Dans la situation actuelle, si lourde de
menaces et de risques de toutes sortes sur le plan militaire et politique, tant pour
lintégrité du territoire national que la sécurité de la jeune Troisième
République et de ses institutions, il savère nécessaire de réaliser un
véritable consensus national de l'ensemble des forces vives du pays autour d'un objectif
majeur : réduire les mains usuels. Les mains invisibles de déstabilisation abusivement
appelées " rébellion ", condition sine qua non pour le
rétablissement de la légitimité politique et de la légalité républicaine sur
l'ensemble du territoire national. Par-delà l'exigence de réforme des forces vives et de
larmée nationale pour la défense de la sécurité et de lintégrité
territoriale ainsi que des institutions démocratiques, le Gouvernement de la Troisième
République devra également, à court et moyen terme, s'efforcer avec le plus grand soin,
de respecter un certain nombre de principes essentiels pour assurer une gestion saine du
pays, dans un esprit de bonne gouvernance et notamment : le renforcement de la capacité
nationale de gestion, la consolidation du système légal et la sauvegarde des droits
humains, la stabilisation de l'administration publique et la décentralisation des
pouvoirs et des ressources dans le sens de lavènement d'une administration de
proximité, le renforcement du système parlementaire, des partis politiques et du
système électoral pluraliste, l'exigence de responsabilité et de transparence dans la
gestion des affaires publiques, le renforcement du rôle de la société civile et du
secteur privé, notamment au plan économique, la promotion à divers niveaux d'une
approche " Genre " dans la conception et la mise en uvre
des stratégies de développement, le renforcement des institutions politiques et la
garantie à tout prix de la paix et de la stabilité sociale ainsi que le respect de la
parole donnée.
POUR CONCLURE MEDITONS UN PEU SUR QUELQUES
CONCEPTS DE PRATIQUE QUOTIDIENNE CHEZ LES SONGYE DE BINDJIRI EN République Démocratique
du CONGO
En effet, les concepts songye mettent en
relief dans léducation pratique, les principes de liberté, de tolérance, de
sagesse, dunion et de solidarité. La sagesse populaire privilégie le respect du
droit de lhomme et conseille la modération, la concertation et le consensus. Ce
potentiel culturel existe pourtant dans le monde entier, il sagira de sen
référer.
Diverses initiatives douverture
politique ont été prises en Afrique. Elles ont été initiées par pragmatisme mais
aussi dans un état desprit culturel africain qui ne privilégie pas
lexclusion. Elles présagent de lémergence dun nouveau concept :
la démocratie " proportionnelle " ou mieux
" participative ". Mais, cette formule politique ne peut fonctionner
efficacement que si parallèlement, et entre autres mesures, lon engage un
véritable programme déducation civique et de culture démocratique massive
fondées sur les valeurs traditionnelles. Ce programme suppose la mise en place de
structures chargées de promouvoir lunité nationale.
La pratique démocratique particulière
engagée dans le continent africain sinscrit dans le contexte tout aussi particulier
de lAfrique, marqué par la nécessité de dédramatiser la défaite électorale, de
limiter les risques de crises post-électorales, de maintenir le sentiment nationaliste,
de sauvegarder les fragiles cohésions nationales, et de permettre une participation de
toute la classe politique aux tâches de développement.
Lajustement du système de
démocratie multipartite avec les réalités culturelles profondes du pays, peut
contribuer à mieux maîtriser le processus démocratique en cours, à apaiser et à
stabiliser graduellement les vies politiques nationales, condition primordiale pour,
enfin, engager leffort de développement.
Les exemples de proverbes que nous avons
puisés dans la tradition orale songye de la République Démocratique du Congo confirment
que ceux-ci cultivent traditionnellement les valeurs de la démocratie. Voici quelques
exemples de proverbes que jai traduits en français pour vous :
LUNION ET LA SOLIDARITE
Ce principe peut être mis en relief
grâce au verbe unir : " ceux qui tiennent conseil DIEU les
rejoint ".
LALTERANCE PACIFIQUE
Lapproche de ce concept peut se
faire à partir du substantif paix : " Nous passerons la nuit
aujourdhui près du gué et passerons demain de lautre côté ".
LE DROIT DE LHOMME
Lanalyse du concept de droit peut
sengager dans un champ incluant la justice et les lois. Le respect de la vie humaine
étant traditionnellement sacré, les Songye le confirment par une analogie assez
forte : " On ne jette pas un os qui a la chair ; un homme vivant ne
doit pas être enterré ".
CONCLUSION
Depuis lannée 1990, le Congo-Zaïre
est confronté à deux grandes questions (cf. K. Nkamany in Pouvoirs et Idéologies et
Idéologie Tribales au Zaïre, Ed. LHarmattan, Paris 1996).
Comment administrer cette vaste étendue
de paysages et de peuples si variés et si complémentaires à la fois ?
Comment faire advenir le véritable
changement économique et social ?
La tendance du début des années 1960
était au séparatisme, alors quen 1996 le
fédéralisme apparaît à certains comme
la meilleure formule pour consolider lunité nationale. Loption fédéraliste
a été adoptée par la Conférence Nationale Souveraine qui sest clôturée en
Décembre 1992. Nous voici donc à mi-chemin entre ce qui nexiste plus à
savoir le totalitarisme monopartite et ce qui nexistes plus à
savoir le pluralisme démocratique et cette situation malaisée suscite à la
fois crainte et espoir.
Mais la C.N.S. devait déboucher sur un
régime de transition : un gouvernement désigné par ses membres, préparant dans un
bref des éléments démocratiques sous contrôle de la communauté internationale,
installant les nouvelles institutions et la Constitution de la Troisième République.
Or le Premier ministre élu par la C.N.S,
Etienne Tshisekedi wa Mulumba, ne prêta jamais le serment requis entre les mains de celui
qui était toujours le Chef de lEtat, Feu le Maréchal Mobutu, et les controverses
qui sensuivirent ont bloqué le processus de démocratisation institutionnelle.
LeCongo-Zaïre vit toujours sous un régime transitoire, selon des accords conjoncturels,
sans ses nouvelles institutions ni élections démocratiques. Et les aspirations
setouffent dans les désillusions, les machinations du pouvoir et le marasme
économique.
Il est urgent de rétablir lEtat de
droit : un gouvernement qui jouisse de la confiance de lensemble du pays ;
une administration sans népotisme, sans passe-droits ; un appareil judiciaire
qui sévisse contre la corruption endémique ; des forces de lordre qui cessent
de piller, rançonner, violer, tuer ; un appareil éducatif fonctionnel et
revalorisé ; des hôpitaux qui ne soient pas dinfâmes mouroirs
En vue des élections qui doivent assurer
lavènement des nouvelles institutions, il paraît essentiel de parer aux fraudes
quorganisent actuellement certains caciques de Kinshasa ou dailleurs. Il est
donc urgent de stabiliser les circonscriptions, de mettre fin à la zizanie ethnique,
darrêter ceux qui insufflent la haine tribale. Le Code de la nationalité doit
être confirmé, au besoin au cas par cas, avant quil ne soit trop tard.
Dr A.V. (K.NK.)