de plonger le pays dans une longue et atroce guerre, mais le Congo pourrait
purement et simplement se disloquer, donc disparaître. Avez-vous mesuré les
conséquences de vos actes ? Toute l'Afrique centrale peut se retrouver plongée dans une
guerre dont les répercutions sont inimaginables.
Monsieur le professeur, vous êtes dans
l'erreur. On peut comprendre, voire accepter lusage de la violence en politique.
Elle s'avère parfois nécessaire et inévitable. Mais cette regrettable extrémité ne
devient légitime que si toutes les autres formes de lutte ont été essayées vainement.
Depuis le 17 mai 1997, nous n'avons rien entendu de votre camp, ni de vous-même, ni de
vos partenaires mobutistes et encore moins de vos amis banyamulenge qui étaient hier
encore au gouvernement. Seul Monsieur Ngoma Zahidi peut se prévaloir d'avoir tenté une
unique action pacifique avant de choisir la brutalité.
Et si la nation survit à cette guerre
injuste, qui en payera le prix ? Ne nous faisons pas dillusions, les pays qui
interviennent de part et dautre, quelle que soit la légitimité de leur implication
finiront par nous présenter une lourde facture. On imagine bien que les troupes
étrangères ne viennent pas seulement pour admirer les rondelettes joues des belles
congolaises. On peut parier que la note se chiffrera en millions de dollars. Le pauvre
Congo déjà surendetté par Mobutu et les mobutistes ne fait donc quélargir le
gouffre financier dans lequel il patauge depuis longtemps.
Monsieur le professeur, vous êtes dans
l'erreur. Lors de la marche de L. D. Kabila pour le départ de Mobutu, le pays tout entier
était derrière ce que l'on appelait alors la rébellion. Quoi quen disent certains
de nos amis, lopposition intérieure facilitait lavancé des libérateurs, et
les Forces armées zaïroises refusaient de défendre la dictature. De véritables
festivités suivaient la prise de chaque ville ou village. Lespoir était à
lordre du jour ! Avez-vous observé comment le peuple congolais réagit aujourd'hui
à vos conquêtes ? Il n'y a aucun enthousiasme dans les villes qui tombent sous le
contrôle de vos commanditaires, mais plutôt le deuil, la désolation, la déprime.
Faut-il rappeler laccueil réservé à vos troupes par la population de Kinshasa
lors de ces tragiques journées des 24, 26 et 27 août 1998 ? Savez-vous ce qui se dit
dans les rues de Goma ? Monsieur Lunda Bululu vous a-t-il fait rapport sur les réactions
de la population de Kalemi ? Allez-vous à la fin du vingtième siècle gouverner un
peuple contre son gré ?
Monsieur le professeur, vous êtes dans
l'erreur. Malgré laide considérable des médias des grandes puissances, qui
s'acharnent à salir l'image de L. D. Kabila, vous navez pas pu légitimer votre
guerre aux yeux de lopinion publique tant nationale quinternationale. Bien au
contraire, votre action contribue à renforcer limage négative dune Afrique
incapable de résoudre ses problèmes par des moyens civilisés. Malgré vos
dénégations, vos propres amis du " Figaro", "Libération",
"Le Monde" et autres ne cessent de présenter votre guerre comme celle
dune ethnie, les Tutsis contre les autres Congolais. Monsieur le professeur, vous
apportez de l'eau aux moulins des semeurs de haine qui veulent accréditer l'idée
farfelue de l'existence d'un projet impérialiste tutsi tendant à la création d'un
prétendu empire Hima en Afrique centrale. Nous, lumumbistes, considérons que le
véritable ennemi, celui qu'il faut déloger de nos têtes c'est le tribalisme, le
racisme. Voici des années que nos militants anti-tribalistes, anti-racistes luttent pour
une franche intégration de nos compatriotes banyaruanda dans la communauté nationale, ce
combat n'a jamais été simple et voilà que votre guerre vient ruiner nos espoirs. Le
moment nest-il pas venu de vous rendre à lévidence ?
Monsieur le professeur, si par impossible
ou regrettable et extraordinaire concours de circonstances vos commanditaires parvenaient
à occuper durablement notre pays, et à vous imposer à la tête de lEtat ou à y
placer un de vos amis ; votre légitimité sera à jamais entachée par lorigine
douteuse de votre ascension. Certains de nos compatriotes craignant de perdre leur vie se
soumettront à votre autorité, toutefois dautres quelles que soient les armes ou
les moyens non violents qu'ils choisiront, continueront à vous combattre. Mais bien peu
vous respecteront. Peut-être comptez-vous sur la courte mémoire des peuples ou
estimez-vous comme Machiavel que la fin justifie les moyens et tant pis pour le reste.
Monsieur le professeur, nous connaissons
maintenant les griefs que vous portez au gouvernement actuel. Mais nous ne vous avons pas
beaucoup entendu sur les thèmes qui préoccupent réellement nos compatriotes, notamment
; le respect absolu de lintégrité territoriale du Congo, la souveraineté
exclusive sur ce territoire, votre définition de la nationalité congolaise, les
relations avec les pays voisins, sur la démocratie, la constitution d'une armée
véritablement nationale, le respect des droits de lhomme. Voyez-vous ! De nos
jours, il ne suffit plus de critiquer, de terroriser, de tuer. Il faut encore annoncer,
présenter, expliciter, analyser, promettre, et surtout sengager clairement sur un
programme de gouvernement.
Monsieur le professeur, vous êtes dans
lerreur, une erreur regrettable. Ne pensez pas que notre opposition à l'agression,
dont vous portez la responsabilité et lappui sincère que nous apportons à
l'action du gouvernement légitime de la République nous rendent aveugle au point de
perdre tout esprit critique à l'endroit de nos autorités. Il est vrai que certaines
regrettables erreurs de jeunesse doivent être relevées. Les observateurs citent
notamment ; la sur-réprésentation dans les organes supérieurs de l'Etat des
ressortissants du Katanga, région d'origine du chef de l'Etat ; signalons en passant
quavant le déclenchement de cette maudite guerre le même reproche était adressé
aux banyamulenge. On cite également la trop longue suspension des activités des partis
politiques autres que l'AFDL, le retard mis par les autorités à ouvrir un véritable
dialogue avec les leaders de l'ancienne opposition à Mobutu, les arrestations,
emprisonnements et relégations de certains leaders de l'opposition ; l'abandon et le
mépris dans lequel les anciens militaires des Forces armées zaïroises ont été
maintenus, alors même qu'ils avaient refusé de défendre la dictature ; la confiscation
sans procès des biens, maisons, véhicules et autres, appartenant à des personnes
privées ; linitiation et labandon sans explications claires des procès de
certaines personnalités de la deuxième République ; la présence supposée dans
lentourage du chef de lEtat des personnes présumées commanditaires des
massacres tribalistes dont ont été victimes des centaines de nos compatriotes lors des
événements du Shaba sous la seconde République.
Il est également vrai que par pureté
idéologique ou excès de franchise Monsieur L.D. Kabila a manqué d'habileté
diplomatique, notamment dans le traitement de ses relations avec lONU, les USA, la
Communauté Européenne et la France en particulier. A l'intérieur, probablement pour les
mêmes raisons, il n'a pas su négocier des alliances politiques, ne seraient ce que
tactiques, avec certains leaders nationaux. L'AFDL a été un instrument efficace pendant
la guerre de libération, mais sest avérée une piètre machine de propagande
politique. Sa communication a été tout simplement lamentable, son implantation nationale
lacunaire. Certains proches collaborateurs du chef de lEtat tardent à comprendre
que la politique ne consiste pas seulement à simposer, à soumettre, à gérer mais
aussi et surtout à séduire, à persuader, à convaincre, à motiver, à encourager.
D'ailleurs, aujourd'hui encore, si le chef de l'Etat est extrêmement populaire, beaucoup
de ses collaborateurs ont un retard considérable sur ce terrain.
Monsieur le professeur, ces erreurs de
jeunesse justifient-elles les souffrances que vous imposez maintenant à notre peuple ?
Pourquoi ne tenez-vous pas compte des actions positives réalisées dans des conditions
extrêmement difficiles ? Dans un temps record, sans l'aide internationale, alors que les
caisses étaient vidées par certains de vos associés actuels, beaucoup a été
concrétisé. Ne pouvez-vous pas le reconnaître ? Le peuple quant à lui a remarqué
qu'avant cette guerre injuste l'inflation était maîtrisée, le lancement réussi de la
nouvelle monnaie nationale augurait dune situation économique meilleure, la
sécurité de nos villes et campagnes s'améliorait ; plusieurs hôpitaux, les routes de
desserte agricole et les grands axes du pays étaient en travaux de réfection ; nos
villes devenaient propres, nos aéroports présentables, la société nationale d'aviation
avait repris ses activités internes et s'apprêtait à relancer les vols internationaux ;
les sociétés de chemins de fer, les entreprises exploitantes des voies fluviales
annonçaient des programmes prometteurs. Le projet dune constitution démocratique
venait dêtre déposé sur le bureau du chef de lEtat. Malgré le retard
évoqué plus haut le dialogue avec les grandes organisations politiques de
lopposition se développait positivement ; des nombreux exilés rentraient au pays
avec des projets économiques et techniques de toutes sortes; les investisseurs tant
nationaux quinternationaux commençaient à reconsidérer leur position de méfiance
à l'égard de notre pays, bref la confiance reprenait vie.
Monsieur le professeur, vous êtes dans
lerreur. En dépit du gigantesque fossé qui sépare vos positions et vos méthodes
de nos convictions, nous partageons avec vous (pour autant que vos derniers discours
soient sincères) l'idée suivante : quelle que soit la gravité de la situation les
enfants du Congo doivent se parler ! C'est ainsi que sous certaines conditions bien
précises nous serions partisans de l'ouverture d'un dialogue entre tous les enfants de ce
pays. Mais voyez-vous ! Monsieur le professeur, vous avez mis les démocrates, les
partisans de la résolution des problèmes par le dialogue et les non violents de notre
pays dans une position extrêmement difficile. Peut-on discuter sereinement alors que nos
compatriotes du Kivu, de Kisangani et de Kalemi sont pris en otage ? Là réside tout le
problème; les congolais des régions que vous contrôlez ne sont plus des citoyens
libres, mais les otages de vos commanditaires Ruandais et Ougandais. Le citoyen est celui
qui participe de son plein gré à la gestion de la cité, or vous êtes sans ignoré que
nos compatriotes des zones occupées ne veulent ni de cette guerre, ni de votre
administration, de plus ils n'ont jamais fait appel à ces voisins. Le dialogue doit être
possible entre les congolais, mais faites d'abord partir ceux qui souhaitent
l'affaiblissement de notre pays.
Le temps presse, chaque jour qui passe des
milliers de nos compatriotes tombent, alors que chacun sait pertinemment que ces
sacrifices ne résoudront aucun problème de fond. Notre courte, mais néanmoins
instructive, histoire contemporaine démontre à souhait que la solution de nos problèmes
ne découlera pas de la violence. Chez nous, les victoires militaires ne peuvent être que
temporaires. Elles indiquent l'homme fort d'une période, mais laissent intactes les
véritables préoccupations nationales, et justifient les prochaines revanches. Ainsi nous
estimons qu'il faut se tourner résolument vers des méthodes plus efficaces, plus
porteuses de stabilité et de progrès, plus consensuelles. Faites donc vite, Monsieur le
professeur, exiger le départ de vos commanditaires.
Comme beaucoup de nos compatriotes, nous
estimons que la situation actuelle posent deux problèmes majeurs : celui de l'intégrité
territoriale du Congo, et celui de la démocratisation de nos institutions. Depuis trop
longtemps la maîtrise du destin national nous échappe et notre pays sert de théâtre à
des luttes qui ne nous concernent pas directement. Avec une arrogance et un mépris
incompréhensibles des pays voisins et des puissances plus lointaines absolument
indifférentes à notre bien être, évoquent et souhaitent la dislocation de notre pays.
Nous nous devons doublier temporairement nos antagonismes pour privilégier
lessentiel et aménager les possibilités dun véritable dialogue. Plusieurs
compatriotes suggèrent la tenue dune table ronde.
Lidée dune table ronde
dexamen de nos réalités historiques et actuelles et de réconciliation nationale
nest pas nouvelle. A certains égards la Conférence nationale dite souveraine
répondait à ce souci, mais chacun sais comment elle avait été convoquée, dans quelles
conditions elle s'était déroulée, et ce qui avait été fait de ses résolutions par
ceux-là même qui lavaient animé. Il conviendrait de reprendre l'idée de ce forum
national et de lenrichir. Pour que ce dialogue soit crédible aux yeux de nos
compatriotes et ne mette pas en cause les intérêts fondamentaux de la nation, il y a un
certain nombre de préalables.
- Instauration dun cessez le feu général
- Reconnaissance par tous de la légitimité des institutions
actuelles.
- Evacuation du pays de toutes les forces étrangères non
invitées par le gouvernement légitime, en contre partie garantie de non-poursuites des
éléments ayant participé à la rébellion.
- Déploiement dune force neutre.
- Engagement de tous les protagonistes sur
lintangibilité des frontières actuelles de notre pays.
Cette table ronde nationale ne saurait se
limiter à un face à face entre le gouvernement et la rébellion sous le prétexte qu'ils
contrôleraient telle ou telle fraction du pays mais, toutes les forces vives de la
nation. Cette conférence souveraine, absolument et réellement indépendante des
puissances étrangères, strictement limitée dans le temps (un mois) devrait notamment :
- Constater et entériner la cessation des hostilités sur
l'ensemble de la République démocratique du Congo.
- Proclamer et organiser la neutralité politique des Forces
armées congolaises.
- Confirmer le caractère légitime, mais provisoire des
institutions politiques actuelles, préciser leur échéance non renouvelable.
- Affirmer l'intangibilité des frontières issues de la
décolonisation et la souveraineté exclusive et inaliénable du Congo sur l'ensemble de
la République.
- Proclamer l'adhésion du peuple congolais à la démocratie
pluraliste et au respect des droits de l'homme.
- Poser les grands principes d'une constitution démocratique
à rédiger et à soumettre rapidement au référendum populaire.
- Préciser la notion de la nationalité congolaise.
Considérant que la bravoure et la
responsabilité résident plus dans la raison et la recherche des solutions définitives
que dans les sentiments de vengeance, nous vous demandons de réfléchir sur cet appel. Il
est urgent d'éviter à notre peuple les affres d'un conflit armé inutilement long.
Dans l'espoir de vous voir arrêter la
guerre, et de vous entendre militer pour la paix, le dialogue et la prospérité de notre
pays, nous vous prions d'accepter nos salutations patriotiques.
"Quiconque partage
le contenu de cette lettre peut en devenir co-signataire en inscrivant son nom sur notre
liste. Il suffit de cliquer sur l'adresse électronique ci-dessous. Attention: Nom,
Prénom, Ville et pays de résidence). jkambila@wolrd.com |
Jean Pierre Kambila
Kankwende
Faustin Nsaka
Timothee Ngoy-Tita
Bafwa Mubengay Lwakale |