A lentrée du 21
ème siècle, au moment où les armées modernes adaptent leur défense à la diversité
des menaces due à la mondialisation et à la montée croissante des technologies de
l(informations, lArmée congolaise, à linstar de ses voisines africaines,
cherche encore à trouver son unité, à conquérir sa neutralité et à obtenir le label
national républicain. Le tout dans un contexte international où la guerre semble
reprendre ses droit un peu partout.
En effet, lordre mondial
jusqualors bâti sur laffrontement des deux puissances détentrices de
larme atomique a laissé place à un utopique " nouvel ordre
mondial ". Une véritable ambiance martiale semble succéder à la
" détente ". Elle fait monter partout la fièvre ethnique, la haine
religieuse et le néo-nationalisme, développant ce que les spécialistes des questions
stratégiques qualifient désormais de " zones ", réfractaires au
droit international et véritables forteresses retranchées pour les organisations
criminelles transnationales.
Alors quen Occident les militaires
sont confrontés à lère de lincertitude, les militaires de lAfrique
Centrale, en particuliers congolais, baignent dans la certitude des conflits traditionnels
entre Etats et intra-étatiques.
La contestations ou la carence de
lautorité de lEtat, cadre formel de lorganisation de la Société,
entraîne un regain des revendications minoritaires et transforme la Région de
lAfrique Centrale en vue véritable poudrière. Phénomène surprenant mais réel,
lEtat africain qui a entretenu un véritable protectorat militaire durant la guerre
froide doit " soutraîter " la défense du territoire en faisant appel
à appel à de véritables armées privées (les mercenaires), le plus souvent sous le
parapluie électronique de grandes puissances.
Face à cette situation dérapante, le
République Démocratique du Congo a un rôle stratégique capital à jouer dans une
Région où sa puissance démographique, son imposante position territoriale et ses
potentialités économiques devraient lui permettre de peser sur le maintien dune
paix durable.
Frantz Fanon navait certainement pas
tort de penser que le Congo était la gâchette de lAfrique. Car, 38 ans après
lindépendance, son instabilité politique et ses insuffisances sur le plan
militaire réagissent sur la paix dans toute une Région où il partage ses frontières
avec 9 pays limitrophes.
La paix dans la Région passe
indéniablement par la stabilité politique et la fiabilité militaire du Congo-Kinshasa.
Si, -disait Napoléon-, " la politique dun Etat est dans sa
géographie ", la Congo doit accompagner sa consistance militaire par une
politique efficace de bons voisinage dans le but avoué de couper lapprovisionnement
et de priver de toute base-arrière les bandes armées incontrôlées dans la Région.
Lactualité récente démontre clairement le fait que lennemi dans la Région
vient avant tout sous la forme non-militaire qui est la recherche dun appui
politique chez son propre voisin. Doù, en plus des actions communes de
sécurisation mutuelle des frontières, la nécessité dune action diplomatique
régionale permanente afin déviter tout isolement que ne manquerait pas
dexploiter les ennemis dune paix durable.
Mais le Congo ne peut être le moteur
dune paix durable quà condition dêtre militairement viable. Il doit
pour y parvenir couper court à la politique militaire de la défunte II ème République
que résument les trois germes rongeurs des ex-FAZ : Politisation, Insécurité,
Dédoublement (PID).
De ces principaux germes, la politisation
des troupes a été certainement lélément majeur qui prédisposait la chute de
lédifice. En effet, politiser une armée relève dune irrationalité
incommensurable. Car, une telle démarche implique ipso facto, une réaction in
fine dautodestruction de la structure étatique même. Il nest en effet
étranger pour aucun esprit averti que le jus belli qui est le droit inaliénable
pour tout Etat dorganiser la défense de son territoire est une condition
primordiale de sa souveraineté.
Or, recruter, former et organiser la
carrière dune troupe militaire sur des critères partisans et idéologiques,
cest disposer dun commandement incompétent ; cest aussi gérer une
troupe inopérationnelle, une bande des militants armés, inapte aux vertus militaires
majeures que sont lhonneur, le désintéressement et le sens du sacrifice ;
cest en fin de compte orchestrer une fronde des défaitistes potentiels rançonnant
la population, amassant des fortunes pour préparer une retraite honteuse.
Pour bénéficier du label national, la
nouvelle Armée Nationale Congolaise doit être dressée à lécole de la
République. Ce qui suppose 3 objectifs :
Le label national passe par une
composition équilibrée de son haut-commandement, accompagnée dun plan
davancement et de carrière fondé sur des critères professionnels. En effet, la
représentativité nationale équilibrée du commandement et de lencadrement des
troupes est une condition essentielle de leur neutralité. Or, la neutralité de
lArmée congolaise est aussi la seule condition préalable et primordiale de
légalité des congolais devant la contrainte étatique. Elle précède et fonde en
pratique et en droit, le principe plus général d égalité des congolais
devant la loi. La neutralité cest, en définitive, la qualité qui a manqué depuis
1960 à linstitution militaire congolaise pour quelle survive au changement
politique.
Le caractère national de lArmée
congolaise suppose aussi une refonte profonde de sa mission afin de combattre tout retour
du dédoublement fonctionnel de linstitution militaire de la
II ème République. Or, ce dédoublement a consisté essentiellement dans le recours aux
forces armées régler en temps de paix des questions nimpliquant point la
sécurité et le maintien de lintégrité territoriale.
Le recours aux forces armées pour régler
les maux sociaux est contraire à la nature de leur mission et est excessif puisquil
empiète sur les attributions des autorités civiles.
Aussi, lintervention des forces
armées à lintérieur du territoire national en temps de paix nécessite-t-elle un
strict encadrement juridique dautant plus quelle entraîne non seulement un
risque datteinte à la neutralité des armées mais aussi aux libertés publiques
(1).
3. Le label national passe en définitive
par une reforme de fond en comble des structures décisionnelles et organisationnelles. La
globalisation des menaces (2) due au fait que lennemi emprunte des formes
non-militaires dintrusion oblige à une réorganisation constitutionnelle de la
décision militaire.
En effet, face aux menaces globales et
multiformes, la République démocratique du Congo ne peut se passer dun nouveau
cadre républicain de définition de la politique nationale de défense. Ce cadre aurait
le mérite de couvrir lensemble des domaines de lactivité gouvernementale. Il
est plus que crucial dajouter aux scénarios militaires de défense du territoire un
dispositif de riposte civil et économique afin dadapter lArmée congolaise à
linfosphère.
Sur le plan de structures matérielles, il
convient de moderniser les infrastructures militaires en les coordonnant avec la
sécurité civile. En effet, depuis lépoque coloniale, linsécurité civile
sest aggravé du fait du rapprochement progressif des zones militaires sensibles (
Dépôts de munitions, dessences ou autres sites cibles potentielles pour
lennemi ) avec des agglomérations civiles. Or, la médiatisation croissante des
crises rend lopinion publique internationale très sensible aux pertes
civiles ; ce qui rend, dans certaines circonstances, politiquement impossible des
objectifs militairement prioritaires.
Or, depuis des siècles, des armées les
plus victorieuses ont concilié les constructions urbaines avec les nécessités tactiques
de la défense (3). Mais le positionnement de nos enceintes militaires ne garantie plus la
protection de la population en cas de conflit armé visant les agglomérations urbaines
(4). Cette solution est évidemment incompatible avec la politique dhébergement des
familles à lintérieur des casernes militaires. Cette situation est contraire à
lépanouissement des enfants des militaires qui ont droit à une vie familiale
normale.
Sur le plan stratégique, la nouvelle
Armée congolaise doit prendre en compte le bouleversement de la conjoncture
internationale et particulièrement le réexamen du contexte géostratégique en Afrique.
En effet, lintangibilité des
frontières issues de la conférence de Berlin, la concentration des moyens militaires à
la conquête des espaces maritimes et aériens, la montée en puissance de
linformation comme arme à part entière entraînent un désintérêt, puis un
déménagement des forces terrestres néo-coloniales prépositionnées en Afrique.
LAfrique en général, la République démocratique du Congo en particulier doit
prendre en charge le contrôle terrestre du territoire.
De ce point de vue, en tant que cur
du combat interarme et ultime arme de contrôle du territoire national depuis
lindépendance, lArmée de terre congolaise restera encore les décennies
prochaines, lArme décisive. En renforçant sa motorisation rendue délicate par un
terrain capricieux et en développant une Aviation légère des forces terrestres
(LALEFT), elle pourra à la fois compenser la faiblesse du contrôle aérien du
territoire et augmenter la mobilité tactique qui lui fait gravement défaut.
Mais largent cest le nerf de
la guerre, dit un adage. La modernisation de léquipement de lArmée
congolaise est onéreuse en terme financier. A ce sujet, si la fiscalité demeure
actuellement le moyen le plus efficace de participation des congolais aux charges de la
défense, il convient de se mettre à lévidence que les dividendes minières et
industrielles de lEtat congolais ne sauraient à elles seules grever toutes les
charges de la Reconstruction nationale et de la Reforme de lEtat. Sagissant
dautant plus de gagner la paix après le rétablissement de lautorité de
lEtat congolais, lordre de priorité des dépenses publiques nest
certainement pas favorable à une augmentation significative du budget de la défense.
Devant toutes fois le caractère vital du rétablissement et du maintien de la
souveraineté de la République démocratique du Congo, les pouvoirs publics congolais ne
sauraient se passer dune réflexion profonde sur les sources de financement de la
Reconstruction de lArmée nationale.
Par ailleurs, une participation en
personne dune catégorie des congolais aux charges de la défense nationale, à
travers lorganisation dun service national militaire, est acceptable sur le
plan des principes démocratique et républicain. Mais dans létat actuel du
contexte géostratégique et de lévolution de larmement moderne, il
nexiste pas dintérêts militaires particuliers à la mise en place dun
service national militaire au sein dune Armée nationale congolaise voulue très
technique et donc professionnelle.
En effet, la prolifération des moyens
modernes et sophistiqués de destruction massive, la professionnalisation minimale du
métier militaire quelle implique, rendent aujourdhui obsolète la doctrine
militaire de supériorité numérique. Or, la théorie de la guerre éclair appliquée en
1940, pendant laquelle chars et avions allemands ont balayé en quelques jours les masses
armées hollandaises, a produit depuis un phénomène entièrement nouveau : le fait
technologique rend inopérant tout rapport entre la puissance et la masse dune
armée. Lartillerie moderne par sa capacité de mettre à portée de canon des
cibles lointaines et sa puissance de feu, rend militairement inutile le gonflement des
effectifs dans les rangs et théoriquement inopérante la notion même de champs de
bataille quinsinue le recours aux armées de masse. Il faut se méprendre de toute
doctrine erronée apportée dans la foulée des circonstances. Il faut adapter les
structures de défense nationale aux menaces, linverse étant évidemment
impossible.
Si le principe dune Armée
congolaise mixte mêlant appelés du contingent et militaires de carrière nest pas
militaire fondé, on ne peut nier les avantages non-militaires divers que peut occasion
pour une jeune nation comme la République démocratique du Congo lorganisation
dun service national notamment donner loccasion dune politique de
contrôle de population à travers le recensement des hommes capables de porter les armes,
dune politique de rattrapage de léchec scolaire ou du renouveau de
léthique républicaine du peuple en arme et de lidée de citoyenneté. Dans
ce cas, la forme civile de son organisation doit être privilégiée à la forme militaire
lourde et encombrante pour les premiers objectifs de la nouvelle Armée nationale
congolaise.
En définitive, donner à la République
démocratique du Congo une armée modernisée, formée dans une perspective nationale et
oeuvrant dans une éthique républicaine, cest assurer durablement la paix dans la
Région. Le Congo a besoin pour cet objectif-là non de son cuivre ni de son diamant
industriel mais de ses véritables hommes dEtat.
Silubwe Moke Bonaventure
- La séparation des autorités civiles et militaires en
temps de paix suppose laffirmation et lorganisation du principe de
subsidiarité de lintervention de lautorité militaire. Ce qui implique de
reconnaître à lautorité civile un rôle primordial dans le recours aux forces
armées et dans la coordination des moyens mobilisés en vue de suppléer à la carence ou
au débordement des autorités civiles compétentes.
- En défense nationale, la menace suppose deux conditions
cumulatives : lune matérielle qui est la capacité de nuire ;
lautre subjective puisquelle consiste à reconnaître ou à prévenir la
volonté de nuire. En absence dune des deux conditions, il ny a dès lors pas
lieu à menace stricto sensu mais de risque militaire.
- Ainsi de la célèbre affaire de la double couronne au nord
de Saint-Denis (France dOutre-mer) où lexplosion le 04 mars 1916 dun
dépôt de munitions, situé au cur dune agglomération occasionna la mort des
14 soldats, 19 pertes civiles et 81 blessés. En condamnant lEtat au paiement des
dommages et intérêts sans que la moindre négligence ou faute ait été décelée de la
part des autorités militaires de la garnison, le Conseil dEtat français
déclenchait dès 1919 une politique de sécurisation des ouvrages militaires. Une
jurisprudence quil étendra ensuite, au bénéfice de la protection civile, aux
ouvrages publics en général civils ou militaires confondus en déclarant dans tous les
cas lEtat responsable des dommages causés par le voisinage douvrages publics
dangereux.
- La doctrine actuelle de défense nationale invoque
désormais le concept de " zéro mort ". Comme la
ironisé à bon escient un futurologue militaire au sujet de fameuses " frappes
chirurgicales " de la Guerre du Golf, " le concept de zéro mort
concerne avant tout nos soldats".
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