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Y a-t-il des mains invisibles dans la déstabilisation du Congo-Zaïre?
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Dr Kabamba Nkamany
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" A BON ENTENDEUR,SALUT ".

Certains en sont encore à s'interroger sur les raisons qui ont poussé le Président Kabila à s'affubler d’alliés encombrants ? Il est vrai que les considérations d'ordre géopolitique au niveau régional et sous-régional, et la volonté de consolider un front patriotique africain fort et soudé, dans le contexte de la lutte contre la dictature mobutiste peuvent expliquer bien des choses. Toutefois, de là à courir le risque de se retrouver dans la position bien inconfortable - il faut bien le dire - d'un simple otage de forces dont les velléités hégémonistes, héritées d'un passé plus que récent, bâti sur des rapports interethniques inégalitaires et tributaires : il y a là un pas que le simple bon sens interdirait de franchir. Surtout lorsqu'on est, comme Laurent Désiré Kabila, un chef d'Etat, héritier de surcroît d'une situation aussi chaotique et complexe que celle laissée derrière lui par feu le Maréchal Mobutu, avec un pays aussi vaste que le Congo-Zaïre, ou des régions entières telles que le Katanga, le Kivu, la Province Orientale et les deux Kasaï, etc. , n'étaient en réalité, sous l’administration étatique effective du pouvoir central que de façon nominale ou formelle, et ou de surcroît, le tissu économique et social se trouvait complètement disloqué, voire dans une situation de déliquescence avancée, sans compter la faillite consommée du système monétaire et la gabegie qui caractérisait la vie institutionnelle et politique. Lorsqu'on ajoute à cela des urgences telles que la nécessité d'insuffler une morale et une éthique républicaines aussi bien à une armée dont le gros des troupes était dans une situation de sous-prolétarisation quasi chronique qu'à une administration publique profondément minée par une gabegie et une corruption rampante dont les exemples venaient du sommet de la hiérarchie, dès lors, l'on peut comprendre aisément que le Président Kabila avait bien d'autres priorités - et non des moindres - que le soutien inconditionnel à la lutte des pouvoirs en place à Kigali et Kampala pour réduire leurs oppositions armées respectives. En outre, face à l'urgence de rétablir la sécurité des biens et des personnes en même temps que la légalité républicaine sur l'ensemble du territoire national, qu'il soit hors de question de continuer à tolérer les exactions dont se sont rendues coupables certains groupes au premier rang desquels certains alliés d'origine diverses, qui se sont parfois comportés dans quelques provinces du pays comme en territoires conquis, au risque de s’aliéner une partie de la population victime de telles exactions.

Dans la situation actuelle, si lourde de menaces et de risques de toutes sortes sur le plan militaire et politique, tant pour l’intégrité du territoire national que la sécurité de la jeune Troisième République et de ses institutions, il s’avère nécessaire de réaliser un véritable consensus national de l'ensemble des forces vives du pays autour d'un objectif majeur : réduire les mains usuels. Les mains invisibles de déstabilisation abusivement appelées " rébellion ", condition sine qua non pour le rétablissement de la légitimité politique et de la légalité républicaine sur l'ensemble du territoire national. Par-delà l'exigence de réforme des forces vives et de l’armée nationale pour la défense de la sécurité et de l’intégrité territoriale ainsi que des institutions démocratiques, le Gouvernement de la Troisième République devra également, à court et moyen terme, s'efforcer avec le plus grand soin, de respecter un certain nombre de principes essentiels pour assurer une gestion saine du pays, dans un esprit de bonne gouvernance et notamment : le renforcement de la capacité nationale de gestion, la consolidation du système légal et la sauvegarde des droits humains, la stabilisation de l'administration publique et la décentralisation des pouvoirs et des ressources dans le sens de l’avènement d'une administration de proximité, le renforcement du système parlementaire, des partis politiques et du système électoral pluraliste, l'exigence de responsabilité et de transparence dans la gestion des affaires publiques, le renforcement du rôle de la société civile et du secteur privé, notamment au plan économique, la promotion à divers niveaux d'une approche " Genre " dans la conception et la mise en œuvre des stratégies de développement, le renforcement des institutions politiques et la garantie à tout prix de la paix et de la stabilité sociale ainsi que le respect de la parole donnée.

 

POUR CONCLURE MEDITONS UN PEU SUR QUELQUES CONCEPTS DE PRATIQUE QUOTIDIENNE CHEZ LES SONGYE DE BINDJIRI EN République Démocratique du CONGO

En effet, les concepts songye mettent en relief dans l’éducation pratique, les principes de liberté, de tolérance, de sagesse, d’union et de solidarité. La sagesse populaire privilégie le respect du droit de l’homme et conseille la modération, la concertation et le consensus. Ce potentiel culturel existe pourtant dans le monde entier, il s’agira de s’en référer.

Diverses initiatives d’ouverture politique ont été prises en Afrique. Elles ont été initiées par pragmatisme mais aussi dans un état d’esprit culturel africain qui ne privilégie pas l’exclusion. Elles présagent de l’émergence d’un nouveau concept : la démocratie " proportionnelle " ou mieux " participative ". Mais, cette formule politique ne peut fonctionner efficacement que si parallèlement, et entre autres mesures, l’on engage un véritable programme d’éducation civique et de culture démocratique massive fondées sur les valeurs traditionnelles. Ce programme suppose la mise en place de structures chargées de promouvoir l’unité nationale.

La pratique démocratique particulière engagée dans le continent africain s’inscrit dans le contexte tout aussi particulier de l’Afrique, marqué par la nécessité de dédramatiser la défaite électorale, de limiter les risques de crises post-électorales, de maintenir le sentiment nationaliste, de sauvegarder les fragiles cohésions nationales, et de permettre une participation de toute la classe politique aux tâches de développement.

L’ajustement du système de démocratie multipartite avec les réalités culturelles profondes du pays, peut contribuer à mieux maîtriser le processus démocratique en cours, à apaiser et à stabiliser graduellement les vies politiques nationales, condition primordiale pour, enfin, engager l’effort de développement.

Les exemples de proverbes que nous avons puisés dans la tradition orale songye de la République Démocratique du Congo confirment que ceux-ci cultivent traditionnellement les valeurs de la démocratie. Voici quelques exemples de proverbes que j’ai traduits en français pour vous :

 

L’UNION ET LA SOLIDARITE

Ce principe peut être mis en relief grâce au verbe unir : " ceux qui tiennent conseil DIEU les rejoint ".

 

L’ALTERANCE PACIFIQUE

L’approche de ce concept peut se faire à partir du substantif paix : " Nous passerons la nuit aujourd’hui près du gué et passerons demain de l’autre côté ".

 

LE DROIT DE L’HOMME

L’analyse du concept de droit peut s’engager dans un champ incluant la justice et les lois. Le respect de la vie humaine étant traditionnellement sacré, les Songye le confirment par une analogie assez forte : " On ne jette pas un os qui a la chair ; un homme vivant ne doit pas être enterré ".

 

CONCLUSION

Depuis l’année 1990, le Congo-Zaïre est confronté à deux grandes questions (cf. K. Nkamany in Pouvoirs et Idéologies et Idéologie Tribales au Zaïre, Ed. L’Harmattan, Paris 1996).

 

Comment administrer cette vaste étendue de paysages et de peuples si variés et si complémentaires à la fois ?

Comment faire advenir le véritable changement économique et social ?

La tendance du début des années 1960 était au séparatisme, alors qu’en 1996 le

fédéralisme apparaît à certains comme la meilleure formule pour consolider l’unité nationale. L’option fédéraliste a été adoptée par la Conférence Nationale Souveraine qui s’est clôturée en Décembre 1992. Nous voici donc à mi-chemin entre ce qui n’existe plus – à savoir le totalitarisme monopartite – et ce qui n’existes plus – à savoir le pluralisme démocratique – et cette situation malaisée suscite à la fois crainte et espoir.

Mais la C.N.S. devait déboucher sur un régime de transition : un gouvernement désigné par ses membres, préparant dans un bref des éléments démocratiques sous contrôle de la communauté internationale, installant les nouvelles institutions et la Constitution de la Troisième République.

Or le Premier ministre élu par la C.N.S, Etienne Tshisekedi wa Mulumba, ne prêta jamais le serment requis entre les mains de celui qui était toujours le Chef de l’Etat, Feu le Maréchal Mobutu, et les controverses qui s’ensuivirent ont bloqué le processus de démocratisation institutionnelle. LeCongo-Zaïre vit toujours sous un régime transitoire, selon des accords conjoncturels, sans ses nouvelles institutions ni élections démocratiques. Et les aspirations s’etouffent dans les désillusions, les machinations du pouvoir et le marasme économique.

Il est urgent de rétablir l’Etat de droit : un gouvernement qui jouisse de la confiance de l’ensemble du pays ; une administration sans népotisme, sans passe-droits ; un appareil judiciaire qui sévisse contre la corruption endémique ; des forces de l’ordre qui cessent de piller, rançonner, violer, tuer ; un appareil éducatif fonctionnel et revalorisé ; des hôpitaux qui ne soient pas d’infâmes mouroirs…

En vue des élections qui doivent assurer l’avènement des nouvelles institutions, il paraît essentiel de parer aux fraudes qu’organisent actuellement certains caciques de Kinshasa ou d’ailleurs. Il est donc urgent de stabiliser les circonscriptions, de mettre fin à la zizanie ethnique, d’arrêter ceux qui insufflent la haine tribale. Le Code de la nationalité doit être confirmé, au besoin au cas par cas, avant qu’il ne soit trop tard.

Dr A.V. (K.NK.)

- Acteur historique du Congo-Zaïre

- Spécialiste de résolution des conflits

- Messager du métissage, du dialogue et de la culture de la paix pour des solutions négociées.

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Dr Kabamba Nkamany

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