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"Forum pour un contrat de génération Nord-Sud"

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Pierre Galand

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Il y avait une légitimité, un sursaut de dignité africaine chez ceux qui ont conçu dès 1995 d’abattre le mobutisme : un tyran et son système d’exploitation éhontée d’un peuple avec de fortes complicités extérieures, notamment en Europe et particulièrement en France et en Belgique. Il y avait des raisons non moins légitimes de combattre le mobutisme car il avait fait du pays le sanctuaire de groupes armés, notamment des génocidaires Interhamwe et ex-FAR et des tueurs patentés de l’Unita.

Les pays qui ont soutenu cette initiative salutaire répondaient à des impératifs de survie importants pour les populations de l’ensemble du sous-continent africain.

Aujourd’hui apparaît au grand jour que nombre des perdants, suite à la fin du mobutisme, n’ont eu de cesse que de retrouver le moyen de reconquérir les positions perdues. Multipliant les contacts politiques, avec l’appui d’anciens amis au sein des diplomaties occidentales et des gouvernements africains, ils ont poursuivi une campagne afin de présenter le gouvernement de L.D. Kabila comme incapable, et pas à sa place à la tête d’un pays aussi important que le Congo, dans le nouveau contexte international de la globalisation.

Les erreurs inévitables consécutives à la reprise d’un pays en faillite étaient utilisées, exacerbées, les tensions au sein de l’équipe dirigeante en constitution et en recherche de cohésion étaient l’occasion de créer des antagonismes. Les bourses des bailleurs de fonds internationaux, même lorsqu’il s’agissait de l’argent contractuellement dû (Lomé notamment) ne se sont pas déliées, ou si peu déliées, pour soutenir l’action du gouvernement.

Par contre, avec les " biens mal acquis ", les barons du régime mobutiste avaient toute facilité pour entretenir les nostalgiques du Zaïre et pour faire croire à d’autres opposants au nouveau pouvoir qu’une autre alliance était possible et qu’elle leur ouvrirait la voie du pouvoir.

Malgré les critiques nombreuses et les défauts de son parcours, le gouvernement Kabila progressait, reconstruisait les routes et autres moyens de communication, la santé, la justice, l’enseignement, l’économie, les finances publiques. Dans tous les secteurs des progrès étaient observables. L.D. Kabila forçait son gouvernement à donner priorité à la réhabilitation d’un pays exsangue. La population, ses organisations ne s’y trompaient pas. Il y avait un mieux. Les ONG, les missionnaires, les hommes d’affaires, tant africains qu’européens, évaluaient positivement les progrès réalisés. Cela ne les empêchait pas de critiquer de nombreux faux pas, des lenteurs ou des manques de transparence graves dans la gestion mise place par les nouveaux responsables du Congo.

Ce qui arrive aujourd’hui au Congo était déjà perceptible dès la fin 1996. Les barons mobutistes et les autres opposants à Kabila trouvaient de plus en plus d’oreilles compatissantes et de groupes d’intérêts attentifs à leur projet de changement d’équipe à Kinshasa. Les voisins du Congo avaient de réels motifs de se plaindre de l’apparente désinvolture avec laquelle les traitait le pouvoir congolais. Kabila et son armée n’avaient pas résolu la sécurité aux frontières, tant attendue par le Rwanda, l’Ouganda, l’Angola. Kabila et son équipe donnaient priorité à la paysannerie, tardaient à dénationaliser les entreprises nationales, boudaient les conseils éclairés du FMI et de la Banque Mondiale, se tâtaient quant au remboursement de la dette extérieure. Certains de ses bailleurs, au début du combat de l’AFDL, à Goma, avaient tant espéré que le Congo deviendrait, à l’instar de l’Ouganda, un bon élève du FMI et que bientôt ce pays, aux richesses géologiques gigantesques, serait transformé en un immense super marché.

Ceux qui ont cru un instant pouvoir faire et défaire le gouvernement en place à Kinshasa ont oublié que malgré ses défauts, ses imperfections, L.D Kabila est monté à Kinshasa à la tête d’une rébellion victorieuse d’un régime odieux et corrompu, le mobutisme, honni par le peuple congolais.

La rébellion réunie aujourd’hui à Goma, organisée après de longues tractations et avec de nombreux appuis tant en Europe qu’en Afrique de l’Est, a voulu se donner l’image du nécessaire deuxième essai, le bon cette fois, pour mettre en place à Kinshasa un gouvernement plus présentable démocratiquement parlant, plus conforme aux besoins des pays frontaliers et plus acceptable par les puissances occidentales.

Elle s’est appuyée sur des moyens militaires mis à sa disposition par des voisins experts qui ont cru que les opérations éclairs contre la présidence, contre les installations portuaires et électriques vitales pour la population, leur permettraient de prendre et le président et la population de Kinshasa en otage en vue d’un marchandage pour le pouvoir.

Si la démocratie formelle ne trouvait pas son compte dans la gestion du pouvoir par le gouvernement de L.D. Kabila, le peuple lui s’estimait plutôt satisfait, bénéficiant d’une amélioration qualitative de ses conditions de vie.

Si l’AFDL avait une légitimité pour abattre le mobutisme, cette fois l’amalgame hétéroclite réuni à Goma autour de Wamba dia Wamba aura difficile à avancer une quelconque légitimité. Le chef militaire de la rébellion, Jean-Pierre Ondekane, est un chef de guerre. Son savoir-faire de même que celui des cadres militaires qui l’entourent, est de haut niveau. Bien équipés, ils peuvent faire face. L’Unita compte aussi de bons chefs de guerre et mène ainsi une guerre criminelle depuis plusieurs décennies en Angola.

Début mai 1998, la situation était intenable. C’est la méfiance la plus totale qui paralysait de plus en plus l’équipe autour de L.D. Kabila.

Les allégations de complots, les trahisons, les désertions étaient audibles et visibles pour qui avait accès aux cercles restreints du pouvoir à Kinshasa.

Il n’empêche que les ministres en charge des dossiers travaillaient et qu’un climat de reconstruction dominait dans la plupart des régions du pays.

Avec le début des hostilités dans l’Est du pays, dans les zones frontalières avec le Rwanda et l’Ouganda, les choses se sont clarifiées et les éléments du gouvernement déjà acquis à la rébellion se sont repliés sur le Kivu. L’appui qu’il ont reçu du Rwanda et de l’Ouganda n’a rien de surprenant, s’agissant de leurs plus proches alliés dans le gouvernement Kabila.

L’appui apporté par le Zimbabwe de Robert Mugabe est celui de l’un des plus fidèles et des plus anciens soutiens de L.D. Kabila dans son combat de ces trois dernières décennies contre Mobutu.

En outre, appelée par le pouvoir en place, l’intervention du Zimbabwe, comme celle de l’Angola ou de la Namibie, est conforme aux règles régissant les rapports entre les Etats.

Aujourd’hui, au plus tôt, les armes doivent se taire car il n’y a pas un pays de la région qui puise se payer le luxe d’une guerre de longue durée.

L’arrêt des combats n’est pensable que dans le respect des autorités en place. Le gouvernement de Kinshasa peut difficilement négocier avec des gens qui ont tenté de le renverser et d’abattre le président. Il est donc nécessaire que la rébellion réévalue la situation. Parmi ceux qui s’y sont engagés, il y a des gens intelligents et courageux dont les critiques vis-à-vis de L.D. Kabila, si elles sont fondées, ne leur donnaient pas droit à ce genre d’aventure. C’est ce que les autres chefs d’Etat de la région (Zimbabwe, Angola, Namibie, mais aussi le sommet de la SADC à Pretoria) se sont chargés de leur rappeler. Revenir à un processus de paix, de réhabilitation des institutions, de développement des infrastructures économiques, sociales, culturelles, est la seule voie qui permettra en même temps de redéfinir des objectifs de démocratisation et de participation de tous à la reconstruction du Congo et à sa contribution à la sécurité de la région.

Soutenus par la SADC et l’OUA, le gouvernement et L.D. Kabila devront eux-mêmes reconnaître que le Congo a des responsabilités régionales importantes, que la participation populaire passe aussi par la prise en compte des légitimes préoccupations et des attentes de tous les Congolais dans le respect de leur diversité.

Donner ses chances à un renouveau africain, à un nouveau départ du Congo, est toujours possible. Les conditions doivent certes en être définies, mais en des termes qui soient clairement fondés sur une coopération et une assistance durables, dénuées d’arrière-pensées néocoloniales, affairistes, politiciennes ou religieuses.

Pour ce faire, une évolution des mentalités est indispensable avant tout et d’urgence dans les cercles dits " bien informés " de la diplomatie belge, européenne et française.

A cette condition, des initiatives doivent être prises afin d’aider les responsables africains à trouver une solution à la guerre qui sévit au Congo.

Pour les auteurs, membres du "Forum européen Nord-Sud",

Pierre Galand,

Président.

2 septembre 1998.

 

Note des auteurs

Les auteurs de cette note regrettent et condamnent les propos à caractère ethniciste tenus à Kinshasa par des hauts dignitaires de l’Etat. Ils rejettent comme hautement criminels les appels faits à la population l’invitant à considérer comme " vermine malfaisante les membres de la communauté Tutsi qu’il faut exterminer ".

Faisant suite aux mois de 1994 qui virent se perpétrer un génocide contre les Tutsi, ce type de déclaration est intolérable.

Ils espèrent que ceux qui ont exprimé de tels propos accepteront de se rétracter et présenteront leurs excuses à ceux qui dans les différents pays de la région ont été massacrés, génocidés pour leur appartenance à la communauté Tutsi.

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